CHAPITRE XII
VENTILATION DU LOGEMENT DES ANIMAUX, ET AUTRES LOCAUX
Dans ce dernier chapitre nous avons réuni ce qui concerne la ventilation du logement des animaux, ainsi que de divers autres locaux que nous n'avons pu faire entrer ailleurselqui cependant méritaient sinon une étude approfondie, au moins une mention.
En effet, les sujets que nous allons traiter dans ce chapitre, de même que ceux qui font l'objet >du chapitre précédent, sont presque en dehors du cadre de notre livre.
liOgemeai des anlmanx domestliiaes. — De même que Thomme, les animaux ont besoin d'un minimum d'air pur pour vivre en bonne santé; c'est pourquoi il est indispensable d'établir une bonne ventilation dans leurs logements.
Les Anglais prétendent avoir les premiers démontré l'utilité de la ventilation pour les animaux, et, à l'appui de leur dire, ils citent un ouvrage de James Clarke, d'Edimbourg, ouvrage publié en 1788, dans lequel il traite celte question (1).
Les Anglais ont pu appliquer les premiers la ventilation aux écuries, c'est fort possible, mais c'est un Français, Teissier, qui, dans ses Observations sur plusieurs maladies des animaux domestiqueSf attribue dès 1782 un grand nombre de maladies des animaux au manque d'air dans les étables, et il conseille l'em^ ploi des ventouses d'aération pour y suppléer.
Aujourd'hui c'est un fait reconnu de tous; il est indispensable de ventiler les logements des animaux, mais on n'est pas d'accord sur le meilleur mode à employer. Les uns préfèrent la ventilation naturelle, les autres sont pour la ventilation artificielle.
La première est de beaucoup la plus rationnelle; mais il faut observer qu'on n*est pas toujours maître de la diriger, car elle est influencée par diverses circonstances. Elle est activée par un plafond poreux, entravée à divers degrés par
(1) Voir à ce sujet p- 41, Economie de l'écurie^ par John Stewarl, traduit par le baron d'Hancns, 1 vol. in-12, Pari», A. Goin, éditeur, s.d.
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un plafond plus ou moins imperméable; elle est augmentée par un vent intense, amoindrie au contraire dans de notables proportions, par Thumectation des murs pendant les pluies. La brique, notamment, absorbe beaucoup l'humidité; mais par suite d'une rapide évaporation dont elle est susceptible, elle reprend promptement son état de siccité, et dans cet état, elle remplit les conditions qui constituent sa qualité (1).
La ventilation des écuries varie suivant leur capacité, mais il est aujourd'hui démontré qu'il faut une moyenne de 35 mètres cubes par tète d'animal; quelques auteurs prétendent que ce cube n*cst pas suffisant, d'autres le trouvent trop considérable. Ils peuvent tous avoir raison, car cela dépend du système de ventilation établi; pour nous, en donnant 35 mètres cubes comme moyenne, nous pensons être dans le vrai ; au-dessous le cheval souffrirait, tandis que si le cube était plus considérable, il deviendrait très-difficile dans les pays septentrionaux d'obtenir une température désirable pour le bien-être du cheval.
Il ne faut pas craindre d'établir des gaines de ventilation verticales qui puissent fournir un renouvellement d'air de 150 à 160 mètres cubes par heure et par tête d'animal avec une vitesse de 0°^,70 en une seconde.
Avec une pareille ventilation Fécurie ne sera pas trop humide.
Si les sections des gaînes ventilatricos n'étaient pas suffisamment larges pour obtenir le cube d'air nécessaire, on pourrait augmenter leur tirage, soit à l'aide d'un ventilateur placé à leur sommet, soit <^n utilisant la chaleur des becs de gaz qui servent à éclairer l'écurie pendant la nuit.
Les étables se ventilent de même que les écuries; mais nous devons observer que pour les vaches laitières et les animaux à l'engrais, on fera bien de limiter la ventilation au strict nécessaire, car ces animaux ont besoin d'être dans une sorte d'engourdissement qui facilite la production du lait et de la viande.
