VIII. — CHAUFFAGE PAR L'EAU ET LA VAPEUR COMBINÉES
Nous avons vu précédemment que le chauffage à l'eau par circulation néces* site pour 1000 mètres cubes une surface de chauffe de 28 mètres carrés en moyenne, tandis que la vapeur, pour la même capacité et pour obtenir le même degré de chaleur dans des conditions égales, n'exigeait en moyenne que 18 mètres carrés de surface de chauffe. Il existait entre ces deux modes de chauffage un écart considérable qui pouvait être neutralisé en créant un système mixte de chauffage; c'est ce qu'a fait un ingénieur, constructeur d'appareils de chauffage, M. P- Grouvelle. .
Ce procédé était déjà connu et employé depuis fort longtemps dans les manufactures de toiles peinte^, dans les blanchisseries et les teintureries, mais M. Grouvelle a été le premier à l'appliquer au chauffage des édifices. Il en a fait un premier essai à la prison de Mazas, à Paris, ou dans un pavillon de l'hôpital de Vincennes.
lâO TRAITÉ COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE LA VENTIUTION.
Quoique ce système possède certains avantages qu'on a exagérés, nous avouons ne pas en être grand partisan, parce qu'il revient fort cher comme frais de premier établissement et surtout comme firais d'entretien. Il présente en effet presque tous les inconvénients des deux systèmes de chauffage qu'il réunit, c'est-àdire fuites dans les appareils à eau, fuites dans les joints des tuyaux à vapeur,
rupture, etc.
Cependant dans un traité de chauffage nous devions le mentionner; mais après avoir avoué que nous n'étions pas partisan de ce mode de chauffage, le lecteur pouvant suspecter notre partialité, nous ne pouvons le décrire nous-mème. Nous nous bornerons donc à en donner un aperçu d'après un savant dont personne ne peut nier la compétence. Or voici ce que dit M. le général Morin dans son Manuel pralique du chauffage, page 21 : c M. Grouvelle, habile ingénieur civil, a proposé et exécuté pour plusieurs hôpitaux un dispositif dans lequel la vapeur, atr Heu d'échauffer directement les poêles placés dans les salles, transmet à travers les parois des tuyaux, dans lesquels elle circule, une partie de sa chaleur à de l'eau contenue dans ces poêles. Ce système, par suite de la grande densité de l'eau et de son peu de conductibilité de la chaleur, évite l'inconvénient du refroidissement trop rapide des poêles, quand la circulation de vapeur se ralentit
ou cesse.
i> Ces poêles ont, vers leur sommet, une petite ouverture qui empêche la température de l'eau de dépasser 100*, et les tuyaux qui les traversent, pour fournir un passage à l'air aflluant de l'extérieur, ne permettent pas à la température de cet air d'excéder 40' à 45°.
» Des dispositions particulières donnent d'ailleurs la facilité de faire passer la vapeur par les poêles ou par des conduits extérieurs, de manière à modérer la température des salles en ne chauffant qu'une partie de leurs poêles.
1» Mais si l'on obtient par ce dispositif plus de régularité dans le chauffage», Ton n'évite pas les défauts des condensations dans les conduits qui traversent les planchers, ni les fuites, toujours difficiles à trouver et à prévenir.
> Quelques accidents survenus à l'hôpital Lariboisière ont montré que ce système n'était pas tout à fait à l'abri des ruptures brusques.
> On pourrait conserver les avantages du chauffage à la vapeur, et éviter ses principaux inconvénients, en disposant les tuyaux de circulation de la vapeur verticalement, dai^s des gaines ménagées dans l'épaisseur des murs ou construites exprès, comme on l'a fait en quelques endroits du pavillon de Thôpital de Vincennes, ou comme Ta fait M. d'Hamelinccoirl pour la circulation de Teau au bâtiment d'administration du chemin de fer du Nord.
^ Quelques-uns de ces tuyaux pourraient rester apparents sous forme de colonnes et servir de poêles pour se chauffer les mains ou les pieds, ainsi que cela se pratique dans plusieurs établissements d'Allemagne et de Suisse Mais il
restera toujours à faire au chauffage à la vapeur, même ainsi modifié, le reproche d'être trop sensible aux inégalités du feu, et surtout aux négligences des chauffeurs, parfois prolongées pendant la nuit. »
Avec ces renseignements les constructeurs pourront juger en connaissance de cause ce mode de chauffage, et savoir ensuite s'ils doivent rappliquer dans leurs constructions.