‹ Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiquesChapitre 48 sur 52 · GG · texte numérisé non relu

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l'ai dit plus haut , regardent comme syphilitiques tous les ulcères qui naissent sur les parties génitales. C’est presque toujours après l’examen le plus superficiel qu’on prononce ainsi sur leur nature , et qu’on les traite comme tels. J’ai remarqué plus haut qu’on tombait souvent dans la même méprise à l’égard des blennorrhagies ; mais il y a cette différence, que l’erreur commise à l’égard des ulcères entraîne des conséquences beaucoup plus sérieuses , puisque la nature d’un ulcère étant mal connue, conduit nécessairement à un mauvais traitement , et occasionne souvent ainsi la destruction des parties génitales , et quelquefois même la mort. Il est cependant bien facile de se convaincre qu’il existe de nos jours, comme du temps des Grecs et Romains , des ulcères des parties génitales des deux sexes, qui, quoique provenant de la copulation , et se communiquant par le contact, ne sont point de nature syphilitique et proviennent d’une acrimonie ou d’un miasme d’une nature trèsdifférente. Sans prétendre déterminer la qualité ou la nature des différentes acrimonies qui naissent dans la masse du sang dans différentes maladies, au moins nous connaissons les faits; nous voyons souvent des humeurs âcres de la masse du sang , rejetées sur la surface du corps , y produire une grande variété de maladies cutanées. Il n’y a pas un praticien éclairé qui osât sérieusement attribuer toutes ces maladies à une seule cause ou acrimonie. N est-il donc pas étonnant de voir nos praticiens en générai prononcer si légèrement sur la nature de tous les ulcères des parties

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génitales? Est-ce que les parties des deux sexes sont exemptes d’être attaquées de pareils dépôts? Nous voyons tous les jours des femmes très-sages être sujettes à des écoulemens par F utérus ou par le vagin; et dans plusieurs cas, ces écoulemens sont si âcres, ^qu’ils corrodent même les cuisses des malades. Je fus consulté , il y a quelques années, par une femme attaquée d’un écoulement parle vagin , avec des symptômes que plusieurs praticiens qu’elle avait consultés prononçaient être d’une nature cancéreuse : la malade n’avait certainement aucun symptôme syphilitique ; cependant le chirurgien qui examina celte femme dans le même temps , et qui n’eut pas soin de se laver après cet examen , eut un des doigts attaqué d’un ulcère très-opiniâtre qui dura plusieurs mois. Je connais plusieurs chirurgiens qui , ayant touché imprudemment les ulcères herpétiques de leurs malades, eurent leurs doigts ulcérés. Un médecin sans préjugés pourra-t-il croire que les parties génitales d’un homme cohabitant avec une telle femme ♦

seront à l’abri de l’infection, parce que l'écoulement n’était pas d’une nature syphilitique? La chimie moderne jetera sans doute quelque lumière sur la nature inconnue de ces acrimonies : je remarquerai en attendant que la matière qui forme l’écoulement dans plusieurs maladies des femmes change en rouge la couleur du papier hleu , et donne des marques évidentes d’acidité. Cette matière âcre agirait-elle moins étant appliquée sur les parties génitales d’un homme , et pourrait-on dire qu’un sujet qui a des ulcères ou

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des excoriations produites par cette cause , est attaqué d’ulcères syphilitiques? Non, certainement. Les mêmes causes et les mêmes acrimonies qui peuvent produire différentes blennorrhagies, quand elles sont appliquées à la cavité de l’urètre ou du vagin , peuvent produire aussi différens ulcères , lorsqu’elles sont appliquées à la surface des parties génitales.

Si l’on veut appeler ces ulcères vénériens , parce qu’ils sont la suite d’un coït impur , il faut convenir alors que ce mot doit avoir une autre acception que celle qu’on lui donne ordinairement en médecine, et que ces ulcères sont réellement bien distincts de ceux qui dépendent du virus syphilitique.

Nous trouvons très-exactement décrits dans plusieurs auteurs anciens, comme j’ai fait remarquer au premier chapitre de cet ouvrage , des ulcères, des pustules, des dartres des parties génitales, avant que la syphilis parût en Europe. Ces maladies se communiquaient fréquemment , selon l’observation de ces mêmes auteurs, par le coït : cependant elles ne paraissaient pas avoir été de nature syphilitique; car elles se guérissaient sans mercure, et elles n’étaient pas accompagnées des symptômes que produit le virus syphilitique lorsqu’il a été absorbé dans la masse du sang, et qui caractérisent la maladie que nous appelons syphilis. Ne voyons-nous pas souvent des ulcères aux parties génitales durer plusieurs semaines, et même pendant des mois , sans produire ni des bubons , ni d’autres symptômes d’infection générale , précisément comme cela arrivait avant l’apparition de la

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maladie syphilitique? Ne voyons-nous pas tous les jours des ulcères de ces mêmes parties qui, au lieu de céder au mercure, empirent évidemment pendant son usage? Enfin, pouvons-nous toujours prononcer qu’un ulcère est syphilitique, simplement parce qu’il a disparu pendant l’usage du mercure ?

Ce que je viens d’observer concernant les ulcères des parties génitales des deux sexes est également applicable aux ulcères de la bouche, de la gorge, de la langue, etc. J’ai vu ces ulcères se terminer par la gangrène et par la mort, parce qu’on s’était trompé sur leur nature , et qu’on les avait traités comme vénériens; et ce que j’ai dit des ulcères récens des parties génitales et des autres parties du corps, s’appliquera également aux ulcères anciens , qui , quoique réellement syphilitiques dans leur origine, prennent souvent, pendant le traitement mercuriel, une apparence différente , et perdent à la fin entièrement leur caractère syphilitique. Au lieu de se cicatriser, comme ils semblaient être près de le faire , ils commencent à rendre une matière claire et ichoreuse: ils deviennent douloureux, très-irritables et rongeans; et si le praticien insiste imprudemment sur l’usage du mercure, il expose le malade à la perte de l’organe affecté, et souvent à la mort.

Je vais rapporter ici quelques exemples propres à i démontrer l’importance de la doctrine que je viens j d’exposer. ( Voy. aussi le chap. IX, vol. IL )

Un jeune homme de vingt-deux ans, dune constitution forte et pléthorique, me consulta sur un chan-

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cre, comme il l’appelait, an gland, dont il était affligé depuis neuf mois. Il avait consulté à Dublin , dès le commencement de cette maladie, un fameux chirurgien, qui prescrivit un traitement mercuriel, poussé jusqu’à la'salivation. Mais l’ulcère ne guérissant pas* on fit pendant quelque temps des fumigations mercurielles sur la partie affectée. Par ce moyen, l’ulcère parut diminuer d’étendue, et prendre une meilleure apparence; mais il ne se ferma pas. On conseilla conséquemment au malade de passer une seconde fois par ce qu’on appelle les grands remèdes, et on lui administra du mercure , tant à l’intérieur qu’à l’extérieur : mais par ce nouveau traitement l’ulcère devint plus grand , plus profond , et il empira à tous égards.

Dans cet état, le malade vint à Londres et me con-

sulta. Je trouvai le gland attaqué d’un ulcère large et profond, dont les bords étaient durs et saillans, et qui étaient extrêmement sensibles au moindre attouchement. Sa base était rougeâtre et assez nette, et la matière qu’il rendait était d’une nature âcre et corrosive : elle avait en effet déjà détruit la moitié du gland. Je lui dis que la nature de cette maladie n’avait plus rien de commun avec le virus syphilitique, et que, d’après mon expérience, le mercure était le remède le moins convenable pour cette sorte d’ulcères. J’ajoutai que la guérison exigerait au moins deux ou trois mois : sur quoi il me quitta, en disant qu’il reviendrait me voir le lendemain pour se confier à mes soins. Il ne le fit point, et je n’entendis plus parler de lui qu’au bout de quatre mois qu’il m’envoya chercher. Son teint ,

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de vif et frais qu’il était la première fois que je le vis, était devenu pâle, maladif et cachectique; en un mot, il était si changé, que j’eus de la peine à le reconnaître. Voici son histoire comme il me la rapporta: « Ayant été peu satisfait de mon jugement sur la na~ » ture et le traitement de sa maladie, il avait consulté, » à la sollicitation d’un ami, le fameux M.Pott celui - » ci, après un examen attentif, avait prononcé que *> son ulcère était réellement vénérien , et l’avait assuré » que rien ne pourrait le guérir que le mercure; qu’il » n’en avait pas pris assez , ét qu’on n’avait pas em- « ployé la préparation qui était regardée comme la » meilleure en pareil cas ; ajoutant que, loin qu’il fai- » lui deux ou trois mois pour le guérir , comme le » malade paraissait le craindre, il serait très-probable- « ment guéri radicalement en trois ou quatre semai- » nés. Sur ces assurances il s’était soumis sur- le - « champ à un nouveau traitement mercuriel qui lui » avait procuré une douce salivation : l’ulcère parut » présenter un mieux remarquable pendant les trois » ou quatre premières semaines ; mais ensuite, au lieu » de se guérir, il avait corrodé le reste du gland avec « une partie de l’urètre. Alors Potf proposa d’appeler » un autre chirurgien ( l/. Hunier ) en consultation. » Celui-ci conseillant l’amputation de la partie af- » fectée, et le premier refusant de la faire, il avait

« résolu de cesser de suivre leurs avis et de me de-

» mander encore une fois le mien. » Je trouvai la partie très-tuméfiée, le prépuce affecté d’un phimo sis complet, et l’urine s’évacuant par trois ou quatre

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différens trous. Je lui conseillai de se faire inciser le prépuce, afin qu’on pût voir l’état de l’ulcère et appliquer les remèdes qui seraient jugés convenables. Je lui prescrivis en même temps le decoctum drupœ juglandis. Ph. syphil. Il en usa pendant huit à dix jours ; mais il renvoyait l’opération d’un jour à l’autre, lorsqu’un de ses amis lui conseilla de consulter un autre médecin. Celui-ci promit de faire, parle moyen d’une décoction de ciguë et de racine de ginseng , quelque chose de plus pour sa guérison que tout ce qu’on avait fait jusque-là. Il prit cette décoction durant plusieurs jours avec très-peu d’effet : cependant l’érosion lit toujours de nouveaux progrès. A la fin, on consulta un autre médecin de mes amis, qui insista sur l’usage du même remède que j’avais prescrit , et d’une diète nourrissante et l’envoya respirer l’air de la campagne, et prendre des bains de mer. Par ces moyens, il est maintenant rétabli, mais avec la perte de la moitié de sa verge, qu’il aurait presque entièrement conservée s’il eût suivi mon avis dès le commencement.