Nous ne donnerons pas de plus longs détails, et nous renverrons à notre Traité des constructimis rurales le lecteur désireux d'approfondir cette question.
nagnaneries. — On désigne ainsi le local qui sert à l'éducation des vers à soie, en provençal magnan. Les magnaneries sont de deux sortes : les unes servent à la production de la soie, les autres à celle de la graine ; mais, quelle que soit leur destination, elles réclament les mêmes soins; seulement, dans celles consacrées au grainage, la température n'a pas besoin d'être aussi élevée, 12 à 14 degrés centigrades suffisent pour celles-ci, tandis que pour les autres il faut que la température atteigne 18*» et 20^.
(1) Ceux de nos lecteurs qui voudraient étudier à fond rinfluence des parois de différents matériaux sur la ventilation des écuries et dos étables, n*auraient qu'à consulter une brochure intitulée : Redierches sur la ventilation naturelle et la ventilation arlificielle, principalement sur les étableSy ainsi que sur la porosité de quelques matériauXy par le professeur docteur Max Markcr, traduit par J. Leyder, professeur à l'Institut agricole de l'État, à Cembtoux. Une broch. in-8o de 84 pagres; Paris, P. Asselin, 1873.
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Il y a seulement quelques années, beaucoup d'éleveurs routiniers ne croyaient pas à la nécessité d'une ventilation énergique; aujourd'hui, c'est un fait reconnu par les plus arriérés. Olivier de Serres, ce vénérable patriarche de l'agriculture française, attribuait à la mauvaise ventilation des magnaneries la plupart des maladies dont les vers à soie sont atteints : € Ce sont, disait-il, des pellicules de leurs dépouilles et de leurs charognes, mêlées parmi les litières, d'où vient toute la puanteur, et non de ces nobles animaux ».
Il recommande ensuite divers préceptes 'sur les soins hygiéniques à donner à ces animaux, préceptes qu'on croirait formulés de nos jours et qui, s'ils étaient suivis, préserveraient ces utiles chenilles de toutes les épidémies dont elles sont atteintes depuis quelques années, telles que la HAcherie, la pébrine, la muscar^ dine, etc.
De son temps, d'Arcet avait constaté l'insuffisance des moyens de chauffage et de ventilation des magnaneries. Il a eu l'honneur de réclamer le premier la ventilation forcée pour ces locaux et de faire comprendre aux populations méridionales les effets utiles du tarare ou système de propulsion combiné avec les cheminées d'appel pour augmenter l'aération des magnaneries.
La plus grave erreur des éleveurs de vers à soie a toujours été d'attacher une importance secondaire aux questions de chauffage et de ventilation des locaux dans lesquels ils élèvent cet insecte. Ils ont cru avoir tout fait après avoir établi à tort et à travers des ventouses d'aération et des poêles en fonte pour chauffer.
Or, nous avons vu précédemment la funeste influence que les poêles en fonte exercent sur l'organisme de l'homme, d'où il est bien facile de comprendre que cette fôcheuse influence doit être plus vivement ressentie par un si petit insecte. Aussi conseillons-nous d'adopter pour le chauffage des magnaneries des calorifères en céramique, notamment le calorifère en briques réfractaires creuseSy que nous avons décrit et figuré page 93.
Pour les petites éducations, au contraire, une simple cheminée pourrait suffire en choisissant un bon modèle ; la cheminée ventilatrice que nous avons donnée page 63, par exemple.
Nous avons vu que les cheminées avaient l'inconvénient de consommer beaucoup de combustible, parce qu'elles déterminent un fort appel; c'est donc ici le cas de les appliquer, puisque la perte du combustible est compensée par la ventilation puissante qu'elles déterminent.
En résumé, si nous avions à construire une magnanerie modèle, voici comment nons la ferions : nous établirions un vaste vaisseau avec un sous-sol et des combles. Dans le sous-sol, nous installerions au centre du bâtiment un calorifère en céramique qui transmettrait de la chaleur dans une chambre de mélange, de laquelle partiraient dix à douze conduits de chaleur qui déboucheraient sur
le bas des murs de la magnanerie à O'^^HO au-dessus du sol. Le plafond du vaisseau serait percé d'un très-grand nombre d'ouvertures débouchant dans les combles, qui seraient mis en communication avec une gaine d'évacuation, et celle-ci aboutirait à une cheminée d'appel partant du sous-sol.
