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SÉRIE MÉTHODIQUE

L'examen d'une substance minérale à l’aide des instruments, supports et réactifs dont nous venons de parler, comporte une série a'opérations variées, par lesquelles on peut, en général, arriver à en découvrir les éléments dominants. Quant à ceux qui s'y trouvent en faible quantité, le plus souvent il est difficile de les mettre en évidence, à cause de la présence des éléments plus abondants; cependant quelques-uns présentent des réactions assez nettes et assez sensibles pour qu'il soit encore possible de reconnaitre leur présence.

Nous allons passer en revue les différentes opérations que l'on peut effectuer utilement et les phénomènes caractéristiques qui peuvent se produire dans chacune d'elles.

Les opérations s'effectuent, les unes sans le secours de

réactifs proprement dits, mais avec intervention de la chaleur seule, ou avec le concours de l'air, de la flamme oxydante ou réductive et du charbon; les autres avec l’aide des fondants, des réactifs de voie sèche, quelquefois même avec intervention des réactifs de voie humide, lorsque les réactions précédentes n'ont pas donné de résultats assez nets.

Les opérations sans réactifs sont les suivantes :

1° Essai au tube fermé ;

2° Essai au tube ouvert;

3° Essai sur le charbon avec F. 0. ou F.R.;

4° Essai sur la pince ou à l'extrémité du fil de platine.

Les principales opérations avec réactifs fondants sont, après grillage sur le charbon, s'il y a lieu :

5% Fusion avec le borax avec F. O. ou E: R.;

6° Fusion avec le sel de phosphore avec F. O. ou F. R.;

7° Fusion avec la soude avec F, O. ou F. R.:

Cette dernière opération peut être complétée par l'action oxydante du nitre, l’action réductive de l’oxalate ou du cyanure de potassium, quelquefois même l’action sulfurante de l'hyposulfite de sodium.

8° Examen avec la solution de cobalt.

Avant d'entreprendre l'essai chimique de la matière à examiner, il ne faut pas négliger d'en observer de près les propriétés physiques, qui souvent donneront de précieux renseignements : la couleur et l'aspect, l'odeur, la dureté, la densité, quelquefois la forme cristalline, etc.

On prend, pour les essais, une petite quantité de la matière : un décigramme environ dans les cas ordinaires, une quantité moindre, si l’on n’en possède que très peu. Pour les essais dans les tubes, il est utile de pouvoir disposer de quelques décigrammes; pour les essais de fusibilité, de coloration des flammes, de fusion avec les réactifs, quelques centigrammes suffisent en général pour chaque opération.

4° Essai dans le tube fermé.

On introduit un peu de la matière en petits fragments ou en poudre dans le fond d'un tube fermé, bien desséché à l'avance et dont le diamètre intérieur ne dépasse pas 3 ou 4 millimètres. Si la matière est en poudre, il faut, après l'avoir introduite dans le tube, nettoyer les parois avec du papier, afin qu'aucune poussière ne les salisse. On chauffe sur la flamme d'une lampe à alcool, d'abord avec précaution, puis progressivement davantage et, au besoin, jusqu'au rouge, en tenant le tube incliné, pour éviter l’échauffement des parties supérieures, et en observant avec soin les phénomènes produits par la chaleur.

A) Un certain nombre de minéraux éprouvent une décrépitation, quelques-uns deviennent phosphorescents. Ce sont à des phénomènes particuliers, qui peuvent aider à les reconnaître, mais qui ne fournissent pas une indication générale sur la composition chimique.

B) Beaucoup de sels fondent dans leur eau de cristallisation et, après cette fusion aqueuse, redeviennent solides pour subir plus tard une seconde fusion, la fusion ignée.

C) Il se produit parfois un changement de couleur soit en méme temps que le sel change d'état d'hydratation (comme les sels de cobalt par exemple), soit parce que la substance renferme des matières organiques qui charbonnent en se décomposant à l'abri de l'air; il se dégage alors une odeur de laine ou de papier brülé. Les sels à acides organiques et bases alcalines ou alcalino-terreuses donnent naissance à des carbonates faisant effervescence avec les acides, tandis que la substance primitive ne faisait pas effervescence. Si les bases sont des oxydes métalliques, il y a parfois réduction et production d'un résidu métallique.

Certains sels ou oxydes changent de coloration sous l'influence de la chaleur, sans décomposition et sans perte d’eau; tels sont par exemple :

L'oryde de zinc, qui passe du blanc au jaune et redevient blanc par refroidissement.

L'anhydride tantalique jaunit légèrement par la chaleur et redevient blanc en refroidissant.

L'anhydride titanique jaunit sous l’action de la chaleur et redevient blanc à froid.

Les anhydrides niobique et hyponiobique, plus ou moins colorés en jaune à chaud, reprennent par le refroidissement leur couleur blanche ordinaire.

L'oxyde d'étain, qui passe du blanc au jaune brun, puis au jaunâtre clair à froid.

L'oxyde de bismuth passe du blanc ou jaune clair au jaune orangé, puis au brun rouge à chaud et redevient jaune pâle par refroidissement (fusible au rouge).

Le protoryde de plomb, qui, de blanc ou jaune rougeûtre, devient rouge brun à chaud et jaune à froid (fusible au rouge).

L'oryde d'indium passe du jaune au rouge brun; refroidi, il reprend sa teinte jaune.

Le chromate de plomb de jaune vif devient orange et reprend sa teinte par refroidissement.

L'oxyde de mercure de jaune ou de rouge devient rouge foncé, presque noir; il reprend sa teinte primitive en refroidissant.

Le minium, noir à chaud, reprend par le refroidissement sa belle teinte rouge orangé.

* Le biiodure de mercure de rouge vermillon devient jaune clair; en frottant l’iodure jaune, il redevient rouge.

Le sulfure de mercure de rouge vermillon devient rouge brun foncé et reprend sa teinte par refroidissement.

L'oxyde de fer anhydre, rouge brun à froid, avant et après calcination, devient noir à chaud.

L'anhydride plombique (peroxyde de plomb), brun à froid, noireit sous l'influence d'une chaleur modérée.

Pour certains autres oxydes ou sels, le changement de cou-

leur sera accompagné d'une décomposition ou d'une perte

d'eau. Nous citerons entre autres :

L'anhydride antimonique, sous l'influence d'une température élevée, dégage de l'oxygène et se transforme en antimoniate d'oxyde d'antimoine, tandis que la couleur passe du blanc au jaune, puis finalement au blanc par refroidissement.