Voici les remarques que j’ai à faire sur ce cas. Je pense d’abord qu’il est mal à propos d’administrer un traitement mercuriel complet pour un ulcère syphilitique récent et local , tel qu’était celui de ce jeune homme , lorsqu’il s’adressa en premier lieu au chirurgien de Dublin; qu’un second traitement avec salivation , accompagné de fumigations mercurielles, était encore plus mal à propos employé dans ce cas ; que non-seulement il était très-imprudent de lui cou-

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sellier un troisième traitement mercuriel , après que les deux premiers s’étaient montrés inutiles, mais que c’était un conseil très-pernicieux , qui effectivement l’avait rendu inhabile à la génération pour Je reste de ses jours; que l’avis du dernier médecin de faire usage de remèdes fortifians, avec une diète nourrissante, d’aller à la campagne, et de prendre des bains

de mer, était judicieux et convenable, et que le ma-

lade, qui n’avait été porté à suivre ce dernier avis que par le sentiment de ses souffrances et par la crainte de la mort , aurait évité son malheur s’il s’en fût tenu à mes premiers conseils.

Je fus consulté pour un autre cas , dans lequel il était survenu des ulcères à la gorge pendant un traitement mercuriel. On les avait regardés comme vénériens, et on les avait traités en conséquence , en continuant l’usage du mercure à l’intérieur. Ils s’envenimèrent au point qu’ils rongèrent presque entièrement les deux amygdales avec le voile du palais, et réduisirent le malade dans la plus triste situation. Il fut guéri après avoir quitté l’usage du mercure, et avoir usé d’un régime et de remèdes fortifians.

Brambilla nous a donné l’histoire d’un malade qui pendant un traitement mercuriel fut affecté d’ulcères à la gorge, que le chirurgien prit pour vénériens. Nonseulement ce malade perdit le voile du palais , par l’usage continué du mercure ; mais ce traitement entraîna la carie de la mâchoire , et la mort termina la maladie. Le même auteur observe qu’il y a des tumeurs ou ulcères inflammatoires qui sont très-souvent

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exaspérés par l’usage du mercure , soit à l’intérieur * soit à l’extérieur , quoiqu’ils doivent évidemment leur origine à une cause syphilitique. J’ai vu plusieurs exemples de malades qui, ayant gagné des ulcères syphilitiques tandis qu’ils étaient affectés du scorbut, nonseulement ont été réduits à l’état le plus déplorable par l’usage imprudent du mercure , mais même en ont perdu la vre.

Fabre , dans le Supplément à ses Observations sur la maladie vénérienne , rapporte aussi plusieurs cas où des ulcères, quoique procédant originairement du virus syphilitique , bien loin d’être guéris par un long usage du mercure, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur , et même par des salivations réitérées , sont devenus au contraire si rebelles, qu’ils n’ont cédé ensuite à aucun autre remède et ont causé la mort.

Tous ces cas confirment amplement les observations que j’ai faites sur cet intéressant sujet, il est donc de la plus grande importance dans la pratique de distinguer avec beaucoup d’attention :

i°. Les ulcères primitifs, originaires ou locaux, sur la surface sèche ou sur la surface humide, causés par le contact immédiat du virus syphilitique , d’avec les ulcères secondaires constitutionnels ou universels de la même espèce , produits dans différentes parties du corps par le virus absorbé et déposé sur ces parties.

2°. Les ulcères ou chancres provenant du virus syphilitique appliqué aux parties génitales d’une personne saine, d’avec les ulcères provenant d’acrimo-

nies d’une autre nature appliquées extérieurement à ces mêmes parties.

3°. Les ulcères syphilitiques secondaires qui sont les suites d’une infection générale , d’avec les ulcères scrofuleux , herpétiques , scorbutiques , ou enfin produits par quelque autre acrimonie déposée de la masse générale sur les parties génitales ou sur toute autre partie du corps.

4°. Les ulcères syphilitiques d’avec les aphthes, ou, comme on les appelle communément , les chancres à la bouche , à la langue, aux lèvres, aux gencives , etc., produits , soit par le scorbut , soit par une acidité ou humeur âcre de l’estomac.

5°. Les ulcères syphilitiques de la bouche , de la gorge , etc. , d’avec les ulcères mercuriels causés par l’acrimonie de la salive ou du mucus, pendant l’usage, soit intérieur , soit extérieur, du mercure.

6°. Les ulcères qui devaient réellement leur origine au viras syphilitique appliqué récemment à quelques parties, ou à ce meme virus déposé de la masse, du sang infecté sur ces mêmes parties, d’avec ceux qui, par le temps ou par l’usage du mercure ou d’autres remèdes , ont perdu leur caractère syphilitique primitif , et qui , au lieu de se guérir, s’exaspèrent par Fusa ge continué du mercure. Ces ulcères sont souvent véritablement mercuriels , ou sont dus à l’acrimonie fluide , ou à l’état de faiblesse ou d’irritabilité générale du corps , produit par le long usage du mercure, ou par un régime ou des remèdes peu convenables.

C’est de la distinction exacte et précise de ces dif-

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fer eus ulcères que dépendent nos succès dans la pratique, notre réputation et le bonheur de nos malades.

Pour marquer cette distinction , et désigner par des noms spécifiques les différentes sortes d ulcères , je suivrai l’usage que j’ai déjà suivi , et je donnerai , dans tout le cours de cet ouvrage , le nom de syphilitiques à tous les ulcères qui proviennent du virus syphilitique , comme je l’ai déjà donné à la blennorrhagie provenant du même virus; et j’appliquerai le même nom à toutes les affections qui ont eu la même source, afin de distinguer ces blennorrhagies , ces ulcères et autres affections, de celles qui peuvent naître et qui naissent en effet souvent d’autres acrimonies, connues ou inconnues , engendrées dans une personne malade , on communiquées pendant le coït entre une personne saine et une personne malade.

Méthode curative.

J’ai fait voir dans ce chapitre combien les écrivains modernes ont confondu différens ulcères des parties génitales sous le nom de chancres , et combien , en conséquence , a dû être incertain et souvent fatal le traitement qu’ils ont employé. Le jeune praticien qui a bien saisi les idées que j’ai exposées , qui s’est bien pénétré de leur vérité , et qui en sent l’application dans la pratique , verra combien cette branche de la médecine a gagné dans les derniers temps, et il se convaincra que la plupart des malheureux qu’on laissait autrefois périr ou languir, après avoir perdu les par-

ties de la génération , peuvent être soulagés ou radicalement rétablis par la science plus éclairée , et par une méthode plus adaptée à la nature de ces divers ulcères.

Je rappellerai donc que les points les plus importans à considérer, quand nous sommes consultés sur un ulcère aux parties génitales, sont : i°. quelle est la véritable nature de cet ulcère , quel est son état actuel , et quels ont été ses progrès ; 20., depuis combien de temps le malade en est affecté; 3°. lorsque nous sommes assurés que l’ulcère est d’une nature syphilitique , il reste à déterminer s'il est simple , ou s’il est compliqué avec un gonflement des glandes lymphatiques voisines , et après s’il est primitif ou secondaire , c’està-dire s’il vient d’un contact récent ou originel , ou s’il est la suite d une infection générale ou constitutionnelle du corps; 4°- quels sont les remèdes dont îe malade a fait usage jusqu’à ce moment ; et s’il a pris du mercure, quelle préparation , et quelle quantité il en a prise; 5°. quelle est maintenant et quelle a été depuis quelque temps sa manière de vivre à l’égard de la diète, de l’exercice et de lhahitation ; 6°. quel est son tempérament; et dans le cas où il serait faible ou très-irritable , il est important de déterminer si cette faiblesse ou cette irritabilité est naturelle , ou si elle vient plutôt , soit du régime que le malade a suivi , soit des médicatnens qu’il a pris.

• Tous ces points doivent être bien examinés , médités et déterminés avant que nous nous décidions à prescrire des remèdes.

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Le médecin honnête et éclairé ne doit rien donner au hasard dans ces cas d’ulcères, où le praticien routinier et le charlatan insouciant n’exposent que trop souvent la vie de leurs malades.

On a publié dernièrement que les ulcères et d’autres symptômes syphilitiques se guérissent souvent d’euxmêmes ou sans aucun remède. Mais je n’ai jamais vu, ni même entendu dire à aucun observateur attentif, qu’aucun symptôme syphilitique quelconque se fût guéri de soi-même, au moins en France, en Angleterre ou en Allemagne.

Plusieurs chirurgiens modernes ont recommandé d’extirper tous les chancres ou ulcères syphilitiques récens des parties génitales , par le moyen des caustiques; c’est-à-dire de les toucher une ou deux fois dans les vingt-quatre heures avec le nitrate d’argent fondu (pierre infernale) , jusqu’à ce que les escarres se détachent successivement , et que la base de l’ulcère devienne rouge et nette. Cette pratique peut sans doute convenir quelquefois; mais je ne puis nullement la conseiller. A la vérité, les ulcères se guérissent généralement assez vite par cette méthode : mais j’ai observé très-souvent que des bubons en sont la suite. D’autres fois il arrive que le virus , enfermé sous l’escarre produite par le caustique , corrode au-dessous les parties , et fait ainsi , au lieu d’un petit ulcère superficiel , un ulcère très- profond., qui nous force ensuite à avoir recours à d’autres moyens. Il y a d’ailleurs des constitutions qui ne supportent aucune application âcre, de quelque espèce que ce soit, moins

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encore celle d7un caustique. Je Fai vu , étant appliqué dans des constitutions irritables ou affectées du vice scorbutique , produire de très-mauvais symptômes , et j’ai observé un cas dans lequel la mortification de la partie fut la conséquence d’une pareille application.