Pour les petites éducations, nous aurions une cheminée venlilatrice comme chauffage, et nous enverrions, par le sous-sol, de l'air à l'aide du ventilateur à bras que nous avons décrit page 194, figure 210.
Navires. — Les navires et les vaisseaux sont, sans contredit, les locaux sur lesquels l'homme vit le plus étroitement possible. L'accumulation d'êtres et de marchandises dans un espace très-resireint augmente les causes de vicialion de lair d'une façon déplorable.
Haies, Duhamel du Monceau (1) et Sutton avaient proposé, de 1740 à 1750, différents moyens pour ventiler les cales des navires au moyen de l'utilisation de la chaleur des fourneaux de cuisine déterminant un appel de l'air vicié des cales. Un peu après, de Chabannes proposa un moyen analogue, au moyen de tuyaux ap* pelant l'air sur diverses parties du navire et se rendant dans une cheminée centrale d'appel surmontée d'une sorte d'abal-vent ou gueule de loup; enfin dans ces temps modernes le docteur Reid, que nous avons déjà cité dans ce livre, a étudié à nouveau la question et voici le mode de ventilation auquel il s'est arrêté.
L'air neuf est appelé par deux coffres ou conduits verticaux adaptés aux écoutilles de l'avant et de l'arrière du vaisseau. Cet air est réparti à tous les étages supérieurs à la cale par des ouvertures disposées à cet effet. Des tuyaux verticaux, disséminés dans tout le navire à bâbord et à tribord, et ayant leur ouverture supérieure près des plafonds des entre-ponts, conduisent l'air vicié dans la cale, au milieu de laquelle une cheminée d'appel provoque la sortie de l'air vicié.
Pour augmenter l'effet de l'appel on fait passer dans cette cheminée les tuyaux des fourneaux de cuisine pendant le jour ; et, pendant la nuit on allume dans l'intérieur de la clieoiînée une lampe à huile.
Sur les steamers à vapeur, on utilise une faible prise de vapeur pour faire fonctionner des ventilateurs mécaniques qui insufflent de l'air dans la cale, tandis que des tuyaux aspirateurs expulsent l'air vicié; ces derniers sont répartis sur tout le navire.
Jusqu'à présent, on ne s'est pas assez préoccupé de la ventilation des navires, mais aujourd'hui il est nécessaire de résoudre cette question, soit pour la marine marchande, soit pour la marine de guerre; car depuis la funeste expédition
(J) Duhamel du Monceau a beaucoup écrit sur raçrirulturc. Il est né à Paris en 1700; il fut admis à vingt-huit ans à TAcadémie d(^$ scii^nces, dont il enrichit les rcciuMls de plus de soixante mémoires importants sur l'agriculture, la marine et le commerce ; il a écrit seize à dix-sept volumes, et a collaboré à la Description des arts et métiers^ publiée en 113 cahiers în-i»; Duhamel à lui seul en a écrit plus de 30; il m-jurut en 178:2.
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du Mexique, chacun connaît les désastres qu'occasionna rencombrement des troupes et des chevaux sur nos vaisseaux de guerre. Nous sommes donc persuadé que la ventilation qui nous occupe sera dorénavant étudiée et appliquée dans les navires de toutes sortes.
Surraces vitrées. — Aujourd'hui, grâce à un nouveau mode d'emploi du fer dans les constructions, on peut dire qu'une véritable révolution est en train de s'accomplir en architecture. Le fer en effet a permis de franchir des portées considérables, qu'on était loin de prévoir avant son emploi, et de créer ces nouvelles formes architecturales qu'on observe dans les gares de chemins de fer, dans les halles et marchés, les salles d'exposition, dans les cours vitrées des administrations publiques et privées.
Il est très-commode d'obtenir de cette façon de vastes surfaces largement éclairées; mais, hélas! dans ce bas monde chaque médaille a son revers, aussi ces vastes surfaces vitrées ont l'inconvénient d'olTrir en hiver une forte déperdition de la chaleur, et en été de transformer les locaux qu'elles recouvrent en serres chaudes. Il faut donc étudier les moyens de supprimer les inconvénients de ce système de couverture, pour n'en conserver que les agréments; c'est ce que nous allons faire.
