CHAPITRE VIII
■istoriqae de bi ircniUation. — Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'assigner Tépoque à laquelle l'homme a fait une première application de la ventilation artificielle. Il est probable que sans se rendre compte de l'opération qu'il exécutait, il a dû, lors de certaines épidémies, allumer sur les places publiques de grands feux pour chasser le fléau, comme cela se pratique encore de nos jours pendant les époques de choléra dans certaines villes du midi de l'Europe.
L'histoire nous apprend qu'un nommé Âcron, médecin d'Âgrigente (1), qui vivait cinq siècles avant Jésus-Christ, aurait chassé d'Athènes la peste en allumant de grands feux dans les rues et sur les places publiques. Hippocrate (2), qui vivait à peu près à celte époque (460 ans avant J.-C.), aurait employé le même moyen pour délivrer d'une effrayante épidémie Athènes et Abdère (3).
On comprend que ces vastes foyers brûlaient les miasmes de l'air infecté de ferments putrides qui donnaient lieu à ces effroyables épidémies. Mais quelle consommation de combustible pour obtenir un si mince résultat !
Qu'a-t-on fait depuis deux mille ans, c'est-à-dire depuis Hippocrate et Acron, sous le rapport de l'hygiène par la ventilation, et par quelles successions de découvertes sommes-nous arrivés à la ventilation moderne? L'histoire est muette sur ce chapitre comme sur bien d'autres qui se rapportent aux progrès de l'humanité. Il nous faut franchir depuis Hippocrate jusqu'à ces temps modernes pour y retrouver les traces des premiers essais de ventilation.
Quoiqu'il soit bien reconnu d'après certains auteurs que les architectes ne s'occupent pas du tout des questions de chauffage et de ventilation, nous sommes bien obligés de reconnaître que le premier essai de ventilation est dû à
(1) Plat., De hld. et Osir., t. II, p. 383.
(2) Ap., Hippocr., t. Il, p. 970.
(3) Ville grecque de la Thrace, située sur les côtes de la mer Egée.
Farchitecte de Saint-Paul de Londres, Christopher Wren (1), qui fit percer des ouvertures aux quatre angles du plafond de la salle des séances du Parlement. Ces ouvertures, à Taide de coffres en bois qui débouchaient sur la toiture de rédifice, servaient àveatileF la salle.
Un peu plus tard, encore en Angleterre, en 1715 ou 17â2, le traducteur de la Mécanique du feu y le docteur Desaguliers, fait un nouvel essai de ventilation pour les mêmes chambres du Parlement, d'abord au moyen d'un foyer d'appel, ensuite par un ventilateur aspirateur. Ce dernier système a fonctionné jusqu'en 1800.
En 1758, le docteur Haies invente un moyen de ventilation par propulsion à l'aide de soufflets.
Enfin jusqu'en 1814 on tente en Angleterre de nouveaux essais, de si peu de valeur qu'ils ne méritent pas d'être mentionnés (2).
En France, en 1713 et 1759, on fait bien quelques tentatives pour ventiler les hôpitaux, mais elles sont peu efficaces. Ce n'est qu'à partir de d'Arcetet de Péclet, c'est-à-dire il y a quarante à cinquante ans, que la ventilation devient une science.
Après ces auteurs, nous devons signaler comme s'élant beaucoup occupés de celte question en France, MM. Chevreul , Boussingault , Dumas, Morin, Andral, Orfila, Gavaret, Combes, et, en Angleterre, Ëveling, Strutt Davy, de Cliabannes (3), Georges Paul, AndersonSylvester, Boulton Watt, Deacon et MM. Danielle, Moyie, le docteur Reid et Gurney.
En Belgique, Glépin, Pasquet et Fabry (4).
(1) Christopher Wren, né en 163i à Knoyle (comté de Wilts), fit ses études à Tuniversité d'Oxford. Dès ràg^c de treize ans il construisit une machine pour représenter le cours des astres, et divers instruments d'astronomie. A seize ans il avait fait plusieurs découvertes en astronomie, en statique et en mécanique assez importantes pour le faire nommer à vingt-cinq ans professeur à l'université d'Oxford. En 1G65 il fit un voyag^e à Paris pour y étudier l'état des arts en France. LMncendie de Londres le rappela en Angleterre, où il dressa immédiatement un plan de reconstruction de la ville, qui, soumis aux débats du Parlement, fut en partie adopté, et le fit connaitre sous un jour nouveau en révélant des talents d'architecte si remarquables, qu'à In mort de J. Denham (1668) Wren fut nommé architecte du roi et directeur d'un grand nombre d'édifices. C'est en 1675 qu'il jeta les fondements de l'église de Saint- Paul, dont la construction ne dura pas moins de trente-cinq années. Nous citerons, parmi les principaux monuments érigés par Wren, la fameuse colonne pour perpétuer le souvenir de Tincendie appelée le Monument; le Diédire de l'université d'Oxford, Sainl-Étienne de Walibroock, la Douane de Londres, le palaU royal et le palais épiscopal de Westminster, le mausolée de la reine Marie à Westminster, Vhôpital de Chelsca, etc., etc. Wren mourut en 1723 et fut enteiré sous le dôme de Saint-Paul, par privilège exclusif accordé à lui et à sa famille. Ce grand architecte n*a publié aucun ouvrage, mais plusieurs de ses écrits sont imprimés dans les Philosophics transactions.
(2) Nous dirons cependant qu'antérieurement aux époques que nous avons citées, on s'occupait de la ventilation des mines et que Georges Agricola, dans l'ouvrage qu'il publia en 1077, indique plusieurs ventilateurs de mines qui ont fonctionné longtemps après lui.
(3) Nous classons de Chabannes parmi les Anglais, quoiqu'il soit Français, parce qu'il a étudié ja ventilation en Angleterre où il s'était réfugié.
(4) Nous devons ajouter à cette nomenclature : Leblanc, Annales de diimie et de physique.
Les instruments de la ventilation sont fort nombreux. Ils servent soit à extraire l'air dans les locaux à ventiler, soit à leur envoyer de Tair pur d'une manière directe ou indirecte. Ils présentent chacun des qualités spéciales qui font qu'on ne peut les employer indifféremment partout. Ces qualités servent au contraire à établir un classement qui fait que, suivant les circonstances, on utilise l'un d'eux de préférence à tout autre.
Aussi pour ce motif sommes-nous obligé d'étudier les principaux instruments de la ventilation.
Le lecteur pourra faire ainsi un choix judicieux, en pleine connaissance de cause. Hais pour opérer avec ordre nous établirons un classement général méthodique (1), sauf à ne donner que l'explication succincte des procédés dont l'usage est le plus répandu.
Première divisioD.
\. — Cheminées ordinaihes.