Plusieurs autres écrivains ont conseillé dfe traiter de la même manière tous les ulcères syphilitiques , primitifs ou secondaires; savoir, par un traitement mercuriel à l’intérieur , et même de ne jamais faire usage d’aucune application extérieure. Ils allèguent en faveur de cette méthode que les chancres sont des signes de la présence du virus syphilitique dans 3e corps; et que par conséquent s'ils disparaissent par le simple usage du mercure pris à l’intérieur , on est assuré que le remède a pénétré dans la masse du sang jusqu’aux parties affectées , et que par conséquent on est sûr que le virus en est totalement déraciné. A cela je réponds que les ulcères syphilitiques récens, produits par une infection immédiate ou primitive , ne sont nullement des symptômes de vérole, comme on nous l’assure. Ils ne sont au contraire dans ces cas qu’une maladie locale, qui exige principalement des applications topiques. Je conviens sans doute que, s’ils subsistent pendant quelque temps par la négligence du malade ou par le mauvais traitement, l’infection de tout le système s’ensuivra nécessairement ; et alors , aussi bien que lorsqu’ils procèdent d’une infection universelle ou secondaire, ce sont certainement, ainsi qu’on l’a assuré, des signes extérieurs

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qui prouvent la présence du virus dans la masse générale. Dans ce cas, je suis bien de la même opinion, qu’il serait bon de ne les traiter que par l’usage intérieur du mercure, sans aucune application extérieure, parce que, si le seul usage du mercure à l’intérieur les fait disparaître sans le secours d’aucun topique, l’on est sûr d’avoir déraciné le virus, et guéri le malade radicalement. Maïs lorsqu’ils sont aux parties génitales, ou qu’ils affectent le bras ou la main, le virus excite souvent des inflammations violentes et des ravages très- dangereux ; ou bien il est absorbé et porté aux glandes lymphatiques , et il produit des tumeurs de ces glandes avant que le mercure ait eu le temps de produire ses effets, et de détruire ce virus dans la partie affectée. Je suis, en conséquence, d’avis de ne jamais se borner dans ce cas au seul usage du mercure à l’intérieur. Mes raisons sont :

i°. Que, par l’application des topiques, nous pouvons empêcher les ulcères de s’étendre et de devenir dangereux; 2°. que par ce même moyen on peut souvent prévenir la formation d’un bubon ; 3°. qu’en appliquant des remèdes topiques, on ne perd rien, puisqu’on peut employer en même temps le mercure à l’intérieur , si on le juge nécessaire ; 4°- que si le malade est devenu faible et irritable par le progrès du mal et du temps , ou par l’usage précédent du mercure, non seul em entre remède sera bien peu utile pour accélérer la guérison de l’ulcère , maïs il la retardera plutôt, et, dans plusieurs cas , il deviendra pernicieux si L’on insiste sur son usage.

Quant à ce qui regarde l’objection qu’on a faite, qu’il paraît très-souvent des bubons après qu’on a guéri les ulcères syphilitiques des parties génitales par des remèdes topiques, et que par conséquent les remèdes même qu’on a recommandés pour prévenir les bubons sont assez souvent ceux qui les font naître , je conviens qu’on voit quelquefois des bubons, ou la vérole même , avoir lieu après qu’on a fait usage des topiques : mais je suis très-éloigné de croire qu’on doive en accuser ces remèdes ( j’en excepte toujours les caustiques ). Il arrive dans ce cas ce que nous voyons arriver tous les jours, sans faire usage d’aucun remède topique quelconque , et ce que nous avons à craindre perpétuellement, tant qu’il subsiste le moindre vestige d’ulcère syphilitique. Je suis même plutôt porté à attribuer ces accidens au retard qu’on a mis à recourir aux applications topiques, ou bien au mauvais choix que le praticien a fait de ces remèdes.

Je conclus donc que la méthode la plus raisonnable et la plus sûre de guérir les ulcères syphilitiques, primitifs et récens, aussi bien que secondaires, principalement ceux qui, par leur situation ou leur état particulier, nous font craindre des suites fâcheuses, est l’application topique du mercure jointe à l’usage interne du celui-ci ; et, dans le cas où ce dernier moyen est insuffisant, de joindre encore les topiques à l’usage interne des remèdes appropriés à la constitution du malade, et à la nature du mal que nous avons à combattre.

En général , dans tous les ulcères syphilitiques, îe

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meilleur remède topique est le mercure , quoi qu'en disent quelques écrivains modernes. Mais, appliqué comme il l’est ordinairement, il ne produit souvent aucun effet. La préparation que j’ai trouvée la plus efficace dans la plupart des ulcères syphilitiques du prépuce et du gland qui sont couverts d’une croûte couenneuse, est l’oxide rouge de mercure; ou bien le sous - muriate de mercure , lorsqu’ils ne sont couverts que d’une matière muqueuse; ou après que la croûte couenneuse a disparu , appliqués l’un et l’autre en poudre sur l’ulcère, et de le couvrir dans l’un et l’autre cas avec de la charpie fine et un peu de graisse, et' répéter ce pansement une fois en vingt-quatre heures. Je dois observer ici une fois pour toutes, que je ne me sers jamais que du sous-muriate de mercure préparé par précipitation d’après la manière découverte et décrite par Scheele. ( voyez vol. II, chap. XX). Dans d’autres cas, on se sert avec succès du miel mercuriel ( mel hydrargyratum , Ph. syph. ). t

Chez les femmes je fais introduire l’onguent mercuriel gris, la grosseur d’une noisette dans le vagin, matin et soir , et pour empêcher qu’il ne s’en écoule lorsqu’il se fond, je leur conseille de faire usage du bandage dont elles ont coutume de se garnir pendant leurs règles ; en outre il est bon de leur faire porter un caleçon, pour empêcher que l’onguent mercuriel ne puisse pas atteindre la chemise, ce qui donnerait lieu à des taches qui pourraient trahir la malade. Le mouvement naturel du corps, pendant les exercices accou-

tuniés de la journée, contribue à étendre et à appliquer parfaitement ce remède aux parties, et les ulcères guérissent ainsi le plus souvent en très-peu de temps. Ils absorbe même de cette manière une partie du mer» cure dans la masse du sang; et on guérit ainsi radicalement non seulement le mal local , mais aussi en même temps les affections syphilitiques légères et récentes produites par l’absorption du virus dans la masse du sang par F usage de ce seul moyen, que Ton continuera régulièrement jusqu’à la parfaite guérison. Le même moyen est aussi très-utile et efficace dans les blennorrhagies syphilitiques des femmes.

On continuera l’usage de ces remèdes externes, régulièrement et sans interruption, non-seulement jusqu’à ce que l’ulcère ait entièrement disparu , mais jusqu’à ce qu’il ne reste dans la peau environnante aucune dureté quelconque ; car nous pouvons établir comme une règle générale de pratique , qu’il n’y a jamais guérison radicale d’un ulcère syphilitique tant qu’il reste la moindre dureté ou épaississement à l’endroit de l’ulcère ou aux environs; et même que si on est parvenu à consolider l’ulcère, le virus, n’étant pas dans ce cas complètement détruit, paraîtra bientôt de nouveau , soit à la même place , soit dans quelque autre endroit du corps.

Je pense donc , pour me résumer, que non-seulement le mercure appliqué en topique n’est jamais nuisible dans les ulcères syphilitiques , mais qu’il est au contraire très-utile et presque suffisant pour la guérison , quand les ulcères sont locaux et qu’ils viennent

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d’une affection primitive; enfin qu’il est toujours nécessaire quand les progrès du mal sont rapides et menaçans.

Dans les cas où l’ulcère est couvert d’une croûte lardacée , épaisse et dure , le meilleur moyen est,

comme j’ai marqué plus haut, d’employer d’abord pour topkpïe l’oxide de mercure rouge, dont on saupoudrera l’ulcère, et qu’on couvrira avec un peu de graisse sur de la charpie, tant qu’il restera couvert de la croûte blanche couenneuse ; mais aussitôt que la base de l ulc.ère deviendra rouge, et qu’il prendra une apparence plus nette, on appliquera le sous-muriate

de mercure en poudre. Dans les ulcères invétérés ou

secondaires il convient quelquefois mieux d’appliquer la lotio syphilitica lulea , Ph. syph. ou bien le Ikjuor ad condylomata , ou un peu de nitrate d’argent fondu, dissous dans une grande quantité d’eau, sur l ulcère, par le moyen de la charpie trempée dans l’une ou l’autre de ces lotions.

Il y a des écrivains modernes qui , entraînés probablement par l’opinion que le mercure n’a aucune action immédiate sur le virus syphilitique, ont assuré qu’appliqué comme topique , il n’avait aucun effet pour guérir les ulcères syphilitiques. Je trouve, d’après mes observations journalières, que cette assertion est erronnée.

Ces auteurs n’ont pas fait attention aux effets prompts et puissans que les frictions sur les gencives avec le sous-muriate de mercure produisent dans les ulcères syphilitiques de la bouche : ils n’ont pas fait

attention aux effets soudains et puissans des fumigations mercurielles sur les ulcères syphilitiques, ni aux effets que le mercure a sur les bubons, en produisant une résolution et une guérison radicale de ces tumeurs, quelquefois en deux ou trois fois vingt-quatre heures , lorsqu’il est employé en frictions du côté affecté, au-dessous des glandes gonflées. On n’attribuera certainement pas ces effets au changement que peut opérer le mercure dans la constitution, pendant un temps si court; d’ailleurs, je ne me rappelle pas avoir jamais vu de bubons syphilitiques qui aient été résolus par l’usage interne du mercure , quoique j’en . aie vu beaucoup qui sont venus à suppuration, et plusieurs qui ont pris un très-mauvais caractère, pendant l’usage interne de ce remède.

