‹ Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 92 sur 128 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

f reposes à l'absorption et au transport du chyle et de la lymphe, les vaisseaux lymphatiques ou absorbants sont des canaux à direction convergente, à parois transparentes et minces, qui prennent naissance dans le sein des organes par de fines radicules réticulées, et qui, après avoir traversé un ou plusieurs ganglions, corps glandiformes placés sur leur trajet, se jettent dans le système veineux par dtux troncs : le canal tlioracique et la grande veine lymphatique.

Ces canaux se rapprochent des veines par beaucoup de points; aussi méi-ilent-ils le nom de veines à sang blanc. Comme les veines, les lymphatiques se dirigent de la périphérie au centre de l'appareil circulatoire; comme les veines, ils affectent la forme de tubes noueux et cylindriques; comme les veines, ils offrent à leur intérieur, au niveau dos étranglements visibles en dehors, de nombreuses valvules dirigées vers le cœur ; comme les veines, ils se partagent en deux ordres de canaux : les uns profonds, logés dans les gaines vasculo-nerveuses inter-musculaires; les autres suj)ei(iciels, situés à la surface des aponévroses de contention ; comme les veines, les lymphatiques se terminent par deux troncs principauXj rappelant les deux veines caves; comme pour les veines, enfin, les parois de ces vaisseaux blancs se composent de trois tuniques, qui ne diffèrent de celles des parois veineuses que par leur extrême minceur.

En poussant ce parallèle plus loin , on trouverait même d'autres analogies à peine soupçonnées jusqu'à présent : les ganglions, ces organes d'apparence glanduleuse qui semblent tout à fait propres au système lymphatique, ne sont-ils pas représentés dans le système veineux par le foie, cette glande énorme placée sur le trajet des veiaes abdumiasle» à la manière des ganglions sur le parcours des lym^ pbatiquis.

.Sjouloiis que si l'on passe dans le domaine de la physiologie, il est facile encore de saisir plusieurs caractères communs dans les deux systèmes anatomiques que nous comparons : ils se partagent, en effet, avec part égale à peu près, la fonction absorbante, fonction qui s'accomplit dans le réseau radiculaire propre à chacun d'eux; et le procédé dynamique qui imprime l'impulsion aux fluides qu'ils charrient, s'il n'est pas tout à fait identique, se rapproche du moins dans beaucoup de points.

On peut constater cependant de nombreuses différences entre les veines et les lymphatiques, différences qui portent principalement sur la forme, le nombre et la capacité.

La forme des canaux lymphatiques est, avons-nous dit, noueuse et cylindrique ; mais les nodosités extérieures de ces vaisseaux sont beaucoup mieux marquées et plus rapprochées que dans les veines, ce qui tient au nombre plus considérable et au plus grand développement des valvules. De plus, comme ces canaux parcourent d'assez longs espaces en conservant leur forme régulièrement cylindrique, c'est-àdire avec la même capacité, si l'on ramène par la pensée toutes les divisions du système lymphatique à un conduit unique, on n'obtiendra plus un cône creux dont le sommet répondrait au cœur, quoique la capacité des vaisseaux lymphatiques augmente du tronc vers les branches, mais ce conduit représentera une série de cylindres ajoutés bout à bout et successivement décroissants depuis son origine jusqu'à sa terminaison.

Quant au nombre des vaisseaux lymphatiques, considérés dans une région déterminée, il est toujours beaucoup plus élevé que celui des veines de la même région. Mais comme les lymphatiques sont bien plus petits que les veines, il n'y a pas, comme on pourrait le croire au premier abord, une augmentation proportionnelle de la capacité totale de ceux-là. L'observation démontre, en effet, que le rapport entre la capacité des lymphatiques d'une région et celle des veines correspondantes ne dépasse pas 1 : 2.