L'oryde de plomb et l'oryde de bismuth hydratés, dont la couleur fonce et se conserve ainsi, lorsqu'ils ont été déshydratés.

L'oryde de cadmium hydraté de blanc passe au brun rougeûtre.

L'uranium orydé hydraté de jaune ou de rouge hyacinthe devient rouge brun.

Les sels de cobalt du rouge groseille passent au bleu dans le même cas.

Le peroryde de fer hydraté, qui, de jaune ocre ou de rouille plus ou moins foncé qu'il était, devient rouge brun très foncé et conserve cette couleur après refroidissement.

L'uranium carbonaté jaune verdâtre devient gris jaunâtre ; chauffé au rouge, il noircit et devient rouge orange en refroidissant.

- Les sels de cuivre de verts ou de bleus deviennent jaunes ou blancs par déshydratation.

Les sels de nickel du vert très vif passent au jaune en se déshydratant.

D) Le dégagement de vapeur d'eau, qui va se condenser en oouttelettes ou sous forme de rosée dans les parties froides du tube, fait connaître que la matière contenait :

Soit de l’eau hygroscopique (elle est ordinairement en faible quantité) ;

Soit de l’eau interposée mécaniquement entre les lamelles des cristaux (en général il y a décrépitation) ;

. Soit de l’eau de cristallisation (quelquefois en grande abondance et. donnant alors lieu à la fusion aqueuse des sels) ; on devra, dans ce dernier cas, absorber l’eau qui se

y OO CES *

dégage avec du papier à filtrer pour éviter la rupture du tube ;

Soit enfin de l’eau d'hydratation, faisant partie de la substance même, comme dans les hydrates, hydrocarbonates, hydrosilicates, ete., et plus ou moins facile à dégager par la chaleur.

E) On doit examiner si la vapeur dégagée présente une réaction acide ou alcaline aux papiers sensibles, l’alcalinité étant toujours due à un dégagement d’ammoniaque, l'acidité étant produite par l’un des acides volatils (sulfurique, sulfureux, azotique, chlorhydrique, bromhydrique, iodhydrique, fluorhydrique, acétique, carbonique, ete.). Le même essai doit être fait même en l'absence de vapeur d’eau.

L'acidité, reconnue au moyen du papier de tournesol bleu, peut tenir à la décomposition de sels dont l'excès d'acide se dégage par la chaleur (bisulfites, bisulfates, etc.); ou à celle de sels neutres dont les bases sont faibles, comme l’alumine ou l’oxyde de fer; ou à la volatilisation de certains acides, comme divers chlorures hydratés, qui laissent dégager de l'acide chlorhydrique, ou les azotates, qui donnent des vapeurs rutilantes d'acide hypoazotique.

Les vapeurs nitreuses, dégagées par des azotates métalliques, se reconnaissent à leur couleur; d’autres acides peuvent se distinguer à l'odeur qu'ils répandent : par exemple, le gaz sulfureux dégagé par la calcination des hyposulfates hyposulfites et sulfites de métaux lourds; l'acide sulfhydrique dégagé par la calcination des sulfures hydratés.

Le bois fossile et les lignites en général dégagent des vapeurs acides au tournesol (acide acétique pyroligneux).

Les houilles, au contraire, donnent en général des vapeurs ammontiacales, ramenant au bleu le papier rouge de tournesol et produisant des fumées blanches autour d'une baguette de verre, que l’on approche après l'avoir trempée dans l'acide chlorhydrique ou, pour plus de sûreté, dans l'acide acétique concentre.

Différentes matières organiques azotées et des sels ammo-

niacaux peuvent également donner lieu à un dégagement

d’ammoniaque ou de carbonate d’ammonium, que l’on reconnait de même.

Les fluorures et surtout les fluorures hydratés ou contenus dans des minéraux hydratés, chauffés dans un tube fermé, laissent dégager avec la vapeur d’eau de l'acide fluorhydrique, qui attaque et dépolit le verre, ou du fluorure de silicium, qui peut produire un dépôt de silice; l’un et l’autre colorent en jaune un papier trempé dans une décoction de bois de Fernambouc et que l’on suspend humide dans le tube (Berzélius).

F) La chaleur provoque également le dégagement de gaz, qui, sans être doués de qualités acides ou basiques, peuvent être caractérisés par d’autres propriétés :

L'oxygène, rallumant un charbon ou une allumette qui présente encore un point en ignition, peut être dégagé par des oxydes instables (d'argent, de mercure), des peroxydes (de manganèse, de plomb) ou par des sels, comme les chlorates, bromates, iodates et les azotates alcalins.

Le gaz carbonique, reconnaissable à son action sur une goutte d'eau de chaux, portée au bout d’un agitateur, qui de limpide et incolore passe au blanc laiteux, est fourni par des carbonates faciles à décomposer, par des oxalates ou par des mélanges renfermant des substances organiques.

L'oryde de carbone, brülant à l'air avec une flamme bleue, est produit par les formiates et aussi par les oxalates, mais alors souvent avec dégagement simultané d’anhydride carbonique, qui le rend plus difficile à allumer.

Le cyanogène, facile à reconnaître à son odeur et à sa flamme pourpre lorsqu'on l'allume, est donné par la calcination de certains cvanures, d’autres fois par des matières organiques azotées, qui dégagent souvent en même temps des huiles combustibles à flamme éclairante et des composés ammonia- Caux.

Le chlore, le brome et l'iode peuvent être, dans certains cas, dégagés par leurs composés, lorsqu'il y a à la fois des sels

halogènes et des sels oxygénés ou lorsqu'un mélange oxydant et acide favorise leur mise en liberté. Ils se reconnaissent à leur odeur et à leur couleur vert jaunâtre, brun rouge ou violette.

G) Différentes matières sont susceptibles de donner, avant ou après fusion, des vapeurs qui, en se condensant sur les parties froides du tube fermé, produisent un dépôt en gouttelettes ou en particules solides, qu'on désigne sous le nom de sublimé.

Ce sublimé est souvent reconnaissable à son aspect et à sa couleur où à quelque autre propriété.

L'anhydride sélénieux fournit un dépôt blanc cristallin.

L’antimoine produit, lorsqu'il est oxydé, un sublimé blane, formé de petites aiguilles brillantes d'oxyde d'antimoine; lorsqu'il est sulfuré, il donne à haute température un sublimé peu volatil, noir à chaud, brunâtre ou même rouge cerise à froid, qui est une combinaison de sulfure et d'oxyde d’antimoine.

