DES MUSCLES
Les muscles sont les agents actifs de la locomotion. Groupés autour des leviers qu'ils meuvent, ils se présentent sous la forme de masses rouges et fasciculées.
La fibre élémentaire à laquelle est réduit le secret de leur texture, est un filament que les micrographes croient encore décomposable en plusieurs autres, les fibrilles ou fibres primitives. Celles-ci se présenteraient sous l’aspect de globules juxtaposés en série linéaire. De là la disposition striée
(1) Gazelle medicale , février 1840,
des fibres des muscles appartenant à la vie de relation, et de celles du cœur ; l’accolement de ces fibrilles ferait apparaître dans la fibre élémentaire des stries longitudinales. Quoi qu’il en soit, une enveloppe hyaline, que Ton suppose de nature cellulaire, forme la limite de la fibre dont il s’agit, engainant ainsi toutes les fibrilles. L’action de l’alcool qui la crispe, de l’acide acétique qui ne la dissout pas, tandis que cet acide dissout les fibrilles incluses, en démontrent l’existence.
De la réunion des fibres élémentaires groupées en nombre variable résultent des fascicules, lesquels, juxtaposés à leur tour , donnent naissance aux faisceaux musculaires : l’ensemble des faisceaux constitue le corps charnu des muscles.
Douée d’une propriété vitale, la contractilité, c’est-à-dire de la faculté de se raccourcir sous l’influence de la volonté , et même en dehors d’elle, c’est-à-dire de la tonicité, la fibre musculaire n’a aucun analogue dans l’économie, et rie se reproduit, ni ne se transforme jamais. Ses solutions de continuité ne sont guéries que par l'intermédiaire d’une lymphe plastique qui se condense en tissu fibreux, en sorte qu’un muscle coupé par un instrument tranchant devient, pour ainsi dire, un muscle digastrique après l’adhésion. L’expression de dégénérescence graisseuse, de métamorphose fibreuse des muscles, ne peut être considérée que comme une expression figurée qui traduit l’apparence générale de l’organe dans lequel la production d’une grande quantité de tissu adipeux ou de tissu fibreux a étouffé la fibre musculaire, qui est devenue pâle de rouge qu’elle était , et s’est atrophiée à un degré variable.
La mollesse, le peu de ténacité de la fibre musculaire après la mort, contraste avec les effets puissants que produisent les muscles animés de la vie. Quand la chaleur s’est éteinte, le système entier devient le siège d’une rigidité dite cadavérique, sous l’influence de laquelle le corps pourrait
appareil de la locomotion.
être mu comme un tout qui serait dépourvu de pièces articulées. La durée moyenne de la rigidité cadavérique est, selon Nysten, de vingt-quatre à trente-six heures.
Les mêmes éléments qui entrent dans la texture des organes, se trouvent aussi dans les muscles. Nous aurons donc à étudier le tissu cellulaire des vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques, et des nerfs.
1° Le tissu cellulaire des muscles, lâche et comme séreux autour des fibres élémentaires qu'il isole et qu’il unit, est plus consistant autour des fascicules, et se condense encore en dehors des faisceaux. On le voit plonger dans l’intervalle de ceux-ci, se continuant d’une part avec une couche celluleuse extérieure au muscle, et d’autre part avec les lamelles les plus profondes. Si l’on s’imaginait l’ensemble de ces lames et de ces lamelles celluleuses sans les faisceaux, les fascicules et les fibres élémentaires qu’elles emprisonnent, le corps du muscle serait remplacé par une série de tubes de dimensions décroissantes et d’une consistance qui varierait de la diffluence de l’état muqueux à la densité d’une aponévrose. D’ailleurs, la densité du tissu cellulaire n’est pas encore la même dans tous les muscles. Celui qui occupe l’épaisseur du psoas est très-mou, et donne à cette partie charnue des animaux la tendreté qui la distingue ; au contraire, celui qui appartient au diaphragme, au deltoïde, etc. , est ferme, tenace, se condense en lamelles cellulo-fibreuses. Voilà pourquoi l’inflammation se développe plus aisément dans le muscle psoas-iliaque que dans tous les autres ; pourquoi le pus s’y étale au lieu de se réunir en collections bien limitées; pourquoi il fuse si facilement de la partie supérieure vers le petit trochanter dans 'les abcès par conges- ( tion.
