CHAPITRE XL
Du Gonflement ou delà Tuméfaction de la Glande
prostate .
Le gonflement ou la tuméfaction de la glande prostate est une maladie bien cruelle ; mais heureusement elle est peu fréquente. Il est étonnant que les nosologistes n’aient pas fait mention de cette maladie , tandis qu’ils ont fait un genre de la tumeur des glandes parut ides. J’en ai fait un genre dans le second volume de ma Nosologie méthodique sous le nom de Pros~ t atone us , et j'ai considéré sous ce genre les différentes espèces ou variétés de cette maladie sous le nom de prostatoncus , apostematodes , sclerodes , squirrhosus , carcinomatosus , varicosus , calculosus ; car la tuméfaction de la prostate peut dépendre de F inflammation, des abcès, des pierres formées dans sa substance, du gonflement variqueux des vaisseaux qui la parcourent, de l’engorgement et de l’induration squirreuse de cette glande. Desault a si bien traité ces différentes espèces de tumeurs de la prostate, que je transcrirai ici ce qu’il en a dit dans le second volume de son Journal de Chirurgie. J’ajouterai seulement quelques remarques pratiques qui peuvent tendre à soulager ou à guérir plus efficacement cette terrible maladie, et je commencerai par observer que
CHÀP. XI. i)Ü G ON FL. DE LA GLANDE PIIOST. 33 I
la tumeur de la prostate diffère des autres tumeurs glanduleuses, en ce que par sa situation elle devient dangereuse, en produisant une rétention, et par degrés une suppression totale des urines, et en même temps une altération remarquable dans la structure de la vessie, qui se termine presque toujours par la mort.
Quoique la tumeur de la prostate dans les hommes ( car je n’ai jamais observ é cette maladie dans les femmes) soit causée le plus souvent par la suppression d’une blennorrhagie syphilitique , elle doit son origine quelquefois à d’autres causes qui ne sont pas en-* core toutes assez bien connues. Le cas du feu docteur Fothergill , médecin à Londres, qui pendant sa vie, n’a jamais connu une femme, et qui est mort néanmoins d’une suppression d’urine causée p; r une tumeur fongueuse de la prostate , en est un exemple frappant.
Il faut entendre l’auteur cité ci-dessus, sur les signes ou symptômes produits par les différentes causes de la tuméfaction de la prostate, ainsi que sur les moyens d’y remédier.
« Lorsque cet accident est produit par l’inflammation de la prostate, il se déclare promptement, et marche avec rapidité. Le malade éprouve d’abord un sentiment de chaleur et de pesanteur vers le périnée et l’anus ; bientôt il se plaint d’une douleur continuelle et pulsative qu’il rapporte au col de la vessie. Cette douleur augmente lorsqu’il va à la selle, ou qu’il fait des efforts pour remplir cette fonction ; il
est tourmenté de ténesme et d’envies fréquentes d’u^ riner; il lui semble toujours avoir un gros morceau de matière fécale prêt à sortir du rectum. Le doigt , introduit dans cet intestin, sent, à sa partie antérieure, la saillie que fait la prostate. S'il se présente pour uriner, il est long-temps à attendre la première goutte des urines, et s’il fait des efforts pour en accélérer la sortie , il y met un nouvel obstacle en poussant de plus en plus la tumeur de la prostate contre le col de la vessie, dont elle bouche alors l’ouverture, et il ne parvient à uriner qu’en suspendant ces efforts. Le jet que forment les urines est d’autant plus fin, et les douleurs que cause leur passage d’autant plus vives, que l’inflammation de la prostate est plus considérable. On pourrait encore ajouter comme un signe particulier à cette espèce de rétention, que si l’on essaie d’introduire une sonde dans la vessie, elle pénètre facilement et sans rencontrer aucun obstacle, jusqu’à la prostate, où elle est arrêtée, et où le contact devient très-douloureux. D’ailleurs le malade a le pouls dur, fréquent; il est altéré, et éprouve tousles symptômes génériques de F inflammation.