Nous terminerons là ce court parallèle pour insister avec quelques détails sur plusieurs points de l'histoire générale des lymphatiques, points qui méritent une attention pariiculiùre ; nous voulons parler de Vorigine, du trajet et de la terminaison de ces vaisseaux.

Origine de» vaisseaux lympliatirines. — « L'origine des vaisseaux lymphatiques a été longtemps inconnue, dit M. Sappey, celui de tous les anatomistos de notre époque (pji a peut être étudié avec le plus de patience et de soin le système lymphatique (1), et comme cette origine pouvait seule servir de base à la théorie de l'absorption, die devint < par le fait même de son importance, le point de départ d'un grand nombre d'hypothèses. Deux difficultés se dressaient comme des obstacles en apparence insurmontables devant les anatomistes qui dirigeaient vers cette partie de la science leurs investigations: d'une part, ces vaisseaux sont doués d'une si parfaite transparence qu'on ne peut les apercevoir qu'après une injection préalable; de l'autre, leurs valvules sont si multipliées qu'elles ne permettent pas au liquide injecté de passer de leurs troncs dans leurs radicules. Pour étudier ces

(1) SAprBT, TraM é'a,n(Uomi9 éescriyMve,

596 DKS LYMI'UATIQUES.

radicules, il impoilail donc de trouver une méthode qui permît de les distendre par une liqueur colorante et les souujît à l'exploration de nos sens. Cette méthode, qui avait été entrevue en 1780 par Ilunter et par son élève Cruikshank, mais qui demeura inconnue à Mascagni et à ses premiers successeurs, nous a été révélée de nouveau en 1830 par les travaux à peu près simultanés de Folimann, de Panizza et de M. le professeur Cruveilhier. Les seules notions positives que nous possédons sur l'origine des vaisseaux absorbants datent de celte dernière époque. Le fait général qui ressort de ces notions est celui-ci : tout lymphatique a pow poiut de départ un réseau. Les réseaux eux-mêmes ont pour éléments des capillaires d'une extrême ténuité , anastomosés et entrecroisés de mille manières, plus superficiels que les artères et les veines, et con tiluanl, par les surfaces qu'ils occupent, la dernière limite dos organes.

D'après quelques auteurs, les réseaux lympliali(|ues superposés aux cipillairos sanguins communiqueraient avec ceux-ci ; mais le plus grand nombre d'S analomistes les regardent comme étant tout à fait indépendants.

« Si, poursuit 31. Sappey, les capillaires lym|)haliques ne communiquent point avec les capillaires sanguins, comment se comportent-ils à leur extrémité ? Ce problème est l'un de ceux qui ont été le plus agités parmi les physiologistes depuis la découverte des chylifères par Azclli ; il renferme toute la doctrine de l'absorption. Hunier et ses disciples crurent reconnaître, à l'extrémité de ces vaisseaux, des orifices qu'ils comparèrent aux points lacrymaux et dont ils firent des bouches absorbantes.

» Olte opinion invoquait en sa faveur les raisons suivantes : B 1" Les lvmphaii(iues qui occu|)cni une surface libre étant remplis de mercure, on voit le métal s'échapper en (ines gouttelettes par cette surface, lorsque à l'aide d'une compression rétrograde on le fait rclluer vers les radicules; Haase dit avoir constaté celte transsudalion merciuielle à lu surface de la peau ; Mascagni sur la surface convexe du foie, à travers l'enveloppe péritonéale de cet organe ; et Hevvson sur la muqueuse de rinlestin des poissons.

» 2° L'examen microscopique des villosilés inteslinales démontre au sommet de ces prolongements des orifices qui plongent dans le chyle répandu à^a surface de la muqueuse, comme les points lacrymaux dans le sinus des larmes.

