HISTORIQUE DU CHAUFFAGE
que la grille b (fig. 4) ne communique avec le conduit a qu'après avoir passé par les conduits souterrains, car chez les Chinois la partie g est construite en brique comme le montre en plan la figure 5.
Après cette digression revenons au chauiïage antique.
Les Romains avaient un autre genre de chauffage sur lequel nous n'avons pas de renseignements bien précis; c'était Vhéliocaminns (du grcc//Ato;, soleil, et 3ea^vo; fourneau).
Ce mot héliocaminus se trouve dans deux textes latins, mais malheureusement sans explication. Le premierauteur de Tun de ces textes c'est Pline le Jeune (1) : « In capite xysti deinceps cryploporlicus horti diœlœ est^ amores meiy re vera amores; ipse posai. In hac héliocaminus quidem alia xystum, alia more utroque solem cubiculutn aiUemvalvis cryptoporlicum feneslra prospicit . »
Le deuxième texte est d'Ulpien (:2) : « Qaod si arbore a te compacta helioga- MiNiNo meo solem adimeret eo quod umbram facit in loco heliocamim ; id contra servitulem tibi facere non licet ».
Rich (3), qui dans son Dictionnaire des antiquités grecques et romaines renvoie aux deux textes que nous venons de citer, dit que Vhéliocaminns était une chambre exposée au Midi, suffisamment chauffée par la chaleur naturelle du soleil et qui, en conséquence, n'avait pas besoin d'un chauffage artificiel.
D'après le dire de cet auteur, Yhéliocaminus ne serait donc qu'une sorte de serre tempérée de nos jours.
Abordons maintenant la question de la cheminée. Les anciens Tont-ils connue? Les avis des archéologues sont fort partagés sur cette question ; cependant, après une étude sérieuse et des recherches minutieuses, attentives, nous sommes arrivé à nous faire une conviction que le lecteur partagera, nous l'espérons du moins. Caminns vient du grec xxutvo; (nous l'avons déjà vu) qui signifie fourneau à fondre les métaux; Dezobry, dans son Dictionnaire des lettres et des beaux-arts, pré- , tend que le mot caminus signifie non une cheminée, mais un fourneau à fondre les métaux, ou un brasier, un foyer peu élevé que les Romains plaçaient au milieu d'une chambre pour la chauffer.
Rich, dans son dictionnaire, nous dit à l'art. 4 de caminus : € Il reste encore un point douteux : caminus signifie-t-il quelquefois une cheminée, dans le sens que nous attachons à ce mot, c'est-à-dire au conduit destiné à emporter la fumée en passant par les différents étages d'une maison, et à la répandre au dehors du toit? Les passages qu'on pourrait citer pour l'afTirmative ne sont pas du tout concluants, et l'absence de toute construction qui ressemble à une
(1) PHnc, 1, Ep. 17, 20, L. ii.
(2) Ulinsn, Dig. 8, 2, i7.
(3) Rich, Dictionnaire de$ antiquités grecques et romaitieSf 1 vol. in-12, Paris, FirminrDidot frères, fils et C>«.
n TRAITE COUPLET DU CHAUFFAGE ET DE U YENTILATIO?).
cheminée au sommet d'un éJilice, dans les nombreux points de vue représentés par les artistes de Pompéi, celle de toute trace positive d'une pareille Invention' dans les LAtimetits publics et particuliers de celle ville, prouve avec assez d'évidence que si les anciens connaissaient la chemines, ils ne s'en sont que rarement servi. Duns la plupart des maisons, la fumée s'écliappail probablement par une simple ouverture sur le loU, par les fenêtres el par les portes. »
Cette dernière supposition que la fumée s'échappait probablement par les perles et les fenêtres répugne au bon sens, car un pareil milieu n'est pas tenable pour l'bomme; ensuite, comment admettre que dans les belles liltœ, dans les maisons lu\ueuses et dans les palais, les architectes grecs et romains qui: ont fait preuve de tant de capacité, de recherches et de goût, ne se soient pas occupés d'empêcher la fumée de ternir les peintures el les dorures de la maison, ainsi que le riche mobilier que la plupart d'entre elles renfermaienl. C'eût élé une lacune rcgrettiible, el les architectes anciens ne l'ont ccrtiiinement pas commise.
Va peu plus loin, dans l'article précité, Iticli, en parlant des divers fourneaux découverts à Baies el à Pcrouse, à Civila-Vccchia, finit par dire : € Si les édifices dans lesquels ces poêles étaient construits n'avaient qu'un étage, on ne se servait pas de tuyaux; mais si, comme cela est très-probable, il y avait des appartemenls au-dessus, il semble presque certain qu'un petit tuyau ou tube avait été placé sur l'orifice de la coupole, de la même fn^^on que celui qu'on voit dans le four d'un boulanger à Pompéi; on n'en peut déterminer la hauteur primitive, parce qu'il n'en reste qu'une partie du rez-de-chaussée ». Donc, cet auteur finit par conclure que : il semble pres'iue certain qu'un petit twjati ou tube aiail été placé sur Vorifia de la coupole, de là même façon que celui qu'on voit dans le four du boulanger de Pompéi. Nous prenons acte de cet aveu, qui admet Tcxistence probable de la souche de cheminée; nons avons vu dans l'hypocauste des conduils de fumée, et puisque le four du boulanger de Pompéi nous montre le manteau de la cheminée, nous pouvons bien conclure que, malgré toutes les discussions des archéologues, les anciens connaissaient et possédaient des cheminées presque semblables aux nôtres.
