‹ Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiquesChapitre 47 sur 52 · CH AP. XIÏ. DES ULCÈRES ET FISTULES SYPHILIT · texte numérisé non relu

CH AP. XIÏ. DES ULCÈRES ET FISTULES SYPHILIT

qu'il soit convenable d’employer le mot vénérien pour caractériser ces ulcères; car ]e ne veux pas qu’on perde de vue l'observation que j’ai déjà faite , qu’il peut naître des ulcères dans les parties génitales , à la suite de l’acte vénérien , sans qu’ils proviennent du virus spécifique qu’on appelle proprement syphilitique. Cette distinction est aussi importante qu’elle est négligée dans la pratique.

Je pense que les considérations qui m’ont engagé à changer l’ancienne nomenclature dans différens endroits de ce traité, frapperont ceux de mes lecteurs qui sont accQutumés à réfléchir.

La manière la plus générale dont se communique le virus syphilitique étant la jonction entre les deux sexes, les ulcères syphilitiques paraissent d’abord sur la surface la plus irritable mise en contact : ainsi on les observe en générai sur la surface interne du prépuce , à la couronne du gland, sur le frein, sur le gland même chez les hommes, plus rarement sur la surface externe du prépuce, sur la peau de la verge, sur le scrotum , sur les cuisses , etc. ; et chez les femmes , sur la surface interne ou externe des grandes lèvres , sur le clitoris , sur les nymphes , dans le vagin , sur les cuisses , ou bien sur les lèvres, sur la langue , etc.

Le virus syphilitique n’agit jamais ( du moins de nos jours en Europe ) sur une personne saine, que lorsque le fluide infecté de son miasme est appliqué sur quelque partie du corps, et qu’il y reste un certain temps pour agir. Sur quelque partie de la surface du corps (pie ce fluide soit placé, il y produira un ulcère;

CHAP. XII. DES ULCERES

mais on conçoit qu’il agira d’autant plus aisément et plus rapidement, que cette partie sera plus irritable ; que le fluide sera moins exposé à être enlevé, et que le mucus sécrété par la partie l’y retiendra davantage, sans être cependant assez abondant pour produire une blennorrhagie.

Aussi observe-t-on très-fréquemment que les ulcères syphilitiques naissent sur les surfaces rouges, humides ou sécrétoires du corps , tandis qu’on en voit plus rarement sur la surface blanche ou sèche de la peau, et rarement aussi sur celles où il se fait une trèsgrande sécrétion de mucus , comme dans le canal de l’urètre ou dans le vagin; car ce mucus, en délayant le virus, en affaiblit l’âcreté et défend les parties contre la corrosion. Ce que je viens de dire s’applique non-seulement aux ulcères syphilitiques qui proviennent d’une infection primitive ou originaire , mais aussi aux ulcères qui naissent sur les parties génitales ainsi que dans la gorge , dans la bouche , ou sur la surface du corps ; d’une infection secondaire , ou de ce qu’on appelle communément une infection générale ou constitutionnelle du corps.

Cette distinction entre les ulcères primitifs et secondaires , ou, comme quelques auteurs les appellent encore, les ulcères locaux et universels , est d’une grande importance dans la pratique , parce que les ulcères syphilitiques récens de Ja première espèce peuvent souvent être guéris par les seuls topiques, ou qu’au moins ils n’exigent que la combinaison de ces remèdes avec de petites doses de mercure à l’intérieur; tandis que

ET FISTULES SYPHILITIQUES. '35j

ceux de la dernière espèce ne se guérissent radicalement que par un traitement mercuriel complet.

J’ai déjà dit que les ulcères syphilitiques primitifs paraissent communément sur le frein ou à coté du frein , derrière ou sur la couronne du gland , sur le gland même , ou sur la surface interne du prépuce ; qu’ils sont plus rares sur la surface de la verge, sur le scrotum , etc. J’ai observé , dans le chapitre sur la blennorrhagie, que le virus syphilitique logé derrière la couronne du gland , y produit quelquefois une inflammation avec un écoulement de l’humeur des petites glandes qui sont situées dans cette partie; que cet écoulement était le plus ordinairement sans ulcération: j’ai appelé cette maladie blennorrhagie du gland ( blennorrhogia halani). Si la surface interne du prépuce devient le siège du virus , elle s’endurcit , se gonfle et s’épaissit, et il en résulte des ulcères quelquefois accompagnés d’un phimosis ou d’un paraphimosis.

