TRAITE
D’ANALYSE ZOOCHIMIQUE
INTRODUCTION
Le but immédiat de toute analyse chimique est la décomposition des corps composés en leurs éléments.
Les combinaisons organiques qui se rencontrent dans le règne animal sont des composés quinaires, quaternaires ou ternaires, c’est-à-dire qu’elles peuvent être décomposées, par voie analytique, en cinq, quatre, ou trois éléments. Lorsque ces combinaisons sont bien caractérisées, lorsque leurs éléments sont dans des proportions stoechiométriques constantes, elles constituent des individus chimiques.
Les matières animales, telles qu’elles se rencontrent dans l’organisme : les liquides animaux, les tissus, etc., sont des mélanges d’un nombre plus ou moins grand de ces individus chimiques, c’est-à-dire de combinaisons organiques bien caractérisées, qui, comme dans les liquides animaux, sont à 1 état de dissolution ou bien, au contraire, à l’état insoluble et alors déposées les unes sur les autres et mélangées ensemble, mais qui, dans un grand nombre de cas, ne sont point du tout isolées.
Si 1 analyse chimique a pour but de séparer les uns des autres et d’obtenir purs les individus chimiques contenus dans les substances animales, sans s occuper de leur composition élémentaire, ou en admettant que celleci soit connue, elle devient l'analyse zoochimique, de laquelle nous voulons spécialement nous occuper.
GOHur-BESANliZ. ANALYSE ZOOCilfMlQ U£.
ï INTRODUCTION.
L analyse zoochimique qualitative a pour objet principal de déterminer quelles sont les combinaisons organiques (les individus chimiques) qui sont renfermées dans une substance animale quelconque, dans un mélange, aussi sera-t-elle d’une application moins fréquente dans les cas où les éléments d’un pareil mélange sont d’avance exactement connus par de nombreuses observations. Dans ces cas, elle a plutôt à répondre à la question de savoir si certains éléments non ordinaires sont ou ne sont pas contenus dans ces mélanges dont la composilion est connue.
Le but de l’analyse zoochimique quantitative est de donner aux éléments qu’a fait connaître la recherche qualitative, une forme telle que leur poids puisse être déterminé aussi exactement que possible.
Les deux analyses zoochimiques, l’analyse qualitative et l’analyse quantitative, supposent que les combinaisons chimiques qui se rencontrent dans les substances animales, ou qui prennent naissance aux dépens de celles-ci, sont exactement connues, quant à leurs propriétés, leur composition élémentaire et la manière dont elles se comportent vis-à-vis des dissolvants et des réactifs, parce que c’est précisément celte notion qui nous permet de décider si une combinaison chimique, trouvée par l’analyse qualitative, est ou n’est pas identique avec une combinaison déjà connue, parce que, en d’autres termes, c’est celte notion qui rend possible la détermination de la nature d’une substance animale. Sans la connaissance exacte de la manière dont se comportent ces combinaisons, il est en outre impossible de leur donner la forme la plus convenable pour en déterminer le poids.
Dans quelques cas, l’étude des propriétés et des réactions d’une combinaison organique, trouvée par l’essai qualitatif, ne suffit pas à elle seule pour établir nettement l’identité de celte substance avecunecombinaison connue. Il est alors nécessaire, -pour obtenir une solution décisive, d’avoir recours à l 'analyse élémentaire , c’est-à-dire à la détermination de la composition quantitative élémentaire de la substance en question. Pour qu’il soit possible de procéder utilement à l’analyse systématique des substances animales, il est donc nécessaire d’être exactement renseigné sur la composition, les propriétés et les réactions des individus chimiques qui se rencontrent dans ces substances.
L’exécution de toute analyse chimique suppose, en outre, la connaissance de la technique chimique , c’est-à-dire des operations que nécessitent les recherches analytiques, ainsi qu’une certaine habitude de l’emploi des réactifs.
La description des opérations} des réactifs et des appareils de chimie doit donc aussi précéder l'examen de la manière dont se comportent les corps en présence des réactifs.
Comme toute science naturelle, la chimie peut généralement être consi-
INTRODUCTION
dérée sous deux points de vue, l’un théorique et l’ autre pratique ; la chimie pratique repose immédiatement sur la chimie théorique, parce que, sans la connaissance exacte des principes généraux de la science, ces principes ne peuvent pas être mis en pratique. Celui qui veut pénétrer dans le champ de l’analyse chimique, qui est une partie de la chimie pratique, doit, par conséquent, être déjà familiarisé avec les principes généraux de la chimie théorique.