Ce genre d'enceinte demande des moyens de ventilation exceptionnels. Dans bien des circonstances on agira sagement de ne pas couvrir de vitrage la totalité de la couverture, mais de réserver des portions en bois recouvert de zinc, soit au sommet du faîtage, soit au milieu des versants; ces portions pleines pourront avoir i/3 ou 1/i de la surface totale. Le faîtage pourra être surélevé de 0%0, 0™80, à O^^OO sur 1 ou 2 mètres de large, de façon à pouvoir loger dans l'intersection verticale, des châssis qui serviront à la ventilation; les mêmes faitages devront être surmontés de lanternes vitrées. Enfin en été, on pourra disposer au-dessous des parties vitrées, des bannes ou sîores, afin de paralyser le rayonnement du soleil, et arroser le dessus de la toiture, comme nous l'avons déjà indiqué, page 101, à propos des couvertures des cours vitrées dans les
magasins.
Nous devons dire que les moyens que nous venons de décrire reviennent assez cher, et ne donnent pas toujours des résultats satisfaisants. Dans bien des cas, de simples stores en bois peint en vert, comme on en utilise pour ombrer les serres, rendront des services plus effectifs, mais ce dernier mode nécessite de fréquentes manœuvres, surtout les jours où le soleil se montre et se voile avec de fréquentes alternances.
Tout ce qui précède s'applique aux gares de chemins de fer, aux salles d'exposition et aux grandes cours vitrées, de même qu'aux halles et marchés; dans ces derniers, la ventilation est généralement assez active, parce que les grandes baies sont surmontées de chùssis à lames de persiennes qui laissent pénétrer
iU TRAITÉ COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE LA VENTILATION.
l'air largement, mais il y a lieu de s*occuper de révacuation^ c'est pour cela qu'on fera bien d'établir des lanternes, munies de ventilateurs aspirants, qui facilitent à un haut degré l'extraction de l'air vicié provenant des substances que renferment les halles et marchés.
Nous ajouterons que souvent ces entrepôts de marchandises possèdent de vastes sous-sols qui servent aux marchands à serrer leur marchandise pendant la nuit ou pendant les fortes chaleurs du jour. Ces caves et sous-sols doivent également être ventilés avec des cheminées d'appel dans lesquelles un bec de gaz donnera un tirage suffisant pour maintenir un appel énergique.
Le lecteur qui a lu attentivement notre livre, a remarqué sans aucun doute la grande variété des documents qu'il renferme. En effet, sous une forme méthodique et abrég<;e, ce livre constitue un véritable traité sur une importante question qui n'est pas encore résolue, et qui, dans quelques-unes de ses parties, est extrêmement compliquée. Aussi nous n'avons pas voulu donner de solution et trancher certaines questions; nous avons préféré pour celles-ci nous étayer sur les matériaux publiés avant nous (1), laissant libre le lecteur de se formuler lui* même une opinion. Ce sont ces matériaux qui, joints à des aperçus nouveaux et à des idées originales et toutes personnelles, constituent le fond même de cet ouvrage qui est, pour ainsi dire, la bibliothèque portative de ringénieur-* fumiste.
Maintenant, si nous repassons à la hâte notre travail pour en tirer des conclusions, nous voyons tout d'abord que cette question a préoccupé à juste titre des esprits très-sérieux : l'hygiéniste, l'ingénieur, l'architecte ; et si ce triumvirat n'a pas encore formulé des lois fixes et immuables sur le chauffage et la ventilation, nous pouvons dire à son éloge qu'il a cependant suffisamment fait progresser cette science, pour permettre d'entrevoir une solution prochaine.
(1) Nous avons parcouru, compulsé ou étudié plus de deux cents volumes, brochures, plaquettes ou publications françaises ou étrangères sur le chauffage et la ventilation ; dans le présent volume nous avons fait entrer tout ce qui nous a paru véritablement pratique et utile pour nos confrères les ingénieurs et les architectes.
iÂS TRAITÉ COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE LA VENTILATION.
Dans la première partie de notre étude, nous avons décrit les efforts tentés jusqu'à ce jour pour obtenir à la fois un chauffage sain et économique; nous avons appelé Tatlention des lecteurs sur le chauffage des Anciens, à l'aide des hypocaustes; nous avons dit que ce mode méritait de fixer l'allenlion , et pourrail encore être appliqué dans certains cas, soit pour l'habitation privée, soit pour certains édifices publics, notamment pour les églises.
