I. — combustibles solides
Les combustibles solides sont les plus généralement employés. Les principaux sont :
Le bols. — Le bois contient de 40 à 50 p. 100 d'eau qu'on peut lui faire perdre par la torréfaction, c'est-à-dire en le chauffant à 150 degrés. Ce procédé, qui est très-ancien, est aussi très-avantageux, car les bois humides à poids égal donnent beaucoup moins de chaleur que les bois secs; Rumford a le premier appelé l'attention sur le mauvais usage des bois humides qui s'en vont en fumée. En effet, Teau n'étant pas combustible ne peut développer de la chaleur, au contraire elle absorbe une grande partie du calorique pour se transformer en vapeur. On voit donc qu'il y a tout intérêt à sécher les bois destinés au chauffage.
10 TRAITÉ COMPLET DU CHaUFFAGK ET DE LA VENTILATION.
On emploie comme combustible toute sorte de bois; des bois tendres, tels que le sapin, le bouleau, le peuplier, Térablc, le marronnier, etc.; des bois durs, le chêne, Torme, le frêne, etc. ; des bois dont on a enlevé l'écorce pour faire du tan, et qu'on nomme à cause de cela pelardj enfin des bois flotléSy parce qu'ils ont été amenés sur les lieux de consommation par des canaux ou des rivières.
Ce mode de transport est non-seulement économique, mais encore, au point de vue qui nous occupe, est excellent, car Teau expulse la sévc des arbres, et quand ces bois sont mis en tas, ils sèchent beaucoup plus rapidement que les bois non flottés.
Le flottage des bois remonte à 1449; ce fut un marchand de bois, Jean Rouvet, qui, sous Charles YII, imagina d'utiliser les rivières pour le transport des bois de chauffage.
tourii«. — La tourbe est malheureusement encore peu employée dans les foyers des villes comme combustible, cependant c'est vraiment le seul de tous qu'on puisse avec raison appeler combustible de Vacenir, car lorsqu'il sera connu et apprécié comme il le mérite, il occupera une très-grande place dans la consommation domestique et industrielle.
Un des premiers défenseurs de ce combustible, le sieur de Lamberville, fut autorisé, en 1627, à exploiter toutes les tourbières de France ; il fit même paraître en 1631 un ouvrage sur les avantages de la tourbe (1), dans lequel il démontre en outre l'innocuité de ce combustible.
Parmi les attestations plus ou moins curieuses qu'il donne dans son livre, nous croyons devoir signaler à nos lecteurs la suivante : « Nous, docteurs en médecine de la faculté de Paris, certifions avoir vu l'espreuve faite en la cheminée de nos escholes... lequel feu procède des dites tourbes, nousrecoignoissons n'eslre préiudiciable à la santé des pauvres, non plus que en Picardie, Flandre, Hollande et autres pays septentrionaux, où l'usage est dès longtemps et encore à présent continué. — 22 janvier 16:26. — Ont signé : Cousinot, doyen; Bonnart, Guérin, Lelus, Letellier, Brayer, Leclerc, Arbaut, des Gorris. »
Nous ne parlerons pas plus longuement sur la tourbe, mais ceux de nos lecteurs qui voudraient posséder des renseignements plus complets sur ce combustible, n'auraient qu'à consulter notre Traité sur la tourbe, seul ouvrage moderne écrit en français sur cette matière (2) pour le moment.
L.a houille. — On comprend sous le nom de houille tous les combustibles minéraux solides, naturels, autres que la tourbe ; ce sont des combustibles fossiles: les J/gfni/e», les Aout/tes proprement dites et les anthracites.
Les lignites se trouvent dans les terrains tertiaires, les houilles dans les ter-
(1) Économie ou memage des terres inutiles, etc., par de Lamberville, 1 voL in-12, 1631. (2; Traité complet de la tourbe, 1 voL in-S' de 2i2 pages avec ligures, Paris, librairie polylechiiiquc de J. fiaudry, éditeur, 1870.
rains secondaires et tertiaires, cl les anthracites dans les terrains intermédiaires.
La tourbe^ qui est de formation récente, appartient aux terrains d'alluvion ; elle sert de transition entre les combustibles minéraux et le bois.
On distingue les houilles en houilles grasses ou à longue flamme, et en houilles maigres, brûlant difficilement et presque sans flammes.
La houille a eu beaucoup de peine à s*implanter dans la consommation ; Marco Polo, au xiir siècle, prit le charbonde terre pour une pierre noire qui s'enflammait. Cependant, depuis la fin du xii'' siècle, ce combustible était connu, puisque en 1190, en Belgique, dans le pays deLiége, on fit la première tentative pour substituer la houille au bois et à son charbon, comme nous l'avons dit dans notre Traité de la tourbe. Le premier mineur se nommait Prudhomme, et on le surnommait leAotii/fewrou le forgeron de Plénevanx. Si le bonhomme pouvait aujourd'hui contempler son œuvre, il verrait avec plaisir et satisfaction l'état prospère de son petit commerce.