Ceux qui ont avancé que le mercure n'avait point d’action spécifique sur le virus syphilitique, ont dit aussi que si on les mêlait l’un avec l’autre, ils garderaient dans ce mélange chacun leur propriété originelle. Mais l’expérience du docteur Harrisson semble prouver directement le contraire : ce médecin a pris de la matière d’un ulcère syphilitique des parties génitales, et après l’avoir bien triturée avec l’oxide noir de mercure, il s’est inoculé avec ce mélange. Il ne s’ensuivit aucune infection ; tandis que la même matière inoculée pure et sans mélange avec du mercure produisit un ulcère syphilitique.

Mais, abstraction faite de tous ces faits et de tous ces raisonnemens, l’effet constant du mercure employé localement, dans des cas nombreux de ma pratique; Z. il 5

CI! AP. XII. DES ULCÈRES

prouve sans réplique Faction puissante et immédiate cle ce remède sur le virus syphilitique.

Cependant des topiques ne suffisent pas, et il est nécessaire d’administrer en même temps le mercure à l’intérieur, quand les ulcères syphilitiques primitifs existent depuis quelque temps, ou qu’ils proviennent d’une infection constitutionnelle, soit pour prévenir l’infection de la masse du sang dans le premier cas, soit pour déraciner le virus ancien dans le second. Dans le premier cas , il faut continuer son usage pendant douze ou quinze jours, après que les ulcères sont parfaitement consolidés : dans le dernier , il faut un traitement mercuriel complet.

Dans les ulcères syphilitiques rebelles , on emploie quelquefois avec beaucoup de succès les fumigations avec le sulfure de mercure rouge ( sulfuretum hy drargyri rubrurn ) ou cinnabre, appliquées à la partie affectée.

Mais il y a des ulcères qui , quoiqu’en apparence très-ressemblans aux ulcères syphilitiques, ne cèdent ni à l’usage interne, ni à l’usage externe du mercure; ou qui, quoiqu’ayant pris jusqu’à un certain point un aspect meilleur, restent stationnaires, ou même empirant sous l’usage du mercure , semblent , pour ainsi dire , avoir perdu leur caractère syphilitique primitif, et deviennent alors souvent très-sensibles et très-irritables. Dans ces cas, ce serait mal-à-propos qu’on ' insisterait sur la continuation de l’usage du mercure, sous quelque forme ou quelque préparation que ce fût, ainsi qu’on le pratique communément d’après

Ittlé ancienne routine. J ai cité, dans plusieurs endroits de cet ouvrage , des exemples des suites affligeantes et souvent fatales qu’a eues cette mauvaise pratique.

11 arrive quelquefois une hémorrhagie , surtout lorsque l’ulcère a pénétré dans la substance de l’urètre ou dans les corps caverneux : elle pourrait devenir dangereuse si on ne l’arrêtait promptement ; ce qu on peut faire par compression ou par l’injection des astringeris ou de l’huile volatile de térébenthine , ou par l’usage interne de la résine liquide , appelée communément baume de Capahu.

Lorsque le gonflement du prépuce empêche de découvrir la partie malade , on pourra appliquer les sangsues pour le dégorger, et cependant employer les injections appropriées à la nature du mal. Si ces moyens ne suffisent pas, et qu’on ne puisse parvenir à découvrir le gland , il faudra insister sur la nécessité de l’incision du prépuce , afin de découvrir le siège du mal; car souvent il est impossible d’opérer la guérison sans cette condition. Nous avons détaillé plus particulièrement au chapitre VIII l’attention que cette opération demande.

Quand les ulcères deviennent stationnaires ou empirent sous l’usage du mercure, ils affectent généralement plus ou moins la constitution du malade, et exigent alors souvent beaucoup de discernement de la part du praticien. Je ne puis entrer dans de grands détails sur cette matière , qui me mènerait à un traité

OIAF. XII. DES ULCÈRES

sur les ulcères en général; je parierai seulement de quelques moyens qui m’ont réussi dans plusieurs cas graves de cette espèce.

On a essayé avec succès l’usage interne de l’opium dans quelques-uns de ces ulcères opiniâtres et invétérés : on Fa appliqué de même à l’extérieur , dissous dans l’eau , ou, selon les circonstances, dans l’alcool seul ou combiné avec du camphre , ainsi que l’extrait du co nium macuïatum , délayé dans de F eau. Quelquefois la solution saturée de muriate de baryte donnée à l’intérieur, de quatre à quinze gouttes graduellement , deux fois par jour , produit l’effet désiré ; dans d’autres cas , j’ai trouvé le même effet de la lotio syphilitica lutea; dans d’autres enfin, le linimentum viride , appliqué sur de la charpie une ou deux fois par jour, a changé l’ulcère très-promptement en produisant une guérison radicale. On a recommandé , dans la même vue , quelques préparations de plomb , telles que le carbonate de plomb , ou l’acétate de plomb, etc. Elles sont bonnes; mais leur usage exige des précautions ; car elles produisent quelquefois , principalement quand la surface des ulcères est fort étendue, de très-mauvais effets. Quarix a observé un cas de cette espece où la verge perdit, après l’application de ce remède, toute sa sensibilité naturelle, et ne fut plus capable d’érection : le malade fut en outre affecté pendant plusieurs années dans les aines , dans le périnée et dans les articulations externes, de douleurs dont il fut à la fin guéri par les bains chauds et

F usage interne du soufre (i). J. Hunier a recommandé de toucher légèrement les ulcères qui deviennent stationnaires pendant l'usage, interne du mercure, ainsi que quelques autres ulcères phàgédéniques , avec le nitrate d’argent, fondu : il croit qu’il est ' nécessaire que la surface attaquée , ou les nouvelles granulations qui croissent sur cette surface , soient détruites avant que la cicatrice se forme ; il dit que ces ulcères se guérissent souvent , et se cicatrisent quelquefois très-rapidement, après avoir été touchés ainsi seulement une ou deux fois. Des observations et des expériences répétées peuvent seules décider de la confiance qu’on doit accorder à cette méthode. Dans le peu de cas d’ulcères phagédéniques où je Fai essayée, l’effet n'a pas répondu à mon attente. Je dois même répétera cette occasion que, quoique l’application des caustiques puisse être dans quelques cas très-utile , il y en a beaucoup d’autres où leur application est suivie d’effets évidemment mauvais , et même quelquefois très-dangereux.

Dans les ulcères qui rendent une matière âcre et corrosive , et qui paraissent dépendre d’un rélâche-

(i) ïl ne faut pas confondre ces douleurs produites par le plomb avec les douleurs vagues et souvent alternantes des parties génitales et des environs (les testicules, le périnée, l’anus, la vessie, etc.), qui doivent leur origine à des rétrécissemens du canal

de l’urètre, ou à des blennorrhagies ou ulcères syphilitiques mal

guéris, et |ui résistent à tous les remèdes, et même souvent au traitement mercuriel complet , mais qui guérissent très-vite et radicalement par l’application des bougies.

390 CHAP. XII. DES ULCÈRES

ment local , ou qui sont compliqués avec une cachexie ou asthénie générale du corps , le mercure est presque toujours nuisible : il en est de même des aphthes et autres ulcères scorbutiques ou scrofuleux. Le séjour dans les hôpitaux , et même dans les grandes villes ,

est funeste pour ces malades. Il leur faut l’air salubre

de la campagne, une diète nourrissante et fortifiante, l’usage modéré du bon vin , l’exercice à l’air libre , quelquefois l’application du caustique , puis celle des astringens , tels que la décoction de la racine de tormentilla erecta , ou une infusion de quinquina dans du vin rouge ou dans l’eau de chaux , ainsi que l’usage interne de ces mêmes remèdes et les bains de mer. C’est dans ces cas principalement que j’ai trouvé quelquefois l’usage interne et externe de la décoction de brou de noix excellent , après que tous les autres remèdes avaient été appliqués en vain , et que le mal semblait désespéré.

Quelquefois il est bon , et même nécessaire de soutenir l’action du mercure par l’électricité.

Les ulcères pbagédéniques, surtout ceux des glandes inguinales et de la verge, doivent souvent leur origine a l’usage imprudent ou immodéré du mercure , et s’aggravent , par conséquent , constamment sous la continuation de ce remède. On parvient souvent à les guérir en le discontinuant et en donnant de l’opium graduellement augmenté, commençant par un grain, après deux grains par jour, ensuite deux grains matin et soir, et enfin deux grains le matin, deux grains à midi , et cinq grains le soir. Par ce seul moyen , en

ET FISTULES. SYPHILITIQUES. 3qï

diminuant l’irritabilité et la sensibilité maladives, on a vu la matière âcre et corrosive de ces ulcères se changer en bon pus , et les ulcères se cicatriser.

Une des causes qui empêchent même le plus fréquemment la guérison des ulcères ou primitifs ou constitutionnels , c’est cette irritabilité maladive des malades; et l’opium, ou , selon les circonstances, la digitale ( digiicilis purpurea ) , donnée à l’intérieur et à l’extérieur , nous présente dans ces cas le moyen le plus efficace pour obtenir la guérison.

Dans d’autres circonstances, l’application de rhubarbe , de Colombo de quassia , ou autres amers en poudres, produit une prompte guérison, ou la lotion faite avec le sulfate de zinc , seul ou uni au camphre (Voy. Ph. syph.); dans d’autres cas une dissolution du sulfate de cuivre dans Veau , ou une dissolution de l’oxide de cuivre vert dans l’huile, ou le même oxide trituré avec du miel, sont préférables. J’ai appris que plusieurs matelots, à leur retour de Batavia , furent guéris très-aisément d’ulcères aux doigts., rebelles à tous les autres remèdes , avec la limaille de laiton fin , dont on saupoudrait les pailles affectées. On a donné aussi le sous-acétate de cuivre , un ou deux grains par jour avec succès.

