CHAPITRE II
I l«r. — Disposition ipéBérmlo.
La peau, enveloppe générale du corps et sa limite à Tégard du monde eitérieurj en accuse donc toutes les formes, saillies, méplats et dépressiODSt dépendant de Tarrangement des organes intérieurs, et donne en outre à diverses régions un aspect particulier à raison des saillies, des ridei et des plis qui tiennent à sa constitution propre. La connaissance de ees divers accidents de la surface du corps n'avait guère été étudiée que par les artistes, lorsque Lisfranc montra quelles données précieuses fournissait parfois pour la médecine opératoire la direction de certains plis et de certaines proéminences. J'ai fait voir que des notions précises sur toutes ces choses ne sont pas moins utiles pour le diagnostic de diverses maladies, principalement des luxations.
Les gnmdes proéminences extérieures sont dues aux os, comme celles du coude, du genou, des malléoles; ou aux muscles, principalement chez les athlètes et durant les efforts ; ou à l'accumulation du tissu adipeux, comme aux joues, au menton, au ventre. Il y a ici une importante distinction à étahlir entre les divers degrés d'embonpoint. Chez les sujets obèses, par exemple, presque toutes les saillies osseuses et musculaires disparaissent, recouvertes par une couche épaisse de tissu adipeux qui distend la peau de toutes parts et donne aux membres une rondeur uniforme. 11 ne reste de dépression que là où la peau adhère naturellement aux os par des brides plus ou moins prononcées; au sillon naso-labial, au menton, à Taisselle ; et au niveau de certaines saillies osseuses, Tolécràoe, la rotule, le grand trochanter, etc. Dans les très-jeunes sujets, comme toutes les protubérances du squelette sont peu développées, et que le tissa adipeux l'est quelquefois d'nne manière excessive, ce ne sont plus des dépressions, mais bien des plis circulaires qui existent autour des malléoles, près du poignet, etc. ; et même de semblables plicatures coupent en travers les masses adipeuses des membres, comme à la cuisse ; d'où résultent quelquefois, pour la peau ainsi plissée et mise en contact avec elle-même, des excoriations assez douloureuses.
Quand c'est le système musculaire qui prédomine, Taspect est difië-
rent ; la peau, assez mince pour trahir le cl(i?eloppeinent des parties i jacentcs, est fortement soulevée par les masses musculaires; déprimée en sillons dans leurs interslices, aplatie sur les larges tendons et les aponévroses d'insertions musculaires. Toutes les éminences osseuses auxquelles s'insèrent directement les muscles, disparaissent sous rénorme accroissement de ces organes ; ainsi l'on ne peut plus reconnaître le bord de Tacromion, et la mensuration du bras devient très-difûcile ou même impossible ; d'autres ne se révèlent à l'œil que par des dépressions ; tels sont le grand trochanter, les cond jles du fémur, etc. Celles au contraire qui sont séparées des muscles par un large tendon ou une aponévrose d'attache, isolées par les méplats que produisent ces organes, font au dehors leur saillie accoutumée; telles sont la rotule et Tolécrâne.
Enfin, chez les individus naturellement maigres et frêles, les saillies musculaires sont à peine sensibles, et se laissent facilement déprimer; toutes les saillies osseuses se manifestent, et le peuple a rendu cet état par une expression bien pittoresque, en disant que les os percent la peam* Quelquefois, apiès un grand embonpoint perdu, les téguments ayant perdu leur ressort forment des replis flasques et pendants, au menton et à l'abdomen par exemple. J'ai vu au bureau central, chez des femmes âgées et même chez des hommes, ces replis de la peau du bas-ventre avoir plusieurs pouces de longueur, et simuler aux yeux une éventration dont le toucher démontrait l'absence.
DISPOSITION Générale:. 71
sont de ilmples rides qui marquent le lieu de flexion des grandes articulatkmf» et qui n'ont pas même d'existence constante ; telles sont les plicaturas qui marquent à la face dorsale du poignet les articulations mëdio*carpienne et radio-cai pienne : le pli du coude; le pli du cou, si gracieux chei quelques femmes, qu'on Ta appelé le collier de Vénus ; le pli, quelquefois double, qui raye transversalement la peau du ventre, et qui indique le point de la flexion la plus marquée de la poitrine sur le bassin. D*autres, imprimés sur la figure, le pli transverse du menton, le sillon Tertical de la lèvre supérieure, le sillon oblique naso-labial, servent également à rarticulation, si j'ose ainsi parler, à la flexion des diverses portions de ce masque mobile de la face de l'homme, et contri* buenl beaucoup à lui donner de l'expression. Mais la plupart sont variables de longueur et de forme, ou même peuvent manquer tout à fait, tandis qu'il en est d'autres qui ne manquent jamais^ qui, dans l'état normaly affectent toujours la même disposition et occupent la même place, en sorte qu'ils donnent au chirurgien les indications les plus certaines ; tels sont les plis de la face palmaire des doigts. Enfin les rides passagères creusées sur le front à l'angle externe de l'œil, entre la racine des sourcils, par la contraction des muscles, peuvent aussi devenir permanentes avec rage, ou par i'eff^et du chagrin, qui devance le temps.
Deox questions chirurgicales se présentent ici. D'abord ces plis divers sont-ils assez constants dans leur siège pour servir de guide au bistouri, ou de pdnt de ralliement à l'œil dans certaines déformations des membres? J'ai déjà répondu affirmativement pour les plis palmaires des doigts; la plupart des rides articulaires^ quand elles existent^ peuvent avoir la même utilité. Mais il faut être bien averti qu'il n'en est ainsi qu*à l'état normal ; ainsi j'ai fréquemment éprouve et fait voir dans mes cours de médecine opératoire, que les callosités des mains, la rétraction même commençante des doigts changent extrêmement les rappoi ts de leurs plis {Mdmairea, et qu'alors les règles posées par Lisfranc pour trouver les interlignes articulaires sont en défaut.
Seoondentent, lorsqu'on a une incision à faire dans les régions occupées par des plis ou des rides, quelle direction la plaie doit-elle avoir) On « dit qu'il fallait la faire parallèle ; je crois pour ma part que cela di^t beaucoup varier. Aux doigts, par exemple, les incisions nécessitées par un panaris doivent toujours se faire parallèlement à l'axe du doigt hd-même* Au pli de l'aine, il n'y a nul avantage à suivre la direction du pli pour Tonverture des bubons suppures; il convient môme de faire l'in- 1 perpendiculaire à ce pli, comme je le dirai plus tard. A la lace.
7î DES TÉGUMENTS.