» Cette espèce de rétention, ainsi que toutes celles qui sont produites par le gonflement de la prostate , ou par d’autres embarras du canal , sont en général plus dangereuses en elles-mêmes que celles qui n’ont d’autre; cause que la faiblesse de la vessie. Dans cellesci , les crevasses de ce viscère sont peu à craindre. Le canal étant libre, ses parois ne se touchent pas si exactement qu elles ne puissent cire écartées par les
urines, qui, après avoir rempli et distendu la vessie, pressent en raison de leur poids , augmenté par la réaction de ce viscère et par Faction des muscles abdominaux. Aussi voit-on presque toujours , dans ces sortes de rétentions, les urines sortir par regorgement, et les malades passer plusieurs années dans cet état sans qu’il en résulte aucun accident grave. Il n’en est pas de même lorsque la cause de la rétention consiste dans un rétrécissement du canal; car, outre la résistance naturelle de ce conduit, les urines ont de plus à surmonter les obstacles accidentels qui naissent de ce rétrécissement ; et souvent ces obstacles résistent plus que les tuniques de la vessie , qui n’ont qu’un certain degré d’extensibilité, au-delà duquel elles se déchirent. D’ailleurs, la rétention produite par l’inflammation de la prostate est plus ou moins grave selon que cette inflammation est plus ou moins forte , plus ou moins opiniâtre.
» L’indication dans ce cas est manifeste. La résolution étant , comme dans les inflammations des autres parties, la terminaison la plus favorable, c’est vers elle que doivent être dirigés tous les moyens de guérison : ainsi les saignées du bras , les sangsues à la marge de l’anus , les bains , les lavemens énlolliens , les cataplasmes de même nature appliqués ait périnée, sont les principaux remèdes qu’il faut employer. Les boissons antiphlogistiques , qui , dans les maladies inflammatoires, sont un secours si efficace, seraient, dans cette circonstance, plus nuisibles qu’utiles : en augmentant la sécrétion des urines , elles ne feraient qu’accé-
lérer et qu’accroître les accidens. Ainsi , au lieu de faire boire abondamment les malades, il vaut mieux chercher à tromper leur soif, soit en leur faisant sucer quelques tranches d’orange , soit en leur donnant, par cuillerées, une tisane de graine de lin, de chiendent, etc., ou quelque autre boisson rafraîchissante. Mais, quelle que soit l’efficacité des moyens indiqués, leur effet est souvent trop lent et les accidens trop urgens pour attendre que les urines reprennent d’el- Jes-mêmes leur cours naturel Souvent aussi le ressort de la vessie est trop affaibli par l’excessive distension de ses fibres, pour en opérer l’expulsion. Il faut alors avoir recours à la sonde ; mais le rétrécissement de la portion de l’nrètrë qui traverse la prostate, rend quelquefois l’introduction de cet instrument très-difficile , et toujours très-douloureuse. On réussit ordinairement mieux avec une grosse sonde qu’avec une petite. Cette sonde peut être d’argent ou de gomme élastique. Celle de gomme élastique , préférable lorsqu’on doit la laisser à demeure dans la vessie, a l’inconvénient de ne pas offrir assez .de solidité, quoique garnie d’un stylet en fer, pour forcer la résistance du canal. Au reste , quelle que soit celle de ces sondes que l’on choisisse , elle entre ordinairement avec facilité jusqu’à la prostate, où elle est a r— rêtée, non-seulement par l’étroitesse du canal, mais encore par la courbure nouvelle de ce conduit Car la prostate ne peut se tuméfier sans pousser en devant et en haut , ou sur l’un des côtés , la partie de l’urètre derrière laquelle elle est située; considération qu’il
îie faut jamais perdre de vue dans la longueur et la direction que Ton donne au bec delà sonde, qui doit aussi être plus long et avoir un courbure plus considérable , ou être tenu plus élevé pendant l’introduction que dans les autres embarras du canal. Après s’être assuré, autant qu’on le peut, que le bout de la sonde répond exactement à la direction de l’urètre , et que l’obstacle à son entrée dans la vessie ne dépend plus que de l’étroitesse du passage, on peut, sané trop craindre de faire une fausse route, enfoncer avec force la sonde : il est certain qu’elle dilatera plutôt un conduit qui existe , et dans la direction duquel elle est poussée , que de se frayer un nouveau chemin. Nous avouons cependant qu’il serait dangereux que de jeunes praticiens sans expérience voulussent suivre ce précepte; il n’appartient de sonder avec hardiesse qu’à ceux qui , joignant aune parfaite connaissance des différentes courbures du canal, une grande habitude de pratiquer cette opération , ont enfin acquis ce coup d’œil juste qui ne leur permet jamais de perdre de vue la situation et la direction du bec de la sonde: car si, pendant que l’on pousse cet instrument avec force, on en tenait le bec trop bas, ou qu’on 1 inclinât de côté, etc., on ne manquerait pas de faire une fausse route, en déchirant la partie membraneuse de l’urètre ; accident toujours grave dans cette circonstance, et qui ne fait qu’augmenter l’inflammation de la prostate, et rendre l’introduction de la sonde de plus en plus difficile. Il vaudrait peut-être mieux alors pratiquer la ponction de la vessie au-dessus du pubis.
