CHAPITRE IX
, Dans les habitations particulières, ce qui vicie l'air ou qui occasionne le plus souvent des odeurs désagréables, ce sont les courettes intérieures, les cuisines et les lieux d'aisances. Cela se conçoit aisément; en hiver, par exemple, ou fait du feu dans les chambres d'un appartement : les cheminées font appel, et toutes les odeurs des cuisines et des cabinets sont attirées par les cheminées de ces pièces.
Coarettes. — On peut remédier assez facilement à ces inconvénients, pour les courettes, en les couvrant en totalité ou en partie d'une toiture vitrée d'un seul versant, établie entre le rez-de-chaussée et l'étage au-dessus. Ceci fait dans un des angles de la petite cour, on élève une cheminée d'appel qui doit dépasser de i mètre environ le mur le plus élevé de la courette. A la partie inférieure de cette cheminée, on allume un poêle à coke ou bien un bec de gaz pour déterminer un appel. Si la section de la cheminée est bien calculée, avec une faible vitesse et une cheminée assez haute on pourra extraire environ de 1600 à 1800 mètres cubes d'air par mètre cube de gaz brûlé. Comme on le voit ce n'est pas cher, et le renouvellement d'air assainit la cour, au point que non-seulement elle ne donnera plus d'odeur désagréable, mais m^me les cuisines qui çiuront une ou* verture sur cette cour seront très-bien ventilées et ne donneront par conséquent pas d'odeurs dans les appartements.
Souvent aussi, quand la situation des cours le permet, il suffit de diriger un tuyau de fumée dans cette cheminée d'appel ; on économise ainsi le coke ou le gaz qu'on dépenserait pour déterminer cet appel.
Culsiocs. — Aujourd'hui on construit des fourneaux spéciaux qui suppriment les hottes si désagréables et qui réunissent dans la même cheminée le service de la ventilation et de la fumée» Notre figure ââC montre un spécimen de ce genre de fourneau. Le tuyau delà fumée, à gauche de notre figure, est divisé en deux parties; l'une sert à la fumée et l'autre partie, dont Tair est chauffé par le
TRAITÉ COUPLET DU CHAUFFAGE £T DE U VUfTILATION. SOI
voisinage de la fumée, détermine un puissant appel qui sertà évacuer les odeurs de la cuisine ; on peut augmenter encore cet appel en abaissant les rideaux qu'on aperçoit dans noire figure et qui se manœuvrent comme ies bureaux dits à cylindre. Ce fourneau, construit par M. BauHon, est aussi muni d'un foyer ré-
3[ la boLta ici cbcoiï
ducleur, d'un double four à pàtbserie, d'un réservoir d'eau, d'une éluve et d'un grilloir.
Nous devons ajouter que pour obtenir une bonne ventilation des cuisines il ne suffit pas d'avoir deux conduits, un pour la fumée et l'autre pour la ventilation, il faut encore établir des prises d'air en propoilion avec le cube des cuisines. Si on négligeai! leur emploi ou si ces prises d'air étaient insuffisantes, i'
pourrait arriver, dans certaines saisons, que le tuyau de ventilation déterminerait un courant descendant qui refoulerait lus odeurs dans l'appartement. Dans certaines contrées de l'Angleterre, on a l'habitude de réunir en un seul tous les conduits de foyers qui seraient adossés sur un même pan de mur. Ce genre de
TRAITÉ COMPLET DU CHAlîtTACE ET DE LA VENTILATION.
tuyau unitaire permet d'utiliser des conduits latéraux pour des tuyaux d'extraction de Tair vicié, tuyaux qui par des orifices communiquent aux dilTérentes pièces d'un appartement.
Nos figures 227 et 228 indiquent ce mode de construction^ le premier est circulaire, le second est un coffre carré; la fumée passe en a et l'air vicié est expulsé par les huit conduits latéraux. Seulement, si l'on veut employer ce genre de ventilation, il faut avoir soin d'user de quelques précautions. On doit, par exemple, monter la cheminée de chaque étage jusqu'au plafond, et de là diriger à 45"^ la pénétration dans la cheminée collectrice; il faut ensuite que chaque cheminée soit pourvue d'une trappe, afin de pouvoir la boucher hermétiquement lorsqu'elle sera sans feu ; enfin la fumée des fourneaux de cuisines doit déboucher autant que possible dans le bas du tuyau collecteur, car ces fourneaux fonctionnant à peu près toute la journée, entretiennent un tirage régulier dans la cheminée d'appel.