îl vaut mieux suivre les sillons permanents^ et cacher rincision dans le silion même. Mais sur une région où les pHs sont fu^tids, comme au front par estemple, avant la vieillesse, fera-t-on l'incision transTer- &ale? On couperait ainsi en travers les fibres du muscle frontal dont It rétraction écarterait les lèvres de la plaie ; et la réunion ne se ferait qu'^après suppuration et moyennant une cicatrice* Des données plus importantes pour la direction dès incisions sont fournies par la directioa des fibres du derme ; il en sera question tout à T heure.
Du reste, le chimrgien doit savoir que ces saillies des muscles, des os, de la peau, ces plis profonds, ces rainures su perflci elles, changent de rapports et souvent de formes suivant les positions et les monvetnents de la région qu'ils occupent, et qu'il importe donc de ne pas confondre une position avec une autre.
Je dirai quelque chose dans un paragraphe spéciaU des cheveux et des poils qui occupent certaines régions de la peau.
§ 3. ^ Hirnctai-ft et pm^rlétés,
La peau se compose du derme^ de répiderme^ et de glandes et de foUi* eûtes*
1^ Du derme, — Le derme ne se présente pas dans toutes lesrégicnâ la même apparence. Si Ton considère par sa face m terne le derme du
roUî- I
sous I
oentes; il eo est léparë par un tissu cellulaire très-lAche qui rend la peau plus mince et plus mobile en ces points que partout ailleurs.
A mesure qu'on approche de la face externe du derme, le feutrage de ses fibres devient plus serré ; et sa surface extérieure n'offre aucun trou de communication avec les aréoles de la face interne. On produit de ces communications sous forme de trous obliques très-apparents, en faisant macérer un morceau de peau pendant un mois ou deux. Bichat, à qui appartient cette expérience, a observé de même que dans les furoncles, tout ce qui remplit les intervalles dermoides disparaissant par la suppuration, les fibres restées seules et écartées par le gonflement des parties, présentent véritablement l'espèce de crible qu'on obtient aussi de la macération^ quand on les a lavées du fluide qui les humecte (i). Gela est encore plus marqué dans Tanthrax bénin, qui n'est autre chose que la réunion de nombreux furoncles; le derme est tellement criblé de trous produits par la sortie des bourbillons, que les chirurgiens italiens donnent à cet anthrax les noms de favo ou vespajo^ rayon de mUU
Telles sont les données sur lesquelles repose la théorie qui localise rinflammation furonculeuse dans les aréoles du derme; et cette théorie ne remonte pas plus haut que Bichat. Elle rend assez bien compte de certaines particularités de Thistoire du furoncle ; ainsi cette sorte d'inflammation ne pouvant naître que dans les endroits où existent des aréoles, on observe en effet que les mains, les pieds, le visage, les parties génitales en sont exempts. Les régions où les aréoles sont plus développées doivent en être affectées de préférence ; aussi la partie postérieure du cou, le dos et les fesses, où le derme a une épaisseur presque double de ceUe du reste du tronc, en sont-ils fréquemment le siège ; il en est de même pour les membres inférieurs, qui ont aussi la peau plus dense que les membres supérieurs. La forme circonscrite et acuminée du simple furoncle est déterminée par la forme de Taréole qui le limite ; la nature fibreuse et résistante des parois de Taréole rend raison de l'espèce d'étranglement qui semble accompagner cette inflammation, et de la gangrène consécutive du paquet adipeux étranglé. Cette idée de l'étranglement, omise par Bichat, avait été ajoutée par Dupuytren à la théorie primitive; et il en avait même déduit une indication toute nouvelle. Ainsi, pour Tanthrax, il voulait que la tumeur fût divisée dans toute sa profondeur, en dépassant même ses limites de 5 à 6 mfllimètres ; si eUe était volumineuse, U y faisait une incision cruciale ; et Lisfiranc, poussant
(1) Bichat, ÂnaiomU gén&ale, 1S31, t. IV, p. 306 et S&S.
74 DES TEGUMENTS,
ks choses plus loin encore, appli^uail l'incision cruciale
lains furoncles (1). li
Tûu le celle doctrine, acceptée d'abord de confiance, a clé soumise d
quelque ten^ps à un cïamén plus sérieuî» et de graves objections oi
soulevées. D'abord M, Nélaloa a avancé que le bourbillon n'est poi
UsâU cellulaire gangrené, mais un produit de sécréltop pseudo-mei
, lieuse; et il a form dit? nient nié rétrangleinent, de sorte que rindicali
Idébridemcnt aurait dlé purement imaginaire; aussi M.Nélalon Ta 1
laoit pour le furoncle, soit pour Tanlbrax» en traitant assez dédaigi
Liuent les observations deDupu^tren (2).
M, Jarjavay a ajouté, à Tappui de ces idées, que le bourbiiloD, dans Teâiz, se dissout et se réduit en bonillic. 11 persiste toutefoiSj o Jl. Nt^aton, à localiser le furoncle dans les aréoles du derme; et î raient bien dû nous dire ce que devient le tissu adipeux qui enfcrnié, M. BIchet professe^ an contraire, que le point de départ i ronde <?st dans les follicules pilo-sébacés^ a. dont ta matière^ sécfétéi mùlffticTit^ se métaTîtje avec les produits VëT:sés dans ia poche kystiq flammée^ pour produire ce que l'on a appelé le bourbillon. »
Toutes ces assert ion s sont sujettes à des objections sérieuses; et <f M. Richet me paraît avoir confondu avec le furoncle de petits b< superficiels, analogues à facné, et dont Torgeolet n'est qu'une varU vrai furoncle qui soulève la peau en cône* et oCfre à son sommi ouverlurc en forme de cralèi e, est situé plus profondement, comm teste la largeur de sa base. Je n'ai pas vu lebourbiHon se dissoudlt Feau; eti rêcrasant sur une compresse, quelquefois il s^élale cornus bouillie, sans laisser aucune trace apparente ; mais d'autres fois on trouve une portion de lissu cellulaire qui rcsistc à récrascmenL t exerce une pression inélliodique sur un anthrax qui n'est qu'une ré de ruroncles, on voit sortir par les ouvertures du derme, tantdt ceU Lière puUacée, que M* Nélatona prise pour une sécrétion pseudo-i braneuse, et qui pourrait tout aussi bien être du pus concret; tant^ trames detissu cellulaire morlïQé, mais encore rcsistanl et recontiail Puis^ quand les ouvertures du derme se sont confondues et permetti voirrinlérieurde la tumeur, on aperçoit les aréoles prorondes du âà louvent encore remplies de bourbillons, et circonscrites par des | Lrèâ-soljdes, entre^crotsées en tous sens. Maintenant, cette mortiûcati
(1) Diipoytren, Uçon^ oraies, L i\\ p. 470. — Liéfranc, CItnîqve ehifHf^
(2) MÉlaton, Elém. de palUoL e^trur^., tMH, 1, 1, p, 380. ||
STRUCTURE ET PROPRIETES. 78
tiisu cellulaire adipeux sufflt-elle pour attester un étranglement Y Non sans-^oote, puisque le même phénomène se rencontre dans le phlegmon diffus ; mais la teinte violacée de la tumeur, sa disposition invincible à la gangrène, si manifeste dans Tanthrax, ne semblent dénoncer autre chose qu'une inflammation ordinaire. Seulement, si Ton veut admettre un étranglement, il est certain que les incisions préconisées par Dupuytren n'y remédient en aucune façon, et n'ont jamais ni prévenu, ni arrêté la gangrène; c'est une douleur inutile qu*on ajoutée celle de Taffection même» et il y a plus de quinze ans que j'y ai renoncé.
