VASES
1° Vases destinés à la calcination.
À) Calcinations simples. — Les vases qui sont le plus souvent employés pour les calcinations proprement dites, sont les capsules etles creusets de platine ou de porcelaine.
Les capsules, presque toujours aplaties pour le platine (fig. 131), parfois à fond plat, mais souvent en forme de calotte
sphérique pour la porcelaine (fig. 132), dônnent à l'air un facile accès et ne conviennent, en conséquence, que si l’action de l’air n'est pas à craindre sur la matière à caleiner.
Les creusets, avant au contraire des bords élevés et des couvercles, protègent mieux la matière contre l’action oxydante de l'air, en même temps qu'ils empêchent mieux les pertes par projection. Ts sont à peu près seuls employés pour les fusions.
On emploie surtout les creusets de platine (fig. 134), avec couvercles de même métal; rarement on a recours aux creusets d'argent, que l’on ne doit jamais chauffer au delà du rouge. On renonce, en général, aujourd'hui, aux anciens couvercles à rebords, avec bouton rivé au centre. On préfère ceux en forme d’assiette légèrement concave, reposant simplement sur
le bord du creuset et se prolongeant d’un côté en une sorte de manche plat, qu'on saisit facilement avec la pince; on peut s’en servir dans certains cas en guise de capsules, par exemple pour brûler un petit filtre, dont les cendres doivent être ajoutées au précipité placé dans le creuset.
Les creusets de porcelaine (fig. 133) (1) ont des couvercles de
(1) Les figures 131 et 134 attribuent aux parois de la capsule et du creuset de platine une épaisseur exagérée; les bords devraient être figurés par des traits simples.
même matière avec bouton central. Lorsqu'on se sert de capsules ou de creusets de porcelaine, il est bon de s'assurer, en les soumettant une première fois vides au feu ou à la flamme, qu'ils ne se fendent pas; car il arrive assez souvent qu'il se produit, au feu, des projections de petits fragments de l'émail, qui peuvent devenir très nuisibles à l'analyse. Après l'avoir chauffé au rouge, on laisse refroidir le creuset dans un dessiccateur et on le porte sur la balance. On utilise ainsi cette opération d'essai pour prendre la tare du creuset dans des conditions semblables à celles où il se retrouvera après la calcination de la matière.
On emploie rarement, dans les analyses, les creusets en terre, parce que la surface intérieure en est trop inégale et pourrait retenir un peu de la matière à examiner, surtout lorsqu'elle est pulvérulente ou fusible. Quant aux creusets brasqués, on les réserve pour les calcinations réductives, dont nous aurons à parler plus loin.
Les cornues de terre ou de verre sont parfois employées pour éviter complètement l'accès de l'air; nous y reviendrons au sujet de la distillation. Lorsqu'il s’agit seulement de déterminer le poids et la nature de la matière, on se sert d’une cornue de verre aussi petite que possible; on pèse avant et après la calcination, puis, cassant la cornue, on en retire le produit obtenu pour l’examiner.
Le même résultat peut être obtenu dans bien des cas avec un creuset de porcelaine ou de platine qu'on introduit dans un creuset de terre plus grand (fig. 135) avec interposition de poudre de maonésie ou de dolomie. La matière à traiter ayant été placée dans le petit creuset, on referme celui-ci avec son couvercle; on couvre également le second et souvent, pour mieux se garantir contre la rentrée de l'air, qui pourrait oxyder la matière calcinée pendant
le refroidissement, on place entre les deux couvercles une couche de morceaux de charbon faciles à retirer avec la pince:
On dit alors que l'opération se fait en double creuset.
La porcelaine ne doit pas être employée pour la calcination des matières qui sont susceptibles de fondre ou de se ramollir au feu et d'exercer une action chimique sur le silicate aluminoalcalin qui constitue la couverte ou l'émail; les sels alcalins, les bases alcalino-terreuses et les oxydes métalliques en général sont à éviter, ainsi que les autres composés que la calcination pourrait amener à cet état.
Les vases de platine sont très commodes dans le plus grand nombre des cas; ils ne sont susceptibles ni d’éclater au feu, ni de s’écailler et de perdre de leur poids sous l'impression brusque de la chaleur; mais ils sont d’un prix élevé et peuvent être détériorés par un certain nombre d'actions chimiques, qu'il importe d'éviter avec soin.