Le chlorure de plomb fond en un liquide jaune, assez foncé, qui se sublime en partie et devient blanc et opaque par refroidissement.

L'anhydride molybdique fond en un liquide jaunâtre, qui émet des fumées blanches, se condensant sous forme de poudre blanche cristalline et d’aiguilles légèrement teintées de jaune.

Le peroxyde d’osmium (anhydride osmique) se volatilise assez aisément, en donnant des gouttelettes blanches et une odeur désagréable, pénétrante et dangereuse.

L'anhydride tellureux forme assez difficilement un sublimé blanc sans éclat, fondant facilement en gouttelettes claires et transparentes.

L'acide oxalique donne des vapeurs épaisses et un sublimé blanc cristallin, qu'une goutte d'acide sulfurique concentré décompose avec dégagement de gaz en abondance.

Les sels ammoniacaux produisent des sublimés blancs, à moins qu'ils ne donnent, par décomposition, de l’ammo-

niaque libre ou carbonatée. Ces sublimés, chauffés sur la lame de platine avec une goutte d’eau et un grain de soude, dégagent de l’ammoniaque facile à reconnaitre.

Le mercure natif ou oxydé forme, par sublimation du métal, de petits globules discernables dans le tube ou, s’il y en a très peu, une rosée grise à aspect métallique, que l’on peut réunir en globules visibles à l'œil nu, en frottant les parois du tube à l’aide d’une aiguille de fer. Une réaction également caractéristique est celle que provoquent les vapeurs d'iode sur le faible dépôt mercuriel qu'elles transforment en 1odure rouge, facile à distinguer des iodures brun ou jaune fournis dans les mêmes circonstances par les dépôts d’antimoine ou d’arsenic. Il suffit pour produire ce phénomène, de laisser tomber un petit fragment d'iode dans le tube encore chaud avant servi à l'essai. (Charlton, Chem. News, t. LXII, p. 41; Alex. Johnstone, Chem-News it LEVEL p-293%tt LC p2415)

Le même effet est produit par le sulfure lorsqu'il est mêlé à des substances qui le décomposent. Le sulfure de mercure, en se sublimant, donne un enduit noir terne, qui devient rouge lorsqu'on l’écrase par frottement. Le séléniure de mercure produit après fusion un sublimé gris lustré, d'aspect cristallin. Le protochlorure de mercure se volatilise sans passer par

l'état de fusion et donne un sublime jaune à chaud, blanc à froid. Le bichlorure s’en distingue parce qu'il prend l’état liquide avant de se volatiliser. Le biiodure de mercure rouge donne un sublimé jaune.

L'un des plus importants par sa fréquence est celui de soufre ; i1se produit lorsqu'on chauffe une matière renfermant du soufre natif ou bien lorsqu'on calcine un sulfure riche en soufre, soit seul, soit avec intervention d'une très petite quantité d'air. Il se forme des gouttelettes qui sont brun rouge à chaud et jaune clair après refroidissement; une très petite proportion de soufre dégagé peut donner un enduit presque blanc. Chauffe à l'air, il brûle avec une flamme bleue et l'odeur facile à reconnaître de l'anhydride sulfureux.

Le sélénium, après fusion et ébullition, se volatilise en don-

nant des vapeurs jaunes, qui se condensent sur les parois froides du tube sous forme d’enduit rouge, tandis qu'il se dégage une désagréable odeur de chou pourri tout à fait caractéristique.

L’iode, dégagé par les iodures ou les iodates, par décomposition, oxydation ou réduction, forme dans le tube des vapeurs violettes, avec odeur d’iode. Le sublimé est noir, cristallin.

L'arsenic donne des sublimés différents suivant son état de combinaison. Seul, il produit un sublimé d’arsenic natif noir, d'éclat métallique, avec odeur alliacée reconnaissable; ce sublimé se produit aussi avec les arséniures riches en arsenic, même lorsqu'ils renferment un peu de soufre. Oxyde, il fournit un sublimé blanc, cristallin à formes octaédriques, très volatil, d'anhydride arsénieux. Les sulfures d’arsenic et les arséniosulfures riches en soufre donnent un sublimé qui est d’un rouge brun foncé à chaud, d'un rouge jaunâtre à froid : c'est du sulfure d'arsenic.

H) On complète parfois utilement les indications tirées de l'action de la chaleur seule en faisant intervenir un réactif acide et chauffant de nouveau dans le tube fermé. On emploie souvent une goutte d'acide sulfurique concentré ou mieux encore du bisulfate de potassium, qu’on mélange à la matière. On peut caractériser ainsi presque tous les acides minéraux et quelques acides organiques. Parmi les premiers, les sulfates, phosphates, borates, silicates et les sels à acides métalliques, à l'exception des osmites et des osmiates, pourront seuls passer inapereus.

Les azotites et les azotates donnent alors, sous l’action de lachaleur, des vapeurs rutilantes avec beaucoup plus de facilité qu'en l'absence de bisulfate. Les arsénites et les arséniates, un dépôt blanc cristallisé d’anhydride arsénieux très volatil. Les chlorures, des vapeurs blanches d'acide chlorhydrique ou des vapeurs de chlore, si l’on a mélé à la matière un peu de bioxyde de manganèse. Les hypochlorites, les chlorates et les perchlorates donnent du chlore libre. Les bromures fournis-

sent des vapeurs blanches d’acide bromhydrique et des vapeurs

jaunes de brome; en présence de bioxyde de manganèse, il ne se dégage que du brome. Les bromates se décomposent avec volatilisation de brome. Les vapeurs de chlore et de brome, méme en très faible proportion, seront facilement mises en évidence à l’aide d’un papier collé (amidonné) trempé dans l’iodure de potassium; ce papier bleuira sous l'influence de simples traces de l’un de ces métalloïdes. Les iodures dégagent des vapeurs blanches d'acide iodhydrique mêlées de beaucoup de vapeurs d’iode. Les iodates donnent des vapeurs violettes d'iode. Les fluorures fournissent des vapeurs d’acide fluorhydrique, qui attaquent le verre. Les sulfures et les hyposulfites dégagent de l’acide sulfhydrique avec dépôt de soufre. Les sulfites dégagent, même à froid, de l’anhydride sulfureux sans dépôt de soufre. Les séléniures fournissent un dépôt de sélénium et dégagent de l'hydrogène sélénié reconnaissable à son odeur. Les sélénites et séléniates donnent un sublimé rouge de sélénium et des gouttelettes d'anhydride sélénieux, jaunâtre à chaud. Les tellures donnent naissance à un sublimé blanc poussiéreux très faible d'anhvydride tellureux, accompagné d’un dégagement d'hydrogène telluré. Les tellurites et tellurates dégagent de l’anhydride tellureux se déposant sous forme de sublimé blanc ; la masse revêt généralement une teinte noire ou brune, due à une réduction partielle du tellure ; cette réaction est accompagnée, pour les tellurates, d’un dégagement d'oxygène.

