‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou, De l'anatomie dans ses rapports avec la pathologie externe et la médecine opératoireChapitre 8 sur 38 · IV. DES MEMBRANES SYNOVIALES · texte numérisé non relu

IV. DES MEMBRANES SYNOVIALES

Les membranes synoviales sont destinées à tapisser l’intétieur des cavités articulaires. Comme les séreuses, elles ont pom base une lame de tissu cellulaire condensé, revêtue d’une couche d épithélium pavimcntcux. Toutes fois elles n’ont pas partout la même épaisseur. La couche dermique manque dans quelques points, en sorte que l’opinion des auteurs qui

ont considéré les séreuses comme des surfaces, s’applique plus spécialement aux membranes synoviales. Il est impossible, en effet, de montrer une membrane sur les cartilages, sur les tendons , les ligaments et les gaines fibreuses qui limitent et fortifient les articulations. Mais dans les points oii des intervalles séparent les diverses parties qui entrent dans la composition des jointures, des lames distinctes vont de l’une à l’autre, se continuant par leur face externe avec le tissu cellulaire extérieur. Ainsi l’on peut isoler facilement par la dissection, la paroi du cul-de-sac synovial qui s’élève eulre le bord supérieur de la rotule et la face antérieure du fémur, la lame qui du bord antérieur de l’extrémité inférieure du tibia, se rend sur l’astragale, etc. Quant à la couche épithéliale, elle est répandue sur toute la surface de la cavité articulaire , en sorte qu’elle est soutenue là par un cartilage, ici par un ligament fibreux, ailleurs par une capsule, et enfin par du tissu cellulaire dense et disposé en une véritable membrane.

Comme les séreuses proprement dites, les synoviales reçoivent dans la couche de tissu cellulaire, des vaisseaux sanguins très-ténus que démontrent les injections pénétrantes et surtout l’inflammation. Depuis Mascagni presque tous les auteurs y admettent des réseaux lympalhiques : les recherches de M. Sappey n’en ont pas plus démontré ici que dans les séreuses proprement dites. M. Cruveilhier a suivi dans plusieurs d’entre elles des filets nerveux.

Les membranes synoviales se replient sur elles-mêmes dans quelques points, de manière à former des culs-de-sac dirigés tantôt vers la cavité , tantôt au dehors. Les premiers sont des appendices de largeur et de longueur variables, qui sont destinés à combler les vides que laissent enlr’elles les inégalités des surfaces articulaires et qui sont connues sous le nom impropre deglandes de Clopton Ilavers. Elles sont remplies de tissu cellulo-adipeux, et flottent dans

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l’intérieur do l'articulation. Comprimées entre les surfaces osseuses dans des mouvements irréguliers, elles peuvent cire contuses, et devenir le point de départ d’une arthrite. Les seconds se présentent sous la forme de vessie, de gaines, de follicules. C’est pourquoi nous les distinguerons en vésiculaires, vaginaux et folliculaires.

Les culs-de-sac vésiculaires existent près des articulations autour desquelles se réfléchissent des tendons ou des muscles ; ils sont destinés à faciliter leur glissement. On en trouve dans l’articulation scapulo-humérale, au-dessous de l’apophyse coracoïde entre le muscle sous-scapulaire et l’os, et dans l’articulation du genou, sous le muscle triceps et autour du tendon du muscle poplité. Ces prolongements sont celle variété de bourses séreuses dont il a déjà été question, et dont l’existence explique comment des plaies peuvent devenir pénétrantes d’une jointure sans que l’instrument tranchant ait porté directement sur l’interligne articulaire. Il en est de même pour les prolongements vaginaux , qui , à la manière des bourses séreuses vaginales, engaînent les tendons et tapissent leurs coulisses ostéo-fibreuses ; tel est le prolongement vaginal du tendon de la longue portion du biceps. Les culs-de-sac des synoviales se laissant distendre par la sérosité dans les cas d’hydropisie, il en résulte au milieu de la tuméfaction générale de la région, des bosselures qui leur correspondent.

