Burettes à pinces
C'est à F, Mohr (*) que nous devons cet appareil de mesure si parfait; il est représenté dans la figure 14. 11 consiste, comme on voit, en un tube de verre cylindrique, effilé à 25 millimètres de la partie inférieure, mais présentant cependant tout à fait au bout un léger renflement, afin que le petit tube en caoutchouc, qui enveloppe cette extrémité, ne puisse pas glisser. Je n'emploie que deux grandeurs de ces burettes, l'une de 30 centimètres cubes partagée en j^j de centimètre cube, l'autre de 50 centimètres cubes donnant 1/5 de centimètre cube. Les premières servent surtout aux recherches purement scientifiques, les autres aux expériences techniques. La longueur totale des burettes de 30 centimètres cubes est de 50 centimètres, et la partie di-
(*) Voyez Traité d^analyses par les liqueurs titrées de F. Mohr, traduit par C, Forthomme ."ans, r. oavy, lo7â. *
g 31] HESl'AE DES LIQUIDES. 31
l'tsée a 43 cenlimètres. Le diamètre intérieur du tube est donc d'environ 10 millimètres i je Tais élargir la partie supérieure en forme d'entonnoir (20 millimètres) pour pouvoir facilement remplir la burette. L'ouverture inférieure a 5 millimétrés. Pour les analyses tout à fait délicates on peut
donner 50 à fi2 centimètres à la portion graduée, de sorte que les divisions seront distantes d'environ 2 millimètres. Pour les burettes de 50 cenlimètres cubes, la longueur de la partie graduée est ordinairement de 40 centimètres. Après avoir légèrement cliaulte et frotté avec du suif la partie inférieure du tube, on l'introduit dans un petit lube en caoutchouc de 30 millimétrés
Zî ClIAPITItE I. — DES OPERATIONS. [g 21
de long et 3 itiilliniélres de diamèlre intérieur : dans l'ouverture inférieure de celui-ci, on fait entrer un tube de verre à paroi un peu épaisse, de 40 millimèlresde long et^tiré en pointe fine. On peut renller légèremeut l'exlrémité de ce tube qui tient dans le caoutchouc et la graisser un peu, et entlii, pour que tout soit bien hermétiquement fermé, serrer le tube en caoutchouc aux deux bouts contre les tubes de verre avec un peu de fil forl. Entre la partie inférieure de la burette et l'exlrémité supérieure du petit tube à écoulement, le tube en caoutchouc sera libre sur une longueur d'environ 15 millimètres. C'est celle parlie qu'on introduit entre les deui branches de la pince destinée à serrer fortement le tube en caoutchouc el à le fermer herméliquement.
Cette pince est en fil de
laiton êcroui. Mohr lui avait
d'abord donné la forme de la
figure 15.
Elle doit serrer assez for-
Fig. 15. tement le caoutchouc pour
qu'il ne puisse s'échapper la
moindre goutte de liquide, el avoir une élasticité telle, qu'en la serrant
plus ou moins fortement entre les doigts on puisse obtenir un écoulement
continu ou seulement un écoulement goutte à goutte.
Depuis, IfoAr a imaginé un autre genre de pinces faites en verre (ou en cornej et en caoutchouc, el que je recommande tout particulièrement, d'autant mieux que chacun peut soimême les fabriquer. Les ligures 16 et 17 représentent cette disposition si simple.
Voici comment Mohr en donne la description.
0 On courbe ianglelrês-oblusdeui morceaux de tube plat à thermomètre de SO à 90 millimètres de longueur, on applique deui branches parallèlement l'une contre l'autre, en plaçant entre elles près du sommet des an-
gles un mince morceau de liège de 1 1/2 à 2 millimèlres d'épaisseur, el on inlroduilcesdeui branches dans un anneau d'un tube en caoutchouc un peu large. Après avoir introduit entre ces deux branches le tube en caoutchouc
§ »] HESURE DES UQVIDBS. 33
de la burette, on rapproche les deux bouts de la pince et on les serre à l'aide d'un second anneau en caoutchouc. La pression de ces deux anneaui comprime complélement la partie élastique de la burette. L~n appuyant sur les deux twuls des tubes de verre, qui sont nalureltement écartés, pour les rapprocher lun de l'autre, on fait ouïrir la partie opposée de la pince, ce qui tend les bandes élastiques et l'écoulement a lieu. En cessant la compression des doigts, les anneaux de caoutchouc rererment le tube. «
Pour fixer les burettes, je me sers du support dessiné dans la figure ii. Il est solide, permet d'élever ou d'abaisser facilement la burette et de l'enlever sans qu'il soit nécessaire de démonter la pince. 11 faut seulement avoir soinque l'échancrure garnie de liège et destinée à embrasser le tube de «erre soit bien perpendiculaire à la planchette formant le pied, aQa que la burette en place soit dans une position verticale.
