CONCLUSION
Le loclpur qui a lu allcnlivement nolro livro, a remarqué sans aucun doute la grande variété des documents qu'il renferme. En effet, sous une forme méthodique et abrégée, ce livre constitue un véritable traité sur une importante question qui n'est pas encore résolue, et qui, dans quelques-unes de ses parties, est extrêmement compliquée. Aussi nous n'avons pas voulu donner de solution et trancher certaines questions; nous avons préféré pour celles-ci nous étayer sur les matériaux publiés avant nous (1), laissant libre le lecteur de se formuler lui* même une opinion. Ce sont ces matériaux qui, joints à des aperçus nouveaux et à des idées originales et toutes personnelles, constituent le fond même de cet ouvrage qui est, pour ainsi dire, la bibliothèque portative de Tingénieurfumiste.
Maintenant, si nous repassons à la hàtc notre travail pour en tirer des conclu* sions, nous voyons tout d'abord que cette question a préoccupé à juste titre des esprits très-sérieux : l'hygiéniste, l'ingénieur, l'architecte ; et si ce triumvirat n'a pas encore formulé des lois fixes et immuables sur le chauffage et la ventilation, nous pouvons dire à son éloge qu'il a cependant suffisamment fait progresser cette science, pour permettre d'entrevoir une solution prochaine.
(1) Nous avons parcouru, compulsé ou étudié plus de deux cents volumes, brochures, plaquettes ou publications françaises ou étrangères sur le chauflTagc et la ventilation ; dans le présent volume nous avons fait entrer tout ce qui nous a paru véritablement pratique et utile pour nos confrères les ingénieurs et les architectes.
2i6 TRAITÉ COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE LA VENTILATION.
Dans la première partie de notre étude, nous avons décrit les efforts tentés jusqu'à ce jour pour obtenir à la fois un chauffajje sain cl économique; nous avons appelé Tatlention des lecteurs sur le chauffage des Anciens, à Taide des hypocaustes; nous avons dit que ce mode méritait de fixer rallenlion , et pourrail encore être appliqué dans certains cas, soit pour Thabitation privée, soit pour certains édifices publics, notamment pour les églises.
En donnant la description des appareils de chauffage modernes, nous avons décrit les appareils qu'on devait préférer pour les différents locaux.
Pour les cheminées, nous avons recommandé de préférera toutes autres celles qui, peu compliquées comme système, donnaient le plus de chaleur avec un minimum de combustible; nous avons dit qu'il ne fallait plus employer les chemi* nées qui ne possédaient pas de chambre et des bouches de chaleur.
Nous avons longuement étudié les dangers des poêles en fonte, mais nous avons aussi démontré qu'on avait singulièrement exagéré les dangers qu'ils présentent, de sorle que le lecteur sait parfaitement à quoi s'en tenir sur cette question, et 11 pourra employer les poêles pour les antichambres et les grands locaux qui ont besoin d'être rapidement chauffés et pour peu de temps.
Nous avons ensuite énuméré les meilleurs poêles-calorifères, et les meilleurs calorifères soit en métal, soit en céramique. Ces divers appareils peuvent rendre d'utiles services, suivant les conditions à remplir; nous avons donné nos conclusions à la suite de leur description, nous n'avons donc pas à y revenir ici.
En abordant le chauffage^à l'eau chaude, nous avons dit que c'était le mode le plus sain et le plus agréable; nous conseillons donc de l'employer pour les lycées, les hôpitaux, les bibliothèques, les serres, en un mot pour le plus grand nombre d'édifices possible, mais ce que nous voudrions voir surtout très-ré pandu, c'est le chauffage à la vapeur qui, selon nous, est préférable à l'eau chaude ; c'est qu'en dîet, pour le moment, nous jugeons ce chauffage le meilleur, le plus salubre, le plus efficace et le plus économique. Si nous avons tant insisté sur les avantages qu'il présente, c'est que nous trouvons qu'on n'a pas assez ajouté d'importance à celte grande propriété de l'eau, de pouvoir emmagasiner et porter au loin la chaleur; notre opinion est que, puisque dans les grandes villes on envoie aujourd'hui à domicile réleclricilé, l'eau froide et le gaz, on pourrait de même envoyer l'eau chaude ; on pourra nous objecter certainement que le problème est bien plus difficile a résoudre, nous le voulons bien; mais nous ajouterons que la science et l'industrie progressant chaque jour, on finira bien par supprimer les obstacles et résoudre le problème.
L'opinion que nous venons d'émettre est partagée par beaucoup de personnes, et notamment par M. Joly, qui l'a très-bien exprimée dans son livre (1), page 185.
(\) Olivrajfo rili», paj^o 56.
CONCXL'SIOX -;i7
lli'l aiik'ur, ai>i'L-s avoii' ilit iiu'il sei'iill rucik- à l'niilL- Je vii^te^ ulatiJiî-rL'â d'euvuji]|- (lu IVuu cliautltr dans les ilivi^a tiuurtiers d'une ville, lijoule : « Ci; système i>sl du Tdsle employé A Cliaiiilt^s-AlKiies, duns le dc|i<irteiueiil du Cantal, où le» eaux d 'uue lîuiirce, qui jaillit du terre à UO", sont envoyées par des canaux souterrains dans Its piimsuns pour les usages doii]e$liques. La seule diiïérence, c'est que la chaleur ici est fournie |iar la nature; mais si l'on envoie déji^ à l'aris, h frais communs, du gaz, de l'électricitÉ et de l'eau do ileuic sorleS, l'une ^lour lus lavages, l'autre pour la boisson, euliu du froid, sous forme de glace, pourquoi n'enverrai t-on pa^ aussi de la dmk'ur sous forme lii(uide? Ou a d^jà des puits arlésii'us qui fournissent de l'eau & 28°; pounpioi n'irait-on pas cliercber la cbaleur plus loin? Qui nous eût dit, il y u cent ans, qu'on pourrait creuser des puits de 1 à SUD mètres? Pourquoi ne pas utiliser l'ébulUtion centrale du globe, et au lieu d'aller chcrciier, dans les entrailles de la terre, la cbaleur sous forme solide, c'est-à-dire la bouille, pourquoi iic pas la prendre sous forme liquide, plus facile à transporter et à distribuer suivant nos besoins?
