DE LA VENTILATION DES HABITATIONS PARTICULIERES
Dans les habilations particulières^ ce qui vicie Tair ou qui occasionuc le plus souvent des odeurs désagréables, ce sont les courettes intérieures, les cuisines et les lieux d'aisances. Cela se conçoit aisément; en hiver, par exemple, on fait du feu dans les chambres d'un appartement : les cheminées font appel, et toutes les odeurs des cuisines et des cabinets sont attirées par les cheminées de ces pièces.
Conreites. — On peut remédier assez facilement à ces inconvénients, pour les courettes, en les couvrant en totalité ou en partie d'une toiture vitrée d'un seul versant, établie entre le rez-de-chaussée et Tétage au-dessus. Ceci fait dans un des angles de la petite cour, on élève une cheminée d'appel qui doit dépasser de 1 mètre environ le mur le plus élevé de la courette. A la partie inférieure de cette cheminée, on allume un poêle à coke ou bien un bec de gaz pour déterminer un appel. Si la section de la cheminée est bien calculée, avec une faible vitesse et une cheminée assez haute on pourra extraire environ de 1600 à 1800 mètres cubes d'air par mètre cube de gaz brûlé. Comme on le voit ce n'est pas cher, et le renouvellement d'air assainit la cour, au point que non-seulement elle ne donnera plus d'odeur désagréable, mais même les cuisines qui auront une ouverture sur cette cour seront très-bien ventilées et ne donneront par conséquent pas d'odeurs dans les appartements.
Souvent aussi, quand la situation des cours le permet, il suffit de diriger un tuyau de fumée dans cette cheminée d'appel; on économise ainsi le coke ou le gaz qu'on dépenserait pour déterminer cet appel.
Coisine*. — Aujourd'hui on construit des fourneaux spéciaux qui suppriment les hottes si désagréables et qui réunissent dans la même cheminée le service de la ventilation et de la fumée. Notre figure 226 montre un spécimen de ce genre de fourneau. Le tuyau delà fumée, à gauche de notre figure, est divisé en deux parties; l'une sert à la fumée et l'autre partie, dont l'air est chauffé par le
Tn^tTE COMPLET DI! CHAUFFACB ET DE LA Vl-JfTILATlOS. 5M
voisinage de lu ruini^c, il<^lcrmiiic un puissant appel <pii sert â évacuer les odeurs de la cuisine; on peut augmenter encore cet appel en abaissant les rideaux qu'on aperçoit dans notre iigure et qui se manoeuvrent comme les bureaux dits à cylindre. Ce fourneau, touslruil par M. Bauilon, est aussi muni d'uu fojer ré-
ducteur, d'un double fourâ pftlis;
, d'un réservoir d'eau, d'une étuvoel d'u
Nuus devons ajouter que pour obtenir une bonne ventilation des t 10 sullit pas d'avoir deux conduits, un pour la fumée et l'autre pour la ventilaiun, il faut eni'ore établir des prises d'air en proportion avec le cube des cuiini-s. Si on négligeai! leur emploi ou si ces prises d'air étaient insufllsantes, i'
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pourrait arriver, dans eerlaînes saisons, ijue le luyau de vpnlilaliondélerniinerail un courant descendant iiui refuuleniit les odeurs dans l'appartement. Dans cerluines contrées de l'Angleterre, on n l'babitude de réunir en un seul tous les conduits de foyers qui seraient adussés sur un même pan de mur. Ce genre de
TUAITÉ COMPLET DU CHAIFFAGE ET DE LA VENTIUTION.
tuyau unitaire permet d^utiiiser des conduits latéraux pour des tuyaux d'extraction de l'air vicié^ tuyaux qui par des orifices communiquent aux diiïérentes pièces d'un appartement.
Nos figures 227 et 228 indiquent ce mode de construction, le premier est circulaire, le second est un coiïre carré; la fumée passe en a et l'air vicié est expulsé par les huit conduits latéraux. Seulement, si l'on veut employer ce genre de ventilation, il faut avoir soin d'user de quelques précautions. On doit, par exemple, monter la cheminée de chaque étage jusqu'au plafond, et de là diriger à 45° la pénétration dans la cheminée collectrice; il faut ensuite que chaque cheminée soit pourvue d'une trappe, afin de pouvoir la boucher hermétiquement lorsqu'elle sera sans feu; enfin la fumée des fourneaux de cuisines doit déboucher autant que possible dans le bas du tuyau collecteur, car ces fourneaux fonctionnant à peu près toute la journée, entretiennent un tirage régulier dans la cheminée d'appel.
