SECTION XI
Appareil de l’olfaction.
L’appareil de l'olfaction est situé sur l’une des voies que parcourent les gaz qui pénètrent dans les poumons, et qui en sont chassés dans le double mouvement d’inspiration et d’expiration. Aussi la plupart des éléments qui entrent dans sa texture ne lui appartiennent pas en propre, et les lésions chirurgicales qui l’atteignent, retentissent bien plus sur la régularité des fonctions respiratoires, sur les régions qui l’avoisinent, que sur l’intégrité de l’odorat en lui-même. Une seule partie est spécialement destinée à l’exercice de ce sens; c’est la membrane pituitaire ou de Schneider. Le squelette qui la supporte, les ampoules qui en reçoivent les diveriiculums, l’espèce d’auvent protecteur qui prévient sa dessiccation et dirige les courants de gaz chargés de molécules odorantes, les cornets osseux qui en étalent la surface et la multiplient, appartiennent à diverses régions, qui ont des connexions intimes les unes avec les autres. C’est pourquoi, au lieu d’étudier ici une région olfactive externe, ouïe nez, une région olfactive interne, ou les fosses nasales, qui ont des prolongements dans la base du crâne, dans le froni, etc., nous n’allons considérer que la partie fondamentale de l’appareil, en elle-même, laissant à l’anatomie des régions des considérations chirurgicales qui se trouveront plus naturellement groupées, et qui, en grande partie, sont étrangères au sens de l’odorat.
De la membrane pituitaire.
La membrane pituitaire est une muqueuse qui présente deux parties distinctes : celle qui appartient aux fosses nasales et celle qui se prolonge dans l’intérieur des sinus.
A. Muqueuse des fusses nasales. C’est une membrane molle, spongieuse, d’un rouge foncé, éminemment vascuculaire, cl fixée tantôt sur des os, tantôt sur des cartilages. Son épaisseur est de quatre à cinq millimètres, en sorte qu’elle rétrécit les orilices osseux par où elle pénètre dans les cellules et dans les ampoules des os voisins. On voit des points où elle forme même des valvules par des replis , de manière à rendre les ouvertures de communication encore pins étroites.
A la surface libre de la pituitaire est un vernis épithélial, formé de cellules à cils vibrai îles comme la muqueuse respiratoire dont elle fait partie. On les constate à la surface des polypes muqueux , quand on soumet leur écorce sous le champ du microscope immédiatement après l’arrachement. Cependant toute l’épaisseur de la muqueuse pituitaire ne se trouve pas à leur périphérie.
Des papilles rendent celte surface cotonneuse. Une multitude de glandes mucipares dont le fond est au-dessous du derme, dans le tissu fibro-ccllulaire qui la fixe aux os, sont parsemées sur toute son étendue et sécrètent des mucosités épaisses et visqueuses, propres à retenir les molécules odorantes. Elles sont si nombreuses, qu’elles forment une couche non interrompue de un à deux millimètres d’épaisseur. Plus resserrées les unes des autres dans le milieu des fosses nasales, tant du côté de la cloison que du côté des cornets et des méats, elles sont moins abondantes, plus volumineuses vers la partie postérieure cl inférieure de la cloison. Leur
APPAREIL DE L’OLFACTION, sécrétion , qui est supprimée dans les premiers temps du coryza, devient plus tard extrêmement abondante.
Le derme est mou, spongieux et se laisse déchirer avec facilité ; on voit fréquemment des végétations polypcuscs qui s’élèvent à sa surface et qui sont molles comme elles. Parcourues à leur intérieur par des filaments celluleux trèsdélicats, elles renferment dans leurs aréoles une sérosité gélatineuse, et à leur surface, de petits vaisseaux très-ténus. La pince du chirurgien qui procède à leur arrachement, les déchire souvent, en sorte que l’on est obligé de reportera plusieurs reprises l’instrument dans les narines pour en extraire les dernières parcelles. Ces polypes sont souvent multiples. Ils sont hygrométriques.
Au-dessous de la muqueuse pituitaire, est la couche ccllulo-fibreuse, couche très-dense, qui fixe la membrane aux os ou aux cartilages , en même temps qu’elle leur sert de périoste ou de périchondre. Elle est le siège de productions fibreuses très-dures, qui soulèvent d’abord la muqueuse, s’en coiffent et l’amincissent. Au centre de la tumeur ainsi formée, sont des fibres fasciculées d’un blanc grisâtre, analogues à celles des corps fibreux de l’utérus, fermes et résistantes : ce sont les polypes fibreux, qui renferment trèspeu de vaisseaux.
Les polypes charnus ou sarcomateux n’ont pas, comme les précédents, un point de départ aussi distinct. Ils paraissent se confondre dans les deux couches muqueuse et fibreuse, renferment beaucoup de vaisseaux , saignent avec facilité, et s’écrasent de même. Ils sont rouges, quelquefois d’une couleur livide.
Le tissu fibro-cellulaire sous-muqueux de la cloison se laisse quelquefois rompre, malgré sa densité, sous l’influence de chocs portés sur la région du nez. Des bosses sanguines, en tous points analogues à celles que nous avons indiquées dans la conque du pavillon de l’oreille, paraissent
ne pas être très-rares chez les boxeurs anglais. Ou en a observé des deux côtés de la cloison, qui étaient perforée dans ce cas ; en sorte que les deux cavités sanguines communiquaient l’une avec l’autre. C’est à M. Fleming qu’on doit la connaissance de cette lésion.