Au contraire, dans les muscles qui sont fournis d’un tissu i cellulaire plus serré, des abcès, quoique rarement, peuvent I se former et s’enkyster comme dans les autres organes.
C’est ainsi qu’A. Bérard (1) a pu observer des abcès froids dans le muscle biceps, dans les radiaux.
Selon l’idée le plus généralement admise, la myosite, ou l’inflammation d’un muscle, n'a pas son siège dans la fibre élémentaire, mais bien dans le tissu cellulaire que nous venons d’indiquer autour d’elle. Quand, à la suite d’une amputation , on voit les parties charnues se tuméfier, puis se recouvrir de bourgeons charnus, c’est encore au tissu cellulaire inira-musculaire que sont dues cette augmentation de volume et le développement de la couche granuleuse qui sert plus tard de base à la cicatrice. C’est aussi au milieu de ce tissu cellulaire que se développent les granules de tissu adipeux dans la prétendue transformation graisseuse des muscles. La consistance et la dureté anormale des muscles à la suite d’une inflammation, soit dans le corps d’un muscle, soit dans le moignon d’un amputé, sont dues à la condensation en tissu fibreux d’une lymphe plastique qui a abreuvé les mailles interposées aux fibres et aux faisceaux. Cette lymphe plastique devient quelquefois matière du cal dans les parties musculaires qui avoisinent le foyer d’une fracture.
2° Les artères des muscles sont nombreuses. Elles plongent quelquefois dans ces derniers par leurs bords, mais bien plus souvent par leurs faces antérieures ou postérieures. Les branches qui résultent de leurs divisions cheminent dans les interstices placés entre les faisceaux ; les rameaux plongent entre les fascicules, et les ramuscules dont la terminaison n’est point encore bien connue paraissent destinés aux fibres élémentaires. L’abondance de ces vaisseaux contraste singulièrement avec la rareté de l’inflammation dans les muscles : elle explique l’abondance de l’hémorrhagie dans les solutions de continuité qui les intéressent. Deux veines munies de valvules plus nombreuses que les valvules des veines
(1) A. Bérard, Compendium de chirurgie, t. II, pag. 202.
superficielles, accompagnent ces artères et leurs subdivisions. Selon toute probabilité , des vaisseaux lymphatiques émanent du corps charnu des muscles ; mais les efforts des anatomistes n’ont pu encore démontrer l’incertitude qui règne à cet égard.
3° Quant aux nerfs, ils sont nombreux comme les artères. Leurs branches et leurs rameaux sont placés comme les divisions des vaisseaux dans les interstices cellulaires, et se terminent enfin , selon Prévost et Dumas , sur la fibre élémentaire qu ils contournent pour rejoindre le rameau terminal : d’après cette manière de voir, la fibre musculaire serait embrassée dans une anse nerveuse. Selon quelques-uns, au contraire, la fibre nerveuse s’épuise dans la fibre du muscle. Toujours est-il qu’il est des rameaux nerveux qui pénètrent dans les muscles un peu au-dessus de leur partie moyenne, et qui se divisent ensuite en un rameau ascendant et un rameau descendant. On| conçoit que, dans l’amputation des membres, la section qui se fait au-dessous du tronc ne paralyse pas les fibres du moignon, ainsi que Ta fait remarquer M. Velpeau, tandis que la perte de la sensibilité et de la contractilité est la conséquence inévitable d’une section pratiquée plus haut que le point d’immersion du nerf.
La situation générale des muscles explique comment leurs
masses concourent en grande partie à donner au corps les formes arrondies qu’il présente à un haut degré. Ce n’est que dans des régions exceptionnelles que les saillies osseuses sont sous-cutanées ou que des crêtes peuvent être senties dans une grande étendue par les doigts de l’explorateur immédiatement au-dessous du tégument. Tout en masquant le fi p us souvent les saillies et les inégalités du squelette , les 3 muscles, quand ils sont bien développés, dessinent dans'cerf lames régions des lignes, des bosselures dont la connaissance, si utile aux peintres, donne au chirurgien des indica- 1,0,18 prec,ses dans ]es incisions nécessaires pour arriver sur
llh ANATOMIE DES APPAREILS.