Quelle est la nature du tissu dermoîde proprement dit? il se rapproche extrêmement du tissu fibreux par ses propriétés physiques et chimiques ; il s'en écarte toutefois par la grande quantité de nerfs et de vaisseaux qu'il reçoit et la fréquence des maladies qui Tassiégent ; enfin par deux propriétés extrêmement remarquables: une élasticité considérable jointe à une puissante rélractilité (1). liais comme ces deux propriétés sont partagées par Fépiderme, j'y reviendrai après avoir parlé de ce dernier.
Les fibres du derme ont-elles quelque arrangement particulier, ou sont^ elles croisées confusément, de manière à présenter une sorte de feutrage inextricableT Celte dernière opinion, que je vois encore répétée dans les traités d'anatomie les plus récents, ne saurait subsister après les recherches intéressantes dictées par Dupuytren et faites par M. Fiihol, un de ses internes. Voici à quelle occasion : Un commis négociant, décidé an suicide» sTélait porté trois coups de poinçon dans la région du cœur ; ti bien que le poinçon fût arrondi, les trois plaies, situées vis-à-vis de la septième côte, ressemblaient, à s'y méprendre, à celles qui auraient pu être fkiles par un canif ou tout autre instrument à deux surfaces aplaties et abords tranchants; elles offraient une longueur de deux lignes avec des bords rapprochés, égaux, et des angles très-aigus; et elles étaient parallèles à la direction de la côte.
On voulut expérimenter sur le cadavre si cette forme des plaies était due seulement an hasard, ou si elle se reproduirait d'une manière constante. L'instrument dont on se servit était un poinçon conique, de trois pouces de long à peu près, ne marquant dans sa partie la plus large que trois lignes m quart au graduomètre à trous. Avec cet instrument, on obtint
(]} Osiander. d'après des observatioos faites sur la peau de l^abdomen de femmes mortes en couche, prélend que la flbre qui forme le derme est disiioctement mnscalaire à la face iaUrne de la peau. Traduction française de VAfUktomk <lrier<pfjvt, de MicM, 1. 1, p. 416. ~ CcU ne vaut pas la peine d'éire réfuté.
constamment de petites plaies allongées, à deu% bords égaux et r^ fhés» à atigles Irès-aîgus, d'autanl plus longues que Tinstrument éti foncé plus prorondémentj et affeclant toujours k niênne direction' une région donnée du corps. Ainsi, 1^ au cou et à la partie antérîe^ Paisselle^ elles étaient dirigi^es do haut en bas ; 2° au thorax^ elles é parallèles à la direction des eûtes ou des espaces intercostaui ; 3*^ à gion antérieure de t*abdomiiîij elles étaient obliques supéricurera infcrieurement, et semblaient affecter la direction des fibres m uscii à la partie moyenne, elles étaient dirigées de baut en bas; 4*^ aux bres^ elles étalent parallèles à leur aie* Si dans quelques points les lie la plaie restaient écartées^ il suffisait de tendre ta peau pour k procber exactement, mais cette tension n'^avatt cet elTet que dans n unique ; en sens contraire, on ne faisait que les eearler davantagemol, 11 était très* facile de voir que le poinçon n'avait fait qu'éc&i fibres de la peau, aiïectant diverses directions selon les régions du m Tai répété ces expériences^ et je dois dire, non-seulement que je t obtenu des résultats complètement semblables à ceux de M. Fil ho] que sur divers sujets la direction des petites plaies dans la même m'a paru légèrement varier. Sur un cadavre de femme assez mun bon point, la direction des plaies au cou j à la partie antérieure du et de l'abdomen, était partout transversale ; à peine au cou, sur 1 médiane, y avait-il une légère obliquité en dedans et en bas* Au de la ligne blanche» direction transversale, et de même sur les \ lèvres. Chez un jeune homme, les petites plaies atTeclaient sur Tal une direction oblique parallèle aux ûbres du grand oblique ; à la p parallèle ou à peu près attx côtes; à ta partie antérieure du cou^ p au sterno-mastoidien. Rien déplus varié que les directions des p la face. Autour des yeux, elles sont convergentes, comme des dont rœil serait le centre j sur le^ côtés des joues, elles descende quement en bas et en dedans; au menton et à la lèvre inférieui m'ont paru obliques en dedans et eu haut, parallèlement aux fil muscle triangulaire des lèvres. Au front^ je n'ai pu rien saisir d lier, et peut-être la différence des rides quVn observe sur tel ou i vidu dépend-elle de la direction des fibf^s du derme.
Sur les bras et les ataut-bras, les piqûres s'aUongeut paralièU Taxe du membre. Dans la paume de la main^ leur direction vari coup ; elle est longitudinale sur les doigts et sur l'éminence hypo
(0 Dupu^trin» Traité âa hitstures par arma ie ^t^irre, L I» p,ai«
sur rémiiiaice thénar, elle est parallèle aux muscles sous-jacents; mais il y a qoeUfoes piqûres qui ont affecté une direction opposée sans que j*en sache la cause ; dans la paume proprement dite, j'ai vu la plupart longitudinales, quelques-unes obliques; et au niveau du sillon transversal moyen, elles étaient transversales.
Aux membres inférieurs, dans toute la moitié externe de la cuisse» elles étalent absolument parallèles à Taxe du membre; dans la moitié interne^ obliques en bas et en dedans. A la jambe, elles redevenaient Terticaks ; sur le dos du pied, transversales. Mais une circonstance bien dogulière est la disposition des fibres cutanées autour des saillies osseuses. Ainsi, en plongeant le poinçon tout autour de la rotule, on voyait la division des fibres se faire parallèlement à la circonférence de cet 08, en sorte que si toutes les piqûres s'étirent touchées par leurs extrémités, elles auraient formé une division circulaire complète autour de la rotule ; même disposition autour de Tolécr&ne. Dans le milieu de ce cercle, au niveau du centre de la rotule, par exemple, les piqûres étaient tout à fait transversales. Au-dessus de la malléole interne, elles contournaient de inême la saillie osseuse; mais au-dessous, au lieu d'achever le cercle comme pour la rotule, elles continuaient à suivre la direction d^une ligne parabolique à concavité Inférieure, étendue du talon à Tarticulation tarso-métatarsienne du gros orteil.