Le platine est attaqué et peut être entièrement percé par un grain de métal fusible, notamment par le plomb, le bismuth, l’antimoine, l'étain, le zinc...; il est attaqué également par les alcalis caustiques, la potasse, la soude et la lithine ; il importe donc de ne chauffer dans un vase de platine, ni ces derniers oxydes, ni ceux des métaux précédents, lorsqu'ils peuvent être partiellement ramenés à l’état métallique par des matières organiques, du charbon, etc., ou par les gaz de la combustion, qui donnent très facilement lieu à des actions réductives.
Il faut craindre l'influence des sulfures, des séléniures, des arséniures et des phosphures, qui arrivent facilement à percer les vases de platine ou à les rendre cassants et à les mettre hors d'usage. On doit de même éviter le contact de toutes substances capables de donner naissance à ces composés, par exemple les sulfates, les arséniates et les phosphates en preésence de charbon ou de papier ou même simplement de gaz réducteurs.
On sait, depuis les expériences de Boussingault, que le platine tend à se combiner au silicium et à devenir, sous cette influence, aigre et fragile, lorsqu'il est en contact avec la silice ou avec un silicate soumis à l’action d’un feu réducteur.
Le contact des charbons en ignition, qui renferment toujours une certaine quantité de silice ou de silicates, est donc une cause d’altération des vases de platine; en conséquence, il ne faut jamais les placer sur un feu de charbon, ni les chauffer dans un creuset brasqué ou contenant des fragments de charbon; on évitera même de les entourer de sable siliceux ou de les placer à nu dans un creuset de terre, qui doit être chauffé fortement au milieu des charbons ; mais on évitera le contact des parois siliceuses en garnissant l'intervalle avec de la magnésie en poudre.
On a même remarqué que, dans la flamme réductive-du gaz, un creuset de platine se couvre d’une sorte de suie, dans laquelle on peut constater la présence du platine; cette expérience prouve donc qu'il y a eu attaque du métal et il convient d'éviter de chauffer le platine dans ces conditions, à moins de le protéger par un creuset de porcelaine. Dans la flamme oxydante il n'y a pas d’altération appréciable, si ce n'est après un très long temps d'usage.
Les vases de platine, creusets ou capsules, doivent être entretenus dans un parfait état de propreté, au dedans comme au dehors. Les matières qui y restent adhérentes à la suite d’une opération, peuvent souvent être enlevées par le contact de l’eau ou par celui de l’acide chlorhydrique ; d’autres fois on emploie un mélange d'acide sulfurique et d'acide azotique purs; mais il est à peine besoin de rappeler ici que le mélange de l'acide azotique avec l'acide chlorhydrique ou avec un chlorure et celui de l'acide chlorhydrique avec un nitrate ou un peroxyde constituent des dissolvants énergiques pour le plane ; le métal pourrait être attaqué, surtout à chaud, par des acides impurs.
Le nettoyage se fait souvent aussi en fondant dans le creuset du bisulfate de potassium ou du borax et inclinant le creuset, de manière que le sel fondu vienne baigner toutes les parois. Si les taches sont au dehors, on portera le creuset au rouge au bout d'une pince et on le roulera immédiatement dans le même sel pulvérisé ; il se formera à la surface une couche
qu'on fera fondre sur la flamme. Le sel adhérent est enlevé ensuite aisément en mettant le creuset dans l’eau bouillante. Pour conserver son poli au platine, il n’v a qu'à se conformer aux instructions données par Berzélius. On le frotte avec le doigt mouillé, en se servant de sable de mer, fin et siliceux, dont les grains arrondis ne risquent pas de rayer le métal, comme les grains du sable ordinaire. Le frottement avec le sable de mer humide fait disparaître en quelques minutes la pellicule erisätre ou les taches que produit la flamme de la lampe à gaz, sans faire perdre au creuset une partie appréciable de son poids (Erdmann).
B) Calcinations oxydantes. — Pour les calcinations oxydantes (grillage, incinération, ...) on se sert souvent des capsules et ! creusets de porcelaine ou des capsules KY et creusets de platine, pourvu que la matière ne soit pas de nature à altérer le métal, comme le seraient toutes les
substances arsenicales, antimoniales ou
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. ae plombeuses: mais on se sert souvent ris. ).
aussi, et particulièrement pour le grillage des sulfures, arséniures, etc., de vases en terre, larges et peu profonds (fig. 136), que l’on trouve dans le commerce sous le nom de téts à rôtir.