» De ces deux faits, le premier doit être attribué à une rupture et le second à une illusion. En elTet, l'injection des capillaires lymphatiques, que Haase, JMascagni et Hevvson oblenaient mécaniquement en forçant les valvules, nous l'opérons aujourd'hui d'une manière bien autrement complète et satisfaisante ; non seulement nous injectons les capillaires, mais nous les soumettons à la pression de une, deux et même trois atmosphères ; et cependant nous ne voyons jnm;iis^le mercure pleuvoir à la surface de la peau, des séreuses ou des muqueuses ; bien plus, nous enlevons l'épiderme ou l'épithélium, et, par conséquent, nous ouvrons largement toutes les bouches absorbantes si elles existent. Eh bien ! même après celte ablation, toute transsudalion est impossible. Haase et Mascagni se sont certainement trompés.

.) Quant aux orifices signalés au sommet des villosilés, s'ils ont été admis par quelques analomisles éminents que des préoccupations théoriques portaient à en

rechercher el h on désirer vivement l'existence, il est digne de remarque que la phipart de ceux qui ont vécu en dehors de semblables prî'occupalions ne les ont jamais nettement aperçus. Les auteurs anciens, ignorant le mode d'origine des lymphatiques, les faisaient naître par des extrémités libres, et l'idée d'un orifice sur les extrémités devait nalurellemeiit se |)résenter à leur esprit. 3Iais cette idée, très rationnelle autrefois, est devenue inadmissible depuis la découverte des réseaux. Nulle part on ne trouve d'extrémités libres; à ces extrémités théoriquement admises, l'observaiion a substitué des anses, des anasiomoses, des plexus, une trame réticuiaire enfin , dans laquelle ou n'aperçoit partout que des arcades et des polygones. Dès lors, comme le fait observer Kohmann, ce n'est plus à l'origine d'un vaisseau unique qu'il faudrait placer ces prétendus orifices, mais sur les parois des radicules ; or, l'impossibilité si bien constatée de faire sourdre le mercure à la surface des réseaux, même après la desquamation épidermique et sous l'influence des plus haules i)ressions, est un argument qui renverse et détruit radicalement l'ancienne théorie des bouches absorbantes. x\insi les réseaux lymphatiques superposés aux artères et aux veines seraient non-seulement sans communication avec ces vaisseaux, mais aussi sans communication directe avec les liquides qui humectent les surfaces libres. »

Les réseaux lymphatiques existent-ils dans tous les tissus proprement dits? Voilà une autre question d'une importance incontestée, et dont la solution préoccupe encore acluellement les anaionusles. En se bornant à consulter les analogies, ou est tenté tout d';ib()id de réjiondre par rafiirmalive : pnurriuoi, en effet, les lymphatiques ne seraienî-ils [loint rép:iiidus dans tout l'organisme, puis(|ue les capillaires sanguins sont parlies constituantes de la trame de chaque tissu ? Il est vrai qu'on peut se demander si l'absorption lymphatique joue le rôle d'un acte nécessaire dans le mouvement vital ; et quoique la science soit loin d'être fixée sur ce point, on connaît quelques faits qui autorisent le doute tout au moins. D'un autre rô;é, l'observation directe n'a pas encore révélé les réseaux lymphatiques dans tous les organes ; il e.st même des tissus dans lesquels on a absolument nié l'existence de ces réseaux, prémaiurénient, il faut bien le dire, puisqu'on peut toujoursaccuser de l'insuccès d'une injection lymphatique soit l'imperfection des in.struments employés pour la pratiquer, soit l'insuffisance des procédés mis en usnge, soit encore certaines conditions particulières, et encore incoimues, des espèces animales sur les- (|uetles ou cherche à mettre en évidence les réseaux lymphatiques d'une région. A l'appui de celte dernière assertion, nous feronsobsci ver que i\J. Sappey n'est point encore parvenu à injecter les réseaux de la |)iuiitaire chez l'homme et le veau, et (pi'il reg.irde leur e\i>tence comme étant tout au moins douteuse, tandis que, chez, le cheval, cet appareil Iymphati(iue est aussi remarquable par sa richesse que par la facilité avec la(|uelle on peut le remplir de mercure.