Les carbonates, sous l'influence du bisulfate, produisent une vive effervescence avec dégagement de gaz carbonique troublant l’eau de chaux. Les cyanures donnent de l’acide cyanhydrique dont l'odeur d'amandes amères est caractéristique. Les acétates fournissent de l'acide acétique. Les matières organiques en général noircissent et dégagent de l’anhydride sulfureux par suite de décomposition du réactif.

2° Essai dans le tube ouvert.

Nous avons indiqué plus haut la manière dont on procède à l'essai dans le tube ouvert (page ?8); il est bon de pulvériser

la matière et de la chauffer très modérément au début pour éviter une sublimation rapide, qui pourrait se produire indépendamment de l'oxydation que l’on cherche à obtenir.

Les principaux éléments que l’on peut distinguer ainsi sont : le soufre, le sélénium, le tellure, l’arsenic, l’antimoine, le mercure; on peut également reconnaitre quelques composés du molybdène, du bismuth et du plomb; on caractérise aussi les fluorures en faisant intervenir le bisulfate de potassium.

Le soufre natif ou contenu dans les sulfures se grille en produisant de l’anhydride sulfureux, que l’on reconnait à son odeur où à son action sur le papier de tournesol bleu, placé devant l'ouverture supérieure du tube. Les hyposulfites donnent également de l’anhvdride sulfureux.

Le sélénium, en s’oxydant à l'air, donne une vapeur caractérisée par son odeur de raifort, même lorsqu'il est en faible quantité dans les séléniures, et un sublimé rouge de sélénium avec dépôt cristallin blanc d’anhvdride sélénieux, si la quantité est assez grande.

Le tellure et les tellurures métalliques donnent des vapeurs blanches d'anhydride tellureux et un dépôt blanc, que l’on peut assez bien distinguer de ceux qui sont produits par l'arsenic et par l’'antimoine, parce que, chauffé au moyen du chalumeau, il peut être fondu en gouttelettes incolores, tandis que les autres dépôts sont fixes ou volatils sans fusion préalable.

L'arsenic produit en se grillant un sublimé blanc, cristallin, en petits octaèdres d’anhydride arsénieux, très volatil et par conséquent situé assez loin de l'essai, facile à déplacer et à faire disparaitre en chauffant le tube. S'il y a très peu d’arsenic combiné à un métal, il peut rester à l'état d'arséniate basique. S'il y en a beaucoup, l'application trop brusque de la chaleur peut déterminer un dépôt noirâtre de sous-oxyde et le dégagement d’une odeur alliacée très sensible. De l’arsenic sulfuré pourrait aussi donner naissance à un dépôt de sulfure d’arsenic rouge.

L'antimoine forme de l’oxyde d’antimoine volatil, dont les

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fumées blanches traversent le tube dans sa longueur et laissent un dépôt blanc non cristallin; celui-ci se volatilise de nouveau, mais en partie seulement, lorsqu'on le chauffe à l'air, tandis que l’autre portion se transforme en oxyde salin fixe, jaunâtre à chaud et blanc à froid. Ce dépôt fixe se produit souvent à la partie inférieure du tube, lorsqu'on grille du sulfure d'antimoine ou des sulfo-antimoniures métalliques, dont l’oxvdation développe beaucoup de chaleur. La présence du soufre dans ces composés se reconnait encore au dégagement d'anhydride sulfureux. Chauffés trop vivement, ces mêmes composés peuvent fournir un sublimé blanc mêlé de rouge, par suite de la formation d'un mélange d'oxyde et de sulfure d'antimoine à côté de l’antimoniate d'oxyde d’antimoine.

Le mercure se volatilise et se condense en petites gouttelettes métalliques, qui peuvent, lorsqu'elles sont assez grosses, se réunir en une seule goutte si l’on frappe un peu le tube et si on letourne sur lui-même en le tenant horizontal. Les amalgames métalliques produisent le même effet; 1l en est de mème du sulfure de mercure quand on le grille lentement. Chauffé brusquement, il donne un sublimé noir de sulfure, qui peut lui-même être décomposé par grillage. Le séléniure de mercure donne un sublimé de sélénite qui peut fondre avec l'apparence de l’oxyde de tellure.

Le molybdène se transforme par grillage en anhydride molvbdique blanc et lentement volatilisable. Le sulfure de molybdène a besoin d’être grillé assez longtemps et assez fort, pour donner un sublimé blanc appréciable en même temps que de l’anhydride sulfureux.

Le sulfure de zinc naturel se grille difficilement aussi, en donnant de l’anhydride sulfureux et de l'oxyde de zinc fixe, jaune à chaud et blanc à froid, s'il ne contient pas de fer.

Les sulfures de bismuth et de plomb dégagent de l’anhydride sulfureux et laissent des sulfates métalliques blancs, qui, chauffés davantage, fondent en gouttelettes jaunes, devenant blanches à froid. Il se produit en même temps, près de l'essai,

de l’oxyde fondu, brun à chaud et jaunâtre à froid pour le bismuth, jaune à chaud et plus clair à froid pour le plomb.

L'osmiure d'iridium fournit des vapeurs d’anhydride osmique.

Les fluorures seuls ou mélés de silicates peuvent être reconnus à la coloration jaune qu'ils produisent sur le papier de Fernambouc humide, lorsqu'on expose celui-ci aux vapeurs dégagées en chauffant à l'extrémité du tube ouvert les minéraux fluorés, soit seuls, soit avec du bisulfate de potassium ou du sel de phosphore ; la coloration résulte de l’action de l'acide fluorhydrique ou de celle du fluorure de silicium.

Les fluorures peuvent aussi donner lieu à une autre réaction très caractéristique dans le tube, à raison de l'attaque énersique du verre par l'acide fluorhydrique. On mélange la substance en poudre fine avec du bisulfate de potassium ou bien avec du sel de phosphore et un peu de charbon, et on place l'essai à l'extrémité de la petite branche du tube ou, mieux encore, sur une petite lame de platine courbée et introduite dans la petite branche. On dirige le dard du chalumeau vers da matière de facon que les gaz et les vapeurs pénètrent dans le tube et traversent la longue branche, qui a été préalablement nettoyée et séchée. L’acide fluorhydrique dégagé dépolit le verre sur une certaine étendue au delà de l'essai ou de la feuille de platine. Il se reconnait aussi à son odeur pénétrante. Si les fluorures sont mêlés à des silicates, il se fait du fluorure de silicium et un dépôt de silice dans le tube. Dans l’un et l’autre cas, il y à coloration en jaune du papier de Fernambouc humide.

