CHAPITRE PREMIER
Précis historique des maladies des organes de la génération , connues et décrites par les anciens.
Nos qui sequimur probabiliora , nec ul trô quàm id quodt verisimile occurrerit , progredi possumus, et refellere sine pertinaciâ, et refelli sine iracundiâ paratisuïnus.
Cicero, Tusc. quest.
O n est si généralement accoutumé aujourd’hui à regarder toutes les maladies des parties génitales, qui arrivent après un coït tant soit peu suspect , comme syphilitiques ou (ainsi qu’on les nomme communément) vénériennes , qu’avancer une opinion contraire paraîtra à un très-grand nombre de personnes.
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sans en excepter les gens de Fart, un véritable paradoxe. Cependant, en examinant avec moi un peu attentivement ce sujet, en y réfléchissant un peu plus profondément qu’on n’a fait jusqu’ici, on regardera comme démontré qu’un grand nombre de maladies locales des parties génitales , qui se présentent aujourd’hui dans la pratique, ne sont pas de nature vénérienne ; il sera évident pour l’observateur attentif que beaucoup de ces maux doivent leur source à d’autres causes, à d’autres acrimonies très-différentes de la nature du virus syphilitique ou vénérien.
Il semblerait, en lisant les différens auteurs qui ont écrit sur ces maladies après le seizième siècle, que depuis que ce terrible fléau (la maladie syphilitique ou vénérienne ) a infecté l’Europe , les effets de ce virus actif et redoutable ont fait taire ou disparaître toutes les autres acrimonies qui ont attaqué les parties génitales dans tous les temps et dans tous les pays; ou plutôt que les médecins et les malades ont oublié qu’il ait jamais existé une autre cause que le virus syphilitique qui puisse produire des maladies dans ces parties, ou qui puisse au moins se propager par le coït.
On a sûrement oublié toutes les causes qui produisent ou qui sont capables de produire des maladies aux parties génitales , ou on les a confondues à un tel point , qu’il n’y a pas cinquante ans , lorsque je voyageais dans différens pays de l’Europe pour acquérir ou pour recueilli!* les connaissances acquises dans toutes les différentes branches de la médecine
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par les hommes les plus éclairés, les uns riaient, et les autres regardaient avec un air de dédain les doutes ou conjectures que je hasardais alors d’offrir sur cette matière; et je me trompe beaucoup , si même dans ce moment la plupart des praticiens vulgaires ne regardent pas, sans hésiter, tous les cas de gonorrhée et d’ulcère des parties génitales , qui se présentent à eux dans la pratique, comme vénériens, et ne traitent pas tous ces maux sous ce point de vue , sans se douter seulement que le mot de gonorrhée et celui de chancre puissent s’appliquer à une autre maladie qu’à une maladie vénérienne.
Combien n’ai-je pas vu de jeunes gens dupes et victimes malheureuses de ce préjugé ! combien de femmes honnêtes faussement suspectées ; combien de pères et de mères de famille troublés dans leur repos et leur bonheur domestique; combien de mariages, ou d’unions les plus douces , rompues et rendues malheureuses, par cette idée, par ces jugemens superficiels, hasardés , des médecins et des chirurgiens routiniers !
Et , comme si l’homme était de toute éternité condamné à ne jamais trouver la vérité qu’après avoir, pour ainsi dire , épuisé toutes les sottises et toutes les erreurs, plusieurs praticiens qui ont commencé à entrevoir dernièrement qu’il pourrait bien y avoir des maladies aux parties génitales qui ne fussent pas vénériennes, ne sont-ils pas d’abord tombés dans l’erreur opposée, en avançant, en soutenant et en publiant qu’aucune gonorrhée n’était vénérienne; que tontes les gonorrhées étaient produites par un virus
ou une acrimonie tout-à-fait différais du virus syphilitique?
J’ai tâché particulièrement dans le premier volume de fixer nos connaissances, de déterminer avec plus de précision la nature et les différentes espèces de maladies des parties génitales; et comme des espèces trèsdifférentes les unes des autres peuvent également provenir d’un coït impur, et qu’elles .sembleraient mériter paT conséquent toutes le nom de vénériennes, j’ai cru convenable d’abandonner ce nom vague et équivoque, et de lui substituer , partout où il s’agit d’une maladie produite par le virus appelé vulgairement vénérien, le mot syphilitique : distinguant ainsi avec précision les blennorrhagies, les ulcères, les gonflemens des glandes lymphatiques , etc. , syphilitiques de tous ceux qui, communiqués par le coït, ou de quelque autre manière que ce soit , doivent leur source a d’autres causes , et exigent en conséquence un régime et un traitement différais.