que d’exposer le malade à ce danger. Les observations de M. Noël , rapportées dans le Journal de Chirurgie, attestent, après beaucoup d’autres , les avantages de cette opération , pratiquée par la région hypogastrique. D’ailleurs l’inflammation de la prostate est un des cas où l’on peut attendre le plus de suce s de cette ponction ; car , comme il est de la nature des inflammations de se terminer en peu de jours, si la résolution vient à avoir lieu , on n’est pas obligé de laisser long-temps la canule dans la vessie; et le canal redevenant libre, si la sonde est encore nécessaire, l’obstacle qui s’opposait à son entrée n’existant plus , elle pénètre avec la plus grande facilité. Cependant, malgré les succès nombreux dont la ponction a été suivie, on doit toujours la regarder comme une opération qui a ses dangers , et ne la pratiquer qu’après avoir essayé à plusieurs reprises d’introduire la sonde jusque dans la vessie, et avoir essayé. si la présence d’une bougie , fixée pendant quelques heures dans l’urètre , ne déterminerait pas l’écoulement des urines; événement heureux qu’elle a procuré souvent , quoiqu'elle n’eût pas franchi l’obstacle. Il est même du devoir du chirurgien d’appeler, avant d’entreprendre cette opération, une autre personne de l’art, surtout s’il en existe un dans le même endroit plus exercé à sonder. Enfin , si le consultant n’est pas plus heureux , on ne doit pas hésiter de faire la ponction ; mais si l’on parvient à introduire la sonde jusque dans la vessie, fautil , après avoir évacué les urines , la retirer ou la laisser à demeure? Il est certain que son séjour dans la
DE LA GLANDE PROSTATE* JJy
portion de l’urètre embarrassée par la prostate ne fait qu’ajouter encore à l’inflammation de cette glande. D un autre côté, il est à craindre qu’en la retirant on ne puisse la réintroduire. Ici tout précepte général est d’une application difficile. On 11e peut se déterminer pour l’un ou l’autre parti que d’après les difficultés qu’011 vient d’éprouver dans l’introduction de la sonde, et la confiance qu’il est permis d’avoir en son habileté à sonder , lorsque cette confiance est fondée sur des succès constans dans des cas analogues.
» Quand l’inflammation de la prostate ne se termine pas par résolution , la suppuration en est fréquemment la suite. Cette suppuration ne parait pas attaquer le corps même de la glande, mais se faire seulement dans ses enveloppes, et dans le tissu cellulaire qui unit les lobes qui la composent. C’est au moins ce que nous avons aperçu dans plusieurs cadavres ouverts publiquement dans l’amphithéâtre de l llotel- Dieu. Quoique nous ayons vu des dépôts très-étendus dans cette glande, jamais nous ne l’avons trouvée fondue et détruite parla suppuration; nous avons au contraire toujours observé qu’elle restait entière, et souvent plus grosse que dans l’état naturel. Nous avons remarqué fréquemment son tissu cellulaire comme abreuvé d’une matière purulente ; quelquefois aussi nous y avons rencontré plusieurs petits sacs ou follicules remplis de pus et placés entre ses lobes ; et lorsqu’elle nous a présenté des dépôts un peu considérables, ces dépôts ont presque toujours été situés à l’ex-
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térieur de cette glande, soit entre elle et la vessie, soit du côté du rectum.
» On reconnaît que la rétention d’urine est entretenue par le gonflement de la prostate en suppuration, lorsque les symptômes de l’inflammation se sont continués au-delà du huitième jour de son invasion; qu’après avoir toujours été en croissant jusqu’à cette époque , ils ont ensuite semblé diminuer pour s’accroître de nouveau ; que la fièvre a été avec des re doublemens vers le soir , et souvent précédée de frissons. Ces signes annoncent bien la suppuration de la prostate; mais il n’en existe aucun qui apprenne si le pus est infiltré dans cette glande , s’il y forme un dépôt , et , dans ce dernier cas, quel est le lieu précis que le dépôt occupe.
