INSALUBRES
Ateliers ordinaires. — Ccs locaux ne demandent pas une ventilation excep^ lionncllc; en y appliquant les modes que nous avons décrits pour les écoles d*adultes ou de dessin du soir (page 215) on obtiendra des résultats satisfaisants; nous devons dire néanmoins que dans ces ateliers on doit augmenter le plus possible la ventilation, car les ouvriers qui travaillent souvent à de rudes travaux dégagent des odeurs si fortes que Tair en est rapidement empoisonné. Il faut donc favoriser la ventilation naturelle, et pour cela on emploiera des vasistas aux fenêtres, des tuyaux d'aération, des ventilateurs de tous genres, enfin des fenêtres à guillotine; en été, il sera toujours prudent d'envoyer de l'air qui aura traversé des jets d'eau pulvérisée; si l'on ne peut employer ce moyen, on fera bien d'arroser le sol de ces ateliers avec de l'eau contenant une légère proportion d'acide phénique.
Ateliers et usines Insalubres. — Ces établissements Sont très-variés, mais on peut les diviser en trois catégories ; ceux qui sont insalubres par la poussière, les fabriques où se manipulent les déchets de laine ou de coton et les aiguiséries, ceux qui sont dangereux par les substances qu'on y prépare, les usines de produits chimiques, les fabriques de chlorure de chaux, d'allumettes, etc., ceux enfin, qui donnent des odeurs pestilentielles, les fabriques de gélatine, de colle forte, dégras de peaux, fonderies de suif et de stéarine, sécheries et sé^ choirs, etc.
Mous ne pouvons dans ce traité indiquer les meilleurs systèmes en usage pour la ventilation de chacun de ces établissements, car la question comporte trop de détails pour pouvoir figurer ici. Nous devons nous borner à fournir des renseignements généraux; la sagacité du lecleur saura bien y puiser ce qui lui sera nécessaire pour le cas particulier qui le préoccupera.
Pour les ateliers, filatures, etc., où se manipuleni les déchets de laine, de lin, fiosc. 10
(le colon clc, on fait passer Tair de venlilalion à travers une pluie trës-divisée^ ou bien on emploie de puissants ventilateurs qui évacuent ces poussières en dehors du local.
Aig«iMries. — Une industrie produisant de la poussière des plus dangereuses pour la santé de Thomme, c'est colle des aiguiseries. En effet Temploi des meules de grès pour user Tacier est très-insalubre. Aussi les propriétaires de ces usines doivent-ils s'efforcer de soustraire leurs ouvriers à cette atmosphère délétère.
Pour atténuer les dangers, on doit commencer par entourer les meules de coffres ou enveloppes en tôle ou en bois, mobiles, ne laissant sur le devant en face de l'ouvrier que l'ouverture strictement nécessaire pour effectuer son travail. Ensuite pour se débarrasser de la poussière qui peut sortir de cette petite ouverture, on emploie aujourdliui rinsufflation par Tair comprimé, principalement dans les manufactures d'armes, lorsque les ouvriers pour la fabrication des sabres exécutent le travail de riflage, c'est-à-dire travaillent sur les meules sèches. On croyait anciennement qu'en riflant les meules mouillées on sedébarrassait des poussières, il n'en est rien; des expériences concluantes ont établi au contraire que même l'eau arrivant sur la pointe de l'outil, il se dégage une quantité notable de poussière mélangée à de l'eau pulvérisée par suite de la rapide rotation des meules.
L'appareil de compression de l'air le plus employé pour l'insufflation est celui de Perrigault, dont nous avons déjà parlé (page 10(3), l'inventeur a eu l'idée d'accoupler plusieurs ventilateurs entre eux. Le premier aspire l'air extérieur, l'envoie dans un deuxième qui le refoule dans un troisième. On obtient de cette façon des pressions considérables, et tandis qu'un bon ventilateur simple ne donne qu'une pression de O^jSô à 0"*,30 de hauteur d'eau, les ventilateurs doubles et triples peuvent donner 0",80, 0'»,90 et jusqu'à 1",20 et 1",25.
FabrliliUBs de chlonirMi de ehanx, et antres de prodalis chlmlqnea. — On
emploie dans ces fabriques l'air comprimé pour chasser toutes les vapeurs qui sont attirées dans une cheminée d'appel. En outre on doit toujours ouvrir les portes et les fenêtres en l'absence des ouvriers, de sorte que la totalité des vapeurs est évacuée par l'air introduit, quand les ouvriers pénètrent dans leur atelier.
fabriques d'ailuniettee ehiiiili|tie«. — Cette industrie est une des plus dan* gereuses; la surveillance de l'autorité y prescrit des règlemenls sévères, qui malheureusement ne sont pas toujours respectés, aussi les ouvriers y contractentils des maladies terribles, des nécroses. Ces fabriques sont aérées au moyen de vastes cheminées d'appel qui reçoivent les produits de la combustion des foyers des machines à vapeur. Le long des faces des bâtiments règne un carneau qui débouche à la base des cheminées d'appel, dans tous les ateliers où se manipule
Ventilation des ateliers okdunaires et des osines insalubres. 237
le phosphore; des ouvertures pratiquées soil sur le mur, soit sur le plafond ou le plancher, communiquent par un coffre au carneau souterrain longitudinal qui aboutit à une des cheminées d'appel; les vapeurs si délétères du phosphore sont ainsi entraînées hors du local.
