COUCHES CHAUDES
Description;— Quiconque désire tirer tout le parti possible d'un jardin, doit faire des couches chaudes, surtout en Canada, où la belle saison est si courte, et comme cette opération n'est pas connue généralement, je l'indiquerai aussi succincte-
ment que possible, afin que chacun puisse la mettre en pratique et en tirer les avantages qu'elle procure. Façon. — On prend du fumier frais de cheval, mêlé avec de la litière, pour faire des couches chaudes ; on l'étend avec une fourche de fer ; on en fait un lit de cinq pieds de large, sur telle longueur que Ton juge à propos, suivant le besoin qu'on a ; on l'élève d'au moins trois pieds, par différentes couches, on met par dessus un cadre de madriers de quatre pieds de large sur douze de long. On établit sur ce cadre, en queue d'aronde, des tringles de trois pieds pour recevoir des châssis vitrés et bien mastiqués, de trois pieds de large sur quatre de long, qui doivent glisser entre ces tringles. On doit donner à ces oadres quarante-cinq degrés de pente vers le soleil du midi. On couvre le tout de paillassons, ou de paille, pour les mettre jour et nuit à Pabri du froid ; on jette par dessus des planches pour empêcher le vent de les enlever ; on ôte les couvertures quand il fait soleil, et on soulève le derrière des châssis, pour chasser l'humidité et donner de l'air : au bout de huit à dix jours, on plante un bois dans la couche, pendant quelques minutes, on se le met sur la joue, et si la chaleur n'est pas trop ardente, on répand sur la couche six pouces d'épaisseur de bonne terre, bien ameublie, on l'y laisse jusqu'à ce qu'elle soit réchauffée au point de pouvoir recevoir la semence, sans risque de la brûler ; alors on y sème les graines de melons, de concombres, de citrouilles, de céleri, de choux, d'oignons, de laitue, de cresson, de
sauge, de pimprenelle, de piment, etc., que Ton a coutume de transplanter ensuite en plein air.
Le succès de ces couches dépend du soin que l'on prend à les préserver de la gelée : si l'on s'apperçoit que leur chaleur diminue, on coupe l'excédant du fumier autour du cadre, que l'on remplace, avec du fumier chaud, d'abord sur le derrière, ensuite sur le devant et progressivement à chaque bout, jusqu'à ce que la chaleur soit suffisamment rétablie.
On arrose les pieds des cucurbitacées, avec de Teau dégourdie, mais point les feuilles ; pour cela il faut employer le goulon de l'arrosoir seulement ; les autres plants s'arrosent comme à l'ordinaire.
Quand la saison est propice, on repique les plants en pleine terre, par un temps couvert, ou pluvieux, pour assurer la reprise ; on couvre avec des cloches, des vitraux, ou des branches, que l'on soulève, de temps à autre, pour donner de l'air.
Outre ces couches chaudes, on en fait de sourdes, comme suit ; on creuse une fosse d'un pied, ou d'un pied et demi de profondeur sur quatre pieds de largeur et aussi longue que le besoin le demande ; on la remplit de fumier chaud de cheval et on y met par dessus six à huit pouces de bonne terre, on la couvre de branches de sapin, et aussitôt qu'elle est modérément chaude on la sème, on la couvre et on la soigne comme une couche chaude ; on éclaircit les plants, en temps et en lieu, et on repique en pleine terre ceux qui sont de trop.
On arrête les cucurbitacées et principalement Iei melons et les concombres, lorsqu'ils ont quatre feuilles ou plus, en ôtant avec l'ongle, la tête de la tige, pour leur faire pousser des branches latérales, que l'on attache ensuite sur la terre, avec de petits crochets de bois, de droite et de gauche, au troisième nœud.
On ne doit pas laisser, sur chaque branche plus de deux melons. On enfonce l'extrémité de la branche dans la terre pour aider à nourrir le fruit ; mais on doit laisser dépasser le petit bout pour assurer la reprise et l'empêcher de courir.
On ne lève les melons que lorsqu'ils commencent à se séparer de la tige, ce que l'on découvre facilement en examinant la queue qui se détache naturellement, et par l'odeur qu'ils répandent. On doit laisser aux gens opulents des villes l'érection des serres chaudes en pierres, celles que j'ai décrites suffisent pour ceux des campagnes.