Dans tous les autres ulcères récens non syphilitiques , provenant d’une infection après un coït impur , ou de quelque autre acrimonie que ce soit , j’ai trouvé que le meilleur remède était l’application de l’alcool de romarin ( Rosmarinus ojficinalis) , ou de F eau-de-vie simple. On trempe de la charpie ou un

/ CHAP. XII. DES ULCÈRES

linge ployé dans la liqueur , et on l’applique fréquemment sur l’ulcère six ou huit fois par jour. Ce remède cause d’abord un peu de douleur , mais il n’en cause bientôt plus , et les ulcères disparaissent généralement en peu de jours. Je dois faire mention ici d’un phénomène assez singulier , que j’ai observé en me servant de ce remède , la première fois , pour moimême. C’était en été , pendant les grandes chaleurs , temps où le scrotum est naturellement relâché : en versant une petite quantité d’esprit de romarin sur le gland , j'ai senti une chaleur brûlante qui se communiquait à l’instant à tout le scrotum , avec un sentiment de chaleur assez vive , comme si on y avait appliqué de beau bien chaude , et avec une action très-marquée du muscle crémaster , dans toute la circonférence du scrotum. Voilà une sympathie bien évidente du gland avec le scrotum , où l’action d’une partie produit celle d’une autre plus éloignée ; car je n’ai rien senti dans le reste de la verge. J’ai cru ce fait remarquable, parce que je ne me souviens pas qu’on en ait jamais fait mention. L’usage de ce remède efficace m’a été d’abord communiqué par mon ami le docteur Nooth , qui s’est servi avec succès du même remède dans l’hôpital militaire, en forme de gargarisme , dans l’esquinancie ulcéreuse , et comme un des meilleurs remèdes topiques dans toutes les autres ulcérations érysipélateuses, dès le commencement de leur apparition.

On a conseillé l’amputation de la verge dans les ulcères fongueux du gland : je n’ai jamais eu recours à

ce terrible remède. J’ai réussi dans quelques cas qu’on regardait comme désespérés , en employant les remèdes ci-dessus mentionnés, que je variais selon la différence de l’état du malade et de la nature de la maladie. Dans quelques cas opiniâtres, je me suis servi avec succès de l’application momentanée du //quor ad condylomaia , Ph. syph., par le moyen d’un pinceau , une fois par jour et répétée , selon les circonstances , pendant deux ou trois jours. Dans d’autres, le seul usage du vin et du quinquina, et extérieurement de la lotio syphilitica fuira , avec une diète fortifiante et un exercice modéré dans un air pur , ont produit le même effet. Il est à propos de remarquer que , dans plusieurs de ces cas , où le bout de la verge est très-gonflé , l’application constante d’une sonde creuse ou d’une bougie devient nécessaire pour pro-

curer un libre passage aux urines , et pour empêcher qu’il ne se forme des sinus , ou des fistules , ou des infiltrations funestes de l’urine dans la membrane cel- 1 hilaire. Voyez aussi vol. II, chap. XI et XII.

Le prurit et les excoriations du gland et du prépuce , qui surviennent spécialement aux hommes d’un certain âge , sont souvent très-incommodes et opiniâtres , l’application de la lotio syphiliL nlgra ou lutea , réussit généralement très-bien; mais il y a des cas rebelles où il vaut mieux plonger la partie dans une dissolution de l’acétate de plomb , ou la frotter une ou deux fois par jour avec l’onguent de plomb. Quelquefois de petits ulcères ou pustules paraissent au gland ou au prépuce , après que le malade a senti un

3 94 CIIAP. XII. DES ULCÈRES

jour ou deux une espèce de malaise à la vessie ou au périnée, ou une légère dysurie, qui, n’ayant aucun caractère syphilitique, disparaissent d’eux-mêmes en quelques jours , ou se laissent aisément guérir par l’application de l’eau-de-vie ou du Uniment umviride , ou par des lotions dont je viens de parler.

Les ulcères ou excoriations qui naissent , soit à Fori fi ce , soit au commencement du canal de l’urètre , cèdent communément à l’application du linimentum viride. On en laisse tomber une goutte ou deux dans le canal une ou deux fois en vingt-quatre heures , et on introduit après un peu de charpie imprégnée du même liquide.

Les ulcères syphilitiques qui ont leur siège dans le rectum sont très— difficiles à guérir , parce qu’il est l'are qu’on soit appelé avant qu’ils aient fait de dangereux progrès. Le meilleur remède est l’onguent mercuriel ou le sous-muriate de mercure introduit dans le rectum sur de la charpie en forme de tampon , ou

une injection faite avec la lotio syphilit. lu te a , deux

ou trois fois par jour, spécialement après que le malade a été à la garde-robe. Les clystères opiatiques sont aussi très-utiles dans ce cas , mais il ne faut jamais négliger en même temps l’usage interne du mercure.

Les ulcères des femmes , soit syphilitiques , soit de toute autre nature , exigent , comme j'ai marqué plus haut , les mêmes remèdes que ceux des hommes. Il suffira d’observer que chez elles les ulcères des parties génitales prennent beaucoup plus rarement le carac-

ET FISTULES SYPHILITIQUES. 3fp

1ère malin que chez les hommes, et qu’ils cèdent en général assez aisément aux remèdes que nous avons recommandés: il convient seulement, surtout quand les ulcères ont leur siège très -avant dans le vagin , d’appliquer l’onguent mercuriel tous les jours , et de porter un bandage pendant l’usage de ce remède, pour l’empêcher de s’écouler, surtout en marchant.

Il y a cependant une maladie particulière de la vulve , qui vient d’une cause inconnue jusqu’ici , et à laquelle sont principalement sujettes les jeunes filles dans les hôpitaux d’orphelins. C’est une tache rouge ou livide, qui s’étend rapidement, et qui corrode toutes les parties molles jusqu’aux os, avec une puanteur insupportable. Je ne puis rien dire sur le traitement de cette terrible maladie , que je n’ai jamais vue moi-même, sinon qu’on a recommandé les antiseptiques les plus puissans. de crois qu’on devrait essayer Inapplication cle l’aîcool du moment qu’on aperçoit cette maladie , et répéter cette application huit ou dix fois par jour.

Les ulcères de l’utérus ou du vagin, accompagnés d'un écoulement acre et ichoreux , ne sont pas toujours cancéreux, comme on l’imagine généralement : ils sont assez souvent syphilitiques , et exigent alors l’usage du mercure. J’ai vu plusieurs cas où des femmes qui, sentant des douleurs à la matrice et un écoulement sanieux , teint quelquefois d’un peu de sang, égarées par ceux qu’elles avaient consultés, se croyaient attaquées d’un cancer à cette partie ; elles ont été cependant radicalement guéries par l’usage interne et

3()6 CÎIiP. XII. DES ULCÈRES

externe des remèdes fortifians ou sédatifs : l’injection continuée avec une infusion de quinquina dans l’eau de chaux seule, ou bien mêlée avec de l’oxymel cuivré et un peu de teinture de mastic , de myrrhe , ou d’assa^fœtida, produit quelquefois dans ce cas des effets exceliens.

Il faut que nous observions encore ici que , si les ulcères du vagin sont très-grands, il arrive quelquefois qu’en se cicatrisant, l’orifice ou la cavité du vagin se contracte considérablement; on doit donc avoir soin dans ce cas , pour prévenir ces rétrécissemens , de laisser porter à la malade , constamment pendant la cure , un pessaire dans le vagin. Ici , comme dans beaucoup d’autres cas , il est plus aisé de prévenir le mal que de le guérir quand il est une fois formé. J’ai vu une femme qui, faute de cette précaution, eut un rétrécissement de cette nature si étroit , qu’on pouvait à peine y introduire une bougie de moyenne grosseur.

Dans tous ces ulcères des femmes , il est de la plus grande importance pour la tranquillité des malades et pour la satisfaction du médecin , de s’assurer du siège de la maladie. Il arrive souvent que les malades sont dans les plus pénibles inquiétudes, et croient avoir un ulcère cancéreux dans la matrice ou au vagin , en voyant l’écoulement d’une matière âcre, corrosive et ichoreuse, tandis qu’il n’y a cependant aucune ulcération dans ces parties, et que cette humeur âcre est sécrétée dans ces lieux, ou déposée de la masse du sang et versée dans la cavité de la matrice et du

vagin par les petits vaisseaux, comme par autant crémone toires. Si cette excrétion est arrêtée par hasard ou par des remèdes peu convenables , la malade est affectée de pesanteurs et de douleurs dans ces parties ; ou bien les douleurs se font sentir dans l’estomac : elle a des indigestions , des anxiétés , de la difficulté à respirer , ou des maux de tête insupportables et qui alternent avec l’écoulement. Tous ces symptômes disparaissent par degrés , lorsque le médecin , après en avoir découvert la nature ainsi que la cause du mal , emploie les remèdes internes qui conviennent à la maladie primitive , et les topiques propres à diminuer les symptômes de l’irritation , à défendre les parties tendres et excoriées de l’action de l’acrimonie , et à aider les vaisseaux à recouvrer la force contractile qu’ils ont perdue.

Mais on est dans l’erreur, si l’on se promet quelque avantage des injections telles qu’on les emploie communément, soit dans ce cas, soit dans les blennorrhagies ou blennorrhées quelconques. Si l’on veut en obtenir de bons effets , il faut les appliquer souvent à la partie affectée , et par le moyen d’une seringue faite exprès pour cet usage, et conséquemment ne pas les répandre au hasard dans le vagin , comme on fait communément , dans l’espérance qu’elles atteindront d’elles-mêmes au siège de la maladie. Il faut se servir d’une seringue de plomb , avec un tuyau de grosseur convenable, et faite de manière que la matière injectée ne puisse s'échapper en dehors, par les côtés, à mesure qu’on l’injecte; la malade doit être couchée

CHÀP. XII. DES ULCÈRES

dans un lit, sur le dos , ayant la tête et la poitrine placées un peu plus bas que le reste du corps, et les genoux pliés. Dans cette situation, l’injection doit être faite ou par elle-même ou par une autre personne , deux ou trois fois de suite. Il faut tenir à chaque fois la seringue appliquée pendant quelques minutes , et répéter la même opération six ou huit fois par jour. Une seringue faite d’une bouteille de gomme élastique, avec un tuyau cylindrique assez épais, peut remplir également l’objet qu’on se propose et détruire le préjugé qu’on a eu si injustement jusqu’ici contre l’efficacité des injections chez les femmes.