Ces tèts n'ont pas besoin d'être en argile réfractaire, car ils ne seront pas exposés à de hautes températures: mais ils doivent pouvoir supporter, sans se fondre, un chauffage et un refroidissement rapides, ce qu'on obtient en mélant du sable fin ou de l'argile cuite réduite en sable avec l'argile crue et faisant à l’aide d'un peu d'eau une pâte liante; on donne la forme soit à la main, soit avec un moule. On saupoudre la pâte avec de l'argile sèche en poudre très fine, on laisse sècher très lentement et on fait cuire.
Les têts à rôtir doivent être assez durs pour bien résister aux crochets de fer dont on se sert pour remuer la matière pendant le grillage: leur surface doit être assez lisse pour ne retenir aucune parcelle de cette matière. Certains vernis peu
fusibles, et en couche très mince, peuvent convenir pour rendre la surface plus lisse; mais il faut éviter les vernis fusibles, comme la litharge, auxquels s'attache la poudre à examiner, lorsqu'ils sont ramollis par le feu, et les vernis épais qui se fendillent et qui peuvent ou mêler des éclats à la matiere ou en retenir une petite partie dans leurs fissures.
Dans certains cas, le grillage ou l’incinération s'opérentsous l’action d'un courant d'air ou d'oxygène dans des tubes en verre Où en porcelaine, analogues à ceux qu'on emploie pour les réductions (page 556). 2 = La matière est alors placée dans une nacelle en platine ou en porcelaine (fig. 137), ou sur une feuille de platine ployée en forme de gouttière, que l’on a pesée à l'avance, d’abord vide, puis avec son contenu, et qui sera pesée de nouveau après l'opération.
Il faut que la surface de la nacelle soit bien lisse, qu'elle soit légere et qu'elle n’adhère pas au tube apres l’action de la chaleur; pour empêcher cette adhérence, qui pourrait compromettre le résultat de l'opération, on se sert quelquefois ou de sable quartzeux très fin ou de poudre de magnésie, sur laquelle on fait glisser la nacelle.
On trouve quelquefois avantage à se servir d'un tube en fer, dans lequel on introduit une nacelle de porcelaine. Cela convient particulièrement au cas du grillage par la vapeur d’eau, dans lequel on doit redouter la rupture des tubes de porcelaine par suite de condensation de vapeur et de contact accidentel de l’eau avec des parties très chaudes du tube.
Le tube en fer préserve de semblables accidents. La vapeur d’eau au rouge détermine d’ailleurs la formation d'une croûte d'oxyde de fer magnétique, qui tapisse la paroi interne du tube et le garantit d’une oxydation plus avancée.
C) Calcinations réductives. — Les calcinations réductives s'effectuent tantôt au moven du charbon, tantôt à l’aide de l'hydrogène.
Fig. 137.
Le charbon peut être employé en poudre et mélangé intimement avec l’'oxyde que l’on veut réduire; on opère alors
dans un creuset de porcelaine ou parfois dans un creuset de platine, lorsqu'on est assuré que la matière réduite ne fondra pas et sera sans aucune action sur le platine.
D'autres fois la réduction se fait dans des creusets en terre brasquée, comme ceux que nous verrons être très usités pour les fusions réductives (page 567). Lorsque la matière reste pulvérulente, le charbon n’agit pas par contact direct, mais par cémentation ou par l'intermédiaire de l'oxyde de carbone produit.
L'hydrogène agit par contact en donnant naissance à de la vapeur d'eau; le gaz doit se renouveler constamment, ce qui conduit à placer la matière dans des vases qui puissent être traversés par un Courant gazeux.
On se sert quelquefois des tubes à boules (fig. 138), et, plus
souvent, des tubes de verre ou de porcelaine, avec nacelles de platine ou de porcelaine (fig. 139), comme pour les calcinations oxydantes.
Les tubes à boules se préparent en soudantentre deux bouts de tube, souvent de diamètres différents, une ampoule sphérique ou cylindrique soufflée à l'avance dans un tube suffisamment épais, pour qu'avec le diamètre qu'on veut lui donner elle ne soit pas trop mince et trop fragile. La difficulté d'introduire et d'extraire les matières sans aucune perte est un obstacle sérieux à l'emploi de ces tubes.
Aussi préfére-t-on, en général, des tubes droits, de diamètre suffisant pour y introduire une nacelle.