» Le pronostic de cette maladie n’est pas le même dans chacune de ces espèces de suppuration. En général , lorsqu’un dépôt s’étant formé , il a son siège dans les enveloppes de la prostate , le pronostic est moins fâcheux que lorsque tout le tissu cellulaire de cette glande est macéré par le pus, ou qu’il s’y est établi plusieurs foyers de suppuration. Dans ces derniers cas, il est très-rare que les malades guérissent. Le pus étant, pour ainsi dire, disséminé dans tous les points de la glande, ne peut se frayer une issue au dehors, et le défaut de signes positifs qui indiquent cette disposition ne permet pas de tenter une incision jusque dans la prostate pour en faciliter le dégorgement. D’ailleurs, il nous paraît fort douteux que l’on retirât
quelque avantage de cette incision ; elle pourrait tout au plus favoriser l’évacuation de la matière qui se trouverait près de ses bords , mais elle contribuerait peu à la sortie de celle qui en serait éloignée. Il n’y a donc que la résorption du pus qui puisse débarrasser cette glande , et la nature accorde rarement ce bienfait. Il n’en est pas de même lorsqu’il n’existe qu’un seul foyer de suppuration, et qu’il est situé dans l’enveloppe celluleuse de la prostate : s’il est placé entre la glande et le col de la vessie, souvent il s’ouvre spontanément dans ce viscère , ou l’on peut l’ouvrir avec le bec de la sonde. Alors le pus , conduit au dehors à l’aide de cet instrument , ou expulsé avec les urines, ne met plus aucun obstacle à la détersion et à la cicatrisation de la poche qui le contenait. Si le dépôt a son siège vers le rectum et le périnée, et que le tact assure clairement son existence et sa position , une large ouverture pratiquée dans cet endroit en accélère la guérison.
« Les indications à remplir ne sont donc pas les mêmes dans ces différents cas ; mais , dans tous , la sonde devient nécessaire, quelquefois même indispensable , pour l’évacuation des urines ; et comme elle doit rester à demeure pendant quelque temps dans la vessie , celle de gomme élastique est préférable à la sonde d’argent. Son introduction doit se faire avec toutes les précautions qu’on recommande à l’article de l’inflammation de la prostate.
» Lorsqu’il s’est formé un abcès, et qu’il promine dans l’urètre ou à l’entrée de la vessie, souvent on le
perce en introduisant la sonde , dont le bec s’engage
alors dans la poche qui contient le pus. On en est
averti par l’issue d’une plus ou moins grande quantité
de ce fluide, sans aucun mélange d’urine. Dans ce cas,
il faut attendre qu’il ne sorte plus de pus par la sonde,
pour la retirer de quelques lignes et la dégager de
cette fausse route ; puis on l’enfonce de nouveau, avec
l’attention d’en relever davantage le bec , afin d'é-
viter qu’il ne suive la même voie , et de le conduire
dans la vessie. Quand ledépôt s’est ouvert de lui-même,
le pus qui en sort se mêle aux urines et s’évacue avec
elles. Soit que cette ouverture se fasse dans l’urètre,
soit quelle réponde dans la vessie, il convient de
laisser la sonde à demeure , et d’en continuer l'usage
Jusqu’à ce que les urines cessent d’être purulentes.
Dans le premier cas , elle est nécessaire pour empê-
cher que l’urine, en traversant l’urètre , n’entre dans la cavité du dépôt, ne s’oppose à sa consolidation, et n’y forme des concrétions pierreuses ; dans le second cas, elle est utile pour pousser dans la vessie des injections légèrement détersives, injections qu’il faut faire deux fois par jour, et chaque fois à plusieurs reprises, laissant sortir aussitôt les premières , qui ne servent qu’à délayer le pus et nettoyer tant la vessie que la poche du dépôt; mais conservant la dernière, destinée à diminuer , par son mélange , l’âcreté des urines et à les rendre moins irritantes. Nous employons ordinairement , pour ces injections , une légère décoction d’orge , et nous prescrivons dans les mêmes vues une tisane diurétique adoucissante.
» Les rétentions d’urine produites par des concrétions pierreuses formées dans la prostate, n’ont point échappé aux recherches pathologiques du célèbre Morgagni. Il a trouvé plusieurs fois de ces pierres dans les cadavres, et il cite un grand nombre d’observations semblables, faites par ses prédécesseurs. Ces corps étrangers ont présenté beaucoup de variété dans leur nombre, leur situation, leur grosseur, leur figure et leur organisation intérieure. On a quelquefois rencontré plusieurs calculs dans la même glande. Dans quelques sujets , ils étaient contenus dans des cavités en forme de sinus creusés dans la prostate ; dans d’autres, ils se sont présentés à l’embouchure et le long du trajet des conduits éjaculatêurs. On en a vu qui avaient à peine la grosseur d’un grain de millet; on en a aussi trouvé qui excédaient celle d’une grosse cerise, tantôt lisses et arrondis, tantôt alongés et inégaux à leur surface. Les uns ont paru composés d’une matière semblable à du tuf , et ils étaient placés dans le milieu de la glande; d’autres ont semblé ii’être qu’un sperme épaissi et concret , et avaient leur siège dans les conduits éjaculatêurs ; mais le plus grand nombre étaient de la nature des vrais calculs urinaires, logés dans les sinus dont nous avons parlé. La formation de ceux-ci suppose toujours une crevasse de l’urètre ou de la vessie, à la suite d’abcès ou de rétentions d’urines anciennes, pour lesquelles on a négligé de faire porter pendant long-temps des sondes aux malades. L’urine, en passant par cette ouverture , s’épanche dans la poche de l’abcès, ou s’insinue dans le tissu des cellules de
la prostate , et , par une décomposition ou par une simple précipitation spontanée , y dépose les élémens de ces concrétions pierreuses. Ces calculs surviennent encore après les opérations de la taille au grand appareil latéralisé, lorsque la plaie s’est fermée extérieurement , avant d’être réunie intérieurement; d’où il résulte une espèce de fistule interne, où les urines par leur séjour et leur croupissement forment un dépôt salino-terreux ( urique ) qui, par l’addition de nouvelles couches, est susceptible d’un accroissement considérable.