Quand on ne peut appliquer le système que nous venons de décrire pour la ventilation des cuisines, on divise d'anciens coffres souvent très-larges en trois compartiments, comme le montre notre figure 229; pour obtenir cette division, on fait passer un tuyau en poterie a, qui sert pour la fumée des divers foyers,
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Fig. 229, — Venlilalion des cuisines. Fig. 230. — Ventilation des cuisines.
Utilisation d'anciens coffres.
c'est le tuyau unitaire; et les deux autres compartiments servent pour recevoir l'air vicié des appartements.
On se contente aussi d'établir une division dans d'anciens coffres au moyen de deux languettes; notre figure 230 indique cette disposition : a est le tuyau unitaire, et by by les tuyaux d'extraction ou d'évacuation de l'air vicié.
Quand on ne peut disposer de beaucoup d'espace dans un coffre de cheminée, on fait passer des tuyaux de fonte pour l'extraction de l'air vicié.
Si on ne peut, pour quelques motifs, employer les divers systèmes de ventilalion de cuisines que nous venons de décrire, quand celles-ci sont éclairées au gaz on fera toujours bien d'allumer, au bas de la cheminée et près du tuyau de fumée, un ou deux becs qui ne brûleraient que pendant la préparation des mets: dans bien des cas, lorsque les fourneaux sont mal établis, cette simple précaution suffira pour déterminer un appel assez énergique pour supprimer les odeurs des mets qu'on prépare.
Salles h manger. — Dans les petites salies à manger, une ventilation bien établie à Taide de poêles en faïence suffira pour supprimer toute odeur; dans les grandes salies au contraire, il faudra appliquer les règles que nous avons données déjà, et que nous donnerons ultérieurement.
Dans celles-ci, en eiïet, Todeur des mets, jointe à celle que dégagent les individus, ainsi que la chaleur des lustres et autres appareils d'éclairage, sont de grandes causes de vicialion de l'air; aussi sera-t-il nécessaire de le renouveler quatre à cinq fois par heure. On ne devra pas négliger l'utilisation de la chaleur des lustres pour déterminer un appel, le plus près possible du plancher; les orifices pour l'air neuf devront être placés loin des personnes et un peu au-dessous des orifices ménagés dans ou vers le plafond pour l'extraction des produits de la combustion.
Nous n'insisterons pas davantage sur les diiïérents locaux de l'habitation, car les saljes à manger, grands salons, etc., doivent être ventilés proportionnellement à leur cube. On ne peut poser des règles fixes et immuables pour leur ventilation dans certaines conditions; c'est de l'ensemble de toute notre étude sur la ventilation que le lecteur devra tirer lui-même les conclusions qui lui se« ront nécessaires pour certains cas particuliers.
Fosses et lieux d'aisanees. — Les fosses et lieux d'aisances répandent encore trop souvent dans les habitations des exhalaisons désagréables et surtout malsaines; il est cependant fort simple d'éviter cette infection en prenant quelques dispositions peu compliquées.
Il existe bien aujourd'hui pour les grandes villes des règlements de voirie qui imposent certaines obligations pour la construction des fosses, mais souvent ces ordonnances sont éludées par les particuliers, et puis enfin dans beaucoup trop de villes encore, il n'existe pas de règlements administratifs.
Voici les moyens les plus simples et les plus efficaces pour empêcher la diffusion de ces odeurs.
Il faut autant que possible immerger la partie inférieure des tuyaux de chute dans une cuvette en cuivre fixe ou mobile. Il résulte de cette disposition que ce n'est qu'une bien minime partie des gaz méphitiques qui peut remonter par les tuyaux et donner de Todeur aux cabinets; mais, pour éviter que ces gaz euxmêmes se répandent dans les waler-closet, on emploie aujourd'hui des cuvettes hydrauliques à l'anglaise ; enfin la fosse doit être pourvue d'un tuyau de ventilation. Si l'on peut adosser celui-ci près d'une cheminée des fourneaux de cuisine on activera l'appel du tuyau ventilateur.