Les tubes de verre doivent être aussi peu fusibles que possible; ceux en verre vert sont, à cet égard, ordinairement préférables à ceux en verre blanc. Ils ne peuvent guère avoir plus
de 1 centimètre de diamètre, parce que, plus larges, ils risqueraient de fondre avant que la matière qu'ils contiennent füt assez échauffée. On les enveloppe quelquefois de lut, plus souvent d’une feuille de cuivre recuit, très mince et roulée en spirale, qui les soutient et rend en même temps la chaleur plus uniforme ; on l’assujettit au moyen de fil de cuivre. Souvent on préfère laisser la partie supérieure découverte, afin de pouvoir surveiller la marche de l'opération; on fait alors reposer le tube sur un lit de sable fin ou d'amiante, dont on l'enveloppe en partie, dans un demi-cylindre de fer-blanc.
Les tubes de porcelaine ont de ? à 4 centimetres ou au plus o centimètres de diamètre intérieur; ils résistent à une température élevée, mais sont sujets à se casser par un échauffement brusque ou un refroidissement local; aussi les entoure-t-on presque toujours d’une couche protectrice de lut, surtout pour l'emploi dans les fourneaux à charbon.
On peut encore employer un éube en fer, protégé contre l'oxydation extérieure par un vernis au borax et dans lequel on introduit une ou plusieurs nacelles de porcelaine, où l’on a étalé la matière à réduire par l'hydrogène. Cet appareil a l'avantage de pouvoir servir un grand nombre de fois.
Un dispositif très commode est celui qui à été recommandé par Henri Rose et auquel on donne couramment le nom de creusets de Rose (fig. 140).
Ces creusets sont toujours de petites dimensions; on en trouve de deux ou trois grandeurs.
Ils sont fabriqués en porcelaine fine, le plus souvent sans aucun vernis, pour que les matières risquent moins de s’attacher aux parois intérieures. Cependant on en fait aussi en porcelaine vernie, plus facile à nettoyer lorsqu'il n'y à eu aucun ramollissement.
Le petit creuset est surtout caractérisé par son couvercle, qui, d'habitude, est en porcelaine, muni d’un rebord et percé
d’un trou en son milieu. On y engage le bout d’un tube en
porcelaine ou en terre de pipe coudé, portant, à 1 centimètre
environ de son extrémité, un petit bourrelet qui se pose sur le couvercle et empêche le tube de pénétrer de plus de 1 centimètre dans le creuset, où l’on à placé la poudre à réduire; il faut craindre en effet que le courant gazeux enlève la moindre quantité de poussière. — Le couvercle de porcelaine se casse facilement par la chaleur, lorsque le gaz s’enflamme à son contact; il est commode de le remplacer par une rondelle de platine percée en son céntre pour recevoir l'extrémité du tube de porcelaine.
D) Calcinations sulfurantes ou chlorurantes. — Les appareils qui conviennent pour la réduction des oxydes, peuvent également s'emplover pour d’autres transformations, notamment la sulfuration et la chloruration.
La sulfuration s'opère soit dans des creusets de porcelame ou des creusets brasqués, soit dans des nacelles soumises, dans des tubes de verre ou de porcelaine, à l’action du gaz hydrocène ou de l'hydrogène sulfuré, combinée ou non à celle du soufre que l’on mêle à la matière traitée. L'emploi des vases ou des tubes en métal, fer ou platine, doit naturellement être excel:
La chloruration par voie sèche se fait, suivant les cas, au moyen du chlore ou de l'acide chlorhydrique gazeux. L'emploi du chlore ne permet de faire usage que des tubes et des nacelles en verre ou en porcelaine. La même matière peut aussi convenir pour le gaz acide chlorhydrique; mais, avec ce réactif, on peut aussi, comme l'a conseillé H. Sainte-Claire Deville, se servir d’un tube et d’une nacelle en platine.
2° Vases destinés à la distillation.
La distillation sèche, c’est-à-dire appliquée aux matières solides, se fait au moyen de cornues ou de tubes lorsqu'il s'agit de petites quantités.
Les cornues (fig. 141) sont en verre ou en argile; on se sert
aussi de cornues de métal (fig. 142), formées de deux pièces qui peuvent se réunir ou se disjoindre.