La maladie syphilitique ( syphilis ) n’est pas une maladie simple, qui affecte un seul organe ou une seule partie du corps, mais c’est un assemblage de différens maux dans une ou plusieurs parties du -corps causés par le virus spécifique, qu’on a nommé jusqu’ici communément vénérien , mais que j’ai désigné, pour le mieux caractériser, parle nom de virus syphilitique.
Nous disons qu’une personne est vérolée , attaquée ou infectée de la vérole ou de la maladie vénérienne, ou qu’elle a la maladie syphilitique ou la syphi-
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lis ( i ), lorsque le poison ou virus animal spécifique que j’appelle syphilitique affecte le système du corps, et qu’il y produit ses effets particuliers : tels que , par exemple, des ulcères dans la gorge , des éruptions sur la peau , des douleurs , des tumeurs et des caries aux os, etc. Mais, tant que les effets de ce meme virus sont bornés aux parties génitales, on ne nomme point communément cette maladie syphilis , lues venereci; ou vérole ; on distingue alors chacun de ses effets par quelque nom particulier , relativement à ses différentes apparences, comme b l e n n oit h agi e o u go n orrhée, ulcère ou chancre , bubon ou poulain, etc.
On ne connaît pas mieux la nature intime du virus syphilitique que celle du virus de la petite vérole , ou de toute autre maladie contagieuse : on sait seulement qu’appliqué au corps il produit tels ou tels effets , et qui cèdent à une méthode particulière de traitement. Le virus syphilitique, après avoir pris racine dans le corps , attaque principalement les membranes
(t) Le mot syphilis me paraît dérivé des mots ovç porcus , et Çuài'oc amor, comme qui dirait amorpo rcinus , amour de cocbon , amour sale, ou maladie provenant d’un coït impur. Il ne faut pas s’imaginer que ce mot , quoique grec originellement , ait jamais été employé parles auteurs grecs ; c’est Fracasîor qui a d’abord donné ce nom à la maladie vénérienne dans son beau poème De Syphili tide , seu morbo galhco , écrit au commencement du seizième siècle. L’auteur est né en i/jbS, et est mort en x 553 - L’étymologie que j’ai adoptée de ce mot me paraît la plus conforme à la manière dont cette maladie se propage, au moins aujourd’hui; et je me servirai , dans le cours.de cet ouvrage , du mot syphilis , ou de son adjectif syphilitique , de préférence au mot vénérien »
muqueuses, ou les glandes lymphatiques ou muqueuses des parties génitales, et de là, lorsqu’il affecte la constitution du corps , il attaque principalement le palais et les amygdales, la peau , ou la racine des cheveux , ou le périoste et les os. Quoiqu’il affecte souvent , comme la maladie scrofuleuse ( Scrophula ), le système lymphatique , il y produit des effets trèsdifférens; il attaque rarement d’autres glandes que celles des aines ou des aisselles et des extrémités , ou bien les amygdales; et les tumeurs ou engorgemens qu’il produit dans ces glandes ou dans les vaisseaux absorbans cèdent , en général , assez aisément aux médicamens mercuriaux; pendant que les tumeurs et endurcissemens des glandes scrofuleux résistent avec opiniâtreté à ces mêmes remèdes ( i ).
Les singes, ni aucun autre animal, ne paraissent, autant que nous sachions, susceptibles d’être affectés du virus syphilitique (2) : cependant Rciydjort pense que les animaux peuvent en être infectés; mais i! n’apporte aucune autorité ni aucun fait à l’appui de son opinion. Pauw, dans ses Recherches philosophiques sur les Américains , dit aussi, mais sans faire connaître la source d’où il tire ce fait, que les chiens, dans le Pérou, sont sujets à gagner cette maladie; mais qu’ils n’y sont pas exposés dans l’Amérique
(1) Voyez ce sujet plus particulièrement discuté dans le chapitre suivant.
(2) M. Turnbull dit avoir fait des expériences à ce sujet , d’après lesquelles il conclut que ni les chiens ni les lapins ne sont susceptibles d’étre affectés du virus syphilitique par l’inoculation.