D’après ce que je viens de dire , on voit que les parties génitales peuvent être affectées d’ulcères de nature très-différente selon la cause qui les . engendre ; ainsi ces ulcères peuvent être syphilitiques, herpétiques, scorbutiques, mercuriels, phagédéniques, etc.

— Il est difficile de dire de quelle nature ont été les ulcères des parties génitales dans l’un ou l’autre sexe, dont les anciens médecins grecs, latins et arabes ont fait mention dans leurs ouvrages.

Ce n’est pas par les caractères externes seuls qu’on

CHAP. XII. DES ULCÈRES

peut de'couvrir la nature et distinguer les differentes espèces d’ulcères dont nous venons de parler : à l’ins pection et au coup d’œil pratique , il faut joindre une étude approfondie de la maladie , un examen attentif de l’état actuel du malade, de sa constitution, des circonstances passées, des remèdes, et du régime qu’il a suivi ; cependant les signes suivans peuvent guider notre jugement.

Les ulcères syphilitiques se reconnaissent en général par des bords durs et calleux , par la croûte blanche, mollasse ou couenneuseou sale muqueuse, dont leur base est couverte, par la rougeur plus intense de la peau à F entour de l’ulcère, par leur tendance continuelle à s’étendre et à corroder, et parce qu’ils ne guérissent que par le secours de l’art et par le moyen du mercure. Mais le symptôme qui paraît être le caractère spécifique des ulcères syphilitiques , est un certain épaississement ou une sorte de callosité des parties attaquées, qui les accompagne constamment. Enfin ces signes acquièrent plus de force, sije malade sait et convient qu’il s’est précédemment exposé à l’infection. • *

Les ulcères non syphilitiques se distinguent des ulcères syphilitiques par les signes diagnostics suivans :

i°. Ils ont une apparence différente.

2°. Ils restent souvent stationnaires sans s’étendre et sans corroder les parties environnantes : ou bien , s’ils sont d une nature corrosive-, ils s’étendent en

général plus en profondeur , pendant que les ulcères syphilitiques s’étendent en général pins superficiellement.

3°. ils disparaissent souvent d’eux-mêmes, par des soins de propreté, sans le secours de l’art.

4°. Ils paraissent seulement pendant l’usage du mercure.

5°. Iis empirent pendant l’usage du mercure , soit à l’extérieur, soit à l’intérieur.

6°. Ils ont été déjà traités précédemment sans succès , par le moyen du mercure.

y0. Ils sont d’une sensibilité exquise.

8°. Tout le corps est dans un état d’asthénie ou de faiblesse générale , et la partie affectée d’où découle une matière ichoreuse est molle et relâchée.

9°. Ou il existe enfin des symptômes d’autres maladies , telles que le scorbut , la lèpre , les dartres , les scrofules, ou autre cachexie ou cacochymie , soit seules, soit compliquées avec la maladie syphilitique.

On croit avoir observé que les ulcères syphilitiques qui viennent à la surface sèche ou blanche de la peau, donnent plus promptement lieu à l’absorption du virus que les mêmes ulcères, quand ils attaquent une surface humide et rouge ( i ). J’ai observé du moins constamment que le virus produit toujours des symp-

(i) J’entends par surface sèche ou blanche de la peau la plus grande partie des tégumens du corps , couverts de l’épiderme sec et lamelleux , et par surface humide et rouge celle qui n’a point le meme épiderme, et qui, n’étant recouverte que d’une pellicule trans-

» CHAP. XII. DES ULCÈRES

tomes et des ravages plus violens, quand l’absorption se fait par les ulcères de la première espèce, que lorsqu’elle se fait par ceux de la seconde.

Le temps que met le virus à agir pour produire les ulcères syphilitiques diffère, en raison non-seulement de la structure particulière de la partie, ainsi que de l’état de la santé et de la constitution du malade , mais peut-être encore de la qualité du virus même , quoique cette proposition ait été niée par plusieurs écrivains modernes. En effet, quand nous considérons avec attention la différence si remarquable dans la violence et la rapidité des effets que produisit le virus syphilitique sur des constitutions saines et vigoureuses , au moment de son apparition en Europe , avec les effets qu'il produit aujourd'hui, et si nous remarquons surtout les ravages que le même virus exerce à présent chez des nations où il était absolument inconnu , comme nous avons eu occasion de le voir récemment dans le Canada ( voyez vol. II , chap. XV ), et dans différentes îles de l’Océan pacifique, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que les symptômes plus ou moins graves delà maladie syphilitique peuvent, au moins quelquefois, provenir de la qualité plus ou moins âcre de ce virus.