Au lieu de présenter dçs poches remplies de sang, ce tissu cellulaire est quelquefois décollé par du pus, qui s’est formé tantôt après des coryzas, tantôt à la suite des mêmes contusions qui donnent lieu aux bosses sanguines. Dans tous les cas observés par MM. J. Cloquet et Fleming, qui ont donné la description de ces abcès, la cloison était perforée ; il existait une libre communication entre les deux tumeurs.
Les artères de la muqueuse pituitaire sont très-nombreuses. Elles proviennent presque toutes de la maxillaire interne; quelques-unes viennent de l’ophthalmique et de la faciale. Dans une injection heureuse, la membrane est entièrement rougie par le vermillon. On conçoit la quantité de sang qui s’échappe de ce riche réseau dans certaines épistaxis, et combien doit être grande la congestion dans quelques cas. La sphéno-palaline , la sous-orbitaire , l’alvéolaire supérieure , la palatine, la ptérygo-palatine , les sus-orbitaires, les ethmoïdales, les dorsales du nez, l’artère de l’aile du nez, l’artère de la sous-cloison, sont les branches qui fournissent ces ramifications.
Quant aux veines, elles sont si nombreuses, que M. Cruveilhier en considère les capillaires comme donnant à la membrane une véritable disposition érectile. Elles suivent le trajet des artérioles et vont se rendre par de gros troncs dans les veines maxillaire interne, faciale et ophthalmique. Il ne faut pas omettre une communication veineuse par une branche émissaire qui traverse l’ethmoïde cl va se rendre dans la partie antérieure du sinus longitudinal supérieur. C’est par là que des épistaxis soutirent du sang de l’intérieur du crâne : ainsi l’application de sangsues
APPAREIL DE L’OLEAGTIQN.
sur la muqueuse pilui luire devient une saignée déplélive de celle cavité. Quant aux vaisseaux lymphatiques, ils forment un réseau superficiel très-serré, que j’ai pu injecter, comme M. Cruveilhier, en piquant très-superficiellement la membrane. Je ne puis croire, avec M. Sappey (1), que le réseau injecté soit veineux, car je n’ai pas vu le mercure s’échapper dans les veines.
Un nerf de sensibilité spéciale, le nerf olfactif, qui s’exprime au travers des trous de la lame criblée de l’ethmoïde, se perd en filaments très-ténus sur la membrane de Schneider, et ne descend pas plus bas que le cornet moyen en dehors , la partie correspondante de la cloison en dedans. La cinquième paire lui envoie des filets de sensibilité tactile par le rameau nasal interne et le frontal de la brandie ophthalmique de Willis; par le sphéno.-palalin, le grand nerf palatin , le nerf vidien et les dentaires antérieurs du maxillaire supérieur. L’intégrité de ces deux ordres de nerfs est nécessaire à l’exercice régulier de l’olfaction : le premier, comme conducteur de l’impression; le second, comme présidant au maintien de l’état physique de la membrane qui doit invisquer les molécules odorantes.
La membrane pituitaire se continue avec la peau et les muqueuses de l’œil, du pharynx, de la bouche , de l’oreille moyenne. L’inflammation se propage souvent de l’une à l’autre de ces dernières membranes.
Dans les points où elle traverse des orifices et recouvre des parties proéminentes, comme les cornets, elle forme des replis, des valvules qui augmentent l’étendue des saillies naturelles. Sur les bords ou les extrémités des cornets, les replis de la pituitaire se boursouflent quelquefois chez des enfants scrofuleux et donnent lieu à des luméfac-
(1) Anatomie descriptive f t. I } p. 595.
lions qui ont pu induire en erreur et faire croire à des polypes muqueux. Il faut porter dans les fosses nasales un examen attentif pour éviter l’écueil. Quant aux ulcères dont elle peut être le siège, ils sont de diverses sories. La nature de ceux qui s’accompagnent d’une odeur fétide, comme dans Yozène, n’a pas encore été suffisamment étudiée.
B. Muqueuse des sinus. La muqueuse des sinus est considérablement plus mince que celle des fosses nasales. Elle est d’un rose pâle, munie d’un épithélium vibratile et intimement unie à une couche de tissu fibreux qui la double ; mais celle-ci se laisse facilement décoller des os sur lesquels elle est étendue. D’après les recherches deM. Giraldès^ elle est riche en vaisseaux, et offre dans son épaisseur un trèsgrand nombre de glandulcs , ayant un petit tube qui se termine à la surface. Lorsque leur orifice s’oblitère , ce qui arrive souvent , ces glandules se dilatent et donnent ainsi naissance à des kystes. Notre savant collègue en a vu qui atteignaient le volume d’une noix.' La pituitaire des sinus est aussi quelquefois le siège de sécrétions qui, devenues abondantes par suite d’une inflammation chronique, donnent lieu à l’épanchement d’un liquide qui paraît séro-purulent.
Les prolongements de la muqueuse olfactive tapissent les cellules ethmoïdales, les sinus sphénoïdaux, frontaux et maxillaires. On conçoit les douleurs qui se font sentir dans ces diverses régions, lorsque l'inflammation s’est propagée dans ces diverticules profonds.