CONCLUSION
On pourra employer des calorifères el même des poêles dans les locaux où Ton ne réside pas d'une manière continue; seulement pour Je cliauflage par calorifère, il faudra toujours avoir des chambres de mélange, car il ne faut pas que Pair chauiïé arrive trop brûlant dans un local, parce qu'il dessécherait les poussières organiques de Tair. C'est pourquoi nous avons recommandé Temploi des calorifères en céramique, ainsi que ceux à Teau chaude et à la vapeur, sur* tout dans le cas où la ventilation se fait par appel. Ce principe doit être appliqué dans les habitations privées, aux salles à manger et aux salons de réception, ainsi qu'aux locaux destinés à réunir un grand nombre d'individus, tels que les écoles, les lycées, les salles d'audience, amphithéâtres, salles de bal et de spectacle, les bibliothèques, enfm et surtout aux prisons.
Dans les églises, les bourses, les salles d'attente des chemins de fer, dans les salles de pas-perdus, en un mot dans les locaux que Ton ne fait que traverser ou dans lesquels on ne reste que peu de temps; dans ces lieux, l'ouverture des portes et des fenêtres assure un grand renouvellement d'air, aussi peut-on se passer d'un système de ventilation, car souvent l'air y est surabondant. On pourra donc, sans inconvénient, employer pour le chauffage de ces locaux des poêles ou des calorifères en fonte à air chaud.
Pour la ventilation, il arrive souvent que les appareils ventilateurs, au lieu d'expulser l'air chaud, admettent Tair frais el déversent sur la tête de véritables cataractes d'air froid; il faut donc pouvoir les arrêter ou les fermer afin de supprimer pour un temps ces désagréments, sauf à les ouvrir de nouveau dès que le tirage aura repris son cours normal. Il ne faut pas oublier le proverbe espagnol, cité par Franklin : <( Si un léger courant d'air souflîe sur toi, mets ordre à tes affaires el à tii conscience, tu as peu de temps à vivre j>.
Pour la ventilation par propulsion ou insufflation de l'air, à l'aide d'un moteur mécanique quelconque, il ne faut pas oublier qu'elle n'est applicable que dans certaines conditions et pour certains locaux. Souvent on fera bien de ne point négliger d'employer aussi la ventilation par appel, qui assure d*une manière très-efficace l'évacuation de l'air vicié. Les grands et vastes locaux qui réclament un grand renouvellen>ent d'air, tels que les prisons, les salles de spectacles, les hôpitaux, doivent utiliser à la fois la ventilation par propulsion el par appel; le premier mode assure l'introduction de l'air neuf, le second l'extraction de l'air vicié; il s'établit dans ce cas un roulement très-actif de l'air.
La ventilation par insufflation est indispensable pour les grands locaux où l'air ne peut circuler naturellement, parce (ju'il est entravé par des agencements intérieurs, dans les magnaneries, dans les salles d'exposition. L'insufflation sera surtout utile (nous l'avons déjà dit) dans les ateliers insalubres, dans ceux où il se dégage beaucoup de poussières délétères, comme dans les aiguiseries, pr exemple.
Du reste, dans la pluparl de ces établissements ou de ces usines, il existe des forces motrices, .rair, Teau ou la vapeur, et en détournant une minime fraction de ces forces, on pourra faire fonctionner les ventilateurs pour ainsi dire sans aucuns frais.
Enfin dans tous les locaux, quels qu'ils soient, il faut établir une ventilation; voilà ce dont on n'est |)as encore assez persuadé, parce que mallieureusement on ne se rend pas assez. compte du rôle immense que jouent dans le règne organiipie ces myriades d'atomes microscopiques, germes de corruption, agents sinistres de la maladie, qui épient nuit et jour l'occasion de s'infiltrer dans notre organisme pour y provoquer les plus grands désordres, et pour le détruire même.
Quand on a la vie solidement chevillée dans le corps (passez-nous l'expression), on échappe à ces invisibles, mais quand nous vieillissons, quand nous avons une constitution débile, nous ne sommes plus de force à lutter, nous succombons, et une fois en terre ils achèvent de désorganiser nos tissus; et ils nous font entrer dans l'immense réservoir d'où nous ne sortons que pour entrer dans une nouvelle existence.
