GOUDRONS
Les goudrons sont des liquides plus ou moins colorés, généralement noirs, visqueux ou huileux, à odeur forte et aromatique, provenant de la distillation de divers combustibles. Leur composition est fort complexe et dépend non seulement de celle du combustible distillé, mais encore de la facon dont cette distillation a été conduite (rapidité, température). Ce sont des mélanges de divers carbures produits par la distillation sèche des matières organiques et l’action prolongée de la température rouge sur les gaz ainsi obtenus.
ESSAIS
Le goudron est essayé par distillation fractionnée ; il est bon d'opérer sur 200 grammes au moins (et, s’il est possible, sur plusieurs kilogrammes), dans une cornue suffisamment grande.
La présence d’eaux ammoniacales constitue une difficulté, à cause des soubresauts qu'elles peuvent occasionner dans la distillation. On évite ce danger en laissant reposer pendant plusieurs jours le goudron dans un vase ou une grande éprouvette à pied, où l’on peut mesurer les volumes. Il faut depuis trois jusqu'à dix et quinze jours de repos, suivant la nature des goudrons. L'eau se rassemble au fond et peut être mesurée ; on distille seulement la partie sarnageante. On obtient successivement :
1° Une petite quantité d’eau;
2° Des huiles de goudron, dont une petite partie entraînée avec l’eau;
3° De la paraffine brute, qu'on recueille, jusqu'à ce qu'il se produise des vapeurs épaisses d’un brun jaunâtre, annonçant un commencement de décomposition (les huiles et la paraffine brute doivent constituer, à peu près par moitié, Les 95 centièmes du poids du goudron);
4° Un produit visqueuxr, qui rentre dans la distillation avec le goudron dans les usines;
9° Du coke, dont la proportion ne doit jamais s'élever audessus de 40/0.
La perte à la distillation est considérée comme formée par les gaz.
La distillation se fait quelquefois sur 7 ou 8 litres dans une cornue de fonte de 15 litres de capacité.
On détermine, au cours de l'opération, le point de solidification des huiles; on y dose la créosote, en agilant avec une lessive de soude et mesurant le volume restant d’huiles surnageantes ; on détermine leur poids spécifique, en recueillant les huiles en trois parties et vérifiant à l’aréomètre :
Huiles légères jusqu'à d — 0,850;
Huile verte (green oil), jusqu’à solidification du produit distillé ;
Paraffine brute ;
Les huiles légères elles-mêmes sont rectifiées et donnent trois parties : benzine ou photogène : d — 0,760 à 0,800; Huile solaire : d — 0,810 à 0,830; Huile jaune : d —0,840 à 0,860;
La paraffine doit être blanche, transparente, cristalline, inodore, être sèche au toucher et rendre un son clair au choc.
La valeur commerciale est plus grande à mesure que le point de fusion est plus élevé, et c’est spécialement ce caractère que l’on cherche à vérilier.
Les huiles lourdes sont employées comme matières lubrifiantes et comme huiles à gaz; le résidu charbonneux des cornues est utilisé comme combustible.
OZOCÉRITE
L'ozsocérite ou cire minérale (Erdwachs), appelée aussi paraffine naturelle, qu'on exploite en Galicie (notamment auprès de Boryslaw), en Moldavie, et que l'on connaît aussi dans le Caucase, se trouve dans des fentes du sol, dont l'épaisseur peut aller de quelques pouces jusqu’à 1 mètre (rarement), à un niveau supérieur aux gites de pétrole, accompagnée de soufre et de gypse. On peut la supposer produite par une sorte d'oxydation et de condensation du pétrole. Elle est amorphe, d’un brun verdàtre par réflexion, rouge par transparence ; elle se laisse couper aisément et même pétrir entre les doigts, quand elle a été légèrement chauffée. Elle fond entre 50 et 80° et se dissout entièrement dans la térébenthine et le pétrole. Blanchie par l'acide sulfurique fumant, la lessive de soude et le noir d'os ou de prussiate, elle fournit une cire blanche ou jaune, la cérésine, qui fond à peu près comme la cire d’abeilles ; on préfère celle dont le point de fusion est le plus élevé.
On essaie l’ozocérite en déterminant son point de fusion (les variétés les plus recherchées entrant en fusion entre 60 et 70°), sa pureté et son rendement.
Pour la détermination du point de fusion, on fait adhérer un fragment d’ozocérite O (fig: 45) à une baguette de verre pliée, que l’on plonge ensuite dans un gobelet de verre rempli d’eau à côté d’un
thermomètre. levant graduellement la température, on note l'indication thermomé-
KE
trique au moment où l'ozocérite se détache de la baguette
pour venir flotter à la surface de l’eau. Die
La proportion d’eau se fixe approximativement en chauffant jusqu'à 120° un fragment d'ozocérite d'environ 20 grammes, placé dans une petite cornue de verre que l’on met en relation avec un récipient taré bien refroidi. Une faible quantité d'huile distille souvent avec l’eau ; la quantité totale d'eau et d'huile ne doit pas dépasser 5 0/0.
Les matières terreuses sont recueillies sur filtre taré, après dissolution de l’ozocérite dans la benzine.
Le rendement de l’ozocérite est déterminé par distillation dans le vide ou par entrainement dans un courant de vapeur d'eau; il doit correspondre à environ 60 0/0 de paraffine et 39 0/0 d'huile.
CÉRÉSINE
La cérésine s’apprécie à sa couleur variant du jaune au blanc et son point de fusion (60 à 65°), que l’on constate dans un bain-marie à l’aide d’un thermomètre immergé à côté de l'essai, comme pour l'ozocérite (fig. 45). On reconnaît les falsifications, qui se font le plus souvent avec une résine peu
chère, telle que la résine de pin, en saponifiant celle-ci et, pour cela, pesant 2? grammes de matière, chauffant à l’ébullition dans 5 centimètres cubes de solution alcoolique de soude caustique à 25 0/0, puis avec 100 centimètres cubes d’eau jusqu’à expulsion de la plus grande quantité de l’alcool, attendant que la cérésine soit solidifiée, puis décantant et chauffant de nouveau avec de l'eau, etc., jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de savon alcalin dissous. On peut constater celuiei qualitativement en ajoutant de l'acide chlorhydrique qui précipite la résine. Le résidu est chauffé entre 100 et 110°, pour expulser l'eau, et pesé. La perte de poids de la cérésine correspond à la résine frauduleusement ajoutée.