3° Essai sur le charbon.

Dans la petite cavité pratiquée sur une face du prisme de charbon, on place la matière à essaver soit en fragment, si elle ne décrépite pas, soit en poudre fine et parfois légèrement humectée d’eau, pour que le souffle ne l'emporte pas. On la soumet au dard du chalumeau, dirigé d’abord presque tangentellement àla surface du charbon, qu'on tient horizontal, puis

sous un anglé de 20 à 25 degrés: On se sert d'une F0: modérée et on observe les phénomènes, qui se produisent et qui sont parfois caractéristiques : changement de couleur, incandescence, boursouflement, fusion, déflagration (nitrates, chlorates, iodates, ...), production de matières volatiles, odorantes, condensables, etc., dépôt d’un enduit au voisinage de l'essai.

Cessant de souffler à divers instants, on approche du nez et on cherche s’il y a quelque odeur dégagée, comme cela arrive avec le soufre, le sélénium, l’arsenic; dans le cas de l’arsenic en faible proportion, l'odeur est plus nette si l'on soumet l'essai à la F. R.

L’enduit, s’il s’en fait un, peut être situé plus ou moins près de l'endroit chauffé ; il peut avoir une coloration différente à chaud et à froid, il peut disparaître par la seule approche de la flamme ou par son contact, il peut la colorer en se volatilisant.

Mais il faut avoir soin de ne pas confondre l’enduit donné par l'essai avec les cendres que laisse le charbon lui-même en brûlant et, pour cela, il est bon de faire la comparaison en chauffant à la F.0. une autre partie du charbon pour se rendre compte de la quantité et de la qualité des cendres qu'il produit.

Enfin, il peut ne se produire aucun enduit; mais on remarque si la matière chauffée demeure infusible ou si, au contraire, elle fond en pénétrant dans le charbon ou bien en formant une perle dans la cavité où elle a été chauffée.

Résidu. — La fusibilité de la matière, manifestée par ces dernières circonstances, correspond en général à la présence de sels alcalins, que l’on distinguera les uns des autres par la coloration de la flamme (page 60).

Si, au contraire, le résidu est infusible et blanc, c’est que l’on a affaire à des terres alcalines, à des terres proprement dites, à de l’oxyde de zinc ou à de la silice. La distinction se fera, entre les terres alcalines, par la coloration de la flamme (page 60); pour la magnésie, l’alumine et l’oxyde de zinc, au moyen de l’azotate de cobalt (page 75). La silice se reconnaït à l’aide

du carbonate de sodium, du sel de phosphore ou de l'acide fluorhydrique. L'oxyde de zine n’est blanc qu'à froid et jaune à chaud ; il peut seul être volatilisé sur le charbon par la F. R.

Si le résidu jixe n’est pas blanc à froid, mais coloré, il faut recourir à d’autres réactions pour reconnaitre le métal, dont on à sûrement l’oxyde ou un composé oxygéné après l'emploi de la F.0.; on chauffe alors à la F. R. sur le charbon seul ou, plus ordinairement, avec addition de carbonate de sodium. Un grain métallique jaune ou rouge, sans aucun enduit, indique de l'or ou du cuivre, ce dernier se manifestant aussi par la coloration de la flamme. Un grain métallique blanc indique de l’étain ou de l'argent ; mais il y a ordinairement un petit enduit auprès de l'essai; nous allons donc y revenir tout à l'heure.

S'il ne se forme pas de grain métallique fondu, mais une poudre métallique grise, elle peut indiquer du fer, du cobalt, du nickel, du platine et tous les métaux qui accompagnent ce dernier dans sa mine, qui se distingueraient entre eux par le barreau aïmante, la coloration des perles et les réactions de voie humide.

Enduit. — Revenons maintenant, avec quelques détails, sur les cas où la F. O0. à produit un enduit, avec ou sans bouton métallique. On peut reconnaitre le métal contenu soit à la couleur de l’enduit, soit à son degré de volatilité, soit à la formation d’un grain métallique.

Un enduit blanc ou grisätre en couche mince, éloigné de l'essai à cause de sa volatilité, facile à déplacer et donnant, avec la F. R., une coloration bleu clair à la flamme et une forte odeur d'ail, indique l’arsenic.

L'antimoine donne aussi un enduit blanc, un peu bleuûtre en couche mince, moins volatil et par suite moins éloigné de l'essai, mais encore facile à déplacer, colorant en verdâtre pâle la F. R., qui le fait disparaître. Il se produit souvent en même temps des grains métalliques qui, lorsqu'on cesse de souffler, dégagent des vapeurs blanches épaisses et restent quelque temps fondus et incandescents ; après refroidissement,

on les trouve entourés de cristaux blancs d'oxyde d’antimoine; le métal lui-même est cristallin et cassant.

Le zinc donne un enduit blanc à froid, mais jaune à chaud ; cet enduit, rapproché de l'essai, se volatilise assez difficilement à la F. R.; il reste fixe, jaune et éclatant à la F. 0. Le zinc métallique brüle vivement à la F. O., avec flamme très lumineuse, d’un blanc verdâtre, abondantes fumées blanches et enduit.

L'étain métallique fond dans la F. R., forme un globule brillant, tant qu'il se trouve dans la flamme, et donne un enduit très rapproché de l'essai ou plutôt même contigu; cet enduit est jaune pâle à chaud et lumineux à la F. 0. ; il devient blanc par refroidissement; il est fixe aux deux flammes, très lentement réduit par la F.R. sur le charbon seul et donnant, avec le carbonate de sodium, un grain métallique fondu, blane, malléable, insoluble par l'acide azotique.

Un enduit blanc peut encore être fourni par d’autres corps plus rares :

Le tellure donne un enduit blanc, dont les bords sont jaune foncé ou rouges; il est assez voisin de l'essai, déplacé par la F. 0. et volatilisé par la F. R., qu'il colore en vert ou en vert bleuâtre, s'il y a un peu de sélénium.