Quand on ne peut appliquer le système que nous venons de décrire pour la ventilation des cuisines, on divise d'anciens coffres souvent très-larges en trois compartiments, comme le montre notre figure 229; pour obtenir cette division, on fait passer un tuyau en poterie a, qui sert podr la fumée des divers foyers,
Fig. "OQ. — Ventiliilioa don cuisiiu». Fig. 230. — VcDlilaliou des cuisines.
Utilisation d'anciens coflrcs.
c'est le tuyau unitaire; et les deux autres compartiments servent pour recevoir l'air vicié des appartements.
Un se contente aussi d'établir une division dans d'anciens coffres au moyen de deux languettes; notre figure 230 indique cette disposition : a est le tuyau unitaire, et b, 6, les tuyaux d'extraction ou d'évacuation de l'air vicié.
Quand on ne peut disposer de beaucoup d'espace dans un coffre de cheminée, on fait passer des tuyaux de fonte pour l'extraction de l'air >icié.
Si on ne peut, pour quelques motifs, employer les divers systèmes de ventilation de cuisines que nous venons de décrire, quand celles-ci sont éclairées au gaz on fera toujours bien d'allumer, au bas de la cheminée et près du tuyau de fumée, un ou deux becs qui ne brûleraient que pendantla préparation des mets: dans bien des cas, lorsque les fourneaux sont mal établis, cette simple précaution suffira pour déterminer un appel assez énergique pour supprimer les odeurs des mets qu'on prépare.
I>E IK ÏKNTIHTION ntS lUGITATlOSS l'.vnTlCrUEllES. 207
NmIIm a Nuwgtr. — Dans les petites salli>«' à manger, une venlilnlion bien èlalilie à l'aide de po6le» en ManKS suiïîra pour supprimer toute odeur; dans les grandes salles au contraire, il faudraappliquer les règles que nous avons dotiuées déjà, et(|ue nous donnerons ulli'rieurement.
Dans celles-ci, en f ITet, l'odeur des mets, jointe à celle que dégiagent les individus, ainsi ({uc la clmlcur des luslres et autres appareils d'éclairage, sont de grandes causes de vicialiou de l'air; aussi sera-t-il nécessaire de le renouveler quatre à cinq fois par heure. On ne devra pas négliger l'utilisation de la clialeur des lustres pour déterminer un appel, le plus près possible du plancher; les orifices pour l'air neuf devront Être placés loin des personnes et un peu au-dessous des orilices ménagés dans ou vers le plafond pour l'extraction des produits de la combustion.
Nous n'insisterons pas davantage sur les différents locaux de l'habi talion, car les salles à manger, grands salons, etc., doivent être ventilés proportionnellement il leur cube. On ne peut poser des régies fixes et immuables pour leur ventilation dims certaines conditions; c'est de l'ensemble de luutc notre élude sur la ventilation que le lecteur devra tirer lui-même les conclusions qui lui seront nécessaires pour certains cas particuliers.
Paaaea d lieux d'alMMcc». — Les fosses et lieux d'aisances répandent encore trop souvent dans les habitations des exhalaisons désagréables et surtoul malsaines; il est cependant fort simple d'éviter cette iidection en prenant quelques dispositions peu compliquées.
]| existe bien aujourd'hui pour les grandes villes des règlements de voirie qui imposent certaines obligations pour la construction des fosses, mais souvent ces ordonnances sont éludées par les particuliers, et puis enfin dans beaucoup Irop de villes encore, il n'existe pas de règlements administratifs.
Voici les moyens les plus simples et les plus efficaces pour empêcher la dilTusion de ces odeurs.
Il faut autant (jue possible immerger la partie inférieure des tuyaux de chute dans une cuvette en cuivre fixe ou mobile. Il résulte de cette disposition que ce n'est qu'une bien minime partie des gax méphitiques qui peut remonter par les tuyaux et donner de l'odeur aux cabinets; mais, pour éiîter que ces g.iï euxmêmes se répandent dans les iialrr-cloxel, on emploie aujourd'hui des cuvettes hydrauliquesà l'anglaise; enfin la fosse doit être pourvue d'un tuyau de ventilalion. Si l'on peut adosser celui-ci prés d'une chetniiiéo des fourneaux de cuisine on activera l'appel du tuyau ventilateur.