Sainlenant je fais faire le bras horizontal mobile autour d'un axe vertical, passant dans la colonne qui porte le tout : on peut ainsi amener devant soi tantôt un lube, tantôt l'autre, tne vis dépression, qui n'est pas représealée dans le dessin, permet s'il le faut de rendre le mouvement de rotation impossible. La flgure 18 représente un support analogue dont la pince est en lai-
Pour remplir une première fois la burette, on plonge la pointe inférieure dans leliquide, on ouvre la pince, et en aspirant par la partie supérieure on fait monter un peu de liquide, de façon qu'il arrive au moins dans la partie lai^ du tube. On ferme ensuite la pince et l'on remplit la burette par le haut, un peu audessus du trait supérieur. ÉUint 7,'g. ig. assuré que la burette est verticale, on laisse couler avec précaution le liquide pour faire aflleurer le niveau au trait supérieur. L'instrument est prêt pour l'usage. Quand on a laissé couler la quantité de liquide voulue pour le but qu'on se propose, on attend quelques instants pour que le liquide qui mouille les parois soit descendu, et on fait ù lecture. Celte dernière recommandation ne doit pas être négligée, si l'on
3f CHAPITRE I. — DBS OPERATIONS. \% 21
lient à ce que les mesures soient parfaitement exactes ; autrement une expérience faiti.' avec lenteur (en dunnaiU au liquide le temps de se rassembler) ne serait pas d'accord avec celle où l'on aurait laissé couler rapidement la plus grande partie du liquide el les dernières gouttes seulement avec lenteur,
La manière de faire la leHure est d'une grande impoi-tance. Il Taul avoir soin d'abord que l'a'il et le bord supérieur du liquide soient bien dans un même plan : il Tant par conséquent savoir ce qu'on entendra par bord supérieur du li-
Si l'on placeune burette en partie -j- remplie d'eau entre l*œil el un mur
bien éclairé, la surface offre l'as- '^' '"' ' peet représentédansia ligurelS ; si
derriéreletube et tout contre sa paroi on applique une feuille de papier blanc bien éclairée aussi, on verra ce qui est dessiné dans la figure 21). Dans un cas comme dans l'autre on fera la lecture au-dessous du bordinférieur de la zone noire, car on la distingue très-neilemenl. On peut la voir encore mieux en se servant du moyen très-simple imaginé par Hokr. Sur un carré de mince carton blanc on colle une bande de papier noir ayant la moitié de la largeur du carré ; pour faire la lecture, on place cette carie derrière le tube, la partie noire en bas, de façon que h ligne de séparation des deux parties blanche et noire soit à 2 ou 3 millimèlres au-dassous du bord intérieur de la zone, comme 'elle est représentée dans la tigure SI, et on lit la divipj^, qj sion qui coïncide avec le
bord inférieur de la zone noire. — Il faut seulement avoir soin de tenir toujours le papier de la même fai.'on, car si on l'abaisse le bord de la zone noii-e se relève un peu. Quant à moi je n'emploie pas ce procédé, je préfère éclairer la burette de façon que le sommet de la colonne offre l'aspect de la figure 19.
g i2] MESURE DES LIQUIDES. 35
Pour éviter toute incertitude dans la lecture, on peut se servir du lîotteur d'Erdmann. La figure 22 représente une burette munie de ce flotteur. Ou lit toujours la division de la burette qui coïncide avec le cercle tracé sur le lîotteur. Celui-ci doit être proportionné à la largeur de la burette de lelle sorte que lorsqu'il est dans le tube rempli, il descende régulièrement quand on fait couler le liquide et que, la burette étant fermée, si on l'enfonce dans le liquide, il remonte lenlement. Le poids du flotteur doit être réglé avec du mercure, de façon que, placé dans le tube plein, le niveau du liquide soit régulièrement réparti autour de son bord supérieur. Enfin son axe doit, autant que possible, coïncider avec celui du tube pour que les divisions de la burette soient parallèles au cerele tracé sur le flotteur.
