‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou, De l'anatomie dans ses rapports avec la pathologie externe et la médecine opératoireChapitre 9 sur 38 · Y. DES APONÉVROSES · texte numérisé non relu

Y. DES APONÉVROSES

Les aponévroses sont des lames resplendissantes et trèsfortes, qui enveloppent les muscles qu’elles contiennent, ou qui, étalées dans leur épaisseur ou leurs intervalles, leur donnent des points d’insertion : de là deux variétés d’aponévroses, celles de contention et celles d’insertion. On leur donne aussi le nom de fascia, par extension à celte dénomination appliquée à la bandelette très large cl très-résistante

qui csi comprise dans la partie externe de l’aponévrose fémorale.

Des lames de tissu cellulaire, beaucoup moins denses que les aponévroses, ont été décrites comme des fascia. A.Cowper indique au-dessous du péritoine dans les fosses iliaques et au niveau des ouvertures herniaires, un fascia propria qui n’esl autre chose que le tissu cellulaire sous-séreux plus ou moins dense ; d’ailleurs celui-ci tapisse toute l’étendue des séreuses abdominale et thoracique. Un autre fascia, dit superficialis , est le tissu cellulaire sous-cutané, plus ou moins bien disposé en membrane aponévrotique suivant les régions, et qui correspond à la couche lamellée que nous avons déjà décrite d’après M. Velpeau. Suivant Thompson, celte couche en présenterait trois dans la région abdominale antérieure : une, le fascia superficialis proprement dit, situé sous la couche aréolaire, et séparé par une lame graisseuse de l’autre, le fascia superficialis profond , qui est en rapport avec l’aponévrose d’enveloppe.

Nous avons déjà décril le tissu cellulaire sous-cutané ; nous aurons à revenir, à l’occasion de chaque région, sur les modifications qu’il présente, et sur la valeur des descriptions qui en ont été données.

Les aponévroses ne sont formées que par des fibres de tissu cellulaire condensé. Les injections les plus heureuses n’y démontrent qu’un bien petit nombre de capillaires ; encore les vaisseaux ne font peut-être que les traverser. Quant aux nerfs, ils sont peu connus. Cependant M. Cruveilhier en a suivi d’une manière bien manifeste sur une membrane dont la texture est identique aux aponévroses : je veux parler de la dure-mère. Le peu de vascularité de ces membranes explique comment elles résistent si longtemps aux causes qui tendent à les détruire, à savoir, aux dégénérescences cancéreuses et à l’inflammation.

Les fibres aponévrotiques sont disposées parallèlement les

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unes aux autres clans les couches qu'elles forment. Les aponévroses qui sont minces n’en présentent qu’une, mais celles qui sont épaisses sont souvent formées de fibres obliques les unes aux autres s’entre-croisant dans leur direction et étalées suivant deux plans superposés. Quand ces fibres ne sont pas serrées, elles laissent entre elles de petits espaces losangiques de dimensions variables, qui peuvent s’agrandir tantôt sous l’influence du développement de paquets graisseux qui les pénètrent, tantôt par suite de la pression qu’exercent sur eux des viscères poussés pendant les efforts. Une fois distendues outre mesure ou écartées les unes des autres, ces fibres ne reviennent pas complètement sur elles-mêmes et limitent des intervalles par où peuvent se former des hernies. Dans quelques points, les fibres circonscrivent des orifices naturels par où passent des vaisseaux ou des nerfs. C’est par ces trous que des abcès froids, de profonds deviennent superficiels , qu’au voisinage des cavités splanchniques s’échappent les viscères. Il ne faut pas croire toutefois que la nature ait disposé ces orifices comme s'ils étaient faits par un emporte-pièce sur l’aponévrose. Dans toutes les régions, ainsi que nous aurons l’occasion de le faire remarquer, une toile cellulo -fibreuse plus ou moins forte part de la circonférence et engaîne les organes qui les traversent : ainsi part de l’orifice externe du canal inguinal une lame qui entoure comme dans un cylindre le cordon testiculaire ; ainsi descend du prétendu bord externe du ligament de Gimbernatun prolongement fibreux qui concourt à former l’infundibulum de Thompson.