Le sélénium dégage en brülant des vapeurs brunes et produit, près de l'essai, un premier enduit gris d'acier, à éclat un peu métallique, plus loin un second enduit gris foncé, terne, facilement déplacé par la F. 0. Il se volatilise par la F.R. et la colore en bleu d’azur. Toutes ces opérations répandent en même temps une forte odeur de raifort.

Le thallium donne un enduit blanc sale (de protoxyde), un peu éloigné de l'essai et facile à déplacer, parfois seulement un second enduit brun (de peroxyde) très près de l'essai. Il colore la F.R. en vert.

Le molybdène peut donner un enduit cristallin d’anhydride molvbdique, blanc à froid et jaunûtre à chaud. Cet enduit se convertit, sous l'influence d’une réduction faible opérée par la flamme bleue du chalumeau, en un oxy@e salin d’un très beau bleu ; sous l'influence d’une réduction plus énergique opérée par

le charbon rendu incandescent, en bioxyde de molybdène, formant un enduit d'aspect métallique, rouge de cuivre assez foncé.

L'indium donne un enduit, qui est blanc jaunûâtre à froid, jaune foncé à chaud, situé très près de l'essai et difficile à déplacer par la F.R., qu'il colore en violet.

L’enduit formé par le plomb présente une coloration jaune citron à chaud, jaune de soufre à froid (oxyde de plomb) et blanc bleudtre en couche mince (carbonate de plomb). Chauffé dans la F.R., il la colore en bleu et il se déplace par suite de réduction et de réoxydation. Le sulfure de plomb donne souvent naissance à une auréole blanche de sulfate de plomb autour de l’enduit jaune. Les minéraux du plomb donnent en même temps des grains métalliques fondus, très malléables, solubles dans l'acide azotique un peu étendu.

Le bismuth se reconnait à un enduit jaune orangé foncé à chaud, jaune citron à froid (oxyde) et blanc jaunûätre en couche mince (carbonate). Il est déplacé sur le charbon, comme celui du plomb, mais sans donner de coloration à la F. R. Il peut fournir aussi des grains métalliques fondus, mais très cristallins et cassants, donnant par l'acide azotique une solution que l’eau précipite en blanc.

Le cadmium peut donner, s'il est abondant, un enduit épais et très foncé pres de l'essai; plus loin l’enduit est brun rougeätre et même jaune orangé en couche mince, un peu 1irisé sur les bords. Il peut étre facilement déplacé par la F. O0. ou la F.R. et ne donne aucune coloration à celle-ci. Il ne se fait pas de grains métalliques.

L'argent produit, sous l’action d’une F. O. active et prolongée, un léger enduit brun rougeätre très rapproché du culot métallique. S'il y a dans l'essai un peu de plomb ou d’antimoine, il se fait un enduit jaune ou blanc; mais, en continuant à chauffer, on fait disparaitre l’oxyde de plomb ou celui d’antimoine et l’enduit devient rouge, ne renfermant plus que de l’oxyde d'argent. L’essai sur le charbon de minerais d'argent riches, contenant un peu de ces deux substances, donne parfois un enduit de couleur cramoisie. Les grains métalliques

fondus sont blancs, malléables, solubles dans l'acide azotique ;

la solution étendue d’eau précipite en blanc par l'acide chlor-

hydrique. ô

Dans ces différents cas, pour vérifier s’il y a formation de crains ou de poudre métallique à examiner, on procède de la facon suivante :

On observe tout d'abord soigneusement à la loupe la surface du charbon, pour y distinguer, si possible, les grains métalliques formés ; on les saisit avec les pinces brucelles et l’on se rend compte sur le tas d'acier, à l’aide du marteau, s'ils sont cassants ou malléables.

Dans le cas où ce premier examen ne fournirait aucun résultat, on enlève à l’aide d’un couteau une certaine épaisseur de charbon à l'endroit où s’est produite la réaction et on pulvérise sur le mortier d’agate la masse charbonneuse ainsi obtenue ; on la triture avec le pilon après y avoir ajouté une certaine quantité d’eau, qui maintient en suspension la poudre métallique et le charbon très divisé, mais comme ce dernier est très léger, il surnage, tandis que le métal se rassemble rapidement au fond du liquide ; on décante avec précaution et l’on renouvelle l'opération Jusqu'à séparation complète de la poudre de charbon. Si la matière d'essai ne contient aucune substance métallique, il ne reste rien dans le mortier après le dernier lavage; mais pour peu qu'elle contienne du métal réductible, on trouve celui-ci en dernière analyse au fond du mortier, sous forme de petites lamelles brillantes, s’il est malléable, ou sous forme pulvérulente, s'il est cassant. Dans l’un et l’autre cas, on aperçoit sur les parois des traits résultant du frottement des particules du métal.

4° Essai sur la pince ou à l'extrémité du fil de platine.

On devra prendre pour cet essai une parcelle de matière présentant une pointe très fine ou une tranche extrêmement mince. Si la substance à essayer est en poudre, on en forme,

FN TERER

avec quelques gouttes d’eau, une pâte claire que l’on place sur un charbon poreux. L'eau est absorbée rapidement, la substance à essayer prend la forme d’une plaque mince, que l’on desséeche en chauffant tout d’abord avec précaution et que l’on agglomère finalement à l’aide d’une chauffe plus énergique. On la détache alors facilement et on la saisit avec la pince à bouts de platine.

Avant de chauffer la matière, on devra examiner avec soin, en s’aidant de la loupe, l’état des arêtes vives du fragment soumis à l'essai; cela permet de mieux juger après l'opération s’il y a eu fusion ou non.

Odeur.

Au début de la chauffe, on approchera à plusieurs reprises la matière d'essai des narines, pour constater s'il s'en dégage des vapeurs odorantes, et l’on observera attentivement les colorations qui peuvent se manifester dans la flamme.

Nous avons énuméré plus haut, en traitant des essais dans le tube ouvert et sur le charbon, les odeurs diverses que répandent par le grillage les arséniures, sulfures, séléniures, ete., nous n’y reviendrons pas; nous ajouterons seulement qu'il ne faut jamais employer la pince à bouts de platine dans le cas où un essai précédent a démontré la présence ou la mise en hberté possible d'un métal ou d’un métalloide susceptible d'attaquer le platine, tel que plomb, bismuth, argent, étain, antimoine, arsenic, etc.

On notera les changements de couleur subis par la matière elle-même, son degré de fusibilité, ainsi que les circonstances accompagnant le phénomène de la fusion : boursouflement, formation de perle vitreuse transparente ou opaque, de globules pierreux ou spongieux.

Fusibilité.