Les ulcères syphilitiques paraissent en général sur

parente ( epithelium ) , laisse voir la couleur du sang, et est toujours humectée , comme elle l’est aux lèvres, à la vulve , au ;glandj, et au canal de l’urètre , et dans toutes les ouvertures 4où l’épiderme ïc replie vers l’intérieur du corps. J

la surface rouge ou humide des parties génitales , le deuxième ou troisième jour après un coït impur : cependant j’ai vu des cas où ils ont paru douze heures , et d’autres où ils n’ont paru que sept à huit jours après le coït ; tandis que ceux qui viennent sur quelque partie de la surface sèche du corps paraissent rarement avant vingt ou trente jours. Dans le cas des ulcères sur une partie humide, la maladie commence généralement par une démangeaison et par de petites pustules ou vésicules transparentes , remplies d’une humeur limpide, et que quelques écrivains ont nommée pour cette raison Crysialine. La pellicule de ces pustules se détruit ou se rompt bientôt par la démangeaison, et il paraît un ou plusieurs ulcères, dont la base est couverte d’une mucosité ou d’une croûte lardacée, et qui s’étendent moins en profondeur qu’en superficie. Dans le cas des ulcères sur une partie sèche , quand un ulcère syphilitique primitif se forme sur le corps delà verge, sur le scrotum, ou sur la peau couverte d’épiderme sec, il s’annonce par une pustule ronde, dure et rouge , qui ne s’enflamme en général que lentement, et qui s’ulcère à la fin en rendant une humeur claire et ichoreuse.

Il y a d’autres ulcères malins, opiniâtres, rongeans, qui naissent quelquefois aux parties génitales des deux sexes , et qu’il ne faut pas confondre avec les ulcères syphilitiques, parce qu’ils exigent un traitement toufà-fait différent. Plusieurs espèces de ces ulcères ont été déjà bien connues des anciens, comme j’ai remarqué plus haut, et décrites particulièrement par Celse

CHAP. XIÎ. DES ULCÈRES

sous le nom d’ulcères phagédéniques du membre viril. La nature de ces ulcères est fort différente des ulcères syphilitiques , et ils sont très- sujets à ronger en profondeur et à détruire le gland , l’urètre , et même les corps caverneux de la verge. Je crois m’être aperçu que ces ulcères ont; ou prennent souvent leur siège, au commencement , dans le corps d’une ou de plusieurs glandes de la couronne du gland , et que, quoique peut-être quelquefois d’une origine syphilitique , ils sont souvent d’une nature très-maligne, ou ils proviennent de l’abus du mercure , et exigent par conséquent un traitement très-différent des ulcères syphilitiques ordinaires.

Il y a une autre espèce d’ulcère, également connue des anciens, qui vient quelquefois sur le gland de la verge, et qui produit très-promptement la mortification de cette partie. Sa nature paraît n’avoir rien de commun avec le virus syphilitique , qui cependant même aujourd’hui , produit quelquefois le même effet.

11 est à propos de répéter ici qu’en lisant les anciens auteurs grecs et latins, il faut se souvenir qu’ils donnent en général le nom de Cancer à ce que nous appelons aujourd’hui gangrène ou mortification , et qu’ils appliquent le mot Carcinoma à la maladie que nous appelons cancer.

Mais ce ne sont pas les organes de la génération seuls qui sont sujets aux ulcères syphilitiques primitifs. Toute autre partie du corps peut devenir le siège de ces ulcères, quand cette partie a été exposée au

contact immédiat d’un ulcère syphilitique, ou de la matière imprégnée de ce virus. Les parties d’un corps sain , surtout les doigts et les mains , sont beaucoup plus sujettes à en être attaquées gravement , lorsqu’il y a une écorchure, une égratignure, une fissure ou une plaie quelconque.