Si la matière qui s’écoule des ulcères est si âcre qu’elle corrode ou menace d’excorier la peau, il faut avoir recours de bonne heure au cérat blanc , ou à quelque autre Uniment doux, appliqué deux ou trois fois par jour à l’intérieur des lèvres ou sur les cuisses , pour défendre les parties.

Si l’écoulement provient d’un abcès rompu ou d’autre maladie dans l’un des ovaires, ce qui arrive quelquefois , tous les remèdes sont inutiles; et, lorsque les efforts de la nature ne peuvent en procurer la guérison , un habile chirurgien pourrait proposer l’extirpation de l’ovaire : c’est le moyen le plus sur pour soustraire la malade à la mort. L’histoire de la médecine nous offre plusieurs exemples du succès de cette opération, et prouve que les femmes ont vécu plusieurs années après en parfaite santé. Cette opération a été faite récemment avec autant de succès que de prudence par M. Lournonier, chirurgien- major de

Thôtel-dieu de Rouen, et il en a consigné le délai! intéressant dans l’un des volumes de la société de médecine de Paris.

Quant aux ulcères vraiment carcinomateux des parties génitales des deux sexes, aussi bien que des autres parties du corps, la matière médicale ne fournit, que je sache, aucun remède pour les guérir : la ciguë’, ainsi que tous les autres médicamens qu’on a vantés jusqu’ici pour la guérison des cancers , ne paraissent être que les fruits de Terreur ou de la mauvaise foi de ceux qui les ont recommandés. L’opération seule guérit quelquefois cette maladie, lorsqu’on y a recours au commencement, et que la situation du mal le permet ; et un médecin honnête homme ne recommandera jamais des remèdes incertains, pour amuser l’espérance du malade, et lui faire perdre ainsi le moment d’appliquer le seul remède qui soit certain; je veux dire l’extirpation faite à temps, lorsqu’elle peut avoir lieu.

Des Fistules syphilitiques.

Traitant des ulcères syphilitiques, nous devons dire un mot sur les fistules qui ne sont autre chose que des ulcères pénétrant profondément dansle tissu cellulaire, avec un ou plusieurs orifices calleux. Leur siège est le plus souvent aux aines , au périnée , à l’anus , etc.

Elles viennent ordinairement à la suite d’une blennorrhagie ou d’un bubon mal traité, ou d’un rétrécissement dans quelque partie de l’urètre qui n’aura pas été détruit à temps, ou parce que Touverture exté-

CHÀP. Xïï. DES ULCÈRES

4oo

rieure d’un ulcère, n’ayant pas été assez large^ se sera cicatrisé avant que l’intérieur de F ulcère fût guéri. L’urine arrêtée dans les dysuries forme souvent une inflammation et une suppuration, et ensuite des issues dans le tissu cellulaire, qu’on appelle sinus tant qu’elles n’ont pas d’ouverture à l’extérieur, et fistules ou ulcères fistuleux lorsque ces ouvertures se sont formées. Les symptômes fébriles qui paraissent à la suite des fistules sont, comme ceux qui suivent les bubons, entièrement symptomatiques, et ils ne disparaissent que par la guérison de la fistule. Le pus se forme promptement dans ces parties, et un cataplasme émollient, appliqué pendant quelques heures, amollira bientôt la dureté et disposera à Fabcès. Lorsque l’abcès est formé dans le périnée , il faut l’ouvrir promptement pour éviter la fistule.

Indépendamment du mercure administré à l’intérieur, et de F usage continué des bougies, qui souvent guérissent radicalement les fistules, on doit essayer les bains chauds, continués tous les jours pendant plusieurs mois, et les lotions que nous avons recommandées ci-dessus en forme d’injections : mais , avant tout, il faut tenter de rendre l’ouverture de la fistule aussi grande qu’il est possible: ce moyen guérit quelquefois la fistule sans qu’il soit nécessaire d’en employer d’autres. Une bougie introduite dans la fistule produit quelquefois une suppuration qui amène la guérison ; mais, si ces moyens ne réussissent pas, l’opération devient nécessaire. On ne doit cependant jamais la pratiquer avant d’avoir complètement déra-

ciné de la masse générale le virus syphilitique dont elle est infectée. Pour avoir négligé ce point essentiel , nous voyons journellement des malades obligés d’essuyer deux ou trois fois l’opération sans succès. La fistule demeure aussi opiniâtre qu’auparavant ; ou, si on la guérit dans un endroit, elle paraît bientôt dans un autre. Si la fistule se guérit vite et parfaitement après l’opération , c’est un signe certain que celle-ci a été bien faite , et que le malade a été radicalement guéri de la vérole.

Il convient, pour faire cette opération, que le malade soit couché sur le bord du lit, et sur le côté; qu’il ait les cuisses élevées, et qu’un assistant lui tienne les genoux très-fermes , tandis qu’un autre éloigne les fesses l’une de l’autre. Si l’on avait coupé une artère, ce qu’annoncerait l’hémorrhagie, l’aide appliquerait de la charpie sur la blessure, et l’y presserait pendant une couple d’heures. Il faut que la fistule soit ouverte jusqu’à fond, de manière à exposer à la vue toute l’ulcération ; mais on doit avoir soin de ne couper que le moins qu’il est possible de la partie saine de la surface de l’urètre. Chez les hommes, on introduit une sonde dans l’urètre et un stylet dans la fistule, pour trouver le lieu de l’abcès primitif. Si l’on ne pouvait faire rencontrer la sonde et le stylet, il faudrait couper jusqu’à ce que tout le canal hstuleux fût ouvert ; et même à travers tout le sinus qui y conduit. Si l’abcès a son siège près de la prostate, il est souvent nécessaire de couper dans l’urètre des deux côtés du rétrécissement , et alors une plus grande partie de i. 26

CRAP. XII. DES ULCÈRES

l’urètre étant mise à découvert, la guérison du rétrécissement sera plus facile. Il faut dans ce cas tenir constamment dans l’urètre un cathéter ou une sonde creuse , pour accélérer la guérison de la fistule ou du sinus ouvert. On a cependant observé qu’il y a un temps limité pour tenir la sonde ou la bougie dans l’urètre; au-delà de ce temps, au lieu d’accélérer et de faciliter la guérison, elle empêche la cicatrisation de l’ulcère. Il faut donc la retirer dès qu’elle produit de rirritation , ou dès que l’ulcère devient stationnaire , et ne l’introduire que quelquefois ; mais après que la guérison est achevée, on fait bien de laisser le malade continuer l’usage des bougies pendant un certain temps. Il convient de panser l’ulcère jusque dans le fond, de manière à prévenir la réunion des parties qui viennent d être coupées, afin que la régénération parte du fond et procure une bonne cicatrice. Pour le reste, tout ce que j’ai dit sur le traitement des ulcères syphilitiques est applicable à celui des fistules.

Le docteur Darwix fait mention d’une fistule urinaire au périnée par laquelle une partie des urines s’écoulait tous les jours accompagnée de beaucoup de douleurs, qui réduisirent le malade à un grand degré de faiblesse. Ce malade fut parfaitement guéri de tous ces maux par le simple bain chaud de 29 degrés de Réaumur pendant une demi - heure tous les jours pendant six mois de suite.

J’ai vu un cas de fistule urinaire 011, après avoir employé plusieurs moyens, sans succès, la poudre de digitale mêlée de farine appliquée en forme de cata-

ET FISTULES SYPHILITIQUES. 4o3

plasme produisit en peu de temps une guérison complette.

La fistule lacrymale qui procède du virus sy ph ilitique logé dans le sac lacrymal , fournit quelquefois un écoulement pur if orme jaune-verdàtre, semblable , à celui qui sort de l’urètre dans la blennorrhagie: dans quelques cas qui ont été très-négligés ou irrités par un mauvais traitement, il se forme un véritable ulcère; ou, comme Voit l’a bien observé, la cavité du sac lacrymal se remplit dvun fungus mollasse et de mauvais caractère , qui répand beaucoup de sanie. Je ne puis dire positivement si elle est jamais l’effet, de la suppression d’une blennorrhagie syphilitique 7 comme quelquesophthalmies ; mais elle est quelquefois celui d’une infection générale, et dans ce cas elle est souvent accompagnée de la carie des os. Alors la fistule lacrymale n’estyju’une maladie secondaire ; elle est une suite de l’état morbifique de l’os ethmoïde ou du vomer, ou des os spongieux du nez; elle ne peut être guérie par aucun moyen ou remède local , sans avoir précédemment employé ün traitement mercuriel complet.

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CHAPITPxE XIII.

Des Tumeurs des glandes lymphatiques en, général et des Bubons en particulier .

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On a employé jusqu’à présent le mot Bubon pour tout gonflement d’une glande lymphatique quelconque , tendant à la suppuration. L’absurdité de cette dénominations est évidente, .si l’on consulte l’étymologie grecque de ce mot, qui signifie l’aine ou inguen. .Tant qu’on a appliqué ce mot au gonflement dés glandes inguinales seules , il pouvait encore passer , quoiqu’il se présente plusieurs autres tumeurs dans la région inguinale , d’une nature très-différente de la tuméfaction des glandes; mais ce mot devient absolument impropre et absurde , lorsqu’on l’emploie pour désigner la tumeur d’une glande lymphatique dans d’autres parties du corps, comme sous les aisselles, aux bras ou aux jambes. G’est par cette raison que j’ai substitué dans ma Nosologie méthodique , p our désigner les tumeurs inflammatoires des glandes lymphatiques quelconques, le mot Phygethlon employé déjà parmi les Grecs pour caractériser cette maladie.