Enfin, j'ai noté une disposition toute contraire et non moins remarquable pour la peau de la paroi extérieure de Taisselle, tout près du bord libre de cette cavité ; là, les piqûres sont perpendiculaires au bord axillaire, de manière à lui former comme une demi-couronne de rayons.
fai rapporté avec quelque détail ces expériences, à cause de la nouveauté du sujet et de la singularité des résultats. J'ai cherché en vain à trouver une loi générale pour la direction de ces fibres ; je ne doute pas t que de nouvelles recherches ne finissent par la découvrir (i).
(1) GsB piqûres avec an poinçon me paraissent an nouveau moyen à ajouter à ceux que possède l'anatomie pour dévoiler la texture intime des organes. Comme Je faisais ces expériences en présence de M. Maisonneuve, alors prosecteur à Clamart, il plongea le poinçon dans la portion antérieure du foie; toutes les piqûres prirent one direction verticale. A la face supérieure du même organe, elles devenaient transversales. 11 y a là une question toute nouvelle à étudier.
A la pean, la direcUon des fibres change pour Tordinaire brusquement; à une ligne d'une piqûre transverse vous en avex une verticale. Dans un peUt nombre de cas, fal obtenu avec le même poinçon rond des plaies triangulaires; c'était vais les réglons où la dlreeUon des peUtes plaies changeait brusquement, et, amant que J'ai pu m'en assurer, cette forme triangulaire ne tenait point à la
m DES TÉGUMENTS.
rayais conjecturé, en me Itvranl à ces essais, que petitêlre Ja tion âe k peau sevâii plus grantle^ si ses Gbres élaLenl coupées en que si l'on se bornait à les séparer par une incision parallèle; de lellt que $1 Cl (le pivsompiion s't^tail vértOéet nous aurions eu enfin ui cipe fondé en analomie pour la direcUon à donner aux simples iacii J'avais donc pratiqué comparativement sur le cadavre, soit au troni aux membres, des incisions en sens conlraire, avec toutes les précai désirables; IVcartcment des bords m^avait paru le même dans lei cas, ous'il diiïérait.eela lenait umqueraentà laleusionaccidenLelta peâUj qui réagissait loul aussi bien sur les incisions parallèles qi les incisions li-ansvci-sales. Depuis lors, j'ai pu répéter ces eipéri sur le vivant, et elles m*ont donné des résultats beaucoup plus cluants. Au pli de IVmc par exemple, il n'y a nulle comparaison à entre récarlement d'une incision perpendiculaire à ce pli, et celui incision parallèle dont les lèvres restent rapprochées comme celleti boutonuièi'é. A. la jambe, une incision verticale s'écarte à peine|. même à la moitié externe de ta cuisse; une incision en travers i au contraire un écartement considérable. Au cou» Tincisionen ti ou parallèle aux ûbres de la peau ne s'écarte que si Ton renverse ] en arrière ; aiïsst les incisions verticales sont de rigueur lorsqu^oô mettre à nu le fond d*un abcès, le fond d*une plaie» et mÊrae pour i par première intention ; attendu que dans les incisions transversal bords s*enroulentou clievauchent Tun sur l'autre. Ajoutez que VU mation, en délerminantla rétraction pathologique, rend plus fra|^j encore les dilTiSrences d'écartement des incisions pratiquées dans u) ou dans raulre ; je leviendrai plus loin sur ce sujet, |
A la surface externe du derme se trouvent lespaptf/es, petites émh nerveuses et vasculaires très-marquées surtout dans la paume delà et à la plante des pieds, où on les voit à travers Té pi derme aiTectan disposition régulière en forme de petites stries recourbées suivant dl directions* Si Ton Tend longitudintlement un morceau de la p^ pied, on voit entre le derme et répiderme, le long du bord divisa ligne en forme de filet Irerablé, qui résulte de ces petites éminencd cées les unes h. côté des autres. Mais on les distingue bien mieux le répiderme a été enlevé, et surtout sur le vivant à la levée d*iin ti loire.
2* Vépidermc, — L"'épiderme est une membrane plus ou moins ép
manière d'enfoncer rinslrumentr elle semble due à la difiposillon det duos ce» {^olnLi »pëcîai]X>
étalée sur toute la surface du derme comme un vernis, pour le défendre du contact des corps extérieurs. D*après les micrographes modernes, il se compose essentiellement de deux couches. L'une^ sèche et solide, apparaît au microscope formée de cellules rangées en forme de pavé, ce qui leur a fait donner par Henle le nom lïépithélium pavimenteux^ épithélium pavimerUeux stratifié dans les points où les cellules se superposent de manière à accroître beaucoup l'épaisseur de Pépiderme. La seconde coucha, plus molle, n^est autre chose que ce que Malpighi avait décrit sous le nom de corps mtupieuXf et est formée d'épithélium à Pétat naissant, en quelque sorte^ avec des cellules confusément entassées. Selon les uns, le pigment oa matière colorante de la peau, serait irrégulièrement disséminé dans le corps muqueux ; d'autres disent qu'il en occupe plus spécialement la (kce interne ; enQn M. Robin en fait une troisième couche de Pépiderme, placée au-dessous des deux autres et immédiatement appliquée sur le derme.
Quoi qu'il en soit, le pigment, abondant surtout chez les nègres et qui domie à leur peau sa couleur caractéristique, n*est toujours qu'un dépAt de sécrétion entre le derme et Pépiderme, et ne faisant partie intégrante ni de l'un ni de Pautre. Dans la macération, Richat a observé que cette matière colorante tantôt s'enlève avec Pépiderme, et tantôt reste adhérente au derme, bien que ces deux éléments de la peau aient la même couleur chez les blancs et chez les noirs; et Réclard ajoute que si la macération est prolongée, la matière colorante se dépose au fond du vase où on peut la recueillir. Le pigment paraît même sensible sous Pépiderme à PactioR de certains agents chimiques. « Un nègre, dit Fourcroy, ayant placé son pied dans une lessive d'acide muriatique oxygéné et Payant tenu quelque temps dans cette liqueur, offrit cette partie presque décolorée et tournant à la blancheur; mais un noir aussi beau, aussi pur que celui qu'il avait d'abord^ s'est reformé en entier au bout de quelques jours (i). » Les acides nitrique et sulfurique ne produisent rien de semblable.