En donnant la description des appareils de chauffage modernes, nous avons décrit les appareils qu'on devait préférer pour les différents locaux.
Pour le's cheminées, nous avons recommandé de préférer à toutes autres celles qui, peu compliquées comme système, donnaient le plus de chaleur av^c un minimum de combustible; nous avons dit qu'il ne fallait plus employer les cheminées qui ne possédaient pas de chambre et des bouches de chaleur.
Nous avons longuement étudié les dangers des poêles en fonte, mais nous avons aussi démontré qu'on avait singulièrement exagéré les dangers qu'ils présentent, de sorte que le lecteur sait parfaitement à quoi s'en tenir sur celte question, et il pourra employer les poêles pour les antichambres et les grands locaux qui ont besoin d'être rapidement chauffés et pour peu de temps.
Nous avons ensuite énuméré les meilleurs poêles-calorifères, et les meilleurs calorifères soit en métal, soit en céramique. Ces divers appareils peuvent rendre d'utiles services, suivant les conditions à remplir; nous avons donné nos conclusions à la suite de leur description, nous n'avons donc pas h y revenir ici.
En abordant le chauiTage^à l'eau chaude, nous avons dit que c'était le mode le plus sain et le plus agréable ; nous conseillons donc de l'employer pour les lycées, les hôpitaux, les bibliothèques, les serres, eu un mot pour le plus grand nombre d'édifices possible, mais ce que nous voudrions voir surtout très-répandu, c'est le chauffage à la vapeur qui, selon nous, est préférable à l'eau chaude ; c'est qu'en effet, pour le moment, nous jugeons ce chauffage le meilleur, le plus salubre, le plus efficace et le plus économique. Si nous avons tant insisté sur les avantages qu'il présente, c'est que nous trouvons qu'on n'a pas assez ajouté d'importance à cette grande propriété de l'eau, de pouvoir emmagasiner et porter au loin la chaleur; nôtre opinion est que, puisque dans les grandes villes on envoie aujourd'hui h domicile l'électricité, l'eau froide et le gaz, on pourrait de même envoyer l'eau chaude; on pourra nous objecter certainement que le problème est bien plus difficile à résoudre, nous le voulons bien; mais nous ajouterons que la science et l'industrie progressant chaque jour, on finira bien par supprimer les obstacles et résoudre le problème.
L'opinion que nous venons d'émettre est partagée par beaucoup de personnes, et notamment par M. Joly,qui l'a très-bien exprimée dans son livre (1), page 18ô.
(\) Oiivra|çe cité, page 56,
Cet auteur, après avoir dit qu'il serait facile à Taide de vastes chaudières d'euvoyer de Teau chaude dans les divers quartiers d'une ville, ajoute : «Ce système est du reste employé à Chaudes-Àigues, dans le département du Cantal, où les eaux d'une source, qui jaillit de terre à 90'', sont envoyées par des canaux souterrains dans les maisons pour les usages domestiques. La seule différence, c'est que la chaleur ici est fournie par la nature; mais si Ton envoie déjà à Paris, à frais communs, du gaz, de Télectricité et de Teau de deux sortes, Tune pour les lavages, l'autre pour la boisson, enfin du froid, sous forme de glace, pourquoi n'enverrait-on pas aussi de la chaleur sous forme liquide ? On a déjà des puits artésiens qui fournissent de l'eau à 28°; pourquoi n'irait-on pas chercher la chaleur plus loin? Qui nous eût dit, il y a cent ans, qu'on pourrait creuser des puits de 7 à 800 mètres? Pourquoi ne pas utiliser Tébullition centrale du globe, et au lieu d'aller cher* cher, dans les entrailles de la terre, la chaleur sous forme solide, c'est-à-dire la houille, pourquoi ne pas la prendre sous forme liquide, plus facile à transporter et à distribuer suivant nos besoins ?