» La présence des concrétions pierreuses dans la prostate n’est annoncée par aucun signe pathognomonique. L’urine retenue , l’éjaculation du sperme empêchée, ne sont que des symptômes communs à plusieurs autres affections de la prostate et de l’urètre. Le doigt introduit dans le rectum peut bien reconnaître l’augmentation du volume de cette glande , mais ne saurait faire distinguer la nature ni la cause de cette augmentation. Lorsque la pierre chatonnée dans la prostate présente une portion de sa surface à nu dans l’urètre , le choc de la sonde sur cette concrétion prouve bien l’existence d’un corps étranger; mais il laisse encore beaucoup d’incertitude sur le lieu que ce corps étranger occupe : il reste encore à déterminer s'il appartient à la vessie ou à la prostate. Car supposons que la sonde soit arrêtée par une portion saillante de la pierre enkistée dans la prostate , on peut douter si ce que l’on touche n’est point un calcul de la vessie engagé dans l’urètre ; et dans l’hypothèse où la
sonde , au lieu d’être arrêtée , glisserait sur un point à nu de la surface de la pierre, il est également dou teux si celle-ci est dans le bas-fond de la vessie près de son col, ou si elle est réellement logée dans la prostate.
» Au reste , cette incertitude dans le diagnostic n’en met aucune dans l’indication à remplir. En effet , soit que le calcul ait son siège dans la prostate ou dans la vessie , ou bien qu’il soit engagé dans le col de ce viscère, on doit chercher à l’extraire, et la même opération convient à l’un et à l’autre cas. Cette opération consiste à faire une incision au périnée et dans la prostate , telle qu’on la pratique dans la taille au grand appareil latéralisé. La pierre est-elle dans la vessie , cette incision en rend l’extraction facile , le corps étranger est-il enkisté dans la prostate , cette incision est la seule favorable pour le dégager et procurer sa sortie. Il peut arriver , il est vrai , que la plaie ne réponde pas exactement au lieu qu’occupe la pierre dans la prostate ; mais , dans ce cas , après s’être assuré de sa véritable situation avec le doigt porté dans la plaie , on peut fendre avec la pointe du bistouri l’espèce de cloison comprise entre l’incision et le kiste de la pierre , la dégager ensuite , et l’extraire facilement.
» Une autre cause plus fréquente de la tuméfaction de la prostate est le gonflement variqueux de ses vaisseaux et de ceux qui rampent dans le tissu cellulaire qui l’unit au col de la vessie et au commencement de l’urètre. L’anatomie apprend que ces vaisseaux forment un plexus très-sensible à l’œil , même dans l é-
tat naturel , et sans le secours des injections. Ce plexus vasculaire est susceptible d’une dilatation considérable , et souvent il présente des espèces de nodosités saillantes dans le col de la vessie , et semblables à celles que forment les varices situées dans les autres parties du corps. Dans cette maladie , la prostate augmente moins de volume proportionnellement que ses enveloppes. Leur tissu est tantôt mou et spongieux , tantôt dense et dur, selon que l’engorgement est récent ou ancien ; enfin , ce gonflement variqueux de la prostate présente les mêmes variétés que les tumeurs héinorrhoïdales , avec lesquelles il a beaucoup d’analogie, et qui le compliquent très-fréquemment. L’un et l’autre de ces états contre nature sont aussi souvent l’effet que la cause de la rétention d’urine et de la constipation : rien ne contribue autant à leur naissance que les efforts que les malades font pour uriner et pour aller à la garde-robe. La contraction violente des muscles abdominaux , en comprimant fortement les viscères contenus dans le bas-ventre , et rendant ainsi difficile le retour du sang par les vaisseaux iliaques et mésentériques , produit une stase sanguine dans les veines du périnée , et par une suite nécessaire, l’engorgement de tous les viscères situés dans cette région. Or ,* dans ce cas, le gonflement variqueux de la prostate est consécutif à la rétention d’urine , qu’il entretient à son tour. Souvent aussi la tuméfaction de cette glande précède la rétention d’urine, dont elle est la cause primitive. Cette disposition n’est pas rare chez les vieillards , et même chez les jeunes gens
qui se sont livrés avec excès aux plaisirs de l’amour ; ou qui ont abusé des liqueurs spiri tueuses. Elle est aussi très-fréquente chez les personnes qui ont eu plusieurs gonorrhées , chez celles qui ont eu des hémorrhoïdes compliquées d’obstruction dans le bas-ventre.
