DOSAGE DU SUCRE DANS L’URINE
a. — Dosage par fermentation.
Cette méthode repose sur la propriété que possède le suei‘0 de raisin (sucre de diabète, glucose), en solution aqueuse, de se dédoubler soüs l'influence d’un ferment à une température moyenne en alcool cl acide carbonique, d’après l’équation suivante : CW1I»0“ = 2 (CW)H-S (CA)‘).
DOSAGE DU SUCRE
Pratique de l'analyse ,
Dans le petit ballon A de l’appareil alcalimétricpie de Will et Frésenius (fig. 107, voy. $ 04) on pèse 50 on 40 grammes d’urine (ou on en mesure à l’aide d’une pipette un nombre égal de centimètres cubes) ; on remplit au tiers le petit ballon B avec de l'acide sulfurique concentré, et on ajoute ensuite à l’urine du ballon A un peu de levure de bière bien lavée, puis une couple de gouttes d’acide tartrique ; on ferme hermétiquement l’appareil, on le pèse exactement et on l’abandonne à luimême à une température de 15 à 50° (dans une couveuse, par exemple). Lorsque la fermentation est terminée, on fait passer à travers l’appareil de l’air atmosphérique en aspirant à l’aide d’une pipette ou d’un tube de caoutchouc, jusqu’à cequel’air n’ait plus le goût de l’acide carbonique, et l’on pèse de nouveau. La perte de poids éprouvée par l’appareil est égale au poids de l’acide carbonique formé par la fermentation. 1 00 parties de sucre anhydre correspondent à 48,89 parties d’acide carbonique, ou 100 parties d’acide carbonique à 204,54 parties de sucre. La méthode est d’une exécution facile, mais elle est sujette à diverses causes d’erreur.
Fi". 107.
Exemple du calcul.
Le ballon A avec l’urine pesait 58*r.54
Le ballon seul 25 .52
Urine 55*r.22
Tout l’appareil pesaitavant la fermentation,. 154«r.820 Après la fermentation 154. 055
Différence 0*r.787 = acide carbonique.
48,8!) d acide carbonique correspondent à 100 parties de sucre, par conséquent :
48.89 : 100 = 0.787 : x = lf. 009 de sucre dans 35f.22 d’urine. Dans 1000 parties d’urine, il y aura par conséquent :
= 45f.68 de sucre.
b. — Dosage volumétrique du sucre au moyen d'une solution alcaline d'oxyde de cuivre, d’après Fehling.
Lorsqu’on chauffe du sucre de raisin avec une solution alcaline de bioxyde de cuivre, tout le cuivre se précipite sous forme de protoxyde rouge; 180 parties (1 équiv.) de sucre de raisin précipitent le cuivre de 1247,5
ANALYSE DE L’URINE
sucre de raisin d une richesse inconnue, on trouve celte dernière par un simple calcul avec les centimètres cubes de solution de sucre employés pour la réduel ion.
On a besoin du réactif et des instruments suivants :
1° Une solution de cuivre de Fehling ; c’est une solution alcaline de sulfate de cuivre, dont 10 c. c.sont exactement réduits par 0*',05 de sucre de raisin. Celte liqueur ne convient pour l’expérience que lorsqu’un échantillon bouilli et abandonné a lui— meme pendant environ une 1/2 heure ne laisse pas précipiter de proloxvde de cuivre. On doit toujours se servir dune solution préparée aussi récemment que possible. Sa préparation est indiquée dans l’appendice.
2° Une éprouvette graduée, une pipettejaugée de lüc.c., et une burette de Molir ou de Gay-Lnssac, voyez § 10, ligures 22 et 24.
Lorsque le poids spécifique de l’urine et l’essai qualitatif indiquent que celle-ci est très-riche en sucre, il faut d’abord l’étendre de 10 ou même de 20 fois son poids d’eau. 'On commence par une addition de 10 volumes d’eau, et ce n’est que si quelques gouttes du liquide ainsi dilué réduisent complètement la liqueur de Fehling que l’on emploie l’urine étendue de 20 volumes d’eau. On procède à l’analyse de la manière suivante :
A l’aide d’une pipette on fait couler 10 c. c. dans une éprouvette graduée, et l’on étend avec de l’eau de manière à avoir un volume total de 100 c. c.