une artère. Placés entre les corps extérieurs qui viennent heurter nos différentes parties et les os qu’ils abritent jusqu’à un certain point, les muscles sont exposés à des contusions, à des atlritions et à des épanchemenlsde sang, accidents d’autant plus faciles que les muscles sont plus exactement appliqués et plus fixés sur les os. Ces rapports expliquent les déchirures , les ecchymoses auxquelles ils sont exposés dans les fractures. Dans quelques circonstances, les muscles, entourant des os plus ou moins arrondis, plus ou moins grêles relativement à leurs masses, peuvent être portés dans un mouvement de circumduction autour de l’os comme autour d’un axe. La violence peut aller jusqu’à détruire la continuité du tissu cellulaire placé entre eux. C’est ainsi que les muscles de la cuisse étaient tous isolés , comme dissé- ; qués sur un malade que j’ai reçu dans les salles de l’hôpital Saint-Antoine, et dont j’ai déjà eu l’occasion de parler au sujet du tissu cellulaire profond et sous-cutané.
L’anatomie descriptive admet dans les rapports des mus- i clés des couches distinctes, les unes superficielles, les autres profondes. Cette méthode de description, utile pour soulager la mémoire, n’est pas moins utile au point de vue de la médecine opératoire. Les couches superficielles passenien effet sur l’os qu’elles recouvrent, pour aller prendre des insertions dans des points du squelette plus ou moins éloignés : les couches profondes ont des insertions sur l’os qu'elles I louchent immédiatement. De là la rétraction plus grande des ■ muscles superficiels dans les amputations des membres, et 1 une tendance à la conicilé du moignon. Cet accident est en- i core favorisé par une inflammation vive et une suppuration abondante.
La direction de l’axe des muscles est dans les membres généralement parallèle à l’axe des leviers et à la direction des gros vaisseaux : aussi suffit-il de décoller ces muscles les ; 1 uns des autres, quand il s’agit d’arriver sur une artère pro- H
fonde dont on veut pratiquer la ligature. Quelquefois l’incision cutanée est faite au niveau de l’interstice de deux faisceaux qu’il suffit de séparer. Cependant celle remarque ne saurait être appliquée à tous les cas : ainsi le chirurgien coupe les fibres charnues du muscle soléaire pour découvrir l’artère tibiale postérieure à la parLie supérieure de la jambe. Quant aux fibres et aux faisceaux, ils affectent une direction particulière dans certains muscles : ceux-ci sont dits pennif ormes, quand ces fibres et ces faisceaux viennent obliquement s’insérer adroite et à gauche sur une lame aponévrolique ou un tendon terminal ; ils sont semi-penni formes dans le cas où un seul côté du tendon reçoit ces insertions. Mais ce qu’il importe au chirurgien de connaître dans la direction des fibres charnues , c’est l’espèce de treillage qu’elles présentent quelquefois par suite de la direction oblique qu’elles 1 affectent dans des muscles superposés : telle est la disposition des ^fibres des muscles larges de la paroi abdominale antérieure. Dans les éventrations, celte espèce de trame est moins serrée ; qui plus est, lorsque des faisceaux s’écartent les uns des autres, une ouverture accidentelle se forme, par où peuvent passer des viscères et se former des hernies. Il ne faut point omettre non plus la direction de l’axe de certains muscles relativement aux extrémités osseuses, direction qui, tantôt parallèle, tantôt perpendiculaire, favorise, selon la position du membre, l’action de la puissance et par conséquent les déplacements des surfaces articulaires.
Sous le point de vue de la forme, les muscles sont distingués en longs, larges et courts. La partie la plus large dans les muscles longs correspond généralement à leur partie moyenne; les extrémités de la masse charnue se rétrécissent pour donner naissance à une corde ou à une membrane forte et inextensible, X aponévrose d’ insertion ou le tendon terminal. Nous aurons bientôt à étudier ces parties i qui sont de véritables annexes du système musculaire.