» On reconnaît que la rétention d’urine n’est due qu’à r état Variqueux de la prostate , i°. par la réunion des signes communs à la tuméfaction de cette glande; 2°. par la lenteur avec laquelle s’est faite la rétention , ordinairement précédée de difficulté d’uriner., dont l’augmentation progressive a été marquée par des sortes de paroxysmes plus ou moins considérables , toutes les fois que le malade a monté à cheval ou en voiture , ou qu’il s’est livré à quelque exercice, ou enfin qu’il a pris quelques liqueurs échauffantes , ou des alimens capables de produire le même effet; 3°. par l’indolence ou le peu de sensibilité de la tumeur formée par la prostate , disposition qu’on reconnaît en comprimant cette glande avec le doigt introduit dans le rectum; 4°. par l’absence des cuissons , quand les urines traversent le canal , et des signes propres aux autres espèces de gonflement de la prostate , et par la présence de quelques-unes des causes prédisposantes dont on a fait plus haut l’énumération.
Lorsque les urines sont totalement retenues , il est urgent de leur donner issue par l’introduction de la sonde ; mais cette opération n’est pas toujours facile, même pour la main la plus exercée.’ Les règles et les précautions qu’on a posées pour le cas de Fin-
flammation de la prostate trouvent encore ici leur application : c’est surtout lorsque le gonflement de cette glande est variqueux, qu’il faut préférer les grosses sondes aux petites, et les sondes de gomme élastique aux cathéters ou algalies, moins exempts d’inconvéniens lorsqu’ils doivent rester à demeure dans la vessie.
» Quand la sonde se trouve arrêtée par le rétrécissement de la portion de l’urètre qu’embrasse la prostate , au lieu de la retirer pour faire de nouvelles tentatives , il vaut mieux , lorsqu’on est certain que son bec répond à la direction de l’axe du canal , l’appuyer avec force contre l’obstacle , et la soutenir dans cette position : la pression que le bec exerce sur les parois tuméfiées de l’urètre], les affaisse , en dissipant l’humeur qui les engorge , et donne la facilité d’enfoncer la sonde plus avant dans une seconde tentative. En continuant ainsi , on arrive enfin plus tôt ou plus tard dans la vessie. C’est dans les mêmes vues que l’on s’est servi des bougies de corde à boyau. Après avoir introduit une de ces bougies dans le canal, jusqu’à la partie rétrécie, on la fixe par les moyens connus. Gonflée par l’humidité de l’urètre , elle écarte et comprime les parois de ce canal , et permet à une nouvelle bougie de pénétrer plus avant. Lorsque Desault n’avait pas encore acquis cette grande habitude de sonder , qui , plus tard , lui fit franchir avec sûreté tous les embarras de cette nature , il se servait , même avec succès, de ces bougies de corde à boyau. Mais elles ont l’inconvénient, i°. d’agir trop lentement,
surtout lorsque les accidens dépendans de la rétention sont urgens; 2°. d’être trop roides quand on les introduit , et de se prêter difficilement aux différentes courbures de l’urètre , ce qui rend quelquefois leur introduction douloureuse ; 3°. de ne pouvoir servir deux fois de suite; 4°» d’être obligé de les retirer et de les renouveler toutes les fois que le malade veut uriner , ce qui nécessite l’emploi d’un grand nombre de ces sondes, et beaucoup d’assiduité de la part du chirurgien.
» Il arrive quelquefois que la sonde, en heurtant contre quelques vaisseaux dilatés dans le canal , les déchire, et produit un écoulement de sang plus ou moins abondant. Cet accident , loin d’être nuisible , est souvent utile : c’est une saignée locale qui dégorge ces vaisseaux, et rend l’entrée de la sonde plus facile. Quand cet écoulement de sang par l’urètre n’a pas lieu , et que l’on ne peut réussir à introduire la sonde, on conseille d’appliquer des sangsues au périnée , ou de désemplir les vaisseaux par une ou deux saignées du bras. Ces moyens, sans avoir la même efficacité que si le sang était tiré immédiatement de la partie engorgée, ont cependant été quelquefois employés
avec succès.
