PRÉFACE
La chirurgie puise ses données et ses inspirations a quatre sources principales, savoir : l'observation sur le vivant, la recherche des altérations matérielles sur le cadavre, Tanatomie normale dans ses applications à la pathologie, et enGn les expériences. Ces divers moyens d'investigation, bien que concourant au même but, ne sont pas cependant invinciblement liés Tun a l'autre, et n'ont même été découverts et employés que successivement : l'observation directe qui fait, pour ainsi dire, le fondement de Tari, a longtemps suffi seule à ses progrès; les trois autres, véritables instruments de perfectionnement, ne datent guère que du siècle dernier, et n'ont acquis toute leur importance que dans le nôtre. L'anatomie pathologique et l'anatomie chirurgicale ont encore eu d'assez bonne heure des traités didactiques spéciaux; mais la chirurgie expérimentale n'avait trouvé personne qui réunît en corps de doctrine tous ses matériaux épars, lorsque j'ai essayé de remplir cette lacune.
L'anatomie chirurgicale même, à peine sortie de ses langes, et encore incertaine de son domaine et de sa puissance, n'avait pas donné à beaucoup près tout ce qu'elle pouvait donner. Elle s^était d'abord attachée aux rapports de contiguïté, comme si elle n'eût eu d'autre objet que de guider le bistouri dans les opérations, ou de résoudre ce problème posé par Chaussier : Un instrument traversant le corps dans un point et dans une direction donnés^ dire quelles parties il intéresse; et Blandin particulièrement s'était attaché a la circonscrire dans ce rôle étroit, en lui imposant le nom significatif (ïanatomie topographique ou des régions. Déjà pourtant, en dépit de son titre, il était sorti de l'anatomie topographique pure, en recher-
n ^ PHÉIACE.
chant, dans le mode de développement des régions, rorigmc
de certaines dérormatiûTis consfénîides; M* Velpeau l'avait comprise d'une manière beaucoup plus large encore, en y rattachant Vétude des tissus ou Vanatomie générale, Ce que j'ai essayé d'y ajouter à mon tour, c'est l'étude des organes et des tissus en action, avec toutes les ressources de Texpérimenlation soit sur le cadavre, soit sur les animaux vivants ; de manière à ne laisser en dehors aucune des notions anatomiques et physiologiques propres à éclairer l'étiologie, les symptômes, la marche, le traitement des aHèciions qui relèvent de la pathologie cxlerne. La médecine interne a moins de services âattendre de ce côté; cependant, chemin faisant, je me suis attaché à mettre aussi en lumière les données utiles é la pathologie interne, à la thérapeutique générale, sans oublier ta médecine légale. Et commeenfin le chirurgien ne doit rester étranger à aucune des applications de Tanatomie, et comme il serait périlleux pour sa considération d'être exposéà recevoirdes leçons qu'il lui appartient de donner, j'ai poursuivi l'étude de cette science dans ses rapports avec les heaux-arls, d'au tant que les formes extérieures du corps humain, si essentielles à connaître pour les arlistcSj ont quelquefois une utilité incontestable pour la chirurgie même.
L'ordre que f ai suivi est assez simple. J'ai fait deux parties de Tanatomie générale et de Tanatomie spéciale ou des régions. Dans la première, après l'étude du corps humain en général, je parcours successivement les principaux systèmes, à peu près diaprés Tordre de superposition que la dissection indique, et que je suivrai plus tard pour chaque région; et pour chaque système, j'étudie séparément la disposition générale, puis la structure et les propriétés, et enfin le développement. J'ai compris partout, dans Tarticle du développement, l'histoire des tissus et des organes nux différents âges, sans me dissimulerque quelquefois ces deux choses, fort distinctes par elles-mêmes, gagneraient à être séparément traitées; mais lesdilTérencesque chaque période de fa vie apporte à nos organes sont encore trop imparfaitement connues pour donner souvent matière à ces articles spéciaux, et il suffira que le lecteur soit averti de cette espèce de confusion.
PRÉFACE. m
Dans Tanalomie des régions, la première difficulté est de circonscrire la région chirurgicale. Toutes les fois que j'ai trouvé les limites tracées en quelque sorte par la nature m^me, je n'ai pas hésité a les adopter; ainsi ai-je fait pour les appareils des sens, ainsi pourTurëtre, la vessie, le rectum; ainsi pour toutes les grandes articulations. Quand ces délimitations naturelles m'ont manqué, il a bien fallu tailler des régions artificielles. J*ai pris pour règle, à cet égard, de m'arrôter autant que possible à des points facilement reconnaissables,soitau dehors soit au dedans; de constituer les régions par grandes masses, afin d'en diminuer le nombre, et en vue aussi de rassembler sous le même titre les organes concourant à la même fonction. C'est ainsi que je n'ai fait qu'une grande région rachidienne, une grande région thori^cique, une grande région des parois abdominales: sauf à les scinder, quand la diflërence des couches le demandait, en régions secondaires.
Dans chaque région artificielle, après avoir établi ses limites, je consacre un article a part à Vanatomie des plans ^ c'est-à-dire à l'étude générale des rapports de contiguïté. J'ai préféré cette description par couches, d'abord parce que c'est ainsi qu^un instrument conduit par une main ennemie, ou le bistouri dans une main secourable, doit traverser les tissus; puis, parce qu'il n'y a pas de manière plus simple et plus naturelle de disséquer et de constater ces rapports sur le cadavre. Les vaisseaux et les nerfs ne sont pas ordinairement compris dans ces couches, a moins qu'ils n'en constituent quelqu'une par eux-mêmes; autrement il m'a paru que la description de tous les vaisseaux et de tous les nerfs de la région d'un seul trait, et en masse, en donnerait une idée à la fois plus exacte et plus complète.
Jusque-là c'est de l'anatomie topograpbique pure, qui n'oiïre, à mon sens, qu'un intérêt fort secondaire. A la véritable anatomie chirurgicale, je réserve un article ayant pour titre : Considéra^ lions spéciales. Là, chacun des tissus compris dans la région est tour à tour considéré sous le triple point de vue de sa structure, de ses fonctions, de ses rapports spéciaux ; chaque fait anatomique ou physiologique emportant avec lui sa conclusion chirurgicale. Enfin, lorsqu'il y a lieu, un dernier article est consacré audéve-