Quand la fibre musculaire met en jeu sa contractilité, elle se raccourcit. En raison de ce raccourcissement, qui est d’autant plus grand que les muscles ont plus de longueur, la fibre musculaire, fixée par ses deux extrémités, met en jeu les leviers qui lui donnent des insertions. Mais pour qu’elle se contracte, il est nécessaire qu’elle soit dans un certain état d’élongation, ou, si l’on aime mieux, qu’elle ne soit pas déjà revenue sur elle-même par suite de la position des membres : sans cette condition , elle est incapable de déterminer des mouvements un peu étendus dans les leviers sur lesquels elle est appelée à exercer sa puissance. Ainsi , les muscles fléchisseurs des doigts seront inhabiles à appliquer ces appendices contre la paume de la main, à empoigner des corps extérieurs , si la main est fortement fléchie sur l’avant-bras. On pourrait alors croire à une paralysie de ces muscles fléchisseurs, quand, au contraire , ce sont les extenseurs qui , étant paralysés , ont laissé tomber la main dans laflexion.il suffit, dans ce cas, de reporter la main dans l’extension, c’est-à-dire de rendre aux fléchisseurs leur longueur normale, pour rétablir en eux la possibilité de se contracter. Indépendamment de cette condition, il faut encore que les muscles soient dans un rapport déterminé avec le système nerveux. La solution de continuité d’un nerf est suivie de la paralysie des fibres qu’il animait : ainsi les muscles de la face sont immobiles, quand une incision malheureuse a coupé le tronc du nerf facial vers la région parotidienne. L’afllux du sang artériel dans les muscles étant interrompu par une ligature apposée sur un gros tronc, une diminution notable de la contractilité, voire même sa disparition complète, se manifestent également. Quand le sang noir est arrêté par la même cause, les mêmes lésions fonctionnelles sont encore le résultat de ce trouble de la circulation. Les muscles perdent aussi la faculté de se contracter quand leurs fibres sont altérées par suite de l’action de causes traumatiques, ou
bien encore quand une température basse ou trop élevée agit sur eux. On sait que l’application locale de l’opium et de quelques autres substances les engourdit : la thérapeutique a utilisé celle donnée pour combattre certaines constriclions, ou pour calmer des contractions douloureuses.
La contractilité d’un muscle ne saurait être mise en jeu d’une manière continue : l’intermittence caractérise les propriétés de nos tissus , quand celles-ci dépendent de la vie. C’est par les propriétés physiques dont la nature a doué d’autres parties du corps que se trouve corrigé ce repos moi mentané des forces nécessaires à l’accomplissement des fonctions. Ainsi les muscles postérieurs du tronc seraient bientôt « fatigués, sans la présence des ligaments jaunes qui agissent par leur élasticité. Des tractions exercées sur les membres, sans secousses et d’une manière permanente, finissent par vaincre la résistance des muscles. Mais la contraction tonique, qui dépend aussi du système nerveux , est en action à tous les moments. Elle est mise en jeu sans la participation de la volonté. C’est elle qui produit l’écartement des lèvres d’une solution de continuité, le chevauchement des fragments d’une fracture, et oppose aux appareils une résistance qui ne cesse jamais. Quand la contraction volontaire ajoute son action à la sienne, les effets peuvent être alors extrêmement marqués : c’est ainsi que les lèvres étant divisées par un bec-de-lièvre, les bords s’écartent considérablement l’un de l’autre quand les muscles diducteurs des commissures entrent en action.
On distingue de la contractilité d’un muscle sa puissance de contraction ; l’expression de cette puissance serait invariable, si le muscle se contractait toujours d’une manière uniforme ; mais il est loin d’en être ainsi. Or, la puissance ou la force d un muscle peut être considérée comme un produit de la masse de ce muscle multipliée par sa vitesse de contraction. Celle vitesse étant extrêmement variable et pouvant atteindre un très-grand degré d’intensité, le produit ou la
puissance croît dans le même rapport que ce facteur : de là des effels surprenants, des solutions de continuité produites sur les tendons et même sur les os.
