CHAP. XI Y. DES EXCROISS, ET DES RÎIÀG
sur i’observatioxj que ces excroissances se laissent guérir le plus souvent par l’usage du mercure : mais il y
a bien d’autres maladies qui ne sont nullement syphi-
litiques, et qui cèdent cependant parfaitement bien au mercure. D’ailleurs, j’ai observé que, le plus souvent , ces excroissances résistent au mercure , tandis qu’elles cèdent à d’autres remèdes. Enfin, je remarque encore que ces affections n’étaient point rares parmi les Grecs et les Romains.
Mais , soit que ces maux doivent leur source au virus syphilitique , soit qu’ils proviennent d’une autre cause , je les regarde en général comme de simples maladies locales ; et , dans ce cas , elles cèdent pour la plupart aisément aux remèdes topiques.
Quelquefois cependant elles doivent leur source à une infection syphilitique générale du corps; d’autres fois elles sont compliquées avec ce virus , et elles ne cèdent alors aux remèdes locaux qu’après un traitement mercuriel complet. V oy. tom. II, ch. III, p. 85;
Lemo \ condylome vient du grec Kot'JuÀîj, tuher , seu tumor ex ictu; ce qui devrait nous rendre attentifs à son origine. Le condylome est une protubérance ou excroissance solide, indolente, qu’on observe communément à l’anus chez les malades des deux sexes, plus rarement aux grandes lèvres ou à l’orifice du vagin chez les femmes , ou à la verge de l’homme.
Cette carnosité spongieuse et fongueuse est d’une figure irrégulière , quelquefois petite , d’autres fois d’un très-grand volume , laissant suinter à sa surface une humeur ou matière ichoreuse fétide. Le condy-
lome devient quelquefois très-dur; mais en général iî est d une dureté moyenne entre la chair et les cartilages.
Les modernes confondent souvent cette maladie avec les ampoules cristallines ou excroissances aciniformes transparentes , que l’on regarde comme une variété du condylome.
La cause prochaine du condylome est une inflammation de la membrane muqueuse ou cellulaire , avec une extension de sa substance.
Les causes de cette inflammation sont le frottement , la compression ou un coup violent sur ces parties , ou l’érosion , soit par le virus syphilitique , soit par quelque autre acrimonie.
ïl faut les distinguer , i°. des varices des vaisseaux hèmorrhoïdaux protubérans hors du rectum , et des tumeurs variqueuses qui arrivent quelquefois aux veines dans 1 intérieur des grandes lèvres chez les femmes; 2°. de F extravasation -du sang dans la membrane cellulaire à l’entour de l’anus , accompagnée souvent d’une extension ou excroissance de la membrane muqueuse , qu’on appelle alors communément cris ta galli , cris ta an i , ou maris ca ; 3°. des excroissances verruqueuses connues sous les noms de thymus , ficus, verruca, porrus , myrmecion .
Si les condylomes proviennent du virus syphilitique , comme c’est très-souvent le cas, surtout dans nos pays septentrionaux de l’Europe , ils ne se guérissent jamais radicalement que par un traitement mercuriel complet ; au lieu que chez les Grecs et les
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Romains , ces excroissances se guérissaient généralement par d’autres moyens.
Le thim ( thymus ou thymion de Celse ) , est une excroissance ou verrue , dont la racine est en général petite , le corps devenant plus grand et endurci , et dont la surface est très-âpre. Sur son sommet, il se fait souvent une fissure qui fournit du sang. Le thim est généralement de la grandeur d’une fève, quelquefois plus petit , rarement plus grand , et se montre , selon Celse , dans différentes parties du corps , principalement dans la paume des mains et à la plante des pieds. Les plus dangereux sont ceux qui viennent aux parties génitales et qui saignent aisément. 11 paraît que les anciens lui ont donné ce nom à cause de la ressemblance de sa couleur avec la fleur du thim: On l’appelle souvent aussi ficus ou sycoma , seu syco -
sis , du grec 'Lvkqv, figue.
Sous le nom de Verrue ( verruca ) on entend généralement une excroissance plus ou moins dure et âpre à sa surface.
Le Poireau ou Porreau ( p or rus , seu myrmecion) est une excroissance verruqueuse aux parties génitales, tantôt humide , tantôt sèche, quelquefois douloureuse au toucher. Quand il approche de la grosseur et de la figure d’une mûre , on lui donne le nom de chou-fleur , à raison de sa ressemblance avec ce légume. Il mérite encore plus ce nom lorsqu’il s’unit à plusieurs autres, formant ainsi une espèce de groupe.
Au surplus, toutes ces différentes excroissances ne me paraissent que des variétés d’une même espèce.
Il est à propos de remarquer ici que la causé qui les produit aux parties génitales et à Fanus, surtout chez les enfans, est souvent une acrimonie acide (1).
Méthode curative.
Celse recommande Fapplication des astringens végétaux ou minéraux , et principalement de l’oxide de cuivre vert et des caustiques ou des corrosifs , dans les condylômes endurcis et invétérés : dans les rebelles, il prescrit l’excision ou l’adustion.