Existe-t-il chez les blancs une matière analogue ? Bichat incline à le croire, puisque Paction longtemps continuée d'un soleil vif les noircit sensiblement. Certaines irritations produisent le même effet. Pour peu qu'un vésicatoire ait suppuré quelques jours, la place reste marquée pendant longtemps d'une couleur plus foncée que le reste de la peau. Il n*en va pas autrement chez le nègre; le vésicatoire enlève d'abord Pépiderme
(1) Fourcroy» Système des eonn. ehimiques, t. IX, édit. in-8, p. 360.
DES TEGUMENTS.
et la couche colorante, et laisse à au Le derina rouge comme ches le LEanc ; lorsqu^on le dessèche, le pignmnt se reproduit sous la rarme dé petits poiiils noirs qui s^agrandissent peu à peu et unissent par se confondre ; et^ par eiemple, chez un nègre à qui Ton avait appliqué plu^ :3ieurs vésicatoires pour un rhumatisme articulaire, ]'ai cooslalé que )e$ cicatrices étaient plus noires que ie reste du cnrps.
La deuxième couche^ corps mti^ueux da Malpighi, me paraît demander encore de nouvelles recherches. U eit à remarquer d'ahord qu'elle n'a été étudiée que sur la langue^ ou à ta paume des mains et à la plante des piedïi, là où renveïoppe épiderraïque a une épaisseur extraordinaire. Si, en elTctj on fait macérer une main ou uu pied de façon à en détacha t'épiderme^ ou si Ton décolle cetui*ci sur un sujet qui commence à se ptitrélier, od trouve Tépiderme très-épais, plus adhérent que dans les autres régions, Bl formé de deui couches au moins^ dont l'in terne hlanchâtrc semble incrustée daus les sillons du derme. Mais en répétant T expérience sur la peau du thorax, des fesses, des bras, deâ cuisses, des jambes, il m'a toujoui^ été impossible de trouver deux couches à répiderme; j*ai eu bi^au même racler la surface du derme, je n'^ ai aperçu aucun résidu. Ne serait-ce pas que Tépiderme de la plante des pieds, de la paume des mains, de la face supérieure de la langue, serait autrement constitué que partout ailleurs ï 11 est bizarrre que sa couche externe présente une épaisseur si gi^nde, précisément dans les régions ou le sens du tact esi
La coii^ saperficielle, dont il me reste à parler^ et qui est parfaitement insensible, parait formée, comme il a été dit^ par des cellules d'épitliéiium pavimenteux. 11 y a cependant un fait qui s*accorde assez mal avec ces indications microscopiques; lorsqu^on traverse la peau avec un poinçon, dans les expériences que j*ai relatées tout à l'heure^ Tépiderme se fend exactement comme le derme, dans des directions que l'on peut assigner à Favance^ en sorte qu*il est difficile de ne pas lui reconnaître aussi une trame fibreuse.
U (ànl bien ajouter enfin que Tépiderme partage complètement, la sensibilité mise à part, toutes les autres propriétés organiques du derme, l'élasticité, la rétractilité physiologique et la rétractilité pathologique.
L*élastîcité est à peu près une propriété de tissu, aussi marquée sur le cadavre que sur le vivant, pourvu bien entendu qu'un commencement de décomposition n'ait pas altéré le tissu même. C'est en vertu de cette propriété que la peau peut être refoulée sous la pression du doigt ou d'un corps étranger, distendue par une accumulation de liquide ou de gaz, tiraillée par les efforts de traction dans les luxations et les fractures, de manière à acquérir presque subitement une longueur anormale, et à re- \ venir sur elle-même aussitôt que la distension a cessé. Quand le sujet est chargé de muscles ou d'embonpoint, la peau s'y prête, tout en conservant une tendance à se raccourcir ; et c'est ainsi que sur le cadavre un lambeau disséqué ne peut plus recouvrir le lieu d'où il a été tiré. Si le sujet est fort amaigri, l'absence de distension rend naturellement le phénomène beaucoup moins prononcé.
11 y a cependant des limites à cette élasticité; et le ressort de la peau i peut être Taincu, soit par une traction brusque et violente, soit par une / distension lente et prolongée. On a vu des efforts de réduction mal dirigés j déchirer les téguments ; et un utile précepte est de ramener la peau le ! plus poMÎble au-dessus du point où Ton doit fixer le lacs extenseur, afin , qu'étant ainsi plus relâchée, elle puisse supporter sans péril un tiraillement plofi considérable. Si, au contraire , la distension s'opère à la longue, . commo ches les sujets qui arrivent avec les années à un très-grand embonpoint, ou bien encore par l'effet de la grossesse, la peau ne se rompt point, mais elle s'éraille, et cet éraillement présente deux degrés trèsdiven, qui n'ont pas été jusqu'ici suffisamment étudiés.
Le premier degré s'observe fréquemment chez les jeunes filles qui, à partir de Tâge de la puberté, présentent à la fois un grand développement du banin et un embonpoint assez considérable. On aperçoit alors, principatoment sur les hanches, des lignes marbrées, semblables à des cica-
DES TÉGITMEOTS.
irîcès de brûlures superficielles. Ces lignes ne sont pas dirigées au haasp^i elles croisent la direction des Libres de la peau même* En tes exaniioaitf avec soin, on reconnaît que cerlalnes bandes de tégutneats, si je puis me servir de cetle expression^ ont moins r^isté que J es autres ; qu^eUes se 3ont amincies et comme éraillées en certains poinls de leur longueur, comjBe une bande de caoutchouc qu'on aurait forcée* L'amincis&eEueat porte a la M s sut' le derme et Vepiderme, qui ne reprendront jamais, eu ce point* leur épaisseur et leur «plasticité priraUivea ; et comme les fibres de la peau des hanches marcbent obliquement d^arrière en ayant, et un peu de batit en bas^ les éraillures, quelque ir régulières qu'eUes paraîtsentj sont toutes perpendiculaires à cette direction.