Tous les faisceaux ne se contractent pas à la fois. La suc cession de leur contraction est si rapide que le muscle est agité d’un mouvement de va-et-vient dans ses parties constituantes, en sorte qu’il apparaît comme la réunion d’éléments indépendants les uns des autres. Cette agitation des fibres du muscle a été désignée en physiologie sous le nom d 'agitation fthrillaire. Nombre de fois le chirurgien est appelé à observer ce phénomène pendant l’ablation des tumeurs, quand un muscle est mis à nu. Du défaut de simultanéité de contraction de toutes les fibres d’un muscle, il résulte que les unes se contractent au moment où d’autres ne se contractent pas. Celles qui se contractent sont condamnées dans des circonstances particulières à supporter des tractions qui, trop fortes, peuvent en amener la rupture. C’est en effet, pendant des contractions irrégulières de certains ! muscles que la solution de continuité de quelques-unes de leurs fibres a été observée. J’ai développé le mécanisme de ces ruptures musculaires qui se font non pas pendant le relâchement, mais pendant la contraction des fibres, dans une thèse de concours pour l’agrégation (1).
Le tissu musculaire se laisse distendre dans d’étroites limites, et revient sur lui-même quand cessent les causes de distension. Médiocrement sensible sous l’influence des agents mécaniques, il est le siège d’un endolorissement particulier, dé lassitude après un exercice trop prolongé. On sait aussi qu’une fatigue excessive amène uu épuisement général , un mouvement fébrile, et que le sang devient incoagulable chez i les animaux surmenés. Au contraire , un exercice soutenu,
(1) De V influence des efforts sur In production des maladies chirurgicales, p. 11.
niais dans des limites physiologiques , favorise la nutrition des muscles, qui deviennent plus volumineux et plus rouges. L’atrophie qui est due à un repos prolongé ou à des produits hétéromorphes peut être telle que la fibre musculaire est à peine reconnaissable. C’est à ce point que la question de savoir si, dans cette dernière lésion, il y a disparition ou seulement diminution du volume de la fibre n’est pas encore résolue par les anatomo-pathologistes. Les contractions des muscles sont douloureuses et permanentes avec des redoublements convulsifs dans le tétanos ; celles qui sont à la fois douloureuses et passagères constituent les crampes. Dans le premier cas comme dans le second , elles sont involontaires.
L’anatomie chirurgicale n’emprunte que peu de considérations à l’étude des anomalies musculaires. Il n’est pas rare de voir des muscles manquer soit en totalité, soit en partie; tels sont les pyramidaux, le palmaire grêle, le petit zygomatique. D’autres fois des muscles surnuméraires se rencontrent sous le scalpel de l’anatomiste ou le couteau du chirurgien. Ainsi, par exemple, il n’est pas rare devoir une languette charnue se détacher du tendon du grand dorsal pour aller s’insérer au tendon du grand pectoral, fermant la base du creux de l’aisselle. Dans d’autres circonstances, c’est une variété dans la largeur d’un muscle qui doit être intéressé, avant la découverte d’un vaisseau ; tel est le muscle sterno-cléido-mastoïdien, dont l’attache inférieure se fait* assez souvent sur la clavicule jusque vers la partie moyenne de la région sus-claviculaire.
Les muscles seraient-ils susceptibles de se déplacer , c’està-dire de quitter dans une étendue variable les espaces qu’ils occupent, de manière que les rapports qu’ils affectent entre eux seraient changés, ainsi que l’a avancé Ponteau (1) dans ses Mélanges de Chirurgie ? On admet généralement
(1) Mélanges de chirurgie , p. 405.
aujourd’hui, avec Moilic de Lyon (1) , que ces prétendues luxations du corps charnu des muscles longs et grêles ne sont que des distensions , des ruptures de libres produites pendant des contractions irrégulières. Mais il n’est pas impossible que l'aponévrose d’enveloppe d’un membre étant déchirée , des parties musculaires ne viennent faire hernie et même s’étrangler entre les lèvres de la solution de continuité. Sous ce dernier point de vue, le déplacement d’une portion plus ou moins étendue d’un muscle ne saurait être rejetée.