On comparera la fusibilité de la matière à celle des six types

suivants, de plus en plus réfractaires, qui constituent l'échelle de Von Kobell :

1. Stibine (sulfure d’antimoine), fusible à la flamme de la bougie, même en éclats grossiers; . Mésotype ou Natrolite, fusible de même, mais seulement en éclats minces; fusible au chalumeau, même en assez gros fragments; 3. Grenat almandin (de nuance rougeûtre), infusible à la flamme de la bougie, facilement fusible au chalumeau, même en gros éclats, qui se transforment en boules arrondies;

4. Amphibole actinote (de nuance vert clair), fusible au chalumeau,-

mais seulement en éclats assez minces; . Orthose, fusible difficilement au chalumeau et seulement en écailles minces; 6. Bronzite, s'arrondissant à peine sur les bords des écailles les plus minces.

Nous ferons remarquer ici que le caractère de fusibilité utile comme terme de comparaison, comme identification ou comme dernière preuve de l'exactitude avec laquelle a été faite la détermination minéralogique d'un échantillon, ne peut en aucun Cas fournir une indication générale sur sa composition chimique.

Coloration de la flamme.

Nous indiquerons avec quelques détails les colorations que peut prendre la flamme sous l'influence de certains corps déterminés. Pour obtenir ces diverses colorations avec le plus de netteté, on devra exposer le corps à essayer dans le dard du chalumeau à la pointe de la flamme réductrice et seulement après l'obtention d'une flamme tranquille et régulière.

Corps qui colorent la flamme en rouge.

I. — Les sels de lithium donnent une coloration rouge cramoisi intense tirant très légèrement sur le violet; le phosphate de lithium seul ne colore pas la flamme. Les minéraux infusibles ou ne renfermant que peu de lithine donnent sou-

ET

vent une réaction insuffisante; on en exalte la sensibilité en chauffant la substance réduite en poudre avec un mélange de 1 partie de spath fluor et ? parties de bisulfate de potassium à l'extrémité du fil de platine recourbée et humectée. Les sels de sodium modifient la coloration; mais, en regardant la flamme au travers d'un verre bleu de cobalt, les rayons jaunes du sodium étant complètement arrêtés, on n’'apercoit plus que la teinte produite par la lithine, un peu violacée seulement. La coloration rouge de la lithine disparait à son tour à travers un verre vert.

II. — Les sels de strontium fournissent une coloration rouge - carmin, moins foncée que le rouge des sels de lithium. Les sels solubles possèdent cette propriété à un degré bien plus élevé que les sels insolubles; ces derniers ne colorent quelquefois la flamme qu'après une chauffe énergique longtemps prolongée. Le carbonate destrontium et le sulfate après réduction préalable, étant humectés avec de l'acide chlorhydrique, fournissent immédiatement la coloration rouge particulière au chlorure.

La soude en petite quantité donne à la coloration de la strontiane une teinte orangée semblable à celle que fournissent les sels de calcium; en grande quantité, elle peut masquer complétement la présence de la strontiane; on peut cependant, dans ce dernier cas, discerner, au moment même où l’on plonge le mélange dans la flamme, un éclair rouge qui se manifeste instantanément. Enfin l'on se servira du verre bleu avec avantage pour atténuer la coloration de la soude.

Les sels de calcium colorent la flamme en rouge orangé. Le phosphate, le borate et les silicates de calcium ne fournissent pas de réaction sensible.

Corps colorant la flamme en violet.

Les sels de cæsium et de rubidium colorent la flamme en violet pèle; la soude masque la réaction, mais celle-ci se voit très bien en regardant la flamme à travers un verre bleu.

Les sels de potassium fournissent un violet pâle un peu. moins bleuâtre que celui donné par le cæsium et le rubidium. La coloration est très sensible pour la potasse et ses sels haloïdes, moins nette avec le sulfate et le carbonate, il devient très difficile de l’observer avec le phosphate et le borate. Les moindres traces de soude ou de lithine masquent la réaction ; l'emploi du verre bleu de cobalt atténue le rouge que donnent ces deux derniers oxydes et transforme en un beau violet pourpre le violet pâle de la potasse. Pour observer la coloration violette de la potasse avec les minéraux contenant cette base, on devra en chauffer fortement une mince esquille en l’effleurant seulement avec le bord de la flamme.

Les sels ammoniacaur donnent à la flamme une teinte d’un violet bleu souvent livide, en même temps qu'ils se volatilisent complètement, à l'exception du phosphate, du borate et des sels à acides métalliques. La coloration que fournissent les sels ammoniacaux est surtout sensible dans le voisinage du support.

Le protochlorure de mercure colore la flamme en violet vif.

Corps qui colorent la flamme en bleu.

Les séléniures fournissent une coloration bleu azur tout en laissant dégager l'odeur de raifort déjà signalée.

Les tellurures communiquent à la flamme une teinte bleu verdâtre et répandent des vapeurs blanches.

L'arsenic et ses composés donnent un bleu livide très pâle.

L'indium et ses composés colorent la flamme en bleu violacé caractéristique.

Le plomb et ses composés chauffés à la flamme de réduction fournissent une coloration bleu azur.

L'antimoine et ses composés donnent à la flamme une teinte bleu livide très pâle ; rappelons ici le danger qu'il y a à chauffer en flamme réductive en présence du platine les composés d'antimoine, de plomb, d'arsenie, etc.

Le chlorure de cuivre colore la flamme en bleu pourpre.

Le bromure de cuivre fournit un bleu bordé de vert.

L'osmiure d'iridium communique à la flamme une teinte bleu livide légèrement verte, cette coloration est très fugitive, elle n'apparaît qu'un moment et ne peut être produite deux fois avec le même échantillon.

Corps qui colorent la flamme en vert.

L'iodure de cuivre fournit une coloration vert émeraude.

Les composés du phosphore, chauffés à l'extrémité du fil de platine avec de l'acide sulfurique concentré, colorentla flamme en vert jaunâtre. La coloration est très fugitive; elle cesse pour les phosphates dès que l'acide sulfurique est volatilisé, mais on peut la reproduire facilement. Cette réaction est d’une erande sensibilité.

L'acide borique seul et les borates chauffés avec l'acide sulfurique produisent un phénomène de coloration analogue à celui des phosphates. En présence d’un mélange de bisulfate de potassium (3 parties) et de fluorure de calcium (1 parties), les borates colorent la flamme en un vert émeraude beaucoup plus intense; ce dernier essai sert à les différencier des phosphates, qui, dans ces conditions, ne donnent aucune réaction.