Cheï les femmes qui ont eu des grossesses volumineuses, ces éraîUernents., connus aussi sous les noms de vergeturesou de vibiûe^^ occtipcot là partie antérieure de l'abdomen « ptincipalemeût Thypoga^tie, en montant rarement au-dessus de Tombilic. Ce sont d'abord de» (achcs toutes pa* reillcs à celles qui viennent d'être décrites, et qui, croisant la direction des libres de la peau, descendent à peu près verticalement. Haïs la dis* tension^ poussée à reitrâme» a eu aussi pour effet de di:?]oiiidre, d*écarter les bandes fibreuses des téguments ^ et Ton aperçoit de distance i^n diS" tance d'autres éraillures, non pas étalées comme les premières» mais figurant de petites fissures dans lesquelles Tépiderme plonge. Ces fissures
directi
signale le premier, très-importaut à connaître pour le chirurgien. On n*a qu'à jeter un coup d'œil sur la peau de la face dorsale des doigts^ pour voir combien, dans Textension surtout, elle est criblée de plis transversaux^ destinés à prêter à son allongement dans la flexion. Or si, par une cause quelconque, on vient à laisser quelques semaines et surtout quelques mois, les doigts dans Textension, sans qu*il y ait au voisinage de la main ni lésion ni souffrance, peu à peu ces plis diminuent, puis ils finissent par disparaître ; la peau apparaît lisse et tendue comme un gant bien tiré ; aussi n'a-t-elle plus la longueur nécessaire pour prêter à la flexion, et la flexion est perdue. Cela n*est pas dû, sans doute, uniquement à la rétraction des téguments ; les couches sous-jacentes, et surtout les ligaments y ont pris part; mais l'état de la peau est un indice certain de la rétraction qui s'opère au-dessous; et j^ajoute que la peau même joue ici un si grand rôle, qu'on ne recouvre les mouvements de flexion qu'en lui restituant les plis qu'elle a perdus. De même que la disparition progressive de ces plis annonce à Tobser valeur les progrès de la raideur des jointures^ de même leur réapparition annonce les progrès du mouvement recouvré et de la guérison.
Enfin la rétraction pathologique est, comme son nom l'indique, d'une nature différente de la précédente, et c'est à elle qu'il faut rapporter quelques phénomènes des plus communs et des plus importants en chirurgie. On connaît la tendance des abcès à se faire jour à l'extérieur; mais la façon dont se fait la perforation des téguments est encore un problème. La collection purulente amassée dans une région profonde, à mesure qu^elle augmente, distend naturellement de préférence celle de ses parois qui lui offre le moins de résistance ; si tout est plein à l'intérieur, comme dans les membres, c'est donc à l'extérieur, du côté de la peau que le pus tendra à se porter. Lorsque de proche en proche l'abcès est arrivé à la superficie, la peau s'enflamme ; la rétraction qu'elle subit sous l'influence de rinflammation concourt avec la pression du pus à l'amincir et à rdraiUer* Mais cet érailleraent ne suit pas les mêmes lois que celui qui s'opère pendant la grossesse, par exemple; avant que les bandes fibreuses aient cédé dans la continuité de leurs fibres, elles s'écartent dans leur contiguïté ; et les petites ouvertures par lesquelles le pus sort au dehors sont des fissures rectilignes, affectant la même direction que les solutions de continuité opérées à l'aide du poinçon. J'ai fait voir nombre de fois ce mode de perforation, qui ne manque jamais peut-êtn* quand les téguments enflammés sont à l'abri de toute pression ; et quand une fissure s'est ouverte, si l'on n'agrandit pas l'ouverture, le lendemain
on en trouTe une ôu plusieurs autres. Jusqu'à ce qu'en Qn les bandea fibreuses Irop amiDctcs Unissent par se rompre. Mais jo ue dois pas omôttre de dire que le mécanisme esl tout diUerent quand la peau est comprît mée, par exemple quand l'abcès repond au mollet ; ai ors la pression détermîDâ la mortification de la portion de peau la plus amlucte; et c'est par le dt^coUement de TescaiTê que le pus se fait jour à Texte* rieur-
Le meilleur moyen d'éviter et cet amincissement de la peau et ces ouvertures multiples, consiste à faire cesser la tension de bonne heure, à Taide du bistouri. Mais le bistouri ne doit pas agir à l'aveugle ; s'il opère l'incision dans la direction des ûbres de la peau, il ne fait guère que les disjoindre saus diminuer leur tension^ et elles continuent k s'amincir ; s'il les coupe en travers^ à Finstant elles se rétractent dans une étendue considérable^ et reprennent à la ibis plus d'épaisseur et de vitalité. Si par Giemple, dans un bubon inguinal^ vous faites l'incision paiallètg au pli de Taine, les bords ne s'écarteront points la peau de plus en plus amitide vous obligera I6t ou tard à la détruire par une nouvelle incision ou par Tes caustiques. Si au contraire Tincision croise directement le pli inguinal, les bords, déjà écartés au premier moment, s'écarteront bien pins encore le lendemain et les jours suivants; la plaie prend peu à peu la forooe d'une losange ; cl quelquefois la rétraction va à ce point qu'il y a moias de distance d'un bout à l'autre de l'incision qu'entre les bords de cette
ne mettent pu plat que les autres à l'abri de la rétraction pathologique, et serrent seulement à en atténuer les effets.
C*est donc à rinflammation qu'il faut s'attaquer comme à la cause première de ces rétractions redoutables ; et il n'en est pas autrement quand on réunit par suture une plaie dont les bords tendent à s'écarter. La sature qui les tient en contact le premier jour suffira encore les jours suiyants^ si rinflammation demeure absente; sinon, la peau rétractée se coupe sur les fils ou sur les aiguilles, et la réunion est manquée. Un tiraillement exagéré est ici une cause puissante d'inflammation; pour le diminuer, on peut détacher le lambeau des téguments voisins, soit par une on deax incisions latérales, soit par une incision semi-lunaire pratiquée à quelque distance et à peu près parallèle au bord de la solution de continuité. Les anciens connaissaient déjà ces ressources ; les modernes ont imaginé en outre de disséquer les téguments à leur face interne, poar les séparer du tissu cellulaire ; la peau ainsi isolée s'allonge dayantage, et l'on n'a du moins à lutter que contre sa rétraction propre, tandu qu'autrement il s'y joint la rétraction des parties sous* jacentes.
La rétraction pathologique des téguments s'observe également, en dehors des abcès ou des incisions, par reflet d'une inflammation aiguë et qui tend à se prolonger. Dans les phlegmons de la main, la peau des doigts se rétracte de manière à ofl'rir de très-sérieux obstacles au rétablissement des mouvements. Il n'est pas même besoin pour cela d'une inflammatioa aiguë; une irritation chronique dès son origine détermine à la longue une sorte de racornissement des téguments à la paume de la main et aux doigts. 11 est bien peu d'ouvriers dans les professions qui exigent 4le grands effbrts de main, qui ne présentent au déclin de l'ftge une flexion plus ou moins marquée des doigts, qu'ils ne peuvent plus ramener à l'extension complète ; c'est la rétraction de la peau qui a produit ce résultai. En général cela s'arrête là, et leurs occupations n'en soufiVent pas d*une manière notable; mais quelquefois la rétraction amène une flexion lelle que la main ne peut plus servir, et qu'il faut recourir à une opération. J*ai puUiié l'histoire d'un maçon. Agé seulement de vingt-deux ans, entré à THÔtel-Dieu en novembre 1832, pour une flexion forcée de tous les doigts de la main droite ; Dupuytren le jugea atteint d'une rétraction éb Paponévrose palmaire ; je fis voir que l'aponévrose y jouait à peine un rdla, et que la rétraction des téguments était l'aiTection principale. La pean était dure, sèche, comme transformée en tissu de cicatrice; elle ne snait plus depuis longtemps : les trois plis cutanés de la paume étaient
Sfi DES TÉGUMENTS.