« Quanil on étudie les progrès réalisas depuis un siècle dans bs applications de la chaleur, on voit que la science est loin d'avoir dit son dernier mot, et l'on peut espérer que nos neveux, débarrassés des préjugés religieux du passé, iront, le (lambeau de la science à ia main, découvrir de nouvelles sources de richesse, et i^'approcberont de la soEiitîoii du grand problème des pbilantbropes ; The greatest gijQil fur tlif fjreatest number. •
Apres le chauffage à la vapeur, nous avons fait valoir les avantages du chauf- %e au |{az; nous avons vu qu'avec ce mode de cliauiragc on n'avait pas à craindre la poussière et la saleté que donne le charbon; nous avons vu encore qu'il n'était pas nécessaire d'avoir des locaux pour emmagasiner du combustible, et qu*à l'aide d'un robinet on réglait la consommation au strict nécessaire : c'est ce qui nous a fait retiommander ce combustible pour les logements de gardons et pour les cuisines des petits ménages.
A propos du gaz nous avons esquissé dilférents modes à l'aide desquels on pourrait peut-être obtenir un jour de l'hydrogène pur à très-hon compte. Kous avons dit que le moyen le plus sur, le plus économique et le plus pratique serait d'amasser les énormes quantités d'électricité que contient l'atmosphère, ailisi que celles que l'homme prouuit et laisse perdre aujourd'hui pour les télégraphes. Ces quantités emmagasinées, on les emploierait pour décomposer l'eau qui recèle en elle le véritable combustible de l'avenir.
Pour les logements d'ouvriers, nous voudrions voir des règlements adminis- Iralifd forcer les propriétaires à construire des cheminées dans ces locaux. On devrait songer dans une société civilisée au immbre considérable de malheureux qui, après une journée de travail, barrasses de fatigue, glacés par le froid et la pluie, n'ont que deux partis a prendre en rentrant chez eux, ou hien se cou-
2i8 TRAn É COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE LA VENTILATION.
cher, et il est encore de trop bonne heure, ou bien se rendre chez un marchand de vin ou un cabareticr quelconque pour boire, tuer le temps et se mettre à l'abri du froid. C'est dans ces lieux infects que l'homme se dégrade au moral et se détruit la santé. Il suffit dans ce milieu d'un seul garnement pour corrompre un grand nombre d'ouvriers intelligents et honnêtes. Il serait donc à désirer que les chambres et les logements d'ouvriers fussent pourvus d'une cheminée, et que l'Etat ou les municipalités établissent des chauiïoirs publics dans lesquels les ouvriers et les pauvres gens passeraient leur temps en ornant et cultivant leur esprit par la lecture de quelques bons livres, qui raconteraient soit l'histoire des grandes découvertes et des grands inventeurs, soit la biographie des grands hommes; car nous trouvons que ces sortes de lectures sont les plus aptes à inspirer à Thomme de bons sentiments et de nobles actions.
Pour le chauffage des serres, le mode le plus efficace est sans contredit l'eau chaude distribuée à l'aide de llicrmo-siphons, aux tuyaux desquels on fera bien d'ajouter pour les serres à orchidées des appareils d'évaporation, tels que celui ligure page 140 (fig. 172). Pour les petites serres, on ne devra employer que des poêles, foyers ou calorifères fournissant une chaleur saturée d'eau. En traitant du chauffage et de la venlilation des habitations privées et des édifices publics, nous avons pour ainsi dire donné des conclusions pour chaque local ; nous allons donc nous contenter de résumer ici les principaux points du chauffage cl de la venlilation, sur lesciuels nous devons plus particulièrement insister; ce sera la fin de notre conclusion.
Pour le chauffage les vrais principes sont :
1" De prendre Pair extérieur par des ouvertures spéciales;
"V* Avant de l'introduire dans les locaux, l'échauffer à une température convenable par les divers moyens proposés;
3*" User de cet air, et le rejeter ensuite au dehors par des ouvertures spéciales un peu avant qu'il n'ait perdu entièrement ses qualités. Si nous résumons maintenant les divers modes, nous trouvons que le chauffage par rayonnement direct, c'est-à-dire par les cheminées à feu découvert, est le plus sain, et pour ce motif il y a lieu de le préférer dans toutes les circonstances où il peut être facilement appliqué, surtout dans les locaux où l'on séjourne d'habitude, comme les chambres à coucher, les cabinets de travail, les salles de malade et de chirurgie dans les hôpitaux. Si ce chauffage n'est pas économique il est très-sain, et s'il ne donne pas toujours une température suffisante, même avec des systèmes perfectionnés, on peut y suppléer en utilisant la chaleur d'un calorifère chauffant l'ensemble de l'édifice ou de l'appartement.
Il ne faut pas oublier aussi que la cheminée est le meilleur appareil de ventilation; ce qui compense bien la perte inutile en combustible.