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septentrionale. J’ai vu des chiens affectés d’écoulemens du canal de l’urètre, et d’autres qui avaient dans la verge un ulcère corrosif dont ils sont morts à la fin ; mais je n’ai pu vérifier si ces maux ont été réellement syphilitiques, comme plusieurs personnes le croyaient. J’ai vu aussi des étalons qui avaient gagné, par le coït, des ulcères à la verge, que les maquignons appelaient chancres; mais ces ulcères , examinés avec soin , me parurent évidemment d’une nature différente de celle des ulcères syphilitiques , et ils se guérissaient assez facilement par l’application de la crème et du lait.
La plus petite portion du virus syphilitique suffit pour produire dans tout le corps les plus grands désordres : elle paraît s’étendre par une espèce de fermentation et par une assimilation de matière. Lorsque ce virus a été appliqué au corps humain , il lui faut, comme aux autres matières contagieuses, un certain intervalle de temps pour produire cette fermentation, si je puis me servir de ce terme, qui détermine la maladie ; car l’opinion de J. Hunier et des autres écrivains modernes , que les effets du virus syphilitique, ainsi que ceux des médicamens antisyphilitiqueS, sont dus uniquement à une action morbifique excitée par sympathie dans les différentes parties du corps , et non pas au virus lui-même et aux médicamens absorbés et déposés dans ces parties, ne me paraît guère fondée.
Nous sommes accoutumés aujourd’hui à regarder le mercure comme doué de la propriété spécifique de
détruire le virus syphilitique , niais c’est encore une question de savoir en quoi consiste son action. On a beaucoup parlé de ses vertus évacuantes, stimulantes,, absorbantes, et surtout de son pouvoir de produire un certain état cachectique dans le corps. On a attribué à l’une ou à l’autre de ces vertus l’effet qu’il exerce pour guérir les maux syphilitiques; mais il est de fait que la manière précise dont il agit nous est encore inconnue. Tout ce que nous savons, c’est que le mercure sous forme métallique n’a aucune action chimique sur le corps humain. Il faut préalablement qu’il soit combiné avec l’oxigène ou avec un acide : c’est dans cet état seul ( sous forme d’oxide ou de sel) qu’il est capable d’exercer quelque action sur le virus syphilitique affectant le corps humain , et qu’iFproduit sur lui les effets étonnans dont nous sommes témoins tous les jours.
D’un autre côté, les observations exactes que nous venons de faire encore tout récemment nous ont démontré que ces mêmes effets ne sont point dus à l’oxigène seul , ainsi que quelques personnes l’ont avancé depuis peu, par une induction ou un jugement d’analogie trop précipité ; en effet , si on administre l’oxigène sous toute autre forme connue, excepté celle où il est combiné avec du mercure, ses effets paraissent être très-incertains (i).
(i) Les acides nitrique et oxi-muriatique, et même l’oxi-muriafe de potasse , quoique contenant (à volume égal) une quantité beaucoup plus grande d’oxigène qu’aucune préparation mercurielle, ne se montrent dans la plupart des cas, surtout dans celui de syphilis
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L’oxigène agit quelquefois, à la vérité, d une manière assez énergique sur les maladies syphilitiques primitives, ou sur certains symptômes locaux, tels que les ulcères. Mais pour guérir radicalement et sans crainte de rechute les maladies syphilitiques consti- • tutionnelles ou secondaires , il faut qu’il se trouve uni au mercure: en sorte qu on peut dire que ce n’est ni l’oxigène ni le mercure seuls qui guérissent , mais tous les deux combinés ensemble ; du moins cela a lieu dans les climats tempérés de 1 Europe, tels que ceux de l’Angleterre, de la France et de l’Allemagne. Peut-être, dans d’autres climats pins chauds, les effets chimiques des remèdes oxigénés sur le corps humain seraient-ils plus énergiques , et suffiraient-ils
seuls pour opérer la guérison : c’est ce que des expé-
riences ultérieures pourront nous apprendre.