Dans une deuxième éprouvette on étend 10 autres centimètres cubes d’urine à 200 c. c.
Avec une pipette jaugée, on verse exactement 10 c. c. de liqueur de Fehling dans un petit ballon à large col, on ajoute 50 ou 40 c. c. d’eau, on chauffe avec une petite lampe jusqu’à ce que le liquide commence à bouillir, et maintenant, à l’aide d’une burette exactement remplie jusqu’au zéro avec l’urine étendue de 10 fois son volume d’eau, on ajoute l’urine avec précaution en la laissant couler goutte à goutte vers la fin de l’expérience, jusqu’à ce que la solution surnageant le protoxyde de cuivre rouge précipité, regardée par transparence, ne présente pas le moindre reflet bleu. A ce moment, la réduction est terminée. Pour contrôler l’expérience, on filtre deux petitséchantil Ions de la solution dans de petits tubes, et l’on essaye l’un avec l’hydrogène sulfuré et l’autre avec le ferrocyanure de potassium. S’ils donnent tous deux la réaction du cuivre, il faut ajouter encore un peu d’urine.
On s’assure si l’on a ajouté trop d’urine, dans lequel cas le liquide est coloré en jaune, en faisant bouillir un échantillon filtré avec une solution de cuivre. Si l'on voit apparaître un refiel, rougeâtre, on a ajouté trop de sucre, et il faut répéter l’expérience en procédant avec beaucoup de précautions.
Pratique de l'analyse.
DOSAGE DU SUCRE
Si les premières gouttes de l’urine étendue de 10 fois son volume d eau ont terminé ou dépassé la réaction, on refait l’expérience avec de 1 urine étendue de 20 volumes d eau.
Mais lorsque l’urine ne renferme qu’une très-petite quantité de sucre, il peut être nécessaire de l’essayer à l’état naturel, sans addition d eau.
Exemple du calcul :
On a employé de l’urine étendue de 10 fois son volume d’eau, pour la réduction complète de 10 c. c. de liqueur de Fehling :
1 1 ,5 c. c. de l’urine étendue de 1 0 volumes d’eau contiennent par conséquent 0fr,05 de sucre deraisin, 100c. c. du même liquide ou 10 c.c. d urine naturelle en contiennent donc :
et par suite 1000 c. c. d’urine naturelle renferment 45er,4 de sucre.
11 suffit par conséquent, pour trouver la richesse de l’urine pour mille, de diviser 100x5 par les centimètres cubes employés, lorsque l’urine a été étendue de 10 volumes ; si la dilution a été portée à 20 fois, il faut diviser 200 x 5 par le nombre de centimètres cubes employés.
c. — Dosage de sucre par le polar imètre.
Si l’on veut doser le sucre par le polarimètre, il ne faut pas que l’urine renferme d’autres substances actives rau point de vue optique, ou bien si elle en contient, il est nécessaire de commencer par les éliminer; il faut en outre que l’urine soit limpide et d’une couleur pas trop foncée; l’urine diabétique est du reste presque toujours assez pâle.
Si l’on se sertdu sacchariinètre de Ventzke-Soleil, on procède exactement comme pour le dosage de l’albumine. On remplit d’abord le tube de 2 décimètres avec l’urine filtrée, et après avoir rendu semblable la teinte de passage dans les deux moitiés de la double plaque, on lit sur l’échelle et le vernier la déviation en degrés. Avec le tube de 2 décimètres on obtient la richesse centésimale de l’urine en sucre en divisant par 2 le nombre des degrés; avec un tube de 1 décimètre, l’échelle et le vernier donnent immédiatement en grammes la richesse de l’urine en sucre pour 100 c. c. d’urine.
A l’aide du polarimètre, plus simple et moins cher, de Mitscherlich (fig. 108, voyez §13), on peut aussi, s’il est muni d’une double plaque, déterminer la teneur de l’urine en sucre, en se plaçant également dans les conditions indiquées précédemment.
On dispose le polarimètre sur un support convenable, de manière que la lumière d une lampe à pétrole ou à gaz, placée immédiatement derrière 1 appareil, se dirige exactement dans l’axe de celui-ci, après avoir traversé l’orifice dont la cheminée en tôle est munie latéralement ; on place
ANALYSE DE L’ÜRINE.