Si les fosses et leur ventilateur ne peuvent être établies dans les conditions que nous venons de rapporter, ou se trouvera fort bien d'adopter le système suivant de construction figuré par noire croquis 231. On détermine dans les cabinets, en a, un fort appel de l'air qui se dirige par les cuvettes et les tuyaux de chute dans la fosse h, au-dessus de laquelle il existe uji espace vidé, une
808 TRAITÉ COMPtET DU CHAtFFACE ET DE U VENTCLATIOR.
gorle de chambre dans laquelle les gaz viennent déboucher par une ouverture. Celte chambre est munie d'un tuyau de ventilation qui passe dans une cheminée c, au bas de laquelle on place un bec de gaz ou une lampe à pélrole pour lui donner un fort tirage,
Cetle disposition présente les avantages suivants ': les gaz ne peuvent arriver dans les cabinets et par suite dans les appartements par ce lujau de cbule, puisque ces gaz s'élèvent dans une chambre située au-dessus de leur extrémité inférieure, ensuite la cheminée- de ventilation qui, dans certains bâtiments, peut avoir IG et 18 mètres de hauteur, a un trèsgrand tirage qui fait (fue l'appel de l'air par les cuvettes est considérable.
Le type de cabinets que nous venons de décrire
est Tait pour des hôpitaux et casernes ou b&liments
Fig S3I. ~ vcniiiaiiDii des d 'administration. Les trois cuvettes ne sont séparées
a.unwd'ïir » foi» c ciio- 1"^ P^"" ''** cloisons légèrcs cn maçonnerie ou
niiria de tuiiiiiiion. mieuT par dcs plaques de fonte émaillée del",70
de hauteur.
Une bonne précaution toujours utile, quelle que soit l'installation des cabinets d'aisances, c'est d'employer des désinrectanls ; un des meilleurs est le soluté- Léchelle. On l'emploio généralement à la dose de 10 p. 100, soit 10 litres de soluté pour 100 litres de matière liquide ou solide.
VeBtibkUoN irenaenibie d'an Miimcnt. — Nous avons dit précédemment (page 101) que M. Forquenol, ingénieur en chef du service du matériel et de la traction de la compagnie du chemin de fer d'Orléans, avait établi un chauffage à l'eau chaude dans les bureaux de la traction de cette compagnie. Nous allons décrire cetle installation qui présente un parfait modèle de chauffage et de venlitalion pour l'ensemble d'un édilicc.
M. Forquenot s'est inspiré, pour l'étude de son projet, d'une installation analogue établie dans les bureaux de la société de Five-Lillc û Paris, où ce système fonctionne fort bien depuis de longues années.
Le bftiiment construit par noire confrère M. Louis Renaud (1) mesure 54 mètres do longueur sur 14 de largeur environ, ce qui donne 756 mètres superficiels qui, multipliés par 17, hauteur des quatre étages habités, produisent un cube de 13853 mètres ou en chiffres ronds 13000 mèlres, abstraction faite des 853 pour le cube des planchers et cloisons séparatives qui subdivisent les étages.
:cle principal (In la compagnie c icignemenls suivant*.
M. ForqufnoE, ingénieur
r>E U VKMIlATln.N DES HABITATIONS ['AIITICULIÈRES, 203
Lps rtiaudicres son! installées dans le sous-sol des bfitîmenls, leur foyer aboiilil par des cumeaux à la cheminée placée au centre de lit courcUo de ventila-
Fit- KK. — VanUlaKnn d'emmnbk d'un Ulimoil (ioa*-uI), <âc1icllo de O-.UOS pour mtln.) - A, nlm pour ïhiIm' \h «lannoi Wiinnliloi du éifirl d'niii ; 11. nlrei pour liokr !«• rolonnp borilDnl'Ia dn nUnir d'eau; r. nir chunlK ; E. lutiiii ils iMpnrl <l'i-sii^ t, irriiils ds l'iîrciliirirup; G. rlKodlim; H, lu]wi de rctuaf d'nn.
lion (fig. 232). L'ingénieur a utilisé des chaudières de locomotives hors de service; elles sont représentées en plan sous les lettres G, G; en E se trouve le
210 TRAITE COMPLET W CHAUKFAf.E KT M: l,A VKSTIUTION.
tuyau de départ d'pau, en H h tuyau de retour ; A sont des valves pour isoler les
colonnes horîionlales du départ ti'cau;B, d'autres valves pour isoler les colonnes
horizontalesde retour. L'air pris extérieureinenlau bîktinient pst appelé dans les gaines qui renferment les colonnes montantes et ascendantes. Cet air s'échaulTe au contact de ces colonnes et sort par des bouches e ménagées dans les gaines.