Les aponévroses sont loin de présenter dans toutes les régions du corps la même densité ; au contraire, elles se terminent quelquefois par des extrémités qui se confondent insensiblement avec des lamelles cellulo-fibreuses et même avec le tissu cellulaire. Ces variétés sont la cause des divergences qui existent dans les descriptions que les auteurs ont données

des aponévroses du corps humain, les uns considérant telle partie du tissu cellulaire comme une lame de ce tissu, mais un peu plus serré, les autres lui donnant le nom d'aponévrose. Les véritables aponévroses, celles dont l’existence n’est mise en doute par personne, se trouvent vers la racine des membres, sur la paroi abdominale antérieure, là où des pressions sont exercées soit par les viscères, soit par les muscles pendant qu’ils se contractent. L’anatomie comparée démontre que le tissu cellulaire est d’autant plus dense, plus sec, et les aponévroses d’autant plus résistantes, que les animaux où on les observe ont une force musculaire plus énergique et des mouvements plus étendus : c’est ce que présentent ceux qui courent avec vélocité, ou bien encore les oiseaux de haut vol. Il en est de même pour le corps humain. Les individus robustes ont des aponévroses plus fortes, pour brider les muscles et les maintenir dans leurs rapports naturels. Dans les circonstances contraires , le tissu cellulaire est moins condensé , et telle lame qui chez un athlète est épaisse et résistante, est faible et presque celluleuse chez une personne adonnée à une vie molle ou naturellement débile.

Continues au périoste des os, sur lequel elles s’insèrent, les aponévroses d’enveloppe passent d’un membre à un autre sans s’interrompre au niveau des articulations ; seulement leur épaisseur est variable dans ces différents points. Elles forment une capsule de renforcement qui soutient plus ou moins efficacement les extrémités articulaires. Ces expansions aponévroliques peuvent être distendues, tiraillées, déchirées dans les entorses, concurremment avec plusieurs des autres éléments qui entourent les jointures.

De même que nous avons reconnu dans le tissu cellulaire, dans les bourses séreuses , deux variétés de siège , l’une se rapportant aux couches sous-cutanées, l’autre aux couches profondes; de même, indépendamment des aponévroses d’enveloppe, nous avons à en considérer d’autres qui sont situées

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Al

dans les profondeurs de nos parties. Entre les diverses couches de muscles se trouvent, en effet, des lames aponévroliques qui les séparent : chaque muscle est lui-même entouré par une sorte de canal fibreux d’une épaisseur et d’une résistance variables. Cette disposition que M. le professeur Gerdy a le premier décrite dans la région de la cuisse, constitue un ensemble d’étuis fibreux, où les muscles jouent pendant leur contraction. Ces toiles partent de la face interne de l’aponévrose d’enveloppe et vont dans des directions diverses, les unes autour des muscles, les autres vers des crêtes osseuses où elles s’insèrent ; ce sont là les cloisons intermusculaires, qui ne servent pas seulement de gaines aux muscles, mais qui leur offrent des points d’insertion. On conçoit que du pus puisse rester emprisonné dans ces canaux aponévrotiques, et que des fusées se répandent vers les parties déclives dans leur direction. Comme les aponévroses superficielles, ces lames aponévrotiques sont traversées dans certains points par des vaisseaux et des nerfs, et envoient sur eux des expansions. Elles se terminent enfin, dans quelques cas, d’une manière insensible, en se perdant dans le tissu cellulaire.

Les aponévroses sont à peu près inextensibles : aussi dans les phlegmons sous-aponévrotiques , les parties molles, qui tendent à se tuméfier considérablement, sont-elles comme étranglées dans leur enveloppe fibreuse. Nul doute que cet état ne favorise la gangrène, en sorte qu’il est d’une bonne pratique de faire des débridements pour la prévenir. C’est a cause de cette inextensibilité que les anneaux fibreux qui ont donné passage à des viscères exercent sur eux une constriction funeste, quand ils se sont gonflés ou que la quantité qui est sortie est trop grande pour être refoulée dans la cavité splanchnique. Quand une incision intéresse les aponév i oses , l ouverture peut devenir elle-même le siège d’un étranglement par les muscles qui s’y engagent; mais quand

des distensions lentes et continues sont exercées sur leur tissu, elles acquièrent insensiblement une plus grande étendue : ainsi des tumeurs profondes soulèvent peu à peu l’aponévrose d’un membre ; ainsi des hernies se recouvrent de lames aponévroliques qu’elles repoussent devant elles; ainsi les aponévroses fortes de la paroi abdominale se laissent distendre par lTilérus gravide.