réduits à un seul ; ti du pli du poignet au bout du médius, le raccourcissement des téguments allait presque à 3 centiniètreg (I). J'ai déjà dit que Té pi derme participe à toules ces formes de réiraetion ;
mais ce qui êst remarquablef c'est qu'il résiste mîeuidans certains cas à la distension que le derme. Ainsi, dans les petits abcèa, les furoncles, on voit le pus accumulé sous Tcpiderme assez longtemps avant que celui-ci se rompe; bien plus, à la paume de la main et à la piaote du pied, oo est presque toujours obligé de diviser Tépiderme avec rinslrumenl^ pour donner issue au pus qui le soulève et le décolle sans parvenir à le perforer,
3* Des glmides H des fotiicutes de la pmu. — A la surface de Tépiderme s^ouvrent trois sortes de conduits, savoir « 1° les conduits des glandes ou foUicuieë sudoTtpares^ qui se prolongent à travers le derme jusque dans le tissu cellulaire sous-cutané; 2" les foilicules pileux qui s'enfoncent non moins profondément, et dans lesquels s'abouchent une on plusieurs glandes sébacées ; 3** les conduits d'autres glandes sébacées^ m dépend au tes des pollSj qu'on voit surtout très-développées dans raréolc du mametoa pendant la grossesse^ et qu'on dit avoir retrouvées dans d'^autres parties du corps. On peut assez bien étudier les follicules pileux, en les enle^anl avec Tépiderme sur un sujet en voie de putréfaction ; les glandes sébacées peuvent encore s'observer à Vceil uu^ surtout quand elles soni bypertrophiées; tes follicules sudoripares ne se voient bien qu'au micro*
amande, moUaMe, bonelëe, qui sous le bistouri parut formée de plusieurs petits kystes distincts à parois minces^ remplis d'un liquide clair, ténu, semblable à cette sérosité sanguinolente qui remplit certaines phlyctènes. M. Vemeuil et après lui M. Robin jugèrent que c'étaient des dilatations des glandes sudoripares. Un seul point contrariait M. Vemeuil; c'était la présence de cellules d*épithëlium pavimenteux, qui ne devaient pas s*y trouver. Mais comme Tépithélium passe facilement d'une forme à Tautre dans les hypertrophies glandulaires, il ne s'est pas arrêté à cette objectioii (I). Peut-être sera-t-il bon d'attendre des faits plus positifs poor se ranger à son opinion.
Je me suis demandé si les cors^ excroissances épidermiques qui difiPèrent des antres en ce qu'elles ont une racine aiguë qui pénètre plus ou moins profondément dans le derme^ ne seraient pas une hypertrophie locale de l'épidenne propagée aux conduits sudoripares. Cette opinion n'a rien que de très-vnisemblable; mais elle attend encore sa démonstration.
Les fj/Umàêi êébacéei simples sont fort rares; presque constamment elles sont jointes i un follicule pileux. Elles sécrètent une matière huileuse qui sert à entretenir la souplesse de la peau ; assez fréquemment elles s'hypertrophient; c'est ainsi qu'on voit principalement sur le nez et derrière les oreilles^ de petites tumeurs contenant une matière sébacée plus ou moins concrète^ se vidant à la pression par un oriGce extérieur. A un examen superficiel, elles ne paraissent pas contenir de poil. Mais si, armant ion œil d'une bonne loupe, on relève, à l'aide d'un instrument mousse, cette matière exprimée, on voit chaque fois^ dans le trou par lequel elle a passé, un poil blanc et laineux qui, à cause de son extrême ténuité, peut échapper facilement à l'attention, surtout au front et au nés. rai Diit fréquemment la même remarque, à l'œil nu, sur les poils des membres. La matière excrétée, lorsqu'elle est peu abondante et inoUe, sort par Torifice rétréci de la glande sous la forme de vermisseaux longs de plosîenrs lignes^ qu'autrefois on prenait pour des vers, et qu'on appelait erimmm eicomedones. Ces tumeurs, bien connues aujourd'hui sous le nom de lonnet, peuvent acquérir un développement très-considérable, du volume d*une noisette à celui d'un œuf de poule. Leur siège le plus fréquent est derrière les oreilles et sur le cuir chevelu, autre indice de lenr origine. Tantôt leur orifice persiste, et il est indiqué à la surface de la petu par un point noir, dû aux corpuscules qui voltigent dans l'air et qui ont sali l'entrée du follicule ; tantôt il a disparu, mais l'oblitération
(I) Voir RtfVUi médico-chirurgicale, 1S54, t. XV, p. 104.
m DES TÉGtJUËNTS. ^^^
n'est pas caaiplôlei et une pression un peu farte fail jailUr la matière au loin, comme jû Tat quelquefois expérimenté; ou enfin loblîléraLion est complète, ei la tanne est convertie en une tumeur enkystée qu'on a designée S0U5 les noms divers de mélicéris^ atMrome^ etc., à raison de Im densité difTérente de la matière contenue. Mais ces tumeurs dilHàrent de toutes les autres, parce que le i^sle est formé par répidenne lui-même plus ou moins épaissi» feuilleté, corné; tantôt renfermant des poils^ d^aulres fois n'en contenant point, probablement parce que la sécrétion pileuse a été détruite par l'accroissement dt* la lumeun Ces disposi lions anatomiques rendent parfaitement raison des principaux procédés opéra toires proposés pour Tablalion de ces tumeurs. Ou bien on emporte touti la partie saillante de la tumeur, laissant son fond à nu ; Tépiderme qu le revêt fait qu'il n'y a pas de suppuration, au moins dans la plus grandi partie et dans le centre de la plaie ; c'est le procédé de Chopart; ou bien incisant largement la tumeur, on la vide, puis on saisit avec des pinc« oti avec les doigts munis d*un linge l'enveloppe intérieure, toujours pei adhérente aux parties sous-jacenlas, et on Tarracbc au moyen d'une trac tion sufOsante; c'est le procMé de Dupu^tren et de sir A. Cooper. L plaie suppure alors, si elle n'est pas réunie par première intention.