Les cornues de verre sont les plus commodes, lorsqu'elles n'ont pas besoin d’être chauffées très fortement, parce que, sans être trop fragiles, elles sont tout à fait imperméables aux gaz; elles ont une panse tantôt hémisphérique, tantôt allongée etun col plus ou moins long ou large, suivant la nature des matières à distiller. Pour pouvoir les employer, même aux températures où elles se ramollissent et risqueraient de se déformer et de fondre, on les enduit d'un lut résistant, fait
Fig. 141.
avec de l'argile assez réfractaire, mêlée de sable fin ou de brique pilée, que l’on triture bien avec de l'eau et dans laquelle on incorpore un peu de filasse ou de foin coupé en petits morceaux (de 1% au plus); ces substances fibreuses, pourvu qu'on les emploie en petite quantité, diminuent beaucoup l'importance des gercures produites par le retrait. On applique souvent une seconde couche de lut, afin de bien boucher toutes les gercures produites sur la première pendant la dessiccation. On fait sécher lentement et completement avant de soumettre à l’action du feu.
Après cette préparation, les cornues de verre peuvent supporter une assez haute température; le lut, quoique fendillé, maintient la forme des fragments et le verre continue à les réunir entre eux, tant qu'il n’est pas par trop ramolli. On peut encore faciliter la conservation de la cornue sous l’action du feu, en la plaçant dans un creuset contenant du sable fin, au lieu de la faire reposer simplement sur un fromage, comme on le fait le plus souvent.
Les cornues lutées sont ordinairement chauffées dans un fourneau à réverbère et entourées de charbons incandescents. Les cornues de verre qui n’ont pas été lutées ne pourraient pas être traitées de cette façon sans être cassées ou fondues; aussi est-il quelquefois avantageux, pour échauffer le dôme, de disposer au-dessus une grille, où l’on mettra des charbons allumés.
Les cornues d'argile ou de terre sont faites, comme les creusets, avec des argiles pures et réfractaires, mêlées de ciment; mais il faut qu'elles soient imperméables aux gaz. On leur donne cette qualité, soit en employant une pâte très serrée et cuisant fortement, de manière à obtenir une matière dure, à cassure un peu lustrée et présentant un premier degré de vitrification, que les potiers appellent grès, soit en recouvrant les cornues poreuses d’un vernis vitreux, appliqué au dedans ou au dehors.
On forme ce vernis avec un mélange d'argile ou de poudre de verre et d’un peu de borax humecté d'eau pour enduire l'extérieur de la cornue; à l'intérieur, mais exclusivement pour des distillations sèches, on pourrait employer une dissolution concentrée de silicate de sodium ou de borax et lui faire lécher toute la surface interne.
Dans les deux cas, il faut chauffer une première fois la cornue jusqu’à fusion de vernis, avant de l'employer à l’opération qui doit donner lieu à un dégagement de gaz, pour n'être pas exposé à en perdre par la perméabilité des parois.
Les cornues de porcelaine, après avoir été simplement dégourdies par une première cuisson, sont imprégnées, au dedans et au dehors, d'une pâte claire de barbotine faite avec de l’eau et du feldspath en poudre très fine, puis séchées et soumises à un feu plus vif, sous l'influence duquel le feldspath forme un vernis vitreux insoluble et complètement imperméable. Elles sont, ainsi que les cornues cuites en grès, faciles à fèler par un jet de flamme, un courant d'air ou le contact d’un corps froid ; pour les rendre moins fragiles, on les enveloppe souvent d'une mince couche de lut argileux.
Les cornues de métal sont surtout faites en fonte et composées de deux pièces exactement emboîtées, dont la jointure est garnie, à chaque opération, d'argile ou de plâtre ; l’assemblage est souvent consolidé par des boulons. On emploie quelquefois le cuivre et quelquefois le plomb, mais celui-ci seulement pour des distillations à basse température. Le platine n'est usité que pour des distillations humides; il a d’ailleurs le défaut d’être très perméable aux gaz, ce qui, avec la cherté, contribue à empêcher de l’employer pour les distillations sèches. À
Pour certaines distillations où 1l importe d'éviter completement la présence de l'air, on opère =
dans un courant de gaz réducteur ou inerte (hydrogène, anhvdride carbonique, azote..). On peutalors se servir de cornues à deux tubulures (fig. 143), l’une servant à l’arrivée du courant vazeux, l'autre à sa sortie et à celle des produits de la distillation, qui sont entraînés par le gaz.
Dans le même but, on se sert aussi de tubes en verre ou en porcelaine, que l’on fait également traverser par le courant oazeux, en chauffant plus où moins, soit l’ampoule de verre, soit la capsule placée dans le tube et contenant la matière à dstiller.
3° Vases destinés à la fusion.