Nous donnons, dans notre figure 6, ce famcuK four du Kig. 0. — Fuur il I bon- boulanger de Pompéi d'après une photographie. On y voîl l'ouverture du four, le cendrier, un moulin, enfin le conduit de la fumée en forme d'entonnoir ou de hotte. Ce . conduit traversait ou ne Iraversaîl pas d'autre pièce, peu importe ; mais il est bien, certain que la fumée sortait quelque pari, nous voulons même dans le /'tinta-
niSTORIOUE DU CHAUFFAGE. î'J
rium (1). Il n'en est pas moins vrai que c'était le même genre de cheminée que le nAIrc, et même plus perreclionné, puisque les constructeurs romains utilisaient la fumée comme nous le disons dans notre noie. II demeure donc parfaitement établi d'iprës ce qui précède que' les anciens ont employé un foyer surmonté quelquefois d'une hotte et toujours d'un conduit ou tuyau pour la fumée. Ensuite, que si ces tuyaux n'aboutissaient pas toujours directement sur les toits k des souches de cheminées, ils ; alioutissaient indirectement en passant par le fHmaritm.
L'usage des cheminées telles que nous venons de les décrire, ne s'est pas perpétué jusqu'à nous sans interruption, puisque les cheminées avec jambages et hottes ne se retrouvent que dans les constructions postérieures au xi° siècle.
Parmi les cheminées remarquables du xri° siècle, nous citerons celle de la cathédrale du Puj; celle du château de Vaux (Allier) et celle de la maison du Juif à Lincoln (Angleterre); au xiii' siècle, les cheminées les plus connues sont celtes du château de Clisson, près de Nantes, de l'abbaye Blanche, à Mortain; enfin, k partir du xiV siècle, les exemples de cheminées encore existantes sont tellement nombreux, que nous n'essaierons même pas d'en faire mention.
A part les cheminées, le moyen âge employait encore le brasero, porté sur des roues, qu'on promenait de pièce en pièce. Notre ligure 7 représente un de ces ustensiles, qui sont encore en usage en Espagne et en Italie.
II employait aussi le chauffe-doux et le burin, ainsi que des appareils dans lesquels le charbon embrasé était remplacé par l'eau chaude.
C'était des vases de métal, fermés à vis, avec „. , „
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des anses ; on les plaçait sous les pieds pour les >u owicn igc.
tenir chaudement; on nommait certains de ces
appareils chanffbttèrcs ou chaufferettes, lis correspondaient à ce que nous nommons des boules ou bouillolles.
H. Delaborde, dans sa notice sur les émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Louvre, à propos de divers ustensiles qui Oguraient dans les inventaires du duc d'Anjou en 1300, cite ce passage : *. A Guillaume Aroàe, orférre, demourant à Paris, pour avoir rappareillé et mis ù point le bacin et cbaufferelle d'argent >.
(I) On appelait fumarium, pi&cs i tiiniée, une chambre située Jans la partie supérieure des maisons romaines, et dans laquelle on réunissait la fumée des Tourneaux des cnisincs et des bains pour l'uliliier, avanl sa sortie et la dissipation dam les airs, soil ponr sCcher àcs bois soit pour Ihire vieillir le vin plus pramptement, quoniam vina celeniu veluttescunl (Collumellc, De Re ruslica, lib. 1, cap. vi). On peut voir aussi Uarlial, !(, 3S, et Horace, od. tlJ, 8, tl.
Nos ancêtres avaient aussi Yescaufaille ou pomme à chauffer les mainsj qui était aussi une boule de métal contenant de la braise ardente. Nous dirons à ce propos que dans un inventaire de Gabrielle d*Estrées en i599, il est question d'une pomme d'agate garnie d'argent pour rafraîchir la main des malades; ce qui prouve que les petites dames de ce temps*là avaient leurs maisons bien montées et ne se privaient de rien.
L'escaufaille du moyen âge n'était que la réédition de la trulla des anciens ;
c'était une sorte de vase en fer qui servait à transporter des matières ignées. Il existait dans l'antiquité des trulla en faïence, comme le prouve celle que nous donnons figure 8, qui a été découverte dans des fouilles à Rome.
Le nom de cet ustensile lui vient des trous ménagés dans ses flancs, et qui servaient à faire passer un courant d'air sur des charbons qu'il renfermait dans son intérieur. Tels étaient les divers modes et appareils de chauflage employés avant nous. Aujourd'hui, comme nous allons le voir dans le chapitre suivant, nous sommes beaucoup plus riches en appareils de chauffage.
Fig. 8. — Trulla des anciens.