CHAPITRE m
On rctiouvo, chez les oiseaux, la plupart des muscles que nous venons de décrire. Seulcmeni ils sont appropriés, par leur forme, leur volume, leur coniplicalioii, etc., à la conformation particulière du squelette de ces animaux.
Kntreprendre dans cet ouvrage essentiellement pratique la description spéciale de tous ces organes, ce .serait manquer le but que nous nous sommes proposé. Aussi nous bornerons-nous à traiter les points suivants, les seuls qui présentent de l'intérêt, au point de vue de la mécanique animale :
1" Des tendons. — Les tendons des oiseaux présentent, dans le membre inférieur et à l'extrémité de l'aile, des ossifications plus ou moins étendues sur leur trajet. Celte transformation du tissu fibreux des muscles n'est point un effet sénile, car on la remarque déjà chez les animaux fort jeunes. En enlevant aux cordes tendineuses la plus grande partie de leur souplesse, elle leur donne sans doute une plus grande ténacité, et leur permet de transmettre d'une manière plus intégrale aux leviers osseux l'action des puissances musculaires.
On observera, du reste, que l'ossification partielle des tendons ne survient pas exclusivement dans les membres : il n'est pas rare de la rencontrer dans d'autres régions encore; et nous citerons, en première ligne, le cou des Échassiers, On conserve, au cabinet des collections de l'école de Lyon, le squelette d'un héron qui présente au plus haut degré cette particularité : les vertèbres cervicales de cet animal sont hérissées d'une multitude de stylets osseux filiformes, tous dirigés en arriére, lesquels stylets proviennent de l'ossification des fibrilles tendineuses annexées aux muscles de la région cervicale.
T Des muscles [jectoraux. — Les deux mouvements alternatifs qui produisent le vol, c'est-à-dire l'abaissement et l'élévation des ailes, étant dus à l'action des pectoraux, ces muscles méritent une mention toute spéciale.
Le /jecioral superficiel ou grand pectoral, « qui à lui seul pèse plus que tous les auues muscles de l'oiseau pris ensemble, s'attache à la fourchette, à la grande crête du sternum et aux dernières côtes ; il s'insère à la ligne âpre très saillante de l'humérus. C'est par son moyen que les oiseaux donnent les violents coups d'ailes nécessaires pour le vol. »
Le pectoral profond ou petit pectoral est « placé dans l'angle que fait le corps du sternum avec sa crête et dans l'intervalle de la fourchette et de l'os coracoïde. Son tendon passe dans le trou formé par l'union de la fourchette, de l'os coracoïde et de l'omoplate, comme sur une poulie, et s'attache au-dessus de la tcte de l'himiérus qu'il relève. C'est au moyen de cette disposition de poulie que la nature a pu l)lacer ainsi un releveur à la face inférieure du tronc et abaisser d'autant le centre de gravité, sans quoi l'oiseau aurait été exposé à culbuter en l'air. » (Cl MER, J.erons (i'andtoinie comparée. .
<Ànier, suivant la nomenclature de Vicq-d'Az\r, appelle ce doinier muscle ^xr-
'ÔOU DES .MrSCI.ES.
loivl nuiijeii, l'i il cloniio le nom d(' jjctit ptctoral à un laiscoaii Iriaiigulaire qui part de l'angle latéral du sternum et de la base de l'os coracoïdc, pour se porter sous la tête de l'humérus. Ce muscle n'a])particnt pas, selon nous, à la région pectorale, mais à celle de l'épaule, et nous le considérons, avec J. -F. IMeckel, comme le coraco-luiméral qui a suivi l'apophyse coracoïde dans son développement (1),
3' lh( diap/iragine. — « Dans les oiseaux, le diaphragme aiïecte une disposition si dillérenle de celle qu'on observe dans les vertébrés supérieurs, que son existence, lour à tour constatée et méconnue, admise et réfutée, est encore problématique aujourd'hui pour un grand nombre d'anatouiistes; cependant ce muscle existe, et son développement est en parfaite harmonie avec l'importance de ses fonctions. Deux plans le composent; confondus à leur point de départ, ces plans s'isolent bientôt pour suivre, l'un une direclion transversale, l'autre une direction oblique : le plan transversal, de forme triangulaire, se porte iiorizontalement des cotes droites aux côtes gauches en s'appliquant sur la face inférieure des poumons ; le plan oblicjue, saillant en avant, concave en arrière, s'étend de la face dorsale du rachis au sternum et divise la cavité du tronc en deux cavités secondaires, le thorax et l'abdomen.
" Dans les oiseaux, comme dans les mammifères, le diaphragme est donc appelé à remplir deux usages principaux; seulement, pour réaliser celte double destination, dans les premiers, il a élé en quelque sorte dédoublé. Loin d'être privés de ce muscle inspirateur ou de le posséder à un degré rudimenlaire, les oiseaux sont donc réellement jwurvus de deux diaphnigmcs :
» r D'un diaphruyine pulmonaire qui préside à la dilatation des ])ou nions ;
1 'i" D'un diaphragme tJioraco-abdominal qui cloisonne la grande cavité du tronc, et concourt à l'aspiration de l'air atmosphérique en dilatant de vastes réservoirs aériens adossés à sa face antérieure.
" De ces deux plans musculaires, le premier a pour analogue dans l'hoimne et les mammifères toute la partie du diaphragme qui s'insère au sternum et aux côles, le second représente manifestement les piliers du diaphragme. »
Cette description, empruntée à l'ouvrage d'un observateur aussi con'cieucieux qu'habile, M. Sappey (2), donne une idée parfaitement exacte de la disposition du muscle au(juel elle s'applique.
(1) E. GeollVoy Saiiit-Hilaire, (Jaus sonméinoire sur les os du sU-rnum (voy. Philosophie nnatomique, t. I, p. 89), L'oniparant les muscles pectoraux des poissons à ceux des oiseaux, emploie également la nomendalurc de Vicq-d'Azyr, et reconnaît aussi trois pectoraux. Nous ne croyons pas cependant être en contradiction llagranle avec le grand maître qui a posé les règles à suivre pour les déterminations d'organes; car il a borné sa comparaison aux deux classes de vertébrés qu il avait i)rincipalement en vue. S'il l'eût étendue aux mammifères, s'il eût recherché, chez ces animaux, l'analogue de ce pelit pectoral, dont la détermination est litigieuse, il l'eût, comme nous, trouvé dans la région de l'épaule, et non pas dans la région sternale.
2j '/Va (7c d'analomic dcscriplico, t. I, p. 197.