Quoique l’extirpation par l’excision ou par la liga-
(1) J’ai dit plus haut, dans le chap. X, que les excroissances verruqueuses ou caroncules, situées dans le canal de l’urètre, étaient quelquefois la cause de la dysurie chez, les hommes, mais que cette cause me paraissait être très-rare aujourd’hui. J’ai vu depuis peu un jeune homme, qui avait une excroissance assez grande de cette nature dans le canal de l’urètre , près de l’orifice ; on pouvait la voir distinctement en la dilatant fortement. Cette verrue était venue à la suite d’une blennorrhagie. Je crois devoir ajouter ici que, dans tous les cas de dysurie urétrale , il est important d’examiner si le malade n’est pas sujet, d’après sa constitution, aux verrues dans toute autre partie du corps ; car je suis porté à croire que nous pouvons alors soupçonner avec raison que la même cause a lieu pour le canal de l’urètre. Si ces excroissances verruqueuses ou caroncules dans le canal de l'urètre sont à portée de la vue, on peut y appliquer le caustique. Mais , dans les cas où elles sont situées plus avant, cette application est sujette à beaucoup d’inconvénient j l’application des bougies long-temps continuée les détruit souvent peu à peu. Mais si ce moyen ne réussit pas , le caustique mérite d’être essayé, vu qu’il ne nous en reste aucun autre que l’incision de l’urètre, et ensuite l’extirpation de la verrue, soit par le même moyen, soit par le bistouri.
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ture réussisse souvent, l’application du caustique est quelquefois préférable : je me sers à cet effet , avec succès, du nitrate d’argent fondu, ou d’oxi-muriatë d’antimoine; dans d’autres cas, j ’emploie le nitrate de mercure liquide, ou l’oxide de mercure rouge.
Quelquefois ces excroissances disparaissent, en appliquant fréquemment de l’eau froide toute simple avec un pinceau , ou plusieurs fois par jour de l’eau de chaux mêlée avec un peu de teinture de myrrhe et d’alcool camphré , et les couvrant ensuite avec une compresse trempée dans le même liquide. La poudre des feuilles du jurûperus sabiria , seule ou mêlée avec l’alun fondu ou avec l’oxide de fer jaune ou rouge , est un remède très-efficace. Depuis plusieurs années * je me suis servi avec beaucoup de succès d’une composition recommandée par Plenck , que j’ai insérée dans la pharmacopée syphilitique , sous le titre : Li~ quor ad coridylomaia. Dans d’autres cas , la dissolution de muriate de fer dans l’alcool réussit parfaitement bien. Quelquefois un traitement mercuriel est nécessaire , comme je l’ai observé plus haut , et alors ces excroissances disparaissent communément trèsvite; mais souvent aussi elles résistent avec opiniâtreté , ou elles reviennent bientôt après qu’elles ont disparu : dans ce cas , l’extirpation par l’un ou par l’autre moyen indiqué ci-dessus devient nécessaire. Dans quelques cas opiniâtres , les fumigations mercurielles m’ont produit l’effet désiré.
Les porreaux, et surtout les choux-fleurs qui viennent à l’entour du gland , sont souvent fort opiniâtres. S’ils
ont un pédoncule, on fait bien de les extirper par l’excision , ou bien par la ligature ; dans le cas où ils occupent tout le pourtour du gland , et qu’ils se laissent diviser en haut , on réussit mieux de les lier ainsi divisés l’un après l’autre; et on applique , après qu’ils sont tombés, quelque caustique pour détruire leur racine ; d’autres fois on réussit mieux d'amollir d’abord leut* surface par l’onguent mercuriel ou paé une fomentation des plantes émollientes, et d’appliquer ensuite le sous-carbonate de potasse ou bien la 1 inclura muriatis ferri ; ph. syph. , ou le liquor ad condylomata , ou le caustique, ou, selon les circonstances , des astringens. On a recommandé dernièrement aussi l’application d’une dissolution d’opium. J’ai réussi quelquefois à guérir ces choux-fleurs opiniâtres à l’entour du gland , en plongeant souvent la partie affectée dans une décoction émolliente , et en la recouvrant ensuite avec l’emplâtre des gommes. Je fais mention de tous ces différens moyens , parce que ces excroissances mettent souvent notre patience à l’épreuve.
Le même traitement convient également dans les autres excroissances verruqueuses : il faut avoir soin , dans tous les cas où on emploie des corrosifs , de garantir et de défendre soigneusement les parties voisines; autrement on s’expose à les ulcérer.
Des Rhagades ou fissures.
Lesrhagades ( rhagades seu rhagadia , du grec Paya , vis, impetus, ou fayote, mptiira, scissura , rima), sont
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des fissures de la peau , à l’anus , aux grandes lèvres des femmes , et à la paume de la main.
Celse recommande des bains chauds généraux ou locaux avec de l’eau chaude ; des œufs bouillis appliqués chauds; des émolliens mucilagineux , huileux. J'ai trouvé le beurre de cacao , et quelquefois l’onguent fait avec le nitrate de mercure , ou l’onguent mercuriel ordinaire , préférable à tous les autres topiques. J’ai vu , il y a quelques années, un malade qui avait gagné, depuis un an et demi , une blennorrhagie, pendant laquelle se montraient des condylomes à Fanus. On lui fit un traitement mercuriel. Les condylomes disparurent pendant l’usage du mercure : mais l’écoulement de l’urètre a continué depuis. Il survint ensuite de grandes rhagades dans la paume de chaque main; et je suis sûr que ni cette blennorrhagie, ni ces condylomes, ni ces rhagades , dont il était affecté à cette époque , ne sont pas dos au virus syphilitique. L’état de ce malade est très-bien peint dans les auteurs anciens , et il a été radicalement guéri sans prendre de mercure.
Les rhagades ou fissures de la peau des mains , ou de grandes lèvres des femmes, ou à l’anus ,■ et provenant du virus syphilitique , exigent l’application et les frictions avec l’onguent mercuriel , et en même temps un traitement antisyphilitique complet.
Celles de l’anus en particulier, rebelles aux remèdes indiqués , et causant des douleurs et des angoisses violentes sont , d’après les observations de ML Boyer ,
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efficacerilent et promptement soulagées et guéries par l’incision pratiquée avec soin dans le sphincter.
J’ai traité dans ce premier volume des effets du virus syphilitique sur les organes de la génération : dans le second , je traiterai des effets du même virus sur toute l’économie animale.