Quoique ces tumeurs puissent naître dans toutes les parties du corps où il y a des glandes lymphatiques, nous n’avons aucune observation authentique qui prouve que le virus syphilitique ait jamais attaqué d’autres glandes lymphatiques que celles des aines, des

CHIP. Xîîï. DES TUMEURS DES GLAND. LYMPH. /fOS

aisselles et des extrémités. Les premières sont les plus ordinaires, parce que les parties génitales sont les plus fréquemment exposées au contact et à l’absorption du virus syphilitique, et que les glandes des aines étant les glandes les plus voisines de ces parties , sont ainsi les plus exposées à Faction du même virus. C’est principalement aux découvertes des anatomistes modernes sur le système lymphatique que nous devons la connaissance exacte de l’origine et de la nature de ces tumeurs.

Les bubons ou tumeurs des glandes inguinales doivent le plus souvent leur origine au virus syphilitique appliqué à la surface des parties génitales pendant le coït, qui produit en y restant fixé une forte irritation suivie d’un ulcère , d’où le virus est absorbé plus ou moins promptement par les orifices des vaisseaux absorbans, qui le portent dans une ou plusieurs glandes inguinales les plus prochaines auxquelles ils aboutissent ; ou bien le virus syphilitique , logé à la surface du corps , et irritant simplement en cette partie les orifices des vaisseaux absorbans sans être absorbé par eux , cette irritation produit un gonflement dans les mêmes glandes ; ce qui donne lieu à une distinction essentielle dans la pratique , entre les bubons idiopathiques et les bubons sympathiques . Dans les premiers, la cause du mal gît dans la glande même; dans les seconds, elle est hors de la glande. C’est pour avoir négligé de donner à cette différence une attention aussi particulière que l’importance du sujet Fexige, qu’on a commis et qu’on commet encore jour-

4o6 CIîAP» XIII. DES TUMEURS

nellement des erreurs graves dans la pratique. Cette distinction étant fondée sur des faits des plus évidens7 elle est absolument nécessaire pour régler la méthode qu’il faut suivre dans le traitement de ces tumeurs.

Il faut aussi remarquer ici que ces tumeurs , des glandes inguinales surtout , sont souvent solitaires et d’un côté seulement, d’autres fois il se manifeste une tumeur de l’un et l’autre côté , d’autres fois enfin plu> sieurs glandes inguinales, ainsi que celles de la verge et du scrotum se gonflent , s’enflamment à la fois et finissent par suppurer.

Je pense que les tumeurs syphilitiques des glandes inguinales naissent quelquefois aussi du virus répandu dans le système du corps , quoique quelques écrivains modernes l’aient nié. J’ai plusieurs fois observé des tumeurs des glandes, sans que le malade se fut exposé d’aucune manière à l’infection , et dans deux de ces cas les malades n’avaient point vu de femme depuis plusieurs semaines; mais ils avaient eu, quelques mois avant, la maladie syphilitique.

Il faut donc, d’après ces observations, distinguer encore ces tumeurs des glandes lymphatiques , surtout inguinales, en primitives ou originaires , et en secondaires ou symptomatiques, c’est-à-dire , en tumeurs provenant d’une infection immédiate, ou produites par le virus répandu dans la masse générale du sang ; distinction qui , d’après ce que nous verrons plus bas , paraît avoir son utilité dans le traitement.

L’expérience confirme que les tumeurs idiopathiques des glandes inguinales, sous - axillaires , etc.,

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proviennent non-seulement de l’absorption du virus syphilitique d’un ulcère des parties génitales , mais encore de tout ulcère syphilitique de quelque partie que ce soit des extrémités supérieures ou inférieures du corps. Je rapporterai quelques exemples pour éclaircir cette théorie.

J’eus le malheur, dans ma jeunesse , d’être attaqué d’ulcères syphilitiques au gland. Etant alors en voyage, je pris des pilules mercurielles. Les ulcères ayant disparu en dix ou douze jours , je cessai l’usage de ces pilules, et je n’eus aucun mal pendant six mois. Au bout de ce temps, je fus réveillé une nuit par une vive démangeaison au coude droit; la nuit suivante, j’éprouvai la même incommodité; mais, ne sentant pas de mal le matin , je ne pensai pas à examiner la partie : cependant, la démangeaison étant revenue la troisième nuit avec plus de violence , le matin , en examinant la partie affectée , je trouvai ma chemise tachée en cet endroit d’une matière jaune-verdâtre semblable à celle d’une blennorrhagie, et je trouvai en même temps mon coude couvert d’une croûte jaune, épaisse, ou d’une espèce de dartre. Cela me frappa ; mais étant en route , et croyant que le mal pourrait se dissiper , je différai d’appliquer des remèdes : deux jours après , je m’aperçus d’une tumeur sous Faisselle qui, en trois jours, s’accrut à un tel point, que je fus obligé de tenir mon bras considérablement écarté du corps. Je n’eus plus de doute , comme on peut aisément F imaginer , sur la nature de mon mal. En peu de jours, au moyen de l’onguent mercuriel ,

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appliqué sur le coude affecté deux fois par jour , la glande sous l’aisselle fut dissipée , et, en suivant un traitement mercuriel , je me crus parfaitement guéri au bout de quelques semaines.

Environ quinze mois après , étant exposé aux neiges et à un froid rigoureux , j’éprouvai dans le milieu du sternum une douleur que je pris pour rhumatismale. D’après cette supposition, je frottai la partie affectée matin et soir avec un morceau de flanelle : par ce moyen, la douleur du sternum fut dissipée; mais le surlendemain matin je sentis une douleur très-incommode au gros orteil et au second doigt du pied gauche. Je frottai les parties avec la flanelle ; mais je m’aperçus , la nuit d’après , que la douleur était revenue au sternum , d’où , étant chassée de nouveau par la même friction, elle se jeta encore sur le même endroit du pied. Je commençai alors à soupçonner que la douleur pouvait bien être goutteuse. Etant obligé de sortir ce jour-là , je baignai mon pied dans l’eau chaude, et je coupai un cor que j’avais depuis longtemps sur le second orteil affecté, afin de pouvoir marcher plus à mon aise. En faisant cette opération , je coupai un peu dans le vif, ce qui donna quelques gouttes de sang. Je m’arrêtai sur-le-champ; mais le lendemain, en examinant la partie, je trouvai qu’il s’y était établi une petite suppuration , et je couvris la plaie avec un morceau de linge propre. Le soir du lendemain , je commençai à sentir à l’aine du même côté une douleur légère qui , continuant le jour d’après, et étant suivie d’une tumeur à l une des glandes

DES GLANDES LYMPHATIQUES. l\Q Q

Inguinales , de la grosseur d’un œuf de pigeon , me fit penser alors , pour la première fois , que la douleur du sternum , et tout ce que j’avais souffert depuis , pouvait bien être d’une nature syphilitique; que, lors de la blessure de Forteil et la suppuration qüi s’en était suivie , le virus avait été absorbé par les vaisseaux lymphatiques , et porté à la première glande qu’ils avaient rencontrée , laquelle, dans ce cas , était une des glandes inférieures de l’aine. L’ulcère de l’orteil subsistait toujours; mais il était très-petit, et rendait une matière purulente. J’y mis un emplâtre mercuriel , et je fis4 deux fois par jour des frictions mercurielles à l’intérieur de la jambe et de la cuisse du côté affecté : en quatre jours de ce traitement , l’ulcère se guérit , la tumeur de la glande inguinale fut dissipée , et , en continuant les frictions pendant vingt à trente jours de suite, je fus radicalement guéri.

Il y a quelques années, un fameux accoucheur à Londres fut appelé pour délivrer une femme, laquelle , sans qu’il le soupçonnât , était affectée d’ulcères syphilitiques aux parties génitales. Il en résulta des ulcères très-fâcheux et très-opiniâtres à la main de cet accoucheur , et une tumeur de la glande lymphatique située dans l’intérieur de l’avant-bras.

Les bubons sympathiques doivent leur origine , comme je l’ai dit plus haut , non pas à l’absorption du virus syphilitique, mais à une irritation des orifices des vaisseaux absorbans du voisinage. L’on rencontre souvent cette espèce de bubons dans les blennorrhagies , ou bien aussi lorsqu’une des glandes est

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idiopathîquement affectée ; on en voit quelquefois deux ou trois de celles qui lui sont contiguës s’enfler par sympathie. Dans ce cas néanmoins, il n’y a que celle ou celles qui sont réellement ou idiopathiquement affectées qui continuent de grossir , tandis que celles affectées sympathiquement demeurent toujours dans le même état, ou augmentent très^peu, et ne viennent jamais à suppuration , et disparaissent à la fin , sitôt que l’irritation du voisinage est calmée , pourvu toutefois que le malade, en touchant et pressant fréquemment la glande ainsi affectée , ne l’irrite pas de plus en plus, et n’occasionne ainsi une véritable inflammation et suppuration.

Je dis que les bubons sympathiques se dissipent spontanément aussitôt qu’on a détruit la cause irritante qui est dans leur voisinage ; et c’est sûrement celle espèce de bubons que les charlatans, avec leurs prétendus onguens ou emplâtres secrets , semblent quelquefois dissiper en peu de jours ; tandis que , d’un autre côté , on entend fréquemment les malades se plaindre des meilleurs médecins , parce qu’ils n’ont pas réussi à résoudre les bubons. Si cependant les malades connaissaient la différence qui se trouve entre la nature de leur mal actuel et celle* du bubon qu’ils ont précédemment eu , ils reconnaîtraient probablement que, dans le premier cas, il ne fallait pas attribuer la guérison à l'onguent ou à l’emplâtre que le charlatan y avait appliqué , mais uniquement à la nature de la maladie; tandis que, dans le dernier , il faut souvent beaucoup d’habileté et une attention

DES GLAKDES LYMPHATIQUES.

bien constante et très-soigneuse, soit pour résoudre un bubon , soit pour le guérir après que les tentatives pour le résoudre ont été sans succès.