Les prolongements bursiformes ou folliculaires avaient été déjà décrits par E. Weber (1) dans la synoviale de l’articulation du genou, articulation dont cet auteur a fait une étude si approfondie. Il en avait signalé l’orifice sous l’aspect de petites fentes ou de points susceptibles de recevoir un liquide coagulable injecté dans l’intérieur de la jointure. Le fond de ces petits culs-de-sac qu’il compare à des follicules, fait sail-

(1) Encyclopédie anatomique, l. Il, p, 861.

lie à l’extérieur en ire les fibres tendineuses qui fortifient la synoviale. Ce que E. Weber avait dit de l’articulation du genou, M. Gosselin l’a constaté dans plusieurs autres articulations, celles du poignet et du coude en particulier, et, faisant à cette donnée anatomique une application chirurgicale, il a considéré ces follicules synoviaux comme le point de départ de certains kystes péri-articulaires.

La face interne des membranes synoviales est le siège de l’exhalation d’un liquide albumineux désigné sous le nom de synovie depuis Paracelse, à cause de sa ressemblance grossière avec le blanc d’œuf. Il lubréfie les surfaces articulaires et facilite leur glissement. Son accumulation dans la cavité constitue l’hydarlhrose, lésion commune surtout dans le genou. L’inflammation y développe aussi des fausses membranes dont la formation est la même que celle des membranes séreuses, et qui, développées sur les cartilages, ont pu faire croire que la synoviale passait sur eux , tandis quelle ne recouvre tout au plus que trois ou quatre millimètres de leur circonférence, ainsi que le démontrent les injections les plus pénétrantes. Nous avons fait remarquer que la couche épithéliale seule revêt les cartilages. La production plastique s’étale sur eux de la circonférence vers le centre, augmentant d’étendue à mesure qu’une plus grande quantité de lymphe est sécrétée. L’anatomie pathologique permet de saisir ce mode de développement pour ainsi dire sur le fait : car on trouve des fausses membranes par points, par plaques prêles à se joindre, tandis que d’autres conservent les traces de leur réunion par une épaisseur moindre. Des adhérences leur succèdent, filamenteuses et dirigées dans plusieurs sens, circonscrivant des aréoles comme les mailles du tissu cellulaire; elles gênent les mouvements, et forment une variété d’ankylose fausse. Enfin l’interligne est quelquefois rempli de pus , et la synoviale est dégénérée en une substance d’un gris jaunâtre, molle, spongieuse, qui se moule sur

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les anfractuosités correspondantes : c’est le fongus articulorum de Reimar. Quant aux corps étrangers, nous verrons plus bas quels sont leurs rapports avec les synoviales.

La manière dont les solutions de continuité se réparent dans les membranes synoviales est la même que dans le tissu cellulaire et les bourses séreuses, c’est-à-dire que de la lymphe organisable en réunit les bords. Quand les os sont luxés, cl que la réduction n’a pas été opérée, le tissu cellulaire se condense au voisinage de la surface cartilagineuse, de manière à former des synoviales nouvelles qui diffèrent cependant des synoviales naturelles en ce qu’elles ne sont pas tapissées d’une couche épithéliale, et que le liquide sécrété, quoiqu’il se rapproche de la synovie, n’est pas identique avec elle.

Les membranes qui nous ont jusqu’à présent occupé sont molles, souples, d’une ténuité quelquefois très-grande ; celles qui nous restent à examiner sont fortes, resplendissantes, et affectent la forme tantôt de toiles résistantes , tantôt de canaux ou de cordons très-solides. Ce sont les aponévroses , les coulisses fibreuses des tendons, les ligaments articulaires et les tendons qui font suite au corps charnu des muscles. Nous renvoyons l’étude des tendons et des ligaments à celle des muscles et des articulations en général, pour ne pas séparer violemment des considérations chirurgicales qui sont étroitement unies entre elles.

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