» Après avoir évacué les urines au moyen de la sonde, il faut la laisser à demeure dans la vessie. Sa présence dans l’urètre devient nécessaire pour dissiper l’engorgement de la prostate , et celui de la portion du canal qui la traverse. On doit même en continuer l’usage pendant long temps, la nettoyer tous les huit à
dix jours (j e crois qu’il serait encore mieux ton s les deux à trois jours), et la remplacer par une nouvelle, toutes les fois qu’elle est altérée ou incrustée de dépôt urique. On ne peut guère espérer une guérison parfaite avant six semaines ou deux mois de traitement , et l’on ne doit pas oublier que la maladie est sujette à récidive. Il est prudent , pour la prévenir , de ne pas interrompre tout à coup l’usage de la sonde, et d’assujettir les malades à la porter encore quelque temps pendant la nuit, même après leur guérison apparente.
» Lorsqu’on réfléchit sur l’analogie qui existe entre le gonflement variqueux de la prostate et l’engorgement de même nature qui survient si fréquemment aux jambes, on voit que les mêmes principes sont applicables à leur traitement. Or, l’expérience a prouvé qu’on ne guérissait celui-ci que par une compression très-exactfe et long-temps continuée. C’est aussi en partie par le même mécanisme que les sondes agissent. Cette considération avait fait imaginer des bougies de plomb. On avait pensé qu’étant plus dures, elles devaient comprimer plus fortement, et que leur effet devait être et plus prompt et plus marqué. Mais ces bougies ne peuvent, comme les sondes de gomme élastique , livrer passage aux urines ; elles n’ont pas assez de solidité pour surmonter les obstacles du canal, et , quoique flexibles, elles sont trop dures pour se mouler exactement aux courbures de l’urètre. On a d’ailleurs à craindre qu’en comprimant trop quelques points de ce canal , elles n’y produisent des escarres, qui ne tarderaient pas à devenir gangréneuses.
À u surplus, ce n'est pas à la compression seule qu’est dû le succès des sondes : leur séjour dans le canal attire dans cette partie et dans la prostate une sorte d’irritation qui peut beaucoup contribuer à leur dégorgement. En effet, cette légère inflammation est bientôt suivie d’un écoulement puriforme plus ou moins abondant ; d’où résultent peut-être l’affaissement et l’oblitération des vaisseaux et des cellules dilatées: tandis que la sonde , tenant l’urètre dilaté pendant ce travail de la nature , entretient et conserve la liberté de ce conduit. Nous ne donnons, au reste, cette explication que comme une conjecture qui ne manque ni de vraisemblance ni de probabilité.
j> Le gonflement et l’induration squirreuse de lapros* tateest une autre maladie très-commune aux vieillards, et à ceux qui ont eu un grand nombre de gonorrhées. Elle n’est cependant pas toujours le produit du vice vénérien : les vices dartreux et psoriques peuvent aussi lâ déterminer; elle est même quelquefois l’effet caché d’une disposition scrofuleuse. La grosseur et la dureté de cette glande varient beaucoup selon la durée de l’engorgement. Souvent on l’a trouvée presque aussi dure qu ’un cartilage ; plus fréquemment son tissu avait l'aspect couenneux , et paraissait rempli d’une espèce de lymphe épaissie; quelquefois elle a présenté un volume double et triple de son volume naturel ; J. L. Petit dit même l’avoir vue aussi grosse que le poing. Tantôt on n’a trouvé qu’une portion de cette glande squirreuse, tantôt tout son corps était affecté de la même induration.
35û CHAP. XI. DU GONFLEMENT
« Le diagnostic de cette maladie se tire des signes communs à la tuméfaction de la prostate, joints aux signes commémoratifs des causes éloignées et prochaines de son engorgement. Le doigt introduit dans Tamis peut aussi faire distinguer la dureté de cette glande, et cette introduction est peu douloureuse.
» Lorsque cet engorgement n’est pas très-ancien et que sa cause est syphilitique , le pronostic est moins fâcheux que lorsque la maladie est compliquée de scrofules, ou qu’elle dépend de toute autre cause humorale difficile à combattre. Quand la glande a la dureté des cartilages, son organisation est détruite, et il ne reste aucun espoir de guérison.