Plusieurs observations authentiques qui se sont présentées dans ma pratique me prouvent que les bubons, dans l’un et l’autre sexe , proviennent aussi quelquefois d’une absorption immédiate , sans être précédés d’aucune excoriation ni d’aucun ulcère aux parties génitales ou à quelque autre partie de la surface du corps, quoique cela ait été contredit par quelques auteurs modernes. Il y a quelques années que, dans l’espace d’une semaine , il se présenta dans un hôpital militaire trois soldats, tous trois attaqués d’un bubon qu’ils avaient pris de la même femme: ilsavaient tous été en parfaite santé quelques jours auparavant; aucun d’eux n’avait à son arrivée la moindre excoriation aux parties génilales, ni aux cuisses, ni même aucune apparence d’écoulement. J’en ai vu plusieurs autres exemples semblables depuis.

Je ne prétends pas déterminer s’il faut attribuer cette absorption immédiate à une espèce d’engourdissement des vaisseaux lymphatiques, ou à un moindre degré d’irritabilité du système absorbant , ou plutôt à un virus plus volatil , ou peut-être plus délayé. C’est cette absorption immédiate du virus syphilitique, qui peut avoir lieu quand nous nous y attendons le moins, qui rend toutes les précautions prophylactiques nonseulement précaires, mais très-souvent inutiles; car, en employant même les meilleurs préservatifs qui pourraient prévenir très-efficacement les blennorrha-

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gies et les chancres, nous sommes encore exposés/ par cette raison , à avoir des bubons et même la vérole.

L’on ne doit point oublier, à l’égard des tumeurs des glandes inguinales, ainsi que des glandes lymphatiques sous les aisselles ou dans quelque autre partie du corps, l’observation générale que nous avons faite à l’égard de toutes les maladies syphilitiques : c’est de bien distinguer les tumeurs de ces glandes véritablement syphilitiques de celles qui proviennent de toute autre cause, telle que le vice scrofuleux, le miasme pestilentiel , etc.

Je me trouve obligé de faire encore une autre distinction de ces tumeurs surtout des glandes inguinales/ qui me paraît de la plus grande importance dans la pratique, en les divisant en sthéniques et asthéniques : je ne trouve pas que d’autres dénominations puissent mieux convenir à ces deux sortes de bubons.

Le bubon , que j’appellerai sthénique , est accompagné de symptômes évidens de phîogose ou d’inflammation , qui sont même souvent très-violens , et accompagnés d’un pouls vite , plein et fort. Dans le bubon que je nommerai asthénique , on observe précisément le contraire. Tous les symptômes dénotent un grand degré de faiblesse ou d’irritabilité , et sont souvent accompagnés d’un pouls faible et très-accéléré. La fièvre, dans l’une et dans l’autre espèce de ces. tumeurs, est symptomatique, et indique clairement la nature de la maladie principale. Dans la première , l’inflammation et la suppuration sont bor-

nées à la glande , et marchent rapidement : dans la seconde , les progrès sont faibles et lents ; ou si ces progrès sont rapides , c’est que l’inflammation et la suppuration s’étendent dans les parties environnantes. Le bubon sthénique est roüge , le bubon asthénique est d’une couleur plus pourpre. Un médecin attentif serait tenté de leur attribuer des causes différentes tant ils diffèrent dans leur nature et dans le traitement qu’ils exigent pendant leur progrès. Un écrivain moderne a distingué ces deux espèces de tumeurs en inflammatoires et en érysipélateuses; mais il me semble que cette dénomination est trop vague, et qu’elle ne donne pas une id*éê aussi claire de la nature de ces maladies, ni aussi propre à nous guider dans leur trai-; tement , que la distinction que je viens d’établir en sthénique et en asthénique. On a confondu souvent cette dernière espèce avec le bubon scrofuleux; mais je dois observer qu’on a fait depuis peu fréquemment usage du mot scrofules . de la même manière que des fièvre maligne , maladies nerveuses , -bilieuses et scorbutiques , non pour désigner la nature de ces maladies particulières , mais pour cacher l’ignorance où l’on est de la véritable nature de certaines maladies.

Après avoir ainsi établi toutes les distinctions essentielles entre les différentes tumeurs des glandes lymphatiques syphilitiques , je devrais maintenant passer à la méthode de les traiter; mais je pense qu’il sera utile , et peut-être même nécessaire , d’examiner et de discuter auparavant quelques préjugés , qui sont

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assez généralement répandus, concernant la nature de ces gonflemens.

Beaucoup de personnes, surtout parmi les habitans des parties méridionales de l’Europe , regardent comme une pratique dangereuse de résoudre ou dissiper un bubon syphilitique. Ce préjugé est né de l’opinion où l’on est que par cette méthode le virus est, comme on croit, répercuté, chassé ou pompé dans la masse générale , où il occasionne ensuite une infection universelle : au lieu que si le bubon se guérit par la suppuration , ils s’imaginent que non-seulement il n’y a point à craindre d’infection générale, mais qu’au contraire , dans le cas même où il y aurait du virus absorbé pendant la formation de l’abcès, la suppuration expulserait et le virus contenu dans la glande , et celui qui aurait été absorbé. D’après ce raisonnement, on s’imagine que l’abcès formé par la suppuration du bubon est une espèce d’égoût, par lequel le corps se purge entièrement de tout le virus syphilitique. Cette opinion, outre qu’elle est entièrement erronnée, peut devenir nuisible au malade , au moins en le privant d’un avantage dont il aurait pu jouir sans cela. Je dois faire en conséquence deux remarques à ce sujet : la première est que, moyennant la méthode d’appliquer des frictions mercurielles, non pas sur la glande affectée, comme on avait coutume de le faire jusqu’ici , piais à l’intérieur des cuisses , on des jambes , ou à la plante des pieds, d’après la manière rapportée ciaprès , la résolution du bubon ne peut jamais occa~

sioimer la rétropulsion du virus syphilitique dans la masse générale ; et qu’au contraire , en suivant cette méthode , on parvient très-souvent à détruire le virus qui est logé dans la glande même. La seconde est que , quand même le virus serait effectivement répercuté par cette méthode, et absorbé de la glande dans la niasse générale , une pareille rétropulsion serait encore préférable à la méthode de guérir le bubon par la voie de la suppuration.

Pour mettre cette matière dans le plus grand jour,’ et pour faire comprendre bien distinctement comment les frictions, appliquées d’après la méthode perfectionnée de la pratique moderne , agissent , il faut connaître à fond les découvertes anatomiques qu’on a faites depuis peu d’années sur le système des vaisseaux absorbans : les ayant bien saisies , on comprendra aisément quel sera l’effet des frictions mercurielles, appliquées comme je le dirai ci-dessous.

On voit par les observations anatomiques dont je viens de parler, mais plus particulièrement par les planches de Mewson , et surtout par celles publiées depuis par Màscagni , que les vaisseaux lymphatiques ou absorbans commencent sur toute la surface du corps par les plus petites ramifications; qu’en remontant des extrémités inférieures, ils se réunissent peu à peu en branches plus grosses , qui se terminent à la fin dans les glandes inguinales , dans lesquelles iis semblent verser le liquide qu’ils ont absorbé à la surface par leur extrémité. Ce liquide, qui dans l’état naturel n’est que de beau ou une lymphe

CH AP. XIII. DES TUMEURS

douce plus ou moins délayée d’eau, après avoir été déposé dans les glandes lymphatiques des aines , y est absorbé de nouveau par d’autres vaisseaux lymphatiques, qui le portent à Fabdomen, et delà le versent, par le canal thorachique, dans la masse du sang. Supposons maintenant qu’une portion du virus syphilitique ait été absorbée par les vaisseaux lymphatiques des parties génitales ou des extrémités inférieures , et que par conséquent elle ait été portée, conjointement avec la lymphe , dans une ou plusieurs glandes ingui-

nales. Le virus étant une fois parvenu à la glande , sera repris par les vaisseaux absorbans opposés , et , dans ce cas , il sera porté dans la masse des humeurs ; ou , ce qui arrive plus fréquemment , il excitera dans la glande , par son âcreté, une irritation , au moyen de laquelle non-seulement il préviendra sa propre absorption par les vaisseaux opposés , mais encore il produira l’irritation et un gonflement , ou une inflammation de la glande , ou ce qu’on appelle un bu bon. Dans ces circonstances , le meilleur parti qu’il y aurait à prendre serait sans doute de détruire radicalement , s’il était possible , le virus niché dans la glande.

Or, sans m’appuyer sur l’expérience faite par le docteur Harrisson , qui , en triturant la matière imprégnée du virus syphilitique avec l’oxide de mercure, l’a rendue par ce procédé parfaitement douce et inactive, on sait que le mercure est le seul spécifique pour détruire les effets du virus syphilitique. La question est donc de l’amener dans la glande affectée. Les

praticiens qui nous ont précédés ont bien eu recours à l'application du mercure , et se sont imaginés, faute de connaissances anatomiques, qu’ils pouvaient introduire le mercure dans la glande , en faisant des frictions avec l’onguent mercuriel sur la glande ellemême. Bien loin d’obtenir par cette pratique l1 effet qu’ils s’en promettaient, c’est-à-dire la disolution ou la résolution du bubon , ils virent que la plupart des bubons traités de cette manière s’enflammaient communément davantage, qu’ils tombaient après en suppuration , et qu’ils se terminaient même quelquefois par la gangrène. Le fait est qu’en opérant ainsi , on n’introduit point de mercure dans la glande affectée, ou, si cela arrive de temps en temps, c’est par pur hasard; car les vaisseaux absorbans qui partent de la peau , dont la glande est immédiatement couverte, ne prennent pas leur cours vers la substance de la glande gonflée , mais marchent obliquement vers l'abdomen. D’où il résulte qu’on ne doit point attribuer au mercure les bons ou mauvais effets qu’on éprouve dans ce cas, mais plutôt à l’irritation mécanique occasionnée par les frictions ; et que probablement tout autre onguent , employé de la même manière, aurait produit le même effet. Mais si , au contraire, au lieu de faire les frictions avec l’onguent mercuriel sur la glande même, on les fait sur la plante du pied, ou sur l’intérieur de la cuisse ou de la jambe, du côté affecté , on peut s’attendre , d’après les connaissances qu’on a sur le cours des vaisseaux absorbans , que le mercure sera absorbé par leurs extrémités, et qu’il

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