Si les fosses et leur ventilateur ne peuvent être établies dans les conditions que nous gênons de rapporter, on se trouvera fort bien d'adopter le système suivant de construction figuré par notre croquis 231. On détermine dans les cabinets, en a, un fort appel de l'air qui se dirige par les cuvettes et les tuyaux de chute dans la fosse b, au-dessus de laquelle il existe un espace vide, une
lorte de chambre dans laquelle les gai viennent déboucher par une ouverture. Celte chambre est munie d'un tuyau de ventilation qui passe dans une cheminée c, au haa de laquelle on place un bec de |caz ou une lampe à pétrole pour lui donner un Tort tirage.
Cette disposition présente les avantages suivants : les gaz ne peuvent arriver dans les cabinets et par suite dans les appartements par ce tuyau de chute, puisque ces gaz s'élèvent dans une chambre située au-dessus de leur extrémité inférieure, ensuite la cheminée de ventilation qui, dans certains bâtiments, peut avoir 16 et IS mètres de hauteur, a un trèsgrand tirage qui fait que l'appel de l'air par les cuvettes est considérable.
Le type de cabinets que nous venons de décrire
est fait pour des hépilauK et casernes ou bâtiments
Pv. 131. — Veniiiaiion dm d'administration. Les trois cuvettes ne sont séparées
o^OTUe d'.'in 6. towéî" diZ 1"^ P*' ^^^ cloisous légère» en maçonnerie ou
niBfedtmiiiiitUMi. oiieux psF des plaques de fonle émaillée de 1",70
de hauteur.
Une bonne précaution toujours utile, quelle que soit l'installation des cabinets d'aisances, c'est d'employer des désinfeclanls ; nn des meilleurs est le soluté- Léchelle. On l'emploie généralement à la dose de 10 p. 101), soit 10 litres de soluté pour 100 litres de matière liquide ou solide.
VentllMloa d'cnacmltle d'aa b*dwea(. — Nous avons dit précédemment (page 101) que M. Forquenel, ingénieur en chef du service du matériel et de la traction da la compagnie du chemin de fer d'Orléans, avait établi un chauffage à l'eau chaude dans les bureaux de la Iraclion de cette compagnie. Nous allons décrire celle inslallalion qui présente un parfait modèle de chauffage et de ventilation pour l'ensemble d'un édifice.
M. Forquenot s'est inspiré, pour l'élude deson projet, d'une installation analogue établie dans les bureaux de la société de Five-Lille k Paris, où ce systËme fonctionne fort bien depuis de longues années.
Le bâtiment construit par notre confrère M. Louis Itenaud (1) mesure 54 métrés de lonpeur sur H de largeur environ, ce qui donne 756 mètres superflciels qui, multipliés par 17, hauteur des quatre étages habités, produisent un cube de 12852 mètres ou en chiffres ronds 12000 mètres, abstraction faite des 852 pour le cube des planchers et cloisons séparatives qui subdivisent les étages.
(I) Col M. Louis Renaud, nrchilccte prinrîjial de la camjiagnie el H. Farqucnat, ingénieur en cher, qui nous ont roiirni les renieignemenls suivants.
Les chaudières sont installées dans le sous-sol des bîktiments, leur foyer
aboutit par des carneauxà la cheminée placée au centre de la courette de ventila-
Fig. Î3Î, — V«nin»linn d'aïuomlile d'nn httimml (»u»-sol). (Échrtlo de 0-,0( horiionlilcs dureloiir d'av; c, >ir chaufK: Ë, lu;iu ds défitt d'«iu; t, m
llimCDl (éUt»)' (Échella de O'fiOi pour
tion (fig. 232). L'ingénieur a utilisé des chaudières de locomotives hors de service; elles sont représentées en plan sous les lettres G, G; en E se trouve le
tuyau de départ d'eau, en H le tuyau de retour; A sont des valves pour isoler les colonnes horizontales du départ d'eau ;B, d'autres valves pour isoler les colonnes
m;^7îc.:j<^N^:>^^"^
Fig. 23i. — Coupe d'un bâtiment chaufTé et ventilé par l'eau chaude. (Échelle de 0",005 pour mètre.) — A. i^irouette de la cheminée des chaudières; B, couverture vitrée de la cheminée de ventilation ; C, vase d'expansion; D, poôle à eau; E, tuyau de départ dVau; G, chaudières; H, tuyau du retour d'eau ; c, air chaud ; e, air extérieur ; v, air vicié.
horizontales de retour. L'air pris extérieurement au bâtiment est appelé dans les gaines qui renferment les colonnes montantes et ascendantes. Cet air s'échauffe au contact de ces colonnes et sort par des bouches e ménagées dans les gaines.
