‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou Anatomie des régions, considérée dans ses rapports avec la chirurgie; ouvrage oneé de quatorze planchesChapitre 70 sur 76 · DES ORTEILS · texte numérisé non relu

DES ORTEILS

La longueur absolue de ces appendices va régulièrement en diminuant du premier au cinquième, et si l’extrémité libre du second dépasse celle de tous les autres , cela tient à ce que le métatarsien qui le supporte est véritablement le plus long. Ils sont habituellement placés sur le même plan ; mais , la pression transversale qu’exercent sur eux les chaussures fait qu’assez souvent le second s'échappe, pour ainsi dire , d’entre les autres, de manière à les surmonter et

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à rester au-dessus d eux. Cette disposition se remarque par» ticulièrement chez les personnes qui ont naturellement le pied large ou qui portent habituellement des souliers étroits. Elle peut devenir la cause de douleurs très-vives, parce qu’ alors la face dorsale de ce doigr peut être fortement comprimée pendant la progression , et tellement, que plus d une fois les chirurgiens ont été sollicités pour amputer un organe aussi gênant , quoiqu’il ne fût affecté d'aucune maladie.

La face dorsale des orteils , qui ressemble , sous presque tous les rapports , à la face dorsale des doigts, en diffère seulement en ce que la convexité quelle forme sur le corps de ces appendices, ne s’efface dans aucune espèce de mouvement, et parce qu’en s’unissant avec le pied , elle concourt à la production d’une excavation transversale plus ou moins profonde , au lieu de former un angle saillant , pendant la flexion, avec chaque métatarsien. En effet, cette rainure dorsale est toujours superficielle à la main , et n’existe que pendant l’extension forcée des doigts, tandis qu’au pied , la plus grande flexion des orteils la fait à peine disparaître; cette différence dépend, dune part, de ce que l’extrémité phalangienne des os métartasiens s’abaisse plus sur la face plantaire que celle des métacarpiens sur la face palmaire ; de l’autre, de ce que la 'couche sous-cutanée plantaire, étant très-épa sse , relève fortement la première phalange des orteils; enfin, il faut s’en prendre aussi aux fonctions de ces. appendices , qui, recevant à tous momens le poids du corps dans la progression , se trouvent par-là continuellement repoussés vers la face dorsale. Au reste, l’interligne de leur jonction métatarsienne se rencontre, en général, à huit lignes en arrière de leurs commissures ; quant aux autres articulations, elles ne sont d aucune utilité en chirurgie, attendu que, si l’amputation d’un orteil devient nécessaire , les

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raisons qui engagent à ménager les phalanges à la main n’existant point pour le pied, on préfère les enlever en totalité ; en sorte que nous ne dirons rien des plis de la peau qui les recouvre.

Comprimés sans cesse les uns contre les autres , les doigts du pied se trouvent ainsi plus ou moins fortement aplatis latéralement; mais, comme cet aplatissement ne change point la forme des phalanges, qui sont plus larges en travers, il en résulte souvent une pression douloureuse vis-à-vis désarticulations, ce qui explique l’origine d’un grand nombre de cors.

Le petit orteil étant , par sa position , le plus exposé à la pression du soulier, contre lequel il exerce de légers mouvemens de glissement pendant la marche , est aussi le plus fréquemment affecté par les cors ; il est peu de personnes, au moins, chez lesquelles sa face dorsale et externe ne présente pas un durillon, formé par l’application d’un plus ou moins grand nombre de lames épidermiques les unes sur les autres, et qu’on enlève en les ramollissant d’une manière quelconque.

La face plantaire des orteils est remarquable, d’abord, par la rainure profonde, transversale, ou sémi-lunaire , qui la divise en deux portions. Dans le fond de cette rainure, qui est due à ce que le coussinet élastique sous-cutané se renfle fortement sous la phalangette, et à ce que celui de la plante du pied s’avance de neuf à douze lignes sous la première phalange , on trouve une peau dense , peu extensible, mais fine et assez mince ; en sorte que , si l’on essaie de faire disparaître ou de diminuer cette rainure , comme cela arrive dans l’action de grimper sur un arbre, par exemple , souvent cette peau se déchire, et de petites gerçures tiès-douloureuses en sont la suite. La saillie postérieure se terminant en avant par

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un bord convexe en demi-lune, et n étant qu’un prolongement de la plante du pied, il en résulte qu’en désarticulant tous les orteils par leur face dorsale , on peut les enlever ensemble, en formant un lambeau unique sous leur face plantaire , lambeau fort épais d’ailleurs , et d une longueur suffisante pour recouvrir exactement les têtes métatarsiennes. Il est vrai que l’occasion de pratiquer une semblable opération doit être rare, attendu qu’on ne doit s’y décider que dans les cas où tous les doigts du pied sont désorganisés en même tems. Or, une altération portée à ce degré, ne se borne pas aux orteils; elle comprend ordinairement une portion plus ou moins étendue du métatarse; mais, ils peuvent se gangrener après avoir été gelés ; une brûlure peut intéresser leur moitié antérieure, qui peut encore être écrasée par le passage d’une roue de voiture , etc. En conséquence, cette amputation , en totalité, proposée par M. Lis franc , est applicable au pied comme à la main, quoique moins souvent; et personne ne contestera ses avantages sur l’amputation successive de tous ces appendices , les uns après les autres.