^ Quand on étudie les progrès réalisés depuis un siècle dans les applications de la chaleur, on voit que la science est loin d'avoir dit son dernier mot, et Ton peut espérer que nos neveux, débarrassés des préjugés religieux du passé, iront, le flambeau de la science à la main, découvrir de nouvelles sources de richesse, et s'approcheront de la solution du grand problème des philanthropes : The gréa-* tesi good for the grcatesi numher. >
Après le chauffage à la vapeur, nous avons fait valoir les avantages du chauffage au gaz; nous avons vu qu'avec ce mode de chauffage on y'avait pas à craindre la poussière et la saleté que donne le charbon ; nous avons vu encore qu'il n'était pas nécessaire d'avoir des locaux pour emmagasiner du combustible, et qu'à l'aide d'un i:obinet on réglait la consommation au strict nécessaire : c'est ce qui nous a fait recommander ce combustible pour les logements de garçons et pour les cuisines des petits ménages.
A propos du gaz nous avons esquissé différents modes à l'aide desquels on pourrait peut-être obtenir un jour de l'hydrogène pur à très-bon compte. Nous avons dit que le moyen le plus sûr, le plus économique et le plus pratique serait d'amasser les énormes quantités d'électricité que contient l'atmosphère, ainsi que celles que l'homme produit et laisse perdre aujourd'hui pour les télégraphes. Ces quantités emmagasinées, on les emploierait pour décomposer l'eau qui recèle en elle le véritable combustible de l'avenir.
Pour les logements d'ouvriers, nous voudrions voir des règlements administratifs forcer les propriétaires à construire des cheminées dans ces locaux. On devrait songer dans une société civilisée au nombre considérable de malheureux qui, après une journée de travail, barrasses de fatigue, glacés parle froid et la pluie, n'ont que deux partis à prendre en rentrant chez eux, ou bien se cou-
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cher, et il esl encore de trop bonne heure, ou bien se rendre chez un marchand de vin ou un cabaretier quelconque pour boire, tuer le temps et se mettre à Tabri du froid. C'est dans ces lieux infects que Thomme se dégrade au moral et se détruit la santé. Il suffit dans ce milieu d*un seul garnement pour corrompre un grand nombre d'ouvriers intelligents et honnêtes. Il serait donc à désirer que les chambres et les logements d'ouvriers fussent pourvus d'une cheminée, et que rÉlat ou les municipalités établissent des chauffoirs publics dans lesquels les ouvriers et les pauvres gens passeraient leur temps en ornant et cultivant leur esprit par la lecture de quelques bous livres, qui raconteraient soit l'histoire des grandes découvertes et des grands inventeurs, soit la biographie des grands hommes; car nous trouvons que ces sortes de lectures sont les plus aptes à inspirer à Thomme de bons sentiments et de nobles actions.
Pour le chauffage des serres, le mode le plus efficace est sans contredit l'eau chaude distribuée à l'aide de thermo-siphons, aux tuyaux desquels on fera bien d'ajouter pour les serres à orchidées des appareils d'évaporalion, tels que celui figuré page 146 (fig. 172). Pour les petites serres, on ne devra employer que des poêles, foyers ou calorifères fournissant une chaleur saturée d'eau. En traitant du chaufTage et de la ventilation des habitations privées et des édifices publics, nous avons pour ainsi dire donné des conclusions pour chaque local ; nous allons donc nous contenter de résumer ici les principaux points du chauffage et de la ventilation, sur lesquels nous devons plus particulièrement insister; ce sera la fin de notre conclusion.
Pour le chauffage les vrais principes sont :
1° De prendre l'air extérieur par des ouvertures spéciales;
2° Avant de l'introduire dans les locaux, l'échauffer à une température convenable par les divers moyens proposés;
3** User de cet air, et le rejeter ensuite au dehors par des ouvertures spéciales un peu avant qu'il n'ait perdu entièrement ses qualités. Si nous résumons maintenant les divers modes, nous trouvons que le chauffage par rayonnement direct, c'est-à*dire par les cheminées à feu découverl, est le plus sain, et pour ce motif il y a lieu de le préférer dans toutes les circonstances où il peut être facilement appliqué, surtout dans les locaux oû l'on séjourne d'habitude, comme les chambres à coucher, les cabinets de travail, les salles de malade et de chi-^ rurgie dans les hôpitaux. Si ce chauffage n'est pas économique il est très-sain, et s'il ne donne pas toujours une température suttîsante, même avec des systèmes perfectionnés, on peut y suppléer en utilisant la chaleur d'un calorifère chauffant l'ensemble de l'édifice ou de l'appartement.