Rien de plus facile que de vérifler les burettes. Dans un ballon bien exactement pesé, on laisse couler 10 centimètres cubes d'eau à 17'>,5, puis on en prend le poids: on reprend 10 nouveaux centimètres cubes, et ainsi de suite. Avec une bonne burette, 11) centimètres cubes d'eau à 17" ,5 doivent peser 10 gram. On ne tiendra pas compte des écarts ne dépassant pas 0,010 gr., car on trouve des diffèrenceÈ allant jusque-là, en mesurante plusieurs reprises les 10 centimètres cubes supérieurs de la même burette, même en prenant toutes les précautions possibles pour faire la lecture. Si l'on fait usage duflotteur, les pesées s'accordent bien mieux; les différences pour 10 centimètres ne dépassent pas 0,002 gram. Fig. ïî.
La burette à pince est sans contredit la meilleure et la plus commode et on devra l'employer avec tous les liquides qui sont sans action sur le caoutchouc. Parmi les dissolutions jusqu'à présent en usage dans les analyses par les liqueurs titrées, il n'y a que le permanganate de potasse qu'on ne puisse pas mettre en contact avec le caoutcliouc. Sefieibler a donné une bonne desci'iplion des moyens à employer pour graduer les burettes à pince (').
§««■ 1[. Burette de Gag-Lus»oc.
La figure 23' la représente sous la l'orme qui me parait préférable. J'ai d'ordinaire deux sortes de cette burette, une de 50 centimètres cubes, donnant le demi-centimètre cube et une de 30 centimètres cubes divisés en dixièmes. La longueur de la première est d'environ 55 centimètres, la partie divisée a 25 centimètres. Le diamètre intérieur du tube large est de i 5 millimétrés, celui du tube étroit de 4 millimètres et diminue jusqu'à 2 millimétrés à la
(■) JouTH. f. praeki. Ckem,, t. LXXVl. p. l??.
3Ô CHAPITRE 1. — DES OPÉRATIONS. [g 22
partie 'supérieure. La burette de 50 centimèlres cubes donnant les diiiêmes est divisée sur une longueur de 28 centimèlres et a un dianièire intérieur d'environ H millimètres.
Pour m'fln servir, je tiens la burette dans la main gauche, en appuyant légèrement le fond sur la poitrine. On peut de celte façon régler facilement l'écoulement goutte à goutte, surtout quand on donne à l'instrument un léger mouvement de rotation autour de son axe longitudinal, de façon que la partie terminée par l'orifice d'écoulement soit tantôt un peu plus verticale, tantôt un peu plus horizontale.
Pendant une expérience, j'ai l'habitude de ne jamais laisser redescendre le liquide dans le tube étroit, car autrement on aura beaucoup de mal a
le faire de nouveau couler goutte à
goutte, a cause de l'air qui se trouve
emprisonné entre le liquide et la
goutte qui reste toujours à l'orilice
d'écoulement.
Pour soutenir les burettes, je me
sers d'un disque massif en bois, de
10 à 13 centimètres de diamètre,
de 5 à 6 centimètres de hauteur, ; dans lequel sont creusées des cavités
desti nées à recevoir to ut si mple ment
les parties inférieures des tubes.
Cela me parait plus commode que de
mastiquer chaque burette dans un
pied en bois.
Pour diminuer la difficulté qu'il
y a à faire de nouveau couler le liquide goutte à goutte, lorsqu'il y a
de [l'air dans le petit tube et une '
goutte à sou extrémité, on peut,
comme le recommande Mohr. fermer le tube large avec un bouchon
traversé par un tube de verre court
et recourbé à angle droit. On y
adapte un bout de tube en caout-
chouc, eten soufllanlplusou moins »ig- »■ fortement dans ce tube on peut, en '^'
inclinant légèrement la burelle, régler l'écoulement à volonté. On comprend que, au lieu de souffler avec la bouche, on pourra se servir d'un petit ballon en caoutchouc, qui sera percé d'un trou pour laisser rentrer l'air quand on cessera la compression. Pendant qu'on pressera la boule élastique, on fermera le trou avec le doigt {Hervé-Mangonj (').
(') Rép âc r.him. app., t. LITIU.