DES SUCRES BRUTS, DES MÉLASSES, ETC
M. Glerget a fait connaître les moyens particuliers qu’il convient d’employer pour appliquer sa méthode à l’analyse des cannes à sucre, des betteraves, etc.
Pour l’analyse des cannes à sucre, on les coupe en tranches, on en pèse 200 grammes que l’on soumet à l’action d’une petite presse métallique ; on obtient ainsi du jus que l’on verse dans le matras (fig. 158) jusqu’au premier trait, et, pour le décolorer, on y ajoute environ 5 centimètres cubes de sous-acétate de plomb, puis assez d’eau pour remplir le matras jusqu’au second trait. On peut aussi employer pour la dessiccation une dissolution de colle de poisson et d’alcool. On fdtre ensuite le jus et on le soumet à l’observation.
On constate, à l’aide de ce moyen, la richesse saccharine par volume ; mais on peut la convertir en poids en divisant par le chiffre de la densité le poids du sucre correspondant à l’unité de volume.
Dans une expérience faite par M. Glerget sur un échantillon de canne de Taïti, cet observateur a trouvé 20h^','2!i par litre, ou 18,82 pour 100 de sucre, ce qui donne lZi,30 pour 100 du poids de la canne.
On procède à l’analyse de la betterave comme nous venons de le dire pour la canne à sucre ; seulement la betterave doit être râpée et la décoloration doit s’effectuer par le sous-acétate de plomb.
L’analyse de la betterave nécessite l’épreuve de l’inversion, parce qu’elle contient des principes qui agissent sur la lumière polarisée dans le môme sens que le sucre crislallisable. M. Glerget a trouvé, dans un grand nombre d’a-
POGCIALE.
SACCnAlUMÉTRIE.
nalyses, depuis l\h^\hl jusqu’à '151®', 53 de sucre par litre de jus de betterave.
L’essai des sucres bruts s’opère en dissolvant de
ces sucres dans un matras de 100 centimètres cubes (fig. 158) et en décolorant par le sous-acétate de plomb, si la teinte de la dissolution l’exige.
Les mélasses doivent être décolorées avec beaucoup de soin ; on opère sur Zi9®',/il3 de mélasse, c’est-à-dire sur une quantité triple de poids normal. La dissolution se fait dans un matras de la capacité de 300 centimètres cubes et doit être filtrée plusieurs fois sur du noir animal, puis traitée par le sous-acétate de plomb, et une seconde fois par le noir animal.
11 est extrêmement utile, pour les fabricants et les raffineurs de sucre, de déterminer la quantité de sucre cristallisable qui reste dans les mélasses.
On peut doser exactement le sucre contenu dans le jus de raisin par les appareils de polarisation. On élimine à l’aide du sous-acétate de plomb l’acide tartrique que contiennent ces jus, et on décolore par le noir animal.
ARTICLE IV. — Sucre de diabète.
La matière sucrée que l’on trouve dans l’urine des diabétiques est analogue au glycose. On sait que les personnes atteintes de diabète boivent beaucoup et peuvent rendre jusqu’à 20 litres d’urine dans l’espace de vingt-quatre heures. Ces urines sont ordinairement peu colorées, très denses, sucrées, presque inodores , déviant à droite la lumière polarisée et capables d’éprouver la fermentation alcoolique.
Pour extraire le glycose de l’urine des diabétiques, on y verse d’abord une solution d’acétate de plomb tribasique
SUCRE UE DIABETE.
en excès, afin de précipiter les substances qui accompagnent le sucre ; on filtre la liqueur, on y fait passer un courant d’acide suif hydrique, on filtre de nouveau et l’on fait évaporer. On peut encore évaporer l’urine au bainmarie et traiter le résidu par l’alcool bouillant à 95 centièmes, qui dissout le glycose. On fait évaporer ensuite la liqueur alcoolique cpii fournit les cristaux de glycose. Le sucre obtenu doit être décoloré par le charbon et purifié par deux ou trois cristallisations.