Un simple aperçu du débit de la houille en France depuis le commencement de notre siècle va nous montrer l'énorme extension qu'a prise ce combustible dans la consommation qui, vers 1803 à 1805, n'était que de 300 000 tonnes (1). Bientôt après, en 1815, elleatteignit 950 000 tonnes; en 1830,1 800 000 tonnes, et aboutit enfin, en 1860, à 8 500000 tonnes. Cette consommation ne s'est pas arrêtée à ce chifi're; nous voyons en effet que dans ces dernières années, elle s'est élevée à 10 et à 12 000 000 de tonnes. On voit donc, par ce simple aperçu, qu'après chaque période de quinze années l'exploitation française a toujours doublé. Nous pouffons donc estimer, sans crainte de nous tromper, qu'en 1875, présente année, la production pourra bien s'élever à 20 ou 25 000000 de tonnes.
Tous les produits naturels dont nous venons de parler (bois, tourbe, houille) fournissent par la calcination un nouveau combustible appelé charbon, que nous allons décrire d'une manière succincte.
Le CHARDON DE BOIS s'obticut par la calcination, ou du moins par la carbonisation des bois en forêts. Le bon charbon de bois est dur, brillant et sonore.
Le CHARBON DE TOURBE s'obticnt par la carbonisation à l'air libre ou en vases clos de la tourbe; dans le premier cas, on perd les produits volatils, tandis que dans le second cas on les recueille; or la tourbe renferme en produits ou sous-produits du goudron, des huiles lourdes et épaisses, des huiles essentielles et volatiles, des eaux ammoniacales d'une très-grande richesse, des gaz hydro- . gène, protocarboné et bicarboné, de l'oxyde de carbone.
Le COKE DE TOURBE brùlc avec une jolie flamme bleue qui se maintient longtemps, et une fois enflammée sa braise dure plusieurs heures. Du reste, l'utilité
(1) Ce chifTre est la moyenne des années 1803 à 1805, et nous ferons remarquer à nos lecteurs qu'à cette époque la Belgique faisait partie de la France.
du coke de tourbe sera hautement reconnue un jour pour tous les usages domestiques et industriels.
Le COKE DE BOUILLE s'obtient aujourd'hui uniquement par la distillation de la houille en vases clos ; le coke provenant des cornues à gaz est, après le bois, sinon le meilleur, du moins le plus employé des combustibles.
Les CHARDONS AGGLOMÉRÉS s'obtienncnt avec les détritus ou débris de houilles et «k poussier dediarbon de bols, qu'on moule soit à froid, mais plus ordinairement à chaud ; on leur donne toutes sortes de formes, mais plus particulièrement celles de pavés pour les agglomérés de houilles, car cette forme facilite l'emmagasinement et l'arrimage pour les bateaux à vapeur.
Sous le nom de charbon de PariSy M. Popelin Ducarre a remis au jour un aggloméré de charbon qui est très-répandu à Paris.
Avec la tannée ^résidu d'écorce qui a servi au tannage des peaux, on fait aussi des mottes, mais son usage est peu répandu ; dans le midi de la France, en Italie et en Espagne, on brûle, sous le nom de mottes, des tourteaux qui proviennent des résidus des olives écrasées qui ont servi à fabriquer l'huile. Enfin, la cherté des combustibles a fait rechercher une foule de procédés : on a fait des agglomérés avec des poussiers de charbon et de la sciure de bois, de l'argile, de la vase, des ^ns, etc., etc. -^
H. -^ COMBUSTIDLES LIQUIDES.
Les principaux sont les alcools et les huiles.
Les ALCOOLS ne servent fuère qu'à alimenter les lampes à alcool, qui sont de vrais appareils de chauffage inventés en 1G85 par du Val (1) ; mais vu le prix élevé de l'alcool, on ne pourra y songer, du moins de longtemps, pour d'autres usages de chauffage.
Quant aux huiles, nous n'avons à nous occuper ici que des huiles minérales, et principalement du pétrole. En Europe, où le prix de ce carbure d'hydrogène est élevé, on ne peut songer à l'employer, quoique des travaux d'Élie de Bcaumont et de Séguier concluent à ce qu'on ne doit pas renoncer définitivement à ces produits (huiles de pétrole et autres huiles minérales), qui présentent l'immense avantage de chauffer rapidement (i2). Nous ajouterons même que pendant Tété de 4868 nous avons vu fonctionner une locomotive sur le tronçon de chemin de fer aboutissant au camp de Cbàlons.
(\) U Foyer de campagne et de cabinet, par du Val, 1 vol. in-12, Pari», Eslienne Michallct MDCCLXWV.
(î) Yoy. Union médicale^ i-i inaro 1868 (Bulletin de T Académie des sciences).
bE LA COMBUSTION ET 1>ES COMBUSTIBLES. 13
En Amérique, où l'on rencontre des quantités considérables de pétrole, on commence à employer des huiles lourdes de pétrole pour le chauffage des machines à vapeur.
Nous croyons du reste que si les huiles minérales ne sont pas employées davantage aujourd'hui^ c'est que le public s'exagère le danger de ce combustible, qui en somme n'est pas plus à redouter que les poudres, alcools et gaz d'éclairage, qui sont il'un usage journalier. Espérons que le jour où l'on pourra retirer ces huiles économiquement d'une matière quelconque, de la tourbe^ par exemple, ou du sein de la terre, comme en Amérique (1), on les utilisera- pour les usages domestiques et peut-être industriels.