I iudex sur In zéro do la graduation du cercle et l’on regarde si les deux moitiés du champ visuel de la doublé plaque offrent la même teinte de nas- Sdt,e‘ 1 1 cc a cst’ * aPPareü est bien disposé; dans le cas contraire, on fait
tourner le mcol b, à l’aide de la petite vis /', jusqu’à ce qu’on ait obtenu une complété égalité de coloration dans les deux moitiés du champ visuel. Maintenant on introduit l’urine, préalablement filtrée, dans le tube par
l’ajutage dont il est muni (fîg. 109), en ayant soin qu’on ne puisse voir aucune bulle d’air,
T lorsqu’on regarde à travers le tube; on met
Fig. io9. celui-ci en place, et on regarde du côté de
la flamme. Si 1 urine renferme du sucre, les deux moitiés du champ visuel paraissent inégalement colorées, et, pour rétablir l’égalité de coloration, il faut tourner l’index vers la droite à l’aide de la manivelle d (fîg. 108). Il est bon, lorsqu’on croit avoir atteint l’égalité de coloration, de tourner encore un peu, puis de revenir à la première position. Avec un peu d exercice, et si l’on a le sentiment des couleurs suffisamment développé, on acquiert bientôt la sûreté nécessaire et l’on obtient des résultats presque aussi exacts qu’avec le saccharimètre. Il est aussi convenable d exécuter l’observation aussi rapidement que possible, parce que pour les nuances délicates l’acuité de la vision s’affaiblit promptement. Enfin on lit sur le cercle le nombre des degrés de la déviation. Lorsqu’on emploie un tube de 1 décimètre, les degrés donnent approximativement en grammes la richesse en sucre pour 100 c. c. d’urine. Si l’on s’est servi d’un tube de - décimètres, il faut, pour obtenir le même résultat, diviser par 2 le
DOSAGE DU SUCRE
nombre des degrés. On trouve exactement la richesse en sucre d’après la formule x = ^ dans laquelle x est la richesse cherchée, a la ro-
tation avec un tube de 1 décimètre de long, et 54 le pouvoir rotatoire spécifique du sucre de raisin.
Les appareils de Milscherlich sans double plaque, et notamment ceux qui sont disposés pour la lumière rouge, sont moins convenables pour ces déterminations, et ils donnent lieu facilement à des erreurs très-considérables.
Si l’urine à analyser est trop foncée, on peut la décolorer par le charbon animal. On comprend de soi-même que l’on doit toujours opérer avec l’urine fraîche.
[d. Dosage approximatif du sucre dans l'urine , d'après Bouchardat. — La présence du sucre dans l'urine ayant été préalablement constatée à l’aide des réactions indiquées précédemment (§ 140.2), on peut en déterminer approximativement la quantité en prenant, a l’aide de l’urQmètre, la densité de l’urine et mesurant la quantité de ce liquide émise en un temps déterminé, il suffit pour cela de multiplier par 2 les chi 1 1res supérieurs a 1000 indiqués par l’uromètre et le produit ainsi obtenu par le nombre de litres d’urine.
Admettons que la quantité d’urine rendue en 24 heures soit égale à 4 litres et la densité à 1,056 à la température de 15° (pour laquelle l’instrument est construit). Nous avons donc 56x2 x4 = 288 grammes, qui représentent la quantité totale des matières fixes, contenues dans les 4 litres de l’urine essayée (voy. § 150, p. 517); pour connaître la quantité approximative du sucre éliminé en 24 heures, il faut maintenant retrancher de 288 grammes les 50 grammes qui, d’après Bouchardat, représentent la quantité moyenne des matières fix'es contenues dans les urines de 24 heures d un homme en santé : 288 — 50 = 258. 11 y a par conséquent dans les 4 litres de l’urine en question 258 grammes de sucre (= 59sr,5 par litre).
Si la détermination de la densité de l’urine se fait à une température inférieure ou supérieure à 1 5°, il faut corriger le degré lu sur l’uromètre, d’après les tables suivantes données par Bouchardat :