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CHAPITRE II

DES BËA€TIFS

§ 19. Des phénomènes très-divers se produisent, comme on le sait, quand des corps se décomposent ou se combinent entre eux. Tantôt un liquide change de couleur, tantôt il se fait un précipité, parfois une effervescence ou une détonation, etc. Si ces phénomènes sont bien caractérisés et s'ils n'acrompagnent que Taction mutuelle de deux corps déterminés, il est clair qu'ils pourront caractériser, par l'action de Tundes corps, la présence de Tautre. Si l'on sait, par ej^empie, que le contact de la baryte et de l'acide sulfurique produit un précipité blanc, ayant des propriétés bien déterminées, on comprend que si, en ajoutant de la baryte à un liquide, il se produit un précipité ayant tous les caractères du premier, la conséquence qu'on est en droit d'en tirer, c'est que ce liquide renferme de l'acide sulfurique.

On appelle réactifs ces corps qui, par des phénomènes particuliers faciles à saisir, décèlent la présence d'autres corps en agissant chimiquement sur eux.

Suivant le résultat qu'on obtient par l'emploi des réactifs, on distingue les réactifs généraux et les réactifs spéciaux. Les premiers servent à reconnaître la classe ou le groupe auquel appartient le corps que l'on, cherche; les seconds font connaître la nature même de la substance, son espèce particulière» Bien que cette division n'ait rien d'absolu, et qu'un seul et même corps puisse être tout aussi bien un réactif général qu'un réactif spécial, il est bon de la conserver, parce qu'elle oblige à se demander, chaque fois qu'on emploie un réactif, dans quel but on s'en sert, si c'est pour caractériser un groupe de corps ou un corps en particuher.

Les réactifs généraux doiven caractériser nettement les groupes, et souvent aussi permettre de séparer complètement les corps appartenant à un groupe de tous ceux qui font partie d'un autre ; les réactifs spé-

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ciaux doivent être caractéristiques et sensibles. Un réactif est caractéristique^ quand le changement qu'il produit au contact du corps qu'il doit déceler est tellement net qu'il n*y a pas d*erreur possible. Le fer est un réactif caractéristique pour le cuivre, le prolochlorure d'étain pour le mercure, parce que les phénomènes qui se produisent, savoir : la précipitation du cuivre métallique et celle de petits globules de mercure, ne laissent aucun doute. Uu réactif est sensible^ quand son effet est encore appréciable, alors même qu*il n'y a qu'une quantité excessivement minime de la substance que l'on cherche, par exemple, l'amidon pour l'iode.

Beaucoup de^réactifs sont à la fois caractéristiques et sensibles, par exemple, le chlorure d'or pour lejprotochlorure d'étain, le prussiate jaune de potasse pour le peroxyde de fer et l'oxyde de cuivre, etc.

Il est presque inutile de dire que, pour qu'on puisse avoir confiance dans les indications fournies par les réactifs, il faut que ceux-ci soient chimiquement purs, c'est-à-dire qu'ils ne renferment que les éléments qui doivent les constituer, sans aucune autre substance qui nous soit inconnue. 11 résulte de là qu'avant d'employer un réactif il faut toujours avoir soin de l'essayer, qu'on Tait préparé soi-même ou qu'on l'ait acheté. On comprend donc la nécessité d'essayer la pureté des réuctifs, et on conçoit aussi bien que l'on ne peut pas négliger cette précaution sans nuire aux résultats. Souvent, par exemple, on trouve de l'alumine, parce que la dissolution de potasse ou de soude employée en contenait; du fer, parce que l'on s'est servi de sel ammoniacal ferrugineux, etc. — Quant à cet ess:ii, il ne doit évidemment porter que sur les impuretés que le mode de préparation du réactif pourrait y introduire, et non pas sur toutes les matières étrangères qu'on pourrait imaginer.

On se trompe souvent sur la quantité convenable de réactif que Ton doit ajouter au corps à essayer, et c'est là une des causes d'erreur les plus fréquentes dans les analyses qualitatives. Lorsqu'on indique qu'il faut ajouter un excès, sursaturer, etc., celui qui débute croit, d'après cela, qu'il ne saurait ajouter trop de réactif et, pour n'en pas prendre trop peu, il versera tout un tube à essai plein d'acide, pour saturer quelques gouttes d'un liquide alcalin, ne faisant pas attention que chaque goutte d'acide ajoutée en phis, une fois la saturation opérée, change la nature du liquide, qui maintenant renfermera un excès d'acide. D'un autre côté, il faut éviter avec autant de soin d'employer trop peu de réactif, car une quantité insuffisante produit souvent des phénomènes tout différents de ceux que donne un excès. Le bichlorure de mercure, par exemple, est précipité en blanc par une petite quantité d'acide sulfhydrique et en noir par ua excès du même acide. On peut dire qu'en général les commençants augmentent ordinairement les diffi-

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cultes de leurs travaux et les rendent incertains, parce qu*ils emploient trop de réactifs. On comprend d'où vient cette incertitude, en se rappelant que les changements produits par les réactifs ne sont appréciables que dans certaines limites, que Ton atteint bientôt en étendant les dissolutions.

Il n*y a pas de règle particulière qu'on puisse indiquer pour éviter cette cause d'erreur ; on peut dire seulement d'une manière générale qu'on opérera d'une manière convenable, si, chaque fois qu'on emploie un réactif, on réfléchit au but qu'on se propose, au phénomène que l'on veut produira.

Suivant que les réactifs, pour produire leur effet, doivent être amenés à l'état liquide par l'action de la chaleur ou par celle d'un dissolvant, on les partage en réactifs par la voix sèche et réactifs par la voie humide. Nous partagerons ensuite ces deux groupes principaux de la manière suivante :

A. Réactifs pâr la voie humide.

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