Il me semble , d’après tout ce qu’on a pu observer sur la manière d’agir des remèdes mercuriaux, qu’ils agissent, en s’unissant au virus syphilitique ou à l’humeur dans laquelle ce virus réside , par une espèce d’affinité chimique ou d’attraction élective, par laquelle ces deux substances unies ensemble se changent en une troisième, qui a de nouvelles propriétés entièrement différentes de celles que ces deux substances avaient avant leur union; que par conséquent le virus syphilitique , dans ce nouvel état , perd son énergie active sur le corps , et cesse d’être nuisible à l’écono-
invétérée et confirmée, ni aussi efficaces, ni aussi certains dans leurs effets ( du moins dans nos climats septentrionaux), que les diverses préparations mercurielles.
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mie animale. Au moins cela me paraît incontesta¬
ble, en voyant tous les jours que les ulcères évidemment syphilitiques des parties génitales se guérissent
ar la seule application locale d’oxide
rouge ou de sous-muriate de mercure en poudre.
La contagion de la petite vérole produit ses effets environ quinze à vingt-quatre jours après que le corps en a reçu l’infection de l’atmosphère , et au bout de
huit ou dix jours, si on l’a reçue par le moyen de l'i¬
noculation. Quant au virus syphilitique, l’intervalle où il manifeste sa présence n’est ni constant, ni toujours le même : il lui faut quelquefois , et peut-être dans certaines personnes, un temps plus long pour produire ses effets que dans d’autres occasions ou chez d’autres sujets. J’ai vu paraître des chancres au bout de douze heures, et même, dans quelques cas, peu de minutes après un coït impur; tandis que, dans la plupart des autres cas, ils ne commenceront à se manifester qu’au bout de tant de jours. La plupart des hommes éprouvent les premiers symptômes d’une blennorrhagie, le second, troisième ou le cinquième jour après s’être exposés a la prendre ; mais il est des cas où on ne les observe qu’après autant de semaines ou même autant de mois.
Je fus consulté , il y a quelques années , par un homme attaqué d’un violent écoulement du gland, accompagné d'un phimosis sans ulcère , qui ne s’était manifesté que quatre semaines après le coït; pendant tout cet intervalle il n’éprouva pas le moindre symptôme de la maladie.
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Je tiens du docteur Dunccin, d’Edimbourg, le fait suivant : Un jeune homme partit, il y a quelques années, de Londres pour les Indes orientales, avec l’apparence de la bonne santé; mais en approchant de ces climats brûians, après un voyage de quatre mois, il fut attaqué , avant de mettre pied à terre, d’une violente blennorrhagie (gonorrhée ), quoiqu’il n’eût pu recevoir d’infection pendant le voyage. Il y a des observations qui semblent démontrer que le virus peut demeurer pendant quatre, cinq ou six semaines, et peut-être plus long-temps , sur la surface des parties génitales, avant d’y produire des ulcères ou un écoulement, et sans être absorbé dans la masse du sang; et s’il n’eut pas alors produit un ulcère, il est probable que, dans la plupart des cas, il n’aurait point été absorbé du tout. Nous voyons très-souvent que des femmes publiques communiquent la maladie à différentes personnes pendant plusieurs semaines de suite, tandis qu’elles n’en ont pas elles-mêmes le moindre symptôme apparent , soit local, soit général, le virus demeurant pendant ce temps dans le vagin, sans produire la moindre action ni dans ce canal, ni dans le système du corps.
Quoique les différens effets du virus syphilitique semblent dépendre principalement de la constitution du malade, de son état de santé précédent, du degré plus ou moins grand d’irritabilité et de sensibilité du corps en général, ou des parties affectées en particulier, il paraît probable, d’après les ravages extraordinaires qu’on observe quelquefois, que le virus a
lui-même différentes modifications, et qu’il est, dans quelques cas , d’une nature plus ou moins âcre, plus ou moins irritante ou venimeuse. Cette opinion semble être confirmée par un fait digne de remarque : c’est que le virus syphilitique, transplanté d’un pays chaud dans un pays froid, semble produire, dans tous les cas, des effets bien plus violens ; qu’il est trèsvraisemblable que le virus syphilitique fut originellement transporté d’un climat plus chaud en Europe, où il a exercé au commencement, selon le témoignage de tous les auteurs contemporains, des ravages terribles; de même que, de nos jours, transporté en Canada, il y produisit tous les symptômes les plus affreux , et semblables à ceux qu’il avait produits dans les premiers temps de son apparition en Europe. Voyez tom. il.