Après l’extraction directe, la fermentation, la réduction de la liqueur de Trommer et la polarisation fournissent les caractères les plus certains delà présence du sucre dans les urines.
Sous l’influence delà levûre de bière, l’urine des diabétiques ne tarde pas à entrer en fermentation ; il se forme de l’alcool et de l’acide carbonique, qui démontrent la présence d’une matière sucrée. Le volume de l’acide carbonique ne donne pas exactement la quantité de glycose, par la raison qu’une partie de celui-ci se convertit en acide lactique. Nous reviendrons plus loin sur ce procédé qui fournit de bons résultats, à la condition de se mettre à l’abri de plusieurs causes d’erreur.
Lorsque la liqueur de Trommer, modifiée par M. Fehling, n’est pas réduite par l’urine , on peut en conclure avec certitude quelle ne contient pas de sucre ; mais la réduction de la liqueur cupro-potassique n’est pas une preuve certaine de la présence du sucre, puisque divers corps, et notamment l’acide urique, ramènent le bio.xyde de cuivre à l’état de protoxyde.
iM. Blot, qui a signalé récemment la présence du sucre dans l’urine des femmes en lactation, paraît avoir négligé quelques-unes des précautions qu’il est indispensable de prendre dans ce genre de recherches, puisque M. Lecomte
SACCH41UMÉTR1E
a démontré depuis que cette substance n’existe pas, dans ce cas, dans les urines.
Le sucre de diabète déviant vers la droite le plan de polarisation, M. Biot d’abord et, après lui, M. Clerget, ont appliqué cette propriété optique au dosage de cette matière dans les urines. Pour cela, on les clarifie par l’acétate de plomb tribasique ou j)ar le noir animal, et l’on procède à l’observation comme précédemment dans un tube de 20 centimètres.
Le pouvoir du sucre de diabètes est à celui du sucre cristallisable comme 73 est à 100. Suivant M. Clerget, une notation de 100 divisions sur l’échelle du saccharimètre de M. Soleil correspond à 225”', 63 de sucre par litre d’urine.
ARTICLE V. — Sucre de l’économie animale.
Les recherches faites depuis quelques années ont démontré que les organes de l’économie animale, comme ceux des végétaux, contiennent normalement du sucre. Suivant M. Bernard , le foie est chargé particulièrement de la production de ce principe, qui se forme alors aux dépens des matières azotées. L’organisme, à défaut de substances amylacées ou sucrées, décompose les principes albuminoïdes et les transforme eu sucre , et probablement en urée et eu d’autres produits qui sont brûlés.
Pour reconnaître le sucre contenu dans le foie, on en prend un morceau, on le broie dans un mortier, on le fait bouillir avec de l’eau, puis on jette le tout sur un filtre. Le liquide jaunâtre, opalin, qui traverse le filtre, est décoloré par le noir animal et filtré une seconde fois. On constate aisément dans cette liqueur la présence du sucre à l’aide de la solution cupro-potassique , de la polarisation et de la fermentation.
Lorsqu’on veut doser le sucre du foie, on pèse 20 grammes
SUCRE DE l’Économie animale.
de cet organe frais, que l’on broie dans un mortier avec de l’eau et que l’on fait bouillir ensuite. On filtre, on lave avec beaucoup de soin et l’on reçoit les liqueurs dans une éprouvette graduée, de la capacité de 200 centimètres cubes, que l’on remplit jusqu’au zéro. La proportion de sucre est reconnue ensuite au moyen de la liqueur de Lehling, ou de la polarisation.
Supposons qu’il ait fallu 45 centimètres cubes de décoction de foie pour décolorer 20 centimètres cubes de liqueur deFehling, qui correspondent à 0®' ,096 de sucre. On trouvera le poids du sucre contenu dans les 200 centimètres cubes de dissolution sucrée par la proportion suivante :