Le nombre des molécules tenues en suspension dans l'atmosphère est évidemment incalculable, mais pour en donner une idée à nos lecteurs, nous leur dirons qu'on a évalué à plus de cent millions les ferments ou germes de toute nature qui passent journellement dans nos bronches. D'après ce chiffre, on peut juger de l'influence que l'air impur peut exercer sur la santé. Cette influence est si considérable cpie nous ne craindrons pas d'avancer que les légions de maladies qui fauchent l'humanité n'ont pas d'autres causes que l'impureté de l'air. Si les médecins ne l'avouent point, ils s'en doutent bien, et toutes les maladies épidémiques qu'on nomme peslCy choléra, UjphuSy'épizooUe, muscardinCy pébrine, etc., suivant qu'elles se déclarent chez l'homme, l'animal ou le ver, n'ont pas d'autres origines ; ce qui le prouve, c'est que le meilleur remède pour les combattre tonteSy sans exceplioiiy c'est d'établir une puissante ventilation dans les milieux où ces fléaux sévissent.
Le jour où l'on ventilera fortement, après avoir détruit préalablement par des règlements administratifs de salubrité publique les gernK's qui donnent naissance aux principes morbifiques, ce jour-là on coupera court à tous ces iléaux qui au moyen âge ont fait de si nond)reuses victimes.
Nous recommandons surtout la ventilation par l'air comprimé en faisant passer cet air à travers de l'eau pulvérisée contenant de l'acide phénique en temps d'épidémie.
Que les médecins nous pardonnent d'empiéter ici sur leur domaine, mais le maiire des architecleSy Vitruve, n'a-t-il pas dit dans son livre qu'aucune matière, y compris la médecine, ne devait être étrangère au véritable architecte. C'est muni
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de ce permis, que nous nous sommes cru autorisé à chasser sur les Icrres de la Faculté de médecine.
Du resle, les médecins ne sauraient nous en vouloir d'étudier un |)eu la médecine ; ils doivent nous en savoir gré, au contraire, puisque jusqu'ici ils nous ont toujours reproché notre ignorance sur les premières notions dMiygiène se rapportant à la question du chauiïage et de la ventilation.
Nous reconnaissons aussi que les ingénieurs et les architectes ont prétendu que si la mortalité était parfois considérable dans certains édifices, la faute incombait uniquement aux médecins et non à la distribution et à Tinstallalion des services. Et quand les ingénieurs ont mis les médecins au pied du mur, en leur priant de formuler leur avis et d'indiquer la meilleure méthode à suivre pour la ventilation, les docteurs ont rédigé de longs rapports officiels, ils ont discuté longuement certaines thèses qui, mises en pratique, n'ont pas confirmé, tant s'en faut, les ingénieuses théories de MM. les docteurs, quelquefois même elles ont été si nuisibles qu'il a fallu opérer comme anciennement.
Aussi pensons-nous que le mieux, pour faire progresser cette science, sera de s'entendre, et, au lieu de gaspiller de part et d'autre des forces en critiques acerbes, il faudra s'atteler ensemble à la question, lui donner un vigoureux coup de collier pour la faire sortir de l'ornière où elle paraît se complaire.
Nous faisons des vœux sincères pour qu'il en soit ainsi à l'avenir !
La tache que nous nous étions imposée est terminée. Le sujet est loin d'être épuisé, puisqu'il nous parait presque inépuisable; mais il a fallu nous borner, sans quoi quelques chapitres auraient pu faire à eux seuls un volume chaque. Aussi avons-nous dû prendre notre courage à deux mains pour arriver à condenser tant de documents et à donner tant de matières en si peu de pages. En effet, les écoles, les hôpitaux, les théâtres, les ateliers et les usines, pour être traités à fond, mériteraient un volume, et nous nous sommes souvent demande si nous ne l'écririons pas un jour. En attendant nous offrons à nos lecteurs habituels ce nouveau livre, avec l'espoir qu'ils lui réserveront un bon accueil.