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PULVÉRISATION

L'attaque par les dissolvants de la voie humide ou par 1es agents de la voie sèche doit être presque toujours précédée d’une opération mécanique destinée à réduire la matière en poudre fine ; il est quelquefois nécessaire de l'amener à l’état de poussière presque impalpable pour que l'attaque puisse être complète et ne soit pas trop lente.

Broyage. — Pour beaucoup de substances, notamment de celles qui sont employées par l'industrie et dont on veut obtenir la composition moyenne, il suffit d'un broyage grossier, qui sert en mème temps à obtenir une poudre à peu pres homogène.

Les morceaux à essayer sont d'abord concassés au moyen d'un marteau d'acier sur une enclume également en acier, que l'on à soin de tenir très propre. On mélange bien le sable ainsi obtenu et on en prend une partie, qu'on achève de réduire en poudre, soit sur le même appareil, soit avec un pion de fonte ou d'acier dans un mortier de fonte.

Si l’on à affaire à des corps peu durs, à des sels par exemple ou des argiles, on peut se servir de mortiers et de pilons en porcelaine.

Lorsque la substance est très dure et que l’on n’en à qu’une petite quantité, on cherche à éviter les pertes en enveloppant d'abord les morceaux dans plusieurs doubles de papier avant de les frapper sur l'enclume, puis on les réduit en poudre dans … le mortier en acier, dit mortier d'Abich, décrit antérieure ment (page 831). On n'arrive ainsi qu'à former une poudre gros- 14

sière, qu'il faut En d'écraser dans un mortier d'agate. Pour quelques minéraux très durs et difficiles à pulvériser, on rend l'opération moins pénible en les étonnant, c'est-à-dire en commençant par les chauffer jusqu'au rouge vif, puis en les jetant brusquement dans l’eau froide et, parfois, en les chauffant de nouveau. Leur résistance devient en général beaucoup moindre après cette opération. On y a recours pour quelques minéraux exceptionnellement durs et qui n’éprouvent aucune perte au feu (zircon, etc.).

Porphyrisation. — La poudre grossière obtenue par le premier brovage sur l'enclume ou dans le mortier d'acier doit ètre, en général, reprise par petites portions à la fois et amenée à un état d'extrême ténuité dans un mortier en agate, bien exempt de fentes et de trous; on se sert d'un pilon d'agate, qu'on emmanche quelquefois dans un morceau de bois ou de liège pour le tenir plus aisément dans la main. On opère ainsi ce qu'on appelle la porphyrisation, qui devra être poussée très loin pour les minéraux les plus résistants. Il faut arriver à ne plus sentir aucun grincement, en écrasant un peu de la matière entre le mortier et le plat de l’'ongle du pouce.

On s'assure aussi du degré de finesse de la matière en la jetant sur un tamis de soie ou sur un morceau de toile fine, à demi tendue sur un verre ou une boîte, et donnant de petits chocs pour faire passer la poudre au travers de la toile ; ce qui reste au-dessus doit être de nouveau porphyrisé avec une autre portion de la matière.

I faut, surtout si l’on a affaire à un mélange de minéraux, faire passer la totalité de la matière à travers le tamis ; car si l'on se bornait à prendre pour l'analyse les premières portions qui auraient traversé, elles contiendraient probablement une trop forte proportion du minéral le plus facile à réduire en poudre fine et une proportion moindre des autres, qui seraient plus durs ou plus élastiques.

Le broyage s'achève quelquefois avec de l’eau ajoutée de manière à former une bouillie. Dans ce cas, on remplace sou-

vent, pour aller plus vite, le mortier et le pilon par une plaque d’agate ou de silex et par une molette de même matière, qu'on promène sur la plaque jusqu'à ce qu'on n’entende plus aucun erincement. On recueille alors la matière dans une capsule, en lavant le mortier ou la plaque avec une fiole à jet; on évapore l'eau et on mélange bien, avec un pilon, toute la matière sèche pour y faire la prise d'essai.

Lévigation. — On peut aussi, dans certains cas, procéder par lévigation en jetant dans l’eau pure la matière broyée, agitant bien, puis laissant reposer pendant un temps variable, depuis une demi-minute Jusqu'à ? minutes environ, et décantant le liquide trouble, qu'on sépare ainsi du dépôt, formé de parties plus grossières. Il ne faudrait pas se contenter de prendre pour l'analyse la partie décantée ; car, ainsi que nous l'avons fait observer pour la porphyrisation, on aurait souvent ainsi une matière de composition plus ou moins différente de la matière primitive ; mais il faut reprendre le dépôt et le broyer de nouveau, pour faire une seconde lévigation, et ainsi Jusqu à ce que la totalité de la matière soit restée en suspension dans l’eau. On laisse alors reposer plusieurs heures, on décante l'eau devenue claire et on sèche la poudre fine, qui s’est déposée, pour y prendre Péchantillon à analyser.

Observons que la lévigation ne doit être employée que dans le cas de substances que l’on sait être bien réellement insolubles, même à l’état de poudre. Beaucoup de substances qui passent pour insolubles dans les conditions ordinaires sont au contraire sensiblement attaquées après porphvrisation ou pendant le broyage à l’eau. Pelouze à constaté que l’eau dissout rapidement, même à froid,2? ou 3 p. 100 d'un verre bien porphyrisé. (C. R., t. XLIIT, p. 117.) Daubrée a signalé également la disparition d'une portion fort appréciable d’alcal et aussi d'un peu de silice et d'alumine dans la trituration sous l’eau des roches feldspathiques. (Géologie expérimentale, p. 271.)

I y a là un fait assez général, et on doit souvent craindre une modification de la composition chimique de la matière à

analyser par l'effet du broyage et de la lévigation, qui fait disparaître les parties solubles. Aussi n’a-t-on que rarement recours à ce moyen et préfère-t-on le plus souvent prendre le temps et la peine nécessaires pour porphyriser et tamiser les matières à sec.

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