UK I.A VKN'TlUTIrtN DES ltABITATI«^S l'AtlTIIXLlKUKS. ïll
La figure 233 rnontrp la circulation îles luynux sous les parquets qui sont mobiles là où passent les tuyaux, ils y sont enfermi-s comme dans des caniveaux. L'air ïicié V est appelé dans la cheminée de veiililalion par îles orifices situés près du jiiaronil el du plancher; nous verrons bienlùl <|uc cette disposition est très-utile.
Notre figure 2ai montre la coupe du bâtiment dans laquelle on voit en A lu ^enle de loup ou girouette de la cheminée des cliamlières, en B la couverture de larourelle de ventilation; G est le vase d'expansion avec un tuyau d'i'-chappement de la vapeur d'eau au-dessus du toit. D sont des poiMes à eau chaude qui uut la double mission de chaiilTer l'air de la pièce et d'activer la ciri-idation de l'eau dans les colonnes. Celle figure 231 montre que sous les planchers des couloirs, au re^-de-ciiaussée, au premier et au deuxième étagi'. ii existe des gaines ou plutôt des coiïres divisés en trois compartiments. Les rompartimeuls de droite et île gauche amènent l'air extérieur dans les pièces situées de chaiine cMé du couloir. Le coiïre du centre appelle au contraire l'air vicié et le rejette dans la courette ou cheminée d'extraction ou d'évHfualion, comme nous l'avons déjfi vu, figure 233. On remarquera dans cette coupe (flg. 234) que les orifices d'extraction sont situés dans le bas et dans le haut des pièces : c'est une cxcellcule disposition, car nous avons vu dans ce qui précède que la violation de l'air provenait de plusieurs causes (page 180) et qu'une partie de l'air vidé était lourd et l'autre au contraire léger; dès lors il devient urgent d'établir des orifices d'ex traction à des hauteurs difTérenles, afin de chasser entièrement ce mauvais air. Enfin, daus le sous-sol, nous retrouvons les chaudières; notre légende nous dispensera de reparler de celte installation.
Les colonnes et les tuyaux de dislribulioii sont de différeiiles seclions, les départs d'eau mesurent fl^jâS do diamètre, les colonnes ascendantes 0°','âO, les colonnes descendantes O",!! ainsi qne les tuyaux de distribution. Les coudes qui servent à raccorder les tuyaux sont en cuivre rouge et ne mesurent que O^jOiri de diamètre inlérieur,
LafigureâSô montre une coupe du départ de o-,iMi;|Kiiirimi».i
lu cheminée de ventilation, elle mesure 3 mètres
sur 3 mètres, soit H mètres carrés de surface. On aperçoit dans le bas de notre figure un petit foyer d'appel qui sert pour lu venlilalion d'été et la mise en Irain du cbauiïage, car comme nous l'avons déjà relaté, des carneaux situés audessous de ce foyer d'appci viennent aboutir à la cheminée centrale des ehau-
- 0>Lip* du dtpirt
dières; celle-ci mesure O'^ySO de diamètre, sa section a été calculée de manière à ne pas exagérer le tirage, qui cependant est très-suffisant.
Les flèches indiquent l'extraction de Tair vicié. Avec ce mode de chauffage, la vitesse de Tair par seconde autour des tuyaux est de 0'",50 et à l'entrée et à la sortie des bouches, de i mètre. La quantité d'air chauffé et ventilé est de 25 à 30 mètres cubes par heure et par individu, c'est-à-dire la quantité que nous avons allouée pour les ateliers ordinaires, les écoles d'adultes et les écoles de dessin du soir (voy. page 182).
Comme on peut s'en rendre compte, ce système de chauffage et de ventilation a été établi d'après les bons principes, d'après ceux que nous avons formulés jusqu'ici dans notre traité ; c'est aussi pour ce motif que, quoique peu partisan du chauffage à l'eau pour de grands bâtiments, nous l'avons analysé et décrit. Nos lecteurs se rappellent sans doute que nous avons dit précédemment que le chauffage à l'eau revenait fort cher comme frais de premier établissement et comme frais d'entretien. Nous ajouterons encore que, dans l'application qui nous occupe, l'air étant pris à chaque étage amène en été de l'air moins frais que s'il était soutiré par les caves et envoyé par des bouches aux divers étages.