Les pâles de soufre et de phosphore sont préparées sur des fourneaux à vapeur surmontés d'une hotte très-large et très-basse dont le tirage est augmenté par l'appareil d'appel de Mehu, que nous avons déjà décrit (page 19:2); enfin les ateliers de trempage et de séchage, qui présentent le plus de dangers, doivent être pourvus de moyens de ventilation si puissants que l'odeur du phosphore doit y être à peine sensible. Voici les moyens employés. Sur les deux longs côtés des bâtiments sont disposés des séchoirs qui communiquent largement au carneau extérieur dont nous avons parlé, et un ventilateur spécial est placé au-dessus du séchoir et prend l'air sur le toit; chaque séchoir est une petite pièce presque carrée, car on les isole pour diminuer les chances d'incendie. Le sol de tout le bâtiment est percé d'orifices d'extraction, au droit de chaque porte des séchoirs, ces orifices exercent un appel énergique et entraînent eux aussi, dans les carneaux extérieurs, les vapeurs contenues dans le bâtiment.
Les sécheries sont chaufl'ées par des tubes de vapeur qui donnent une température peu supérieure à 35**.
Fabriques de géiatiBes et analogues. — Dans certaines usines, où se fabriquent les colles fortes, la gélatine, lu stéarine, ou autres produits qui utilisent des corps gras, il se dégage au moment de l'ébullition des odeurs nauséabondes. Pour désinfecter le plus possible ce genre d'établissement, il est nécessaire de ventiler dans tous les sens, mais surtout de haut en bas. C'est dans ce but que l'on pratique dans la couverture de ces usines, de deux en deux mètres, c'est-à-dire entre chaque ferme, de grandes ouvertures qu'on coiff'e de lanternons ou de ventilateurs; c'était là le seul agencement en usage anciennement; aujourd'hui, dans diverses fabriques que nous avons visitées, soit en France, soit à l'étranger, nous avons vu qu'on empêche les vapeurs de l'ébullition de remplir l'atmosphère du local où sont situées les chaudières. Voici comment on s'y prend. Les chaudières en question sont fermées par des couvercles percés de deux ouvertures portant tuyau; l'un de ces tuyaux sert pour l'arrivée de Tair, et l'autre communique soit directement à une cheminée de ventilation, soil à un conduit collecteur. Ce dernier système est le plus en usage; on réunit les vapeurs de huit à dix chaudières dans un seul et même conduit, lequel aboutit à une cheminée d'appel. Dans les usines ainsi installées, l'odeur est très-peu sensible dans les locaux d'ébuUition.
Ëtuvesf Séchoirs $ Séeheries. — On maintient dans les étuves des tem^ pératures assez élevées mais variables, suivant ce qu'on y dessèche ; pour les substances végétales et farineuses, la température atteint rarement plus de 40^}
i3B TRAITÉ COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE LA VENTILATION.
tandis que dans les étuves à éloiïes ou à linge, on peut la porter sans inconvénient jusqu'à G5*.
On profite de cette atmosphère pour ventiler les étuves et séchoirs de la même façon que les fabriques de gélalines et de stéarines; on fait arriver Tair affluent par des orifices pratiqués au niveau du sol ou des planchers ; ces orifices sont munis de registres, afin de pouvoir régler rentrée de Tair affluent, qui doit arriver uniformément tout autour des étuves ou des séchoirs.
Dans les séchoirs on opère aussi la dessiccation des fruits tels que prunes, châtaignes, etc.; ceux de nos lecteurs qui désireraient connaître les dispositions de ce genre d'étuve, n'auraient qu'à consulter noire Trailé des constructions ru* raies, p. 368 et suivantes figures 512 et 513. Ils y trouveront la description de plusieurs sécheries et séchoirs (i). On construit également des séchoirs pour le linge et des sécheries pour les poudres; nous n'avons pas à en parler ici, car la disposition de ces locaux est très-diiïérente suivant les localités où ils se trouvent; mais nous dirons que si pour les premiers on peut employer des calorifères à air chaud, il ne faut employer pour les seconds que des calorifères à eau. Un bon modèle de sécherie pour la poudre, que nous signalerons à nos lecteurs, est celui de Saittt-Chamas.
(1) Traité des constructions ruraleSf 1 vol. iii-8^ jjsus de X(n-50'J pagcsi accompagne do 576 figures intercalées dans le texte ou hors texte. Paris, Vvo Morcl et Cic, 1875.