Quand l’un des orteils seulement est malade, on le sépare du métatarse, en suivant les mêmes procédés que pour les doigts, puisque la disposition anatomique est semblable; cependant, comme la tête des métacarpiens fait une saillie qu’on peut rendre considérable et anguleuse, en fléchissant la première phalange, tandis que la partie correspondante des os du pied se trouve plutôt dans un enfoncement, on est forcé, pour trouver l’articulation , quand on opère sur ce dernier membre, d’avoir recours à la distance connue de la commissure, au lieu de s’en rapporter aux éminences osseuses. D’un autre côté, les os du métatarse diminuant graduellement de volume, du tarse vers les orteils, et restant ap-atis sur les côtés de leur extrémité antérieure, au lieu d’être renflés comme

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les os métacarpiens, il en résulte qu’on n'a pas de motifs pour amputer dans la continuité d’un métatarsien , lorsque la maladie permet de n’enlever que l’orteil qui le prolonge en avant. Il faut pourtant admettre une exception , relativement au premier, dont l’articulation postérieure est tellement renflée, que tous les chirurgiens ont senti dès longtems qu’il était infiniment mieux d’amputer en arrière, en sciant l’os très-obliquement d’arrière en avant, que de se borner à sa simple désarticulation.

Le renflement pulpeux antérieur de la face plantaire des orteils étant plus raréfié, d’une texture plus molle que la partie correspondante de l’extrémité libre des doigts, on explique par-là les douleurs moindres produites par les inflammations, qui s’y comportent, d’ailieurs, comme de véritables phlegmons et s y terminent souvent par des abcès -quoique les doigts du pied renferment les mêmes éléinens et présentent les mêmes caractères que les doigts de la main, les inflammations connues sous le nom de panaris y sont, néanmoins, infiniment plus rares , et les accidens qui les accompagnent,' quand elles s’y manifestent, beaucoup moins graves.

Le pourtour de l’ongle est également quelquefois le siège de tournioles, et c’est particulièrement à ces phlegmasies superficielles ou profondes des environs des ongles, qu’on a donné le nom tionyckia ou de paronychia. Mais, récemment, on a semblé vouloir rattacher plus spécialement cette dénomination à l’ulcération qu’on remarque plus fréquent ment aux environs de l’ongle du gros orteil. Cette maladie, habituellement produite par ce qu’on appelle ongle rentré dans les chairs , doit être soigneusement distinguée de ce que Wardrop a décrit sous le nom d onychia maligna ; elle tient à ce que la pulpe du gros orteil, pressée dans les chaussures,

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de bas en haut et sur les deux côtés , remonte sur la fac« dorsale de la plaque cornée, dont les bords paraissent alors s’enfoncer dans les parties molles, phénomène qui est encore favorisé, dit M. Richerand , par l’habitude où sont beaucoup de personnes de se tenir l’ongle de ce doigt très-court , et surtout d’en arrondir les angles. Toutefois, comme la pression n’est pas égale des deux côtés , il n’y a ordinairement qu’un des bords de cette lame qui s’enfonce , et , d’après la plupart des chirurgiens, c’est en dedans que se remarque le plus souvent l’ulcération, tandis que c’est en dehors, au contraire, d’après M. Guillemot.

Quoi qu’il en soit, l’anatomie indique qu’en glissant de la charpie sous le bord de l’ongle qui produit la maladie, afin de le relever, en même tems que les chairs se trouvent repoussées en sens inverse de la pression qu’ elles éprouvent , on peut faire parfois disparaître le mal; elle indique aussi que ce traitement, recommandé par J. Fabrice , est avantageusement remplacé par la plaque de fer-blanc proposée par Desault% ou par la feuille de plomb conseillée par M. Richerand . Mais, il est évident qu’en excisant les végétations, comme le veut M. Brachet , de Lyon, pour favoriser ensuite la formation d’une cicatrice très-solide, par la cautérisation plusieurs fois répétée avec la pierre infernale, on guérit et plus piromptement et plus sûrement, attendu que ce n’est pas l’ongle qui s’est élargi pour blesser la peau , mais bien, que ce sont les parties molles qui ont été poussées contre ses bords. Un autre moyen plus sûr et plus prompt encore, est celui qui consiste dans l’arrachement de cet ongle; mais, il convient de savoir que l’adhérence intime de cette plaque à la face dorsale de la dernière phalange, ainsi que l’encadrement de ses bords et de a racine dans la peau, rendent cette opération excessivement doulou»

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reuse. Il faut remarquer, cependant, qu’en prenant la précaution d’inciser perpendiculairement, à une demi-ligne ou une ligne en arrière de la racine de cette production, on ouvre ce que M. Dupuytren appelle la matrice de l’ongle ; alors , soit qu’on veuille l’enlever en totalité, ou n’arracher que sa moitié interne ou externe, après l’avoir divisée en deux, parallèlement à sa longueur, d’un coup de ciseaux, dont une des branches est rapidement poussée de son bord libre jusqu’à sa racine, on éprouve beaucoup moins de difficulté, et les douleurs sont véritablement moins insupportables, par la raison que, de cette manière, une grande partie des adhérences sont détruites d’avance.

Au reste, pour tout ce qui concerne la peau, la couche sous-cutanée, les coulisses fibreuses, les tendons et les synoviales, les vaisseaux et les nerfs, ces divers élémens étant à peu près disposés comme aux doigts, nous croyons devoir renvoyer, pour de plus amples détails, à l’article qui traite de ces derniers organes.

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