» La rétention d’urine étant un symptôme ordinaire des squirres de la prostate , l’introduction de la sonde devient encore si nécessaire, et cette opération présente souvent plus de difficultés que dans les autres espèces de gonflement de la prostate. La dureté de la glande ne lui permettant pas en cette circonstance de céder à la compression, les sondes d’un petit diamètre réussissent mieux que celles qui ont plus de grosseur : il arrive même souvent qu’obligé d’employer beaucoup de force pour écarter les parois du canal, et le stylet dont on garnit les sondes de gomme élastique n’offrant pas assez de solidité , le chirurgien est forcé de se servir d’un cathéter ou algalie d’argent , de la grosseur de ceux dont on se sert pour les enfans. Quelquefois même, malgré la petitesse de Talgalie, on ne peut la faire pénétrer qu’en la tournant comme line vrille dans le canal de l'urètre : mais, en
exécutant ce mouvement, il est très-essentiel de ne pas perdre de vue la direction du canal , à laquelle doit toujours répondre le bec de la sonde. Quand cet instrument est parvenu dans la vessie, on F y fixe avec deux cordonnets, attachés aux anneaux de son pavillon. , qu’on fait passer sous les fesses , pour les assujettir, l’une à droite et l’autre à gauche, aux parties latérales d’un bandage de corps. 11 est inutile d’employer d’autres cordonnets pour tirer la sonde en devant ; car ce n’est qu’en remontant dans cette direction qu’elle peut sortir de la vessie. Après avoir porté cette algalie pendant deux ou trois jours , le canal , déjà plus libre, permet ordinairement de la remplacer par une petite sonde de gomme élastique. Celle-ci s’introduit plus facilement lorsqu’elle est garnie de son stylet. On la fixe par des fils de coton, noués sur la peau de la verge, ou sur le gland. On laisse cette nouvelle sonde deux à trois jours, au bout desquels on en place une troisième plus grosse, et, après le même espace de temps, une quatrième et même une cinquième , qui doivent être progressivement plus grosses , jusqu’à ce qu’on ait rétabli le calibre naturel du canal. Enfin, on ne cesse l’usage de ces sondes, que lorsque l’espèce de suppuration qui s’est établie dans Furètre est tarie, et que l’on sent , par le doigt introduit dans le rectum, la prostate réduite à son volume ordinaire ; ce qui n’arrive guère que vers le trentième ou quarantième jour du traitement , et quelquefois plus tard. D’ailleurs , on emploie intérieurement les remèdes fondans appropriés à la cause connue de la
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maladie, tels que les antisyphilitiques, les antiscrofuleux, les antidartreux, etc.
» Nous ne parlerons point ici des bougies prétendues fondantes , proposées pour ces sortes d’engorgeïïiens , i°. parce que nous les croyons inutiles et insuffisantes; 2°. parce que nous leur destinons un article séparé , où nous les mettrons en parallèle avec les sondes de gomme élastique.... »
Quand la tuméfaction de la prostate vient à la suite 'd’une blennorrhagie mai traitée , ou d’une suppression de cet écoulement , il faut employer d’abord , pour rappeler l’écoulement , tous les moyens recommandés dans les chapitres précédons, et, s’ils ne réussissent pas, avoir recours à l’inoculation de la blennorrhagie.
La maladie de la prostate est souvent accompagnée d’une fistule, qui s’ouvre dans le périnée , avant la glande, quoique la source de cette fistule soit derrière cette partie.
Si la maladie est récente, et si le malade est jeune, nous pouvons appliquer avec succès les frictions mercurielles faites au périnée et à l’intérieur des cuisses , ou un séton , ou des vésicatoires à plusieurs reprises au périnée , sans oublier les bougies et l’usage interne de la ciguë à grandes doses. Quand le mal est invétéré , et que la glande est devenue squirreuse , ou qu’elle a formé une excroissance fongueuse, comme cela est arrivé dans le cas du docteur Fothergill, cette maladie devient, surfont dans les personnes âgées, généralement fatale.
DE LÀ GLANDE rilOSTÀTE.
On a recommandé , dans la tumeur chronique de cette glande, la décoction de l’écorce de la racine du Daphné mezereum , prise à l’intérieur , et l’usage des bougies, ou l’application d’un peu d’huile de térébenthine à l’extérieur , conjointement avec les bains de mer : je ne sais pas si ces remèdes ont jamais eu quelque succès. Les clystères avec l’opium sont les meilleurs palliatifs pour cette maladie: mais ils sont souvent nuisibles aux malades , en occasionnant une constipation : dans ce cas , l’extrait de jusquiame employé de temps en temps par la bouche ou par l’anus, est préférable. On a observé que la ciguë donnée à grandes doses, et pendant long-temps , a procuré beaucoup de soulagement. '
Dans des cas rebelles, je conseillerais l’application d’un cataplasme fait avec la poudre de la digitale , ou de la belladona et un peu de farine, et en même temps l’administration de l’une ou de l’autre de ces plantes à l’intérieur.
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