Creusets de métal. — Les creusets de platine sont préférées pour la fusion des sels alcalins et des mélanges renfermant des composés alcalins, terreux et même métalliques, lorsque ces composés ne sont pas de nature à détériorer le platine. Is sont fort usités pour les fusions avec les carbonates alcalins, avec les bisulfates alcalins, les carbonates de calcium, de baryum, etc., avec les fluorures, les borates et les silicates les plus divers. Nous avons déjà vu qu'il importait d'éviter les alcalis caustiques, les sulfures, phosphures, arséniures, les métaux eux-mêmes et les oxydes, tels que la litharge, qui
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pourraient, par suite de réduction accidentelle, donner naissance à des grains métalliques.
On a recours aux creusets d'argent pour un petit nombre de fusions, notamment celles qui doivent être faites avec les alcalis caustiques, parce qu'ils sont à peine attaqués par ces réactifs, qui perceraient au contraire le platine, la porcelaine et les creusets d'argile. Mais il faut avoir soin de ne dépasser en aucun point le rouge, pour que le creuset d’ D ae ne soit pas endommagé.
On arrivera sans doute à faire des creusets résistant mieux
au feu en même temps qu'aux alcalis en fusion, en se servant
d'un métal peu fusible et peu altérable, comme le nickel, revêtu intérieurement d’une couche d'argent.
Depuis peu, on emploie des creusets en nickel, notamment pour les fusions avec des réactifs alcalins et oxydants, tels que le nitre ou le peroxyde de sodium.
Les creusets en fer pourraient aussi servir à la fusion des alcalis, mais risqueraient de les souiller; on les utilise de préférence pour la fusion des matières plombeuses, qui ne peut avoir lieu ni dans le platine ou l'argent, à cause du métal produit, ni dans les creusets en argile ou en porcelaine, si l’on veut éviter la dissolution par la litharge d’une partie des silicates qui forment le vase ou sa couverte. Le fer résiste bien au contact du plomb en fusion; il sert en même temps de réducteur actif sur le sulfure de plomb. Le fer est employé rarement sous forme d'une feuille de tôle, mais ordinairement sous celle d'un creuset en fer forgé et taraudé. On ne pourrait se servir de la fonte, qui serait beaucoup moins chère, que si la fusion n’exigeait pas une température élevée. Les creusets en fer forgé ont l'avantage de durer fort longtemps, moyennant quelques décapages au ciseau.
Creusets de porcelaine. — Les creusets de porcelaine ne peuvent guère être employés dans les mêmes circonstances, parce qu'ils seraient presque toujours attaqués par les substances en fusion ; ils servent au contraire pour la liquation des métaux
et des composés métalliques, tels que les sulfures, les arséniures, etc., qui endommageraient le platine.
Creusets d'argile. — Les creusets d'argile, que l’on désigne souvent par les noms de creusets de terre ou creusets de grès, ont une composition chimique peu différente de celle des creusets en porcelaine ; mais leurs parois ont une bien plus grande épaisseur et, en même temps, sont beaucoup plus perméables. Is sont munis de couvereles faits avec la même terre, de forme correspondante et dépassant leurs bords de quelques millimètres. Le bouton central du couverele qui sert à le saisir avec la pince est percé d’un trou, que l’on pratique avec un fil de fer avant de sécher et de faire cuire.
Pour la fabrication des creusets, on se sert d’argiles très pures, c'est-à-dire de silicates d'aluminium hydratés, presque entièrement exempts de composés alcalins, calcaires ou ferrugineux, qui leur feraient perdre la propriété d’être réfractaires au feu.
De bons creusets (1) doivent non seulement être assez infusibles pour ne pas risquer de se ramollir et de s’affaisser dans les fourneaux d'essai, mais aussi être capables de supporter des changements de température assez brusques sans se casser. On leur donne cette qualité en incorporant à la pâte argileuse différentes substances infusibles, appellées ciments, de nature à prendre peu de retrait par la chaleur; on emploie dans ce but du sable quartzeux, du quartz broyé, de l'argile calcinée ou encore des morceaux de creusets ou de briques réfractaires réduits en poudre grossière. Le mélange intime avec ces matières, obtenu par le pétrissage, diminue le retrait des argiles au feu et rend les creusets beaucoup moins cassants par l’action de la chaleur et du froid; mais 1l diminue en même temps la ténacité des pâtes et la solidité des creusets. en même temps qu'il augmente leur perméabilité aux liquides et aux gaz.
(1) Voir sur la fabrication et les qualités des creusets l'excellent chapitre du Traité des essais par la voie sèche, de Berthier, t. I, p. 66-106.
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