DE U VENTILATION DES HABITATIONS PARTICULIERES. îll
La Ogure 233 montre la circulation îles tujaux sous les parquets qui sont mobiles la où passent les tuyaux, ils y sont enrermés comme diins des caniveaux. L'air vicié V est appelé dans la cheminée de ventilation par Jes orifices situés près du plafond et du plancher; nous verrons bientôt que cette disposition est très-utilo.
Notre /igure 234 montre la coupe du bâtiment dans laquelle on voit en A la g;ueule' de loup ou girouette de la cheminée des chaudières, en B la couverture de la courette de ventilation; C est le vase d'expansion avec un tuyau d'i chappement de la vapeur d'eau au-dessus du toit. D sont des poêles à eau chaude qui ont la double mission de chauffer l'air de la pièce et d'activer la circulation de Teau dans les colonnes. Cette figure 23i montre que sous Ir planchers des couloirs, au rez-de-chaussée, au premier et au deuxième étago il existe des gaines ou plutôt des coiïres divisés en trois compartimenta Les compartiments de droite et de gauche amènent l'air extérieur dans les pièces situées de chaque côté du couloir. Le coffre du centre appelle au contraire l'air vicié et le rejette datis la courette ou cheminée d'extraction ou d'évacuation, comme nous l'avons déjà vu, figure 233. On remarquera dans cette coupe (fig.23i) que les orifices d'extraction sont situés dans le bas et dans le haut des pièces : c'est une excellente disposition, car nous avons vu dans ce qui précède que la viciation de l'air provenait de plusieurs causes (page 180) et qu'une partie de l'air vicié était lourd et l'autre au contraire léger; dé^ lors il devient urgent d'établir des orifices d'extraction à des hauteurs difTérenlcs, afin de chasser entièrement ce mauvais air. Enfm, dans le sous-sol, nous retrouvons les chaudières; notre légende nous dispensera de reparler de celle installation.
Les colonnes et les tuyaux de distribution sont de différentes sections, les départs d'eau mesurent 0~,25 de diamètre, les colonnes ascendantes 0~,20, les colonnes descendantes O",!! ainsi que les tuyaux de distribution. Les coudes qui servent à raccorder les tuyaux sont en cuivre rouge et ne mesurent que 0~,0r»
de diamètre intérieur. ^''L,^'i»~d'îfr..!Î.B.''?Értait d^
La figure 235 montre une coupe du départ de «".ws i»ur miirp.)
la cheminée de ventilation, elle mesure 3 mètres
sur 3 mètres, soit 9 mètres carrés de surface. On aperçoit dans le bas de notre figure un petit foyer d'appel qui sert pour la ventilation d'été et la mise en train du chauffiige, car comme nous l'avons di\jà relaté, des cameaux situés audessous de ce foyer d'appel viennent aboutir à la cheminée centrale des cbaa-
diëres; celle-ci mesure 0",80 de diamètre, sa section a été calculée de manière à ne pas exagérer le tirage, qui cependant est très*suflisant.
Les flèches indiquent Textraction de l'air vicié. Avec ce mode de chauffage, la vitesse de Tair par seconde autour des tuyaux est de 0",50 et à Feutrée et à la sortie des bouches, de 1 mètre. La quantité d*air chauffé et ventilé est de 25 à 30 mètres cubes par heure et par individu, c'est-à-dire la quantité que nous avons allouée pour les ateliers ordinaires, les écoles d'adultes et les écoles de dessin du soir (voy. page 182).
Comme on peut s'en rendre compte, ce système de chauffage et de ventilation a été établi d'après les bons principes, d'après ceux que nous avons formulés jusqu'ici dans notre traité; c'est aussi pour ce motif que, quoique peu partisan du chauffage à l'eau pour de grands bâtiments, nous l'avons analysé et décrit. Nos lecteurs se rappellent sans doute que nous avons dit précédemment que le chauffage à l'eau revenait fort cher comme frais de premier établissement et comme frais d'entretien. Nous ajouterons encore que, dans l'application qui nous occupe, l'air étant pris à chaque étage amène en été de l'air moins frais que s'il était soutiré par les caves et envoyé par des bouches aux divers étages.