Dans quelques cas Torifice du follicule, au lieu de s'oblitérer, s^agrai dit i le fond de la cavité, exposé à Tair , se dessèche ; la tumeur cesse c croître, et il reste simplement à l'endroit quVlîe occupait une espèce <i cul -de-sac continu à la peau qui paraît là repliée sur elle-même. Que quefols enfin, non-seulement les poils continuent à s'élever du fond de 1 caviléi mais la sécrétion pileuse hypertrophiée produit de petites comei Blandin a vu à Bicêtre un vieillard qui portait sur le nei une corne e forme de stylet, qui naissait évidemment du fond d'un des follicules non breuxde cette région. Un cas pareil a été cité par Home (t)*
M. Velpeau avait assigné aux boulons de variole et de vaccine les fûll cules sébacés, et il eipliquaît même par cette circonstance leur aspe ombiliqué et le pointillé de leur cicatrice; mais la dissection minutieui de ces boutons a complètement ruiné cette hypothèse, que M. Velpea lui-même parait avoir répudiée* Je me suis livré à diverses reprises à m dissections, et ce n*est qne dans des eiceplions Irès-rares que j'ai trouv la dépression ombilicale des boutons correspondant à une petite brid centrale qui réunit en ce point le derme et Tépiderme* Le plus sou ver rien de semblable n'eiistet et l'aspect de ces boulons tient à la constitt
1] VQy«£ VÀn<iiom%€fiénéfale de Bkhaî, annotée par Blandin, t. tV, p* 377,
tion de la maladie^ on du moins à une cause inconnue. (Test encore en vain qu'on demanderait à l'anatomie pourquoi les boutons varioliques «mt en général si communs à la face et si rares à la peau du bas-ventre, tandis que les boutons psoriques, souvent nombreux sur le bas-ventre^ se voient si rarement à la face. Liscoata noté que les pustules vénériennes afiectent de préférence les épaules (1); la scarlatine dépouille souvent d'épiderme la plante des pieds et la paume des mains; nous en ignorons absolument les causes.
MM. Mahon frères ont aussi cherché à expliquer par Tanatomie les variétés de la teigne ; nous dirons un mot de leur théorie, lorsque nous parierons des cheveux et des poils.
§ 8* — DéveloppeaiABt.
Dans les premiers temps de la vie embryonnaire, la peau nVst qu'un enduit gluant, facile à déchirer au moindre choc^ et cette disposition permet de concevoir les théories données par Geoffroy Saint- Hilaire et M. Velpeau^ au sujet de certaines difformités que peut également amener un arrêt dans le développement ou une destruction des parties déjà dé^ veloppées. Chez le fœtus, la plupart des rides que nous avons signalées manquent ; les plis articulaires de la main et du pied sont les premiers à paraître.
A la naissance, la peau a encore un degré de mollesse remarquable ; une ébullition assez peu prolongée la résout entièrement en gélatine ; aussi est-elle très-facilement sécable, et ne doit-on y appliquer les sutures qu'avec les plus grandes précautions. Peu à peu sa densité et son épaisseur augmentent en même temps que le tissu fibreux se développe; Bichat a constaté qu'elle ofi're des difl*érences sensibles, si on l'examine à deux, à six, à dix, à quinze ou à vingt ans. A la puberté, des poils naissent à diverses régions ; à dater de celte époque aussi les sueurs deviennent plus abondantes; car, toutes choses égales, on peut dire que les en- Xants suent moins en général que les adultes, et que le résidu de leur nutrition passe plutôt par les urines, ce qui probablement, ajoute Bichat, les dispose si singulièrement aux calculs. La grande quautité de vaisseaux qui se portent à la peau dans le jeune âge, rend aussi raison des nom- Jbreuses éruptions auxquelles elle est sujette.
Vers trente ans la peau a acquis toute son épaisseur ; à partir de cette
il) Sur quelques affections syphilitiques, dissert, inaug.; Strubourg, 1803, in-4, p. 4.
to
époque* k substance fibreuse allant toujours en prédorainam «ur la gé4^ liDcuse, elle devieol plus ferme et résistante ; moins de sang semble ^^ porter. Chex le vieillard, elle prend une teinte jaunâtre, ridée ; elle ^^^ plus dense et plus coriace, le tissu fibreux prédomine sur la gélatine, ï«? vaisseaux qui s'y rendent sont de plus en plus rares. De là, celte raret*^ des sueurs qui rapproctie le vieillard de LVnfant et ramène la prédisposi- Uon aui aiïûctions calculeuses; de là, la diminuLion de la sécrétion buileuse, et la sécheresse, raspect tcrreui de répidernnej sujet à s'en aller par écailles; de là enfin plus de difficulté à réunir les plaies par première intention, ou à guérir les abcès, en faisant p€ut-élre une exception pour eaux qui ont une origine variqueuse^ comme nous le dirons en parlant du système veineux.
La peau une fois détruite peut-elle se régénérer ? non. L*épiderme seul I et la malière colorante sont reprodutis tant que les vaisseaux qui les fiécrètent subsistent ; mais même après les réunions par première intention, eans suppuration aucune^ on aperçoit entre les deux bords de 11 plaie la substance nouvelle qui les a réunis, ftuand la plaie suppure, cett* substance, qui porte le nom de tissu inoduiaire ou de mcairice, est hier plus apparente encore* Ce lissu est plus dense que le derme, dépoum de papilles et assez souvent aussi de matière colorante ; cependant Bëclan assure que les cicatrices finissent dans presque tons les cas par deveni noires chéries nègres ; et des recherches plus récentes de M. Biîguin OB confirmé celte assertion* M. Béguin a vu entre antres une cicatrice de brfl îure an troisième degré, oiTrant déjà au bout de trois mois des point plus noirs que la peau ; en général, en vieilU^sant, les cicatiices noircis sent en totalité, sans reprendre une couleur aussi foncée que celle d reste des téguments ; etenûn, quand une cicatrice a été déchirée plusieui fois par laclion de causes extérieures, elle finit par ne plus se colorer {i;
Chei les blancs, la cicatrice, d'abord rouge, pâlit avec le temps, n garde une teinte plus blanche et plus mate que le reste des téguments Que si ses teintes se confondent, des frictions fortes ou un coup vtolenl en faisant rougir la peau, laissent à coup sûr la cicatrice avec sa pàleu dislinctive ; c'est ainsi que les ofûciers de police découvrent les marquis infamantes imprimées sur Te'pnule des forçats.
La pellicule epidermique qui les recouvre est toute di0é rente de Tépi derme normal ^ elle ne s'enlève pas par les moyens divers qui font sou lever celuî-ci ; et Bicbat dit avoir observé dans les changements de tem[M
(t) Bégnin^ D§ ia couitur dM cipairicew ches Uf nèffrei\ Gaz. det hôpitaua IS&6, p, 255.