Les sels de baryum communiquent à la flamme une teinte vert Jjaunâtre légèrement livide, qui se manifeste assez longtemps. Le phosphate, le borate et les silicates ne produisent rien de semblable, le carbonate et le sulfate fournissent une coloration très faible.

On rendra la réaction plus sensible pour le sulfate en le chauffant quelque temps dans la flamme réductrice, puis humectant d'acide chlorhydrique, qui transformera en chlorure le sulfure formé par réduction. La flamme colorée en vert jaunâtre par la baryte parait vert bleuâtre à travers un verre vert.

Les composés du thallium colorent la flamme en un beau vert émeraude caractéristique ; la teinte passe au vert clair en présence des composés du sodium.

Les sels de cuivre, à l'exception du chlorure et du bromure, fournissent le vert émeraude ou le vert bleuâtre.

Les composés du molybdène donnent une teinte vert jaunàâtre se rapprochant beaucoup de celle fournie par les phosphates, les borates et les sels de barvum. En présence du mélange de bisulfate et de spath fluor, les molvbdates, communiquent à la flamme une teinte d’un vert beaucoup plus jaune que la teinte fournie par les borates dans les mêmes conditions.

Les composés nitreux, quelques sels ammoniacaux, les composés de l'osmium et la plupart des produits organiques chlorés communiquent à la flamme une coloration vert livide.

Corps colorant la flamme en jaune.

En présence de la soude et des sels de sodium, la flamme s’aorandit beaucoup et prend une coloration jaune un peu roucetre très intense et tout à fait caractéristique.

Le pouvoir colorant intense des sels de sodium empèche

souvent de distinguer les réactions des corps avec lesquels ils sont mélangés. Les verres bleus de cobalt peuvent dans ce cas rendre de grands services en absorbant complètement, sous une faible épaisseur, la teinte Jaune des sels de sodium. La recherche du potassium, du Lithium, du cæsium, du rubidium, du strontium, etc., pourra de cette manière se trouver orandement facilitée. La flamme de la soude parait jaune orangé à travers un verre vert.

5° Fusion avec le borax.

Cet essai sert à déterminer d’une facon générale la nature des oxydes métalliques ; pour l’effectuer, on plonge dans le réactif réduit en poudre l'extrémité recourbée du fil de platine portée au rouge ; une certaine quantité de borax se fixe alors après le métal, on la fait fondre sous l'influence de la chaleur qui lui donne la forme d’une perle vitreuse incolore et transparente. Une fois cette perle obtenue, on v fera adhérer une

très petite quantité de la matière d'essai, soit en mouillant la perle froide, soit en la chauffant au rouge et la posant rapidernent sur la substance à essayer préalablement pulvérisée.

Si les recherches antérieures ont démontré la présence du soufre, de l’arsenic, de l’antimoine à l’état de sulfures, arséniures, antimoniures, il sera bon de soumettre le corps à examiner à un grillage préalable, effectué sur le charbon par une élévation lente et graduelle de la température. Cette manipulation préliminaire pourra néanmoins être évitée, si l'on prend la précaution qu'indique Terreil, d'ajouter une parcelle de nitre à la perle vitreuse brune ou jaune que fournissent les composés ci-dessus énumérés. Il se produit alors une vive effervescence et un fort bouillonnement, dus au dégagement des corps gazeux, qui prennent naissance par oxydation; peu à peu le bouillonnement s’affaiblit et la perle reprend son état normal, tandis que les oxydes métalliques formés lui communmquent les teintes qui leur sont spéciales.

Les différentes colorations de perles devront être notées à chaud et à froid, au feu d’oxydation et à la flamme réductive. Les teintes que fournit le feu de réduction sont parfois très difficiles à obtenir, spécialement avec les oxydes de titane, de tungstène, de didyme; l'emploi de petites quantités d'étain agissant comme réducteur énergique est alors très utile. On ne devra employer ce dernier réactif qu'avec circonspection, n’en prendre qu'une très faible quantité, chauffer la perle de borax rapidement et peu de temps, tout en maintenant horizontal le plan formé par la boucle du fil de platine, de facon que pendant la chauffe le petit globule de métal introduit se maintienne autant que possible au centre de la perle.

En outre des colorations que peut prendre la perle, il sera bon de constater la facilité plus ou moins grande avec laquelle la matière soumise à l'essai entre en dissolution et la présence ou l'absence d’un résidu infusible.

Voici un résumé des diverses colorations que les oxydes inétalliques communiquent aux perles de borax après l’action des deux feux, soit à chaud, soit à froid.

DOCIMASIE. — T. I. ù

BRRRE ANALYSE QUALITATIVE

Perles incolores au feu d'oxydation.

Les alcalis, les terres alcalines, l'aluminium, le glucinium, le zirconium, le thorium, l’yttrium, l’erbium, le terbium, le lanthane, le tantale, l’étain, le mercure, le zinc en petite quantité, fournissent aux feux d'oxydation et de réduction des perles complètement incolores et transparentes.

L'or, le platine, le palladium, l'iridium, le rhodium, l'osmium et le ruthénium donnent des perles imcolores avec métal réduit en suspension, tant au feu d’oxydation qu'à celui de réduction.

Le niobium fournit au feu de réduction seulement des perles violacées ou bleu clair.

Perles jaunes à chaud et incolores à froid au feu d'oxydation.

Elles sont produites par le cadmium, le fer et le vanadium en petite quantité, le molvbhdène, le titane, le tungstène, le plomb, le bismuth, l’antimoine, l'argent. La plupart de ces métaux donneront au feu de réduction des teintes différentes, qui permettront de les caractériser. Le cadmium, à l'exception d'une légère coloration jaune clair au feu d’oxydation et à chaud, fournit des perles incolores et transparentes dans les autres cas. Au feu réducteur, la perle de fer, vert sale à chaud, sera vert bouteille à froid ; celle de vanadium, vert sale à chaud, devient vert émeraude à froid; celle de molybdène, brun clair à chaud, sera brun foncé et opaque à froid; celle de titane, également brun clair à chaud, fonce et prend quelquefois en refroidissant une teinte violacée ; celle de tungstène, incolore à chaud, deviendra jaune gris à froid; celle de plomb sera crise ou noire ; celles de bismuth et d'argent, grises, et celle d'antimoine, gris clair à chaud comme à froid.

Perles colorées à chaud et à froid au feu d'orydation.

PE

FEU OXYDANT

Uranium . .

Fer en gr. q'é.

Vanadium, g. q.

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