Il ne faut pas oublier aussi que la cheminée est le meilleur appareil dé ventilation; ce qui compense bien la perte inutile en combustible.
On pourra employer des calorifères et même des pcèles dans les locaux ou l'on ne réside pas d'une manière continue; seulement pour le chauffage par calorifère, il faudra toujours avoir des chambres de mélange, car il ne faut pas que l'air chauffé arrive trop brûlant dans un local, parce qu'il dessécherait les poussières organiques de Fair. C'est pourquoi nous avons recommandé l'emploi des calorifères en céramique, ainsi que ceux à l'eau chaude et à la vapeur, surtout dans le cas où la ventilation se fait par appel. Ce principe doit être appliqué dans les habitations privées, aux salles à manger et aux salons de réception, ainsi qu'aux locaux destinés à réunir un grand nombre d'individus, tels que les écoles, les lycées, les salles d'audience, amphithéâtres, salles de bal et de spectacle, les bibliothèques, enfin et surtout aux prisons.
Dans les églises, les bourses, les salles d'attente des chemins de fer, dans les salles de pas-*perdus, en un mot dans les locaux que Ton ne fait que traverser ou dans lesquels on ne reste que peu de temps ; dans ces lieux, l'ouverture des portes et des fenêtres assure un grand renouvellement d'air, aussi peut-on se passer d'un système de ventilation, car souvent l'air y est surabondant. On pourra donc, sans inconvénient, employer pour le chauffage de ces locaux des poêles ou des calorifères en fonte à air chaud.
Pour la ventilation, il arrive souvent que les appareils ventilateurs, au lieu d'expulser l'air chaud, admettent l'air frais et déversent sur la tète de véritables cataractes d'air froid; il faut donc pouvoir les arrêter ou les fermer afin de supprimer pour un temps ces désagréments, sauf à les ouvrir de nouveau dès que le tirage aura repris son cours normal. Il ne faut pas oublier le proverbe espagnol, cité par Franklin : « Si un léger courant d'air souffle sur toi, mets ordre à tes affaires et à ta conscience, tu as peu de temps à vivre i».
Pour la ventilation par propulsion ou insufflation de l'air, à l'aide d'un moteur mécanique quelconque, il ne faut pas oublier qu'elle n'est applicable que dans certaines conditions et pour certains locaux. Souvent on fera bien de ne point négliger d'employer aussi la ventilation par appel, qui assure d'une manière très-efficace l'évacuation de l'air vicié. Les grands et vastes locaux qui réclament un grand renouvellement d'air, tels que les prisons, les salles de spectacles, les hôpitaux, doivent utiliser à la fois la ventilation par propulsion et par appel; le premier mode assure l'introduction de l'air neuf, le second l'extraction de l'air vicié; il s'établit dans ce cas un roulement très-aclif de l'air.
La ventilation par insufflation est indispensable pour les grands locaux où l'air ne peut circuler naturellement, parce qu'il est entravé par des agencements intérieurs ^ dans les magnaneries, dans les salles d'exposition. L'insufflation sera surtout utile (nous l'avons déjà dit) dans les atehers insalubres, dans ceux où il se dégage beaucoup de poussières délétères, comme dans les aiguiseries, par exemple.
. Du resle, dans la plupart de ces établissements ou de ces usines, il existe des forces motrices, Tair, Teau ou la vapeur, et en détournant une minime fraction de ces forces, on pourra faire fonctionner les ventilateurs pour ainsi dire sans aucuns frais.
Enfin dans tous les locaux, quels qu'ils soient, il faut établir une ventilation ; voilà ce dont on n'est pas encore assez persuadé, parce que malheureusement on ne se rend pas assez compte du rôle immense que jouent dans le règne organique ces myriades d'atomes microscopiques, germes de corruption, agents sinistres de la maladie, qui épient nuit et jour l'occasion de s'infiltrer dans notre organisme pour y provoquer les plus grands désordres, et pour le détruire môme.
Quand on a la vie solidement chevillée dans le corps (passez-nous l'expression), on échappe à ces invisibles, mais quand nous vieillissons, quand nous avons une constitution débile, nous ne sommes plus de force à luller, nous succombons, et une fois en terre ils achèvent de désorganiser nos tissus; et ils nous font entrer dans l'immense réservoir d'où nous ne sortons que pour entrer dans une nouvelle existence.