L’élasticité est aussi à peu près nulle dans ces membranes : aussi la fibre distendue au-delà de sa faible élasticité ne revient jamais sur elle-même. Analogue au fil forcé sur lequel le physicien a exercé des tractions sans mesure, elle est à jamais inapte à recouvrer ses caractères primitifs. Voilà pourquoi, après uné grossesse, la paroi abdominale antérieure devient généralement flasque ; pourquoi les ouvertures naturelles qui ont laissé passer des viscères au dehors, leur offrent une issue toujours facile ; pourquoi l’enveloppe fibreuse du genou, distendue par l’hydarlhrose, est devenue trop lâche après l’absorption du liquide, etc.

On peut piquer, couper, brider les aponévroses sans occasioner de douleurs. Cependant la rupture de quelques-unes de leurs fibres est accompagnée d’un sentiment pénible; cependant des dilacérations exercées sur la dure-mère provoquent des cris chez les animaux qu’on sacrifie. Les solutions de continuité se réparent par l’épanchement d’une lymphe plastique qui se coagule, agglutine les bords de la division, et finit à la longue par se transformer en tissu fibreux.

L’inflammation s’empare difficilement des aponévroses. Quand elles sont en contact avec l’air et le pus dans une plaie , elles conservent longtemps leur couleur resplendissante, comme si elles étaient étrangères au travail qui se passe auprès d’elles. Elles macèrent pour ainsi dire dans ce liquide, se gonflent et se ramollissent enfin. Ceci explique comment le fil d’une ligature qui a compris avec une artère

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quelques faisceaux d’une aponévrose, ne tombe qu’au bout d’un temps très-long. Mais quand une inflammation occupe la profondeur de nos parties, sans qu’il y ait communication avec l’atmosphère du foyer purulent, l’aponévrose s’épaissit par suite de la sécrétion de la lymphe plastique dans le tissu cellulaire qui la louche, et elle conduit le pus dans les points les plus déclives. Telle est la règle. Cela ne veut pas dire qu’une aponévrose ne peut pas se laisser entrouvrir à la longue, pour donner passage à du pus, surtout quand celui-ci est entouré de parties résistantes; une pareille manière d’appliquer l’anatomie à la pathologie serait plus d’une fois démentie par la pratique. Mais il faut avouer que c’est là l’exception.

Des gaines fibreuses des tejidons.

Au lieu de s’étaler en membranes, les fibres de tissu cellulaire qui forment les gaines s’incurvent en arcs, et par une série de cerceaux juxtaposés , forment la moitié , les deux tiers des cavités cylindriques où glissent les tendons. Ces cerceaux, dont les extrémités s’implantent sur les bords des gouttières, ne sont pas tellement unis entre eux dans quelques points, qu’il ne soit bien possible de voir des intervalles où se trouve seulement la bourse séreuse vaginale. Au niveau de la face antérieure des articulations phalangiennes , il est d’autres fibres qui, malgré qu’elles ne soient pas constantes, sont cependant très-communes , fibres qui s’enlre-croisent en X, en allant du côté d’une phalange au côté opposé de celle qui la suit. Les espaces que nous venons de signaler entre les fibres arciformes permettent d’expliquer, à cause de la moindre résistance de la toile intermédiaire, la perforation de la gaine à ce niveau dans le panaris fibro-séreux, et la formation d’abcès dans le tissu cellulaire sous-cutané. Quand la gaine est au contraire formée par des fibres étroitement unies, des fusées purulentes s’établissent vers la paume

de la main, voir même vers la partie inférieure de l’avantbras.

La gaine osléo-fibreuse des tendons s’oppose, par son inextensibililé, au développement de la bourse séreuse vaginale dans les cas d’hydropisie ; elle tient les tendons appliqués sur les os et réfléchis autour des articulations. Aussi , dans certaines contractions musculaires intenses, alors que les leviers sont portés dans une direction vicieuse, les tendons pressent fortement contre elles et peuvent les rompre. Ils se luxent alors, accident rare, qui arrive encore dans les déplacements traumatiques des extrémités articulaires des os. C’est encore pour celte raison que quelques-unes de ces fibres arciformes peuvent être distendues ou même rompues dans les entorses. Comme elles sont rigides, une section pratiquée sur elles laisse un orifice béant, qui mène à une cavité d’autant plus profonde que le muscle a entraîné davantage son tendon. Les lumières ouvertes des canaux ostéofibreux des tendons après les amputations, expliquent comment des fusées purulentes se répandent au loin dans l’épaisseur du moignon, si le chirurgien n’a la précaution de placer le membre dans une position déclive.

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