Le raccourcissement des muscles, mais permanent et joint à la diminution de leur volume , constitue un état pathologique désigné sous le nom de rétraction. Tantôt congénitale, tantôt acquise, cette rétraction qui a été le sujet de mémoires importants lus tant à l’Académie des sciences qu'à celle de médecine par M. Jules Guérin qui, le premier , a décrit celle lésion, serait toujours, d’après cet auteur, sous la dépendance du système nerveux. L’atrophie en longueur et en épaisseur , variable pour l’intensité , peut aller jusqu’à faire perdre au muscle la moitié, le tiers de ses dimensions. Quant à la transformation de la fibre musculaire en tissu fibreux , elle ne doit pas être admise. Les tissus primitifs ne peuvent, en effet, se transformer les uns dans les autres ; le développement des uns peut être grand et étouffer à la longue les fibres intermédiaires qui s’atrophient, mais il n’y a pas là métamorphose. Nous nous sommes expliqué sur l’état graisseux ou fibreux des muscles à l’occasion du tissu cellulaire qui entre dans leur composition. Les mêmes considérations s’appliquent à la prétendue transformation osseuse des muscles. C’est dans l’intervalle des fascicules que se dépose la matière de ces sortes de pétrification , telles que celles qui , pour n’en citer qu’un exemple entre
(1) mélanges de chirurgie et de médecine, t. I, p. 2S9.
beaucoup d autres, ont clé observées par M. Wrigt, médecin de la maison de charité de Baltimore (1) , dans les muscles de la partie antérieure de la jambe, tes fibres charnues avaient conservé l’aspect de l’état normal. Il n’y a de véritable ossification que dans le tissu cellulaire interfibrillaire qui avoisine le foyer d’une fracture ; hors de cette condition, les cas cités ne présentaient que des dépôts calcaires.
Les muscles sont mis à nu quelquefois et participent à la lésion générale de la région, à la suite des ulcérations cancéreuses ; aussi est-ce là plutôt un temps de la marche naturelle du cancer qu’une affection du tissu musculaire. Celuici peut être à la longue détruit, soit que la matière maligne i ail été déposée primitivement entre les fibres, soit que le mal ait gagné de proche en proche le corps du muscle. Comme les autres produits anormaux , les tubercules peuvent l’envahir, mais bien rarement il est vrai. On ne les obi serve que chez les individus scrofuleux , dans le voisinage i des tumeurs blanches ou des tumeurs ganglionnaires qui : occupent simultanément le cou, l’aisselle et les inédiaslins. i Enfin des entozoaires, tels que le tænia muscularis vu par Werner, le cysticerque celluleux , le trichina spiralis découvert par Owen, peuvent se rencontrer dans le corps t charnu des muscles de l'homme.
Nous avons encore à considérer dans le système muscul laire, et les aponévroses et les tendons terminaux qui leur ) sont annexés.
Des tendons et des aponévroses d’insertion des muscles.
Les tendons et les aponévroses d’insertion des muscles i sont constitués par des fibres de tissu cellulaire condensé, comme les aponévroses d’enveloppe et les ligaments articu-
(1) Archives générales de médecine, t. XXX, p. 562, 1832,
laires. Ils jouissent des mêmes propriétés. Etalées tantôt à la surface, tantôt à l’intérieur des muscles, les lames aponévroliques multiplient la surface d’implantation des fibres et par conséquent favorisent leur nombre et la puissance des muscles. Vers leur partie terminale elles se ramassent habituellement en un tendon sur lequel s’exercent les tractions réunies de chaque fibre charnue. Quand la contraction est intense, et que les leviers sont maintenus dans une position fixe par suite d’obstacles extérieurs ou entraînés dans un sens opposé, il peut s’opérer des ruptures soit totales, soit partielles des aponévroses ou des tendons. Ainsi se rompit le tendon d’Achille chez un danseur qui, ayant parié de battre cinquante entrechats de suite, eut la douleur de perdre son pari après le quarante-neuvième ; ainsi la lame fibreuse sus-rotulienne, qui reçoit les fibres charnues du muscle triceps fémoral, a subi une solution de continuité chez des individus qui, menacés de tomber à la renverse , voulaient porter vivement le tronc en avant pour éviter la chute. Toute solution de continuité des tendons est suivie de la rétraction du bout musculaire en vertu de la contraction tonique. Quand c’est un instrument tranchant qui est cause de la lésion, le même phénomène se produit, mais il existe des différences à signaler selon que le foyer de la solution de continuité communique ou ne communique pas avec l’atmosphère. De là toute une méthode opératoire, la méthode des incisions sous-cutanées, qui a pour but d’abriter les tendons du contact de l'air.