Le nombre des molécules tenues en suspension dans ratmosphère est évidemment incalculable, mais pour en douner une idée à nos lecteurs, nous leur dirons qu'on a évalué à plus de cent millions les ferments ou germes de toute nature qui passent journellement dans nos bronches. D'après ce chiffre, ou peut juger de l'influence que l'air impur peut exercer sur la santé. Celte influence est si considérable que nous ne craindrons pas d'avancer que les légions de maladies qui fauchent l'humanité n'ont pas d'autres causes que l'impureté de l'air. Si les médecins ne l'avouent point, ils s'en doutent bien, et toutes les maladies épidémiques qu'on nomme pes/e, choléra, typhus, épizoolie, muscardine, pèbrine, etc., suivant qu'elles se déclarent chez l'homme, l'ammal ou le ver, n'ont pas d'autres origines ; ce qui le prouve, c'est que le meilleur remède pour les combattre tontes, sans exception, c'est d'établir une puissante ventilation dans les milieux où ces fléaux sévissent.
Le jour où l'on ventilera forlement, après avoir détruit préalablement par des règlements administratifs de salubrité publique les germes qui donnent naissance aux principes morbifiques, ce jour-là on coupera court à tous ces fléaux qui au moyen âge ont fait de si nombreuses victimes.
Nous recommandons surtout la ventilation par l'air comprimé en faisant passer cet air à travers de l'eau pulvérisée contenant de l'acide phénique on temps d'épidémie.
Que les médecins nous pardonnent d'empiéter ici sur leur domaine, mais le maître des architectes, Vitruve, n'a-t-il pas dit dans son livre qu'aucune matière, y compris la médecine, ne devait être élranj^ère au véritable architecte. C'est muni
l^., CONCLUSION. 251
i'<" de ce permis, que nous nous sommes cru autorisé à chasser sur les terres de la
iiiï Faculté de médecine.
Du reste, les médecins ne sauraient nous en vouloir d'étudier un peu la méii; decine ; ils doivent nous en savoir gré, au contraire, puisque jusqu'ici ils nous
ii( ont toujours reproché notre ignorance sur les premières notions d'hygiène se
ne rapportant à la question du chauffage et de la ventilation.
l.< Nous reconnaissons aussi que les ingénieurs et les architectes ont prétendu
^e que si la mortalité était parfois considérable dans certains édifices, la faute in-
e combait uniquement aux médecins et non à la distribution et à Tinstallalion des
services. Et quand les ingénieurs ont mis les médecins au pied du mur, en leur priant de formuler leur avis et d'indiquer la meilleure méthode à suivre pour la i ventilation, les docteurs ont rédigé de longs rapports officiels, ils ont discuté lon-
guement certaines thèses qui, mises en pratique, n^onl pas confirmé, tant s'en faut, les ingénieuses théories de MM. les docteurs, quelquefois même elles ont été si nuisibles qu'il a fallu opérer comme anciennement.
Aussi pensons-nous que le mieux, pour faire progresser celte science, sera de s'entendre, et., au lieu de gaspiller de part et d'autre des forces en critiques acerbes, il faudra s'atteler ensemble à la question, lui donner un vigoureux coup de collier pour la faire sortir de l'ornière où elle parait se complaire. Nous faisons des vœux sincères pour qu'il en soit ainsi à l'avenir !
La tâche que nous nous étions imposée est terminée. Le sujet est loin d'èlre épuisé, puisqu'il nous parait presque inépuisable; mais il a fallu nous borner, sans quoi quelques chapitres auraient pu faire à eux seuls un volume chaque. Aussi avons-nous dû prendre notre courage à deux mains pour arriver à condenser tant de documents et à donner tant de matières en si peu de pages. En effet, les écoles, les hôpitaux, les théâtres, les ateliers et les usines, pour être traités à fond, mériteraient un volume, et nous nous sommes souvent demandé si nous ne l'écririons pas un jour. En attendant nous offrons à nos lecteurs habituels ce nouveau livre, avec l'espoir qu'ils lui réserveront un bon accueil.