Je connais un exemple remarquable d’une semblable infection. Un homme s’étant blessé au doigt par accident avec un canif, s’exposa le même soir à l’infection, sans soupçonner qu’il eût à craindre aucune conséquence fâcheuse. La blessure se changea , au bout de deux jours, en un très-mauvais ulcère syphilitique , accompagné d’une tumeur dure et opiniâtre de tout le bras , et d’une tumeur de glande sous l’aisselle, et suivi des symptômes d’une infection générale.

Les médecins, chirurgiens et accoucheurs sont le plus sujets à cette sorte d’infection, et ils ne peuvent prendre trop soin de se laver les mains après avoir touché des malades , surtout ceux qui leur sont suspects. Je recommande même à tous ceux de mes malades qui ont les parties génitales affectées de quelque maladie syphilitique, la plus grande propreté pour euxmêmes ; car , quoiqu’on ait soutenu dernièrement le contraire, il me paraît toujours probable que le fluide syphilitique d’une partie malade est dangereux pour le malade même , quand il est appliqué à quelque autre partie de son corps.

J’ai vu certainement plusieurs exemples fort tristes de praticiens , surtout d’accoucheurs , qui ayant par accident une plaie quelconque à la main , ou négii-

36 £ CHÀP. XIÎ. DES ULCÈRES

géant de se laver soigneusement , ont eu le malheur d’être attaqués d’ulcères syphilitiques à la main ou au bras. J’ai vu arriver la même chose aux anatomistes, disséquant des cadavres infectés de la syphilis. Les effets du virus appliqué de cette manière ont été, dans tous ces cas , beaucoup plus violens et plus opiniâtres que lorsque la surface rouge des parties génitales en est le siège. J’ai connu une sage-femme qui , ayant été infectée de cette manière, souffrait encore, il y a plusieurs années, des suites de cette malheureuse infection. Un accoucheur, qui délivra à Londres, en 1779, une femme infectée, eut une tumeur à la glande lymphatique située dans l’intérieur du bras , et un gonflement des glandes lymphatiques des aisselles, accompagné des symptômes les plus violens et les plus rebelles. Le docteur Maccaulay , habile accoucheur , a aussi beaucoup souffert d’une semblable infection ; et quoiqu’il ait fait usage des meilleurs remèdes, il 11’était pas encore guéri après plusieurs années de souffrance.

Quoique j’aye examiné avec l’attention la plus scrupuleuse tous les cas de ce genre, je n’ai jamais pu découvrir , dans la constitution des malades , aucune cause particulière qui pût donner lieu à des symptômes si violens. J’ai connu deux hommes qui ont eu , avant et après un ulcère sur les parties sèches, des ulcères syphilitiques sur les parties rouges et humides du corps , et le virus n’y a produit que les symptô mes ordinaires. Il me semble donc probable que , pour exciter des ulcères syphilitiques primitifs sur les

parties couvertes d’épiderme, ou sur la surface blanche et sèche du corps , il faut, ou que le virus soit extrêmement âcre de sa nature, ou qu’il produise de plus violens effets par la raison qu’il est appliqué à une surface couverte d’épiderme, où il n’y a pas de mucus ou des humeurs pour le délayer ou pour défendre les parties de son acrimonie. Nous observons du moins très-rarement que les ulcères syphilitiques primitifs qui sont situés sur des surfaces humides ou rouges, et même les ulcères syphilitiques secondaires qui naissent sur quelque endroit que ce soit de la surface du corps, soient accompagnés de symptômes aussi violens et aussi rebelles.

Les femmes sont également sujettes aux ulcères syphilitiques aux parties génitales; plais lorsqu’elles en sont attaquées, les conséquences en sont rarement aussi dangereuses que chez les hommes. Leur manière de vivre plus sobre ,. l’irritabilité moins forte et la structure différente de leurs parties génitales externes , la grande quantité de mucus dont ces parties sont abreuvées, qui les rend d’ailleurs plus exposées à la blennorrhagie , empêchent les progrès rapides et violens des ulcères syphilitiques. J’ai vu cependant quelquefois, surtout dans les hôpitaux, ces ulcères tomber en mortification , lorsqu’il survenait une fièvre ou quelque autre complication.

Le siège de ces ulcères , chez les femmes , se trouve surtout dans les grandes lèvres , le raphé , les nymphes, plus rarement dans le vagin ou l’utérus.

La plupart des praticiens routiniers, ainsi que je

Page 1