Un guide pour l’analyse zoochimique doit donc, en général, suivre le plan qui vient d’être indiqué, c’est-à-dire qu’il doit commencer par l’étude des opérations chimiques, des réactifs et des appareils, puis passer à l’examen des réactions et des propriétés des .combinaisons minérales et organiques qui se rencontrent dans le corps des animaux, et terminer par la description de la marche systématique à suivre pour découvrir chacun des éléments des substances animales et en déterminer le poids; mais il doit aussi supposer , afin d’éviter des longueurs inutiles, que l’on possède des notions étendues sur la chimie générale et l’analyse inorganique.
Les opérations que l’on exécute dans l’analyse zoochimique, ainsi que les réactifs et les appareils que l’on emploie, sont essentiellement les mêmes que pour l’analyse minérale, aussi ces différents objets 11e doivent-ils être ti aites avec détails dans le présent ouvrage que lorsqu ils exigent certaines modifications et précautions nécessitées par la nature de l’objet lui-même.
On trouve, dans les deux traités de chimie analytique de R. Fresenius 4, une description complète des opérations chimiques, des réactifs et des appareils. Ces deux ouvrages sont très-répandus et nous devons supposer qu’ils sont entre les mains de ceux qui veulent s’occuper sérieusement de travaux de chimie analytique.
Les combinaisons chimiques appartenant au règne animal sont encore en partie très-incomplètement connues relativement à leurs propriétés et à leurs réactions; pour un très-petit nombre d’entre elles, on est jusqu’à présent parvenu à découvrir des réactions aussi caractéristiques que celles que nous possédons dans l’analyse minérale ; pour quelques substances organiques d origine animale, on ne sait même pas encore avec certitude si elles sont réellement des individus chimiques ou des mélanges de ceuxci. Pour les raisons qui viennent d’être indiquées, la détermination du poids de ces combinaisons est sujette, à des imperfections beaucoup plus grandes que l’analyse minérale quantitative.
imrailë d'anahjse chimi(Jue qualitative, traduit de l’allemand par C. Forthomme. Paris, ^ Traité d'dmhjse chimique quantitative, traduit de l’allemand par C. Fbrthomme. Paris,
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11 est évident qu’uu traité d’analyse zoocliimique doit se ressentir de ces imperfections et de ces lacunes, et qu’on ne doit pas s’attendre à Irouver dans un livre de ce genre la perfection que l’on est en droit d’exiger d’un trailô d’analyse minérale.
Les méthodes en usage pour l’analyse quantitative des substances animales complexes sont, en effet, beaucoup moins parfaites que les procédés d’analyse des corps inorganiques, et avec ces méthodes il ne saurait être question d’une exactitude absolue, c’est tout au plus si l’on peut dire qu elles donnent des résultats relativement exacts; c’est pour cela que dans la deuxième partie de cet ouvrage on n’a indiqué que les méthodes qui ont été reconnues connue lqs meilleures et comme correspondant le mieux au but que l’on se propose.
Le présent ouvrage étant principalement destiné aux médecins et aux étudiants, ainsi qu’aux pharmaciens, un grand nombre de points y sont traités avec des détails beaucoup plus étendus qu’il serait nésessaire, si l’ouvrage s’adressait spécialement aux chimistes de profession.
En effet, ce sont la physiologie et la pathologie qui ont exercé l’influence la plus favorable sur le développement de la zoochimie et qui ont permis de résoudre un grand nombre de questions importantes , et inversement, sans la connaissance des faits mis en évidence par la zoochimie, qui est devenue elle-même une science indépendante , les deux sciences que l’on vient de nommer n’auraient pas pu atteindre le haut degré de développement qu’elles présentent aujourd’hui, et elles resteraient dans leur état actuel si elles refusaient le puissant secours offert par la chimie.
Le physiologiste et le médecin doivent eux-mêmes mettre la main à l’œuvre lorsqu’il s’agit de résoudre des questions qui sont en corrélation avec les doctrines qu’ils professent ; car ils savent mieux que personne sur quels points leurs recherches doivent surtout être dirigées, et il n’est possible de cultiver avec fruit ce champ, encore inexploré dans beaucoup de points, que si le physiologiste et le médecin contribuent eux-mêmes à son exploration, ou au moins s’jIs possèdent les connaissances théoiiques et pratiques nécessaires pour expliquer clairement au chimiste de piofession la direction que ce dernier doit, sous leurs yeux, imprimer aux iecherches pour être certain d’obtenir une réponse satisfaisante à la question
posée.