A l’air libre, les surfaces de la solution de continuité sont exposées à suppurer, et la cicatrice qui se forme embrasse à la fois la peau et les deux bouts du tendon, en sorte que celle-ci est tiraillée à chaque contraction du muscle. Au contraire, après la section sous-cutanée , une certaine quantité de lymphe plastique s’épanche entre les deux bouts, la gaine celluleuse enveloppante s’infiltre aussi de ce liquide, se tuméfie,
et au bout de vingt-cinq jours environ une substance intermédiaire , véritable tissu fibreux, rétablit la continuité du tendon. Toutefois les phénomènes ne se succèdent pas avec le même bonheur quand la section a été pratiquée dans une gaine fibro-séreuse. Les deux bouts se cicatrisent isolément, ainsi que l’a démontré M. Bouvier, et les mouvements sont très-gênés. Cette double cicatrice, isolément établie sur les deux bouts, se ferait encore sur les tendons entourés d’une gaine celluleuse si l’écartement était trop grand. L’observation démontre qu’il ne doit pas dépasser cinq ou six centimètres. Ce que nous venons de dire des incisions chirurgicales s’applique entièrement aux solutions de continuité sous-cutanées par rupture.
La marche de la guérison telle que nous venons de l’indiquer est avantageuse dans les cas où la section porte suides tendons appartenant à des muscles rétractés. La substance intermédiaire corrige le raccourcissement pathologique. Mais quand des plaies accidentelles atteignent les tendons qui vont s’insérer sur des leviers dont les mouvements doivent être précis comme ceux des doigts, par exemple, le chirurgien doit éviter que la substance intermédiaire de la cicatrice ait une trop grande étendue ; de là la position qui , tenant les muscles dans le relâchement , tend a rapprocher les bouts du tendon divisé, ou la suture qui d’ailleurs doit avoir pour adjuvants la position et les bandages. Quant aux piqûres des tendons , elles sont loin d avoir 1 importance que leur attribuaient les anciens , car elles guérissent sans accidents.
Placés dans les gaînes fibro-synoviales déjà décrites, les tendons glissent dans leur intérieur à l’aide de la liqueur onctueuse sécrétée à la surface interne du canal. Des mouvements exagérés des leviers pendant de fortes contractions des muscles, peuvent occasionner la rupture de ces gaînes ; de là les luxations dés tendons , luxations qui peuvent
aussi s’opérer dans un déplacement des extrémités articulaires des os. Nous aurons l’occasion d’en citer des exemples à l’occasion des régions de l'épaule et du coude-pied. Dans d’autres circonstances les tendons sontécartés de leur direction normale, par suite d’une déviation qu’ont prise d’une manière permanente les leviers auxquels ils sont destinés. Dans ces cas, les gaines sont lâches et présentent des dimensions beaucoup plus grandes que dans l’état ordinaire.
On admet que quelques vaisseaux très-rares cheminent dans le tissu cellulaire qui unit les filaments fibreux des aponévroses d’insertion et des tendons , comme dans les aponévroses d’enveloppe et les ligaments des articulations. Cependant les injections ne les pénètrent qu’avec une certaine difficulté. Aussi l’inflammation qui se développe en eux a-t-elle des caractères particuliers, tellement obscurs que des pathologistes nient quelle puisse se développer dans leur tissu. Elle serait consécutive, d’après une autre opinion, à celle des parties adjacentes. Mais pourquoi l’inflammation ne pourrait-elle pas s’y développer ? Elle envahit bien la cornée et cependant les injections les plus fines ne peuvent, dans l’état normal , démontrer des vaisseaux dans cette membrane. Comme elle , les tendons se ramollissent, s’exfolient ou tombent par plaques frappées de gangrène. Que l’inflammation n’y apparaisse qu’avec une physionomie particulière, cela se conçoit, puisque leur vie n’est pas bien active, puisqu’ils ne se nourrissent que par imbibilion et à distance. Des bourgeons celluleux ne s’élèvent-ils pas des parties saiues , une fois que des portions sphacélées sont détachées , pour concourir à la formation d’une cicatrice dans laquelle se réunissent et la peau et les extrémités de cette solution de continuité? En raison même de la faible vitalité de ces parties fibreuses, les ulcérations qui les atteignent ne guérissent qu’avec lenteur.