Je ne prétends point décider la grande question de l’époque à laquelle les hommes ont éprouvé, pour la première fois, les effets de ce terrible poison. Le temps même , c’est-à-dire l’année précise de la première apparition de la vérole, ou maladie syphilitique, en Europe, paraît incertain; et l’on ne sait pas mieux de quel endroit elle y a été vraiment apportée. Tout ce qu’on peut se permettre d’affirmer, c'est que nous n’avons aucune preuve authentique que cette maladie , ou plutôt cet assemblage de symptômes qui constitue proprement la maladie syphilitique telle qu’elle a commencé à se montrer en Europe vers la fin du quinzième siècle, et telle qu elle existe aujourd’hui chez nous , ait existé autrefois chez les
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Grecs et chez les Romains. Nous trouvons cependant dans les anciens auteurs une description exacte de plusieurs maladies locales de ces organes de la génération, très-semblables aux maladies produites aujourd’hui par le virus syphilitique : telles sont particulièrement les ulcères ronge ans du prépuce et du gland ; l'écoulement de matière claire ou sanieuse pan la verge ; le cancer ( gangrène ) de la verge ; V ulcère phagédénique de la même partie ; les porreaux du prépuce et du gland ; les condylomes à l'anus ; les tumeurs des testicules produites sans contusion extérieure ; les tumeurs des glandes inguinales ; les abcès, les pustules et la gangrène du vagin , etc. Mais il faut observer ici, et nous avons tâché de le prouver dans le cours de cet ouvrage, que ces maladies peuvent être produites par différentes autres causes ou acrimonies ; et quoique plusieurs auteurs anciens nous aient pleinement instruits que ces maladies étaient contagieuses, qu’elles se propageaient par le coït, nous ne trouvons nulle part qu’elles produisissent alors dans le reste du corps des symptômes semblables à ceux que nous voyons produits aujourd’hui par le virus syphilitique, quand il est absorbé dans la masse, ou quand il affecte le système du corps.
Quoique beaucoup de ces livres anciens fussent , pour ainsi dire , entre les mains de tous les médecins, j’ai déjà observé que je n’ai pas trouvé, il y a quarante ou cinquante ans, un seul médecin ou chirurgien en Europe qui se doutât que les maladies actuelles des parties génitales vinssent jamais d’une autre
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cause que du virus syphilitique, et qui ne traitât en conséquence de même toutes ces maladies comme vénériennes. Personne n’avait encore songé jusqu’alors que beaucoup de ces symptômes ou maladies des parties génitales, telles que nous les voyons aujourd’hui, avaient été connues avant l’apparition de la maladie vénérienne en Europe.
Mais Fauteur qui depuis peu a le plus éclairé l’histoire des différentes maladies des parties génitales qui existaient , dans les siècles reculés , chez différens peupies , dans diverses parties du globe , c’est le feu docteur Gruner , professeur à Jéna , en Saxe. Il a publié un supplément à la collection de Luisinus , in-folio ; contenant des extraits des auteurs anciens , grecs et latins , arabes et arabistes , rares et inconnus , qui ont traité des différentes maladies auxquelles les parties génitales des deux sexes , ainsi que l’anus , ont été de tout temps sujettes. Comme ce livre est rare en France, et qu’il contient des faits très-curieux et trèsintéressans , je vais donner un extrait dès plus anciens renseignemens qui nous soient parvenus sur les maladies des parties génitales , et j’y ajouterai quelques remarques.
Je commencerai par un des plus anciens livres qui nous soient parvenus, la Bible. Nous voyons qu’on y fait mention de la gonorrhée dans le livre intitulé le Lévitique, qu’on attribue communément à Moïse. Quoique l’auteur laisse voir, et par la description qu’il fait de cette maladie des Juifs , et par le nom qu’il lui donne, en l’appelant gonorrhée (écoulement
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de semence) , qu’il ignorait la vraie nature de ce mal, sa description néanmoins nous apprend que notre maladie était contagieuse, et qu’elle se propageait par le coït: aussi ce législateur donne-t-il des lois sages et sévères pour arrêter cette communication. Nous mettrons le lecteur dans le cas de juger par lui-même , en rapportant le texte , chapitre XY.
Vers. 2... V ir qui patitur jîu.xum seminis , immun dus erit.
3. Et tune judicabitur huic vitio subjacere, cùm per singula moi ne nia adhœserit car ni ejus 9 atque concreverit fœdus humor,
4. O mue stratum in quo dormierit , immundum erit , et ubicumque sederit.