Il est donc indispensable que le physiologiste et le pathologiste établissent nettement la question scientifique sur laquelle doit porter la recherche zoochimique, et, qu’ils se chargent eux-mêmes de la réponse, ou qu ils don lient ce soin à un autre, il ne leur sera possible d obtenir une solution sa tisfaisante que s’ils connaissent bien le champ de la chimie ctsi, guides pai
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leur science théorique et leur expérience pratique, ils savent ce que 1 on peut exiger de la chimie et ce que celle-ci peut leur offrir.
11 est très-important que les médecins et les physiologistes se familiarisent avec les méthodes de la chimie analytique et que, par l’exercice pratique, ils acquièrent une connaissance aussi complète que possible de la partie technique de cette branche de la chimie; après les faits et les principes exposés précédemment, il n’est pas besoin d’entrer dans de plus longs développements pour faire ressortir cette importance. — L’artiste, 1 ouvrier, l’économe, sav’ent depuis longtemps reconnaître que la chimie ne peut leur prêter un concours efficace que s’ils ont eux-mêmes mis la main à 1 œuvre pour se familiariser avec la pratique de cette science, et c’est aussi ce que les physiologistes et les pathologistes doivent faire pour la zoochimie.
Après avoir indiqué dans les pages précédentes le but du présent ouvrage et les principes sur lesquels nous nous sommes basé pour sa rédaction, il nous reste à mentionner une ressource indispensable pour les recherches zoochimiques, et qui est pour celles-ci aussi et peut-être encore plus importante que ne l’est le chalumeau pour l’analyse minérale : nous voulons parler du microscope.
En effet, si le chalumeau est indispensable pour l’analyse minérale, le microscope ne l’est pas moins et même plus encore pour l’analyse zoochimique. Car, excepté dans des cas relativement peu nombreux, le chalumeau peut, bien qu’avec une grande perte de temps, être remplacé par l’essai chimique par voie humide, mais sans l’examen microscopique nous ne pouvons pas, dans un grand nombre de cas, reconnaître sûrement certaines combinaisons organiques contenues dans le corps des animaux, tandis qu’un coup d’œil jeté sur le microscope, non-seulement nous fournit le renseignement désiré, mais encore nous conduit fréquemment à la détermination de substances dont nous ne soupçonnions pas la présence.
C’est pourquoi nous avons, dans cet ouvrage, indiqué l’essai microscopique, partout où il peut servir pour reconnaître certaines substances cristallisées minérales et organiques, et nous avons en outre décrit, aussi exactement que possible, la forme cristalline des combinaisons que l’on peut déterminer sûrement par ce moyen.
Mais un guide pour les recherches microscopiques était tout à fait en dehors des limites que nous nous étions tracées pour la rédaction de ce livre, et, abstraction faite de ce qu’il existe déjà d’excellents manuels pour ce genre de recherches, nous devons supposer que non-seulement les physiologistes, mais encore les médecins à la hauteur de la science, sont familiarisés avec l’usage de cet instrument; l’étudiant en médecine luimême trouve suffisamment l’occasion des’ exercer aux observations microscopiques.
INTRODUCTION
Nous avons représenté par des figures la plupart des formes cristallines microscopiques1, et nous renvoyons pour les autres aux excellents atlas de Otto Funke 2 et de Robin et Verdeil 3, en indiquant exactement le numéro de la planche et de la figure des deux ouvrages.
Enfin, nous ferons remarquer que le spectroscope, ce puissant auxiliaire des recherches chimiques, a acquis pour l’analyse zoochimique une importance considérable et qu’il en sera question dans cet ouvrage, avec des développements en rapport avec cette importance.
1 Ces figures, empruntées à un ouvrage de Lehmann { Handbucli lier physiologue hen Chernie), n’existaient pas dans l’édition allemande, nous les avons introduites dans notre traduction afin de rendre les descriptions plus faciles à comprendre des lecteurs ne possédant pas les atlas de Funke et de tlobin et Verdeil. (L. G.)
2 Otto Funke, Atlas lier physiologischen Chemie, 2® édition, Leipzig, 1858, 18 planches.
3 Robin et Verdeil, Traite de chimie anatomique, Paris, 1855. Atlas de 45 planches, dessinées d’après nature