Voici, du reste, les notions les mieux actpiisjs sur le sujet qui nous occupe actuellement.

Les vaisseaux lymphatiques de la peau sont très nombreux et forment deux réseaux : l'un, à mailles extrêmement fixes, ( ccupe l'épaisseur de la couche la plus superficielle du derme; l'autre, placé sous la face profonde du tégument, comprend des vaisseaux plus volimiineux que le pr(!mier, el c;'in:nunique avec lui [)ar

des ramuscules multipliés. Ces réseaux lymphatiques sont loin d'être également développés dans toutes les régions; on est cependant d'accord pour reconnaître qu'aucune ne s'en trouve dépourvue.

Sur le tégument interne ou les membranes muqueuses, on rencontre une disposition analogue des vaisseaux lympliatiqucs. Il est plus que probable qu'ils oxislent dans toute l'étendue de ce tégument ; mais leur démonstration positive reste encore à faire pour quelques régions, comme, par exemple, la muqueuse pulmonaire, la membrane interne des canaux excréteurs des glandes et la conjonctive. Sur d'autres régions, l'injection de ces réseaux est, au contraire, très facile et donne les plus magnifiques résultats; nousciterons particulièrement les muqueuses linguale, intestinale et pituitaire. Les lymphatiques qui appartiennent à celte dernière membrane se présentent avec un si bel aspect chez le cheval, que nous conseillerons toujours de choisir cet animal aux anatomistes qui voudront les injecter. L'opéralion est simple et réussit constamment; aussi serions-nous étonné qu'elle eût échoué entre les mains de quelqu'un ; elle permet de remplir non-seulement les deux réseaux de la membrane, mais encore les troncs nés de ces réseaux, troncs qui se dirigent vers l'entrée des cavités nasales, se rassemblent en plusieurs grosses branches au pourtour delà narine, et s'infléchissent ensuite sur le chanfrein, pour gagner la cavité sous-maxillaire, où ils se jettent dans les ganglions logés à droite et à gauche de cette cavité.

La plupart des anatomistes admettent les réseaux lymphatiques dans les séreuses splanchniques ou synoviales. M. Sappey les nie. Il considère les vaisseaux qu'on injecte si facilement en piquant la surface extérieure d'un viscère comme appartenant au tissu propre de celui-ci, et non pas à la membrane séreuse qui le recouvre. Ceux qu'on arrive quelquefois à remplir de mercure sur la face interne des parois des cavités splanchniques ou synoviales ne lui semblent pas davantage provenir de la tunique séreuse, mais bien des tissus sous-jacents.

M. Sappey nie également l'existence des réseaux lymphatiques dans le feuillet interne de l'appareil circulatoire, quoiqu'elle soit admise par la plupart des anatomistes modernes.

Le même auteur s'élève encore contre l'opinion de ceux, moins nombreux, qui prétendent trouver ces réseaux dans le tissu cellulaire.

Il doute qu'ils soient jamais associés à l'élément nerveux.

Dans les tissus fibreux, on en démontre quelques-uns, peut-être aussi dans le tissu osseux, sur la membrane médullaire.

On en trouve davantage dans les muscles de la vie animale, et surtout dans les muscles viscéraux.

Mais ce sont les glandes et les organes glandiformes de l'économie qui fournissent les plus beaux réseaux, les plus riches et les plus faciles à mettre en évidence.

Trajet des vaisseaux lymphatiques. — Les lymphatiques suivent le trajet des veines, et se divisent exactement comme celles-ci en vaisseaux superficiels et en vaisseaux profonds. Ces derniers, parallèles entre eux, se groupent immédiatement autour des veines correspondantes, auxquelles on les trouve en général superposés. Les premiers, quoique placés à proximité des vaisseaux veineux superficiels, s'étalent à leurs côtés dans une assez grande étendue, à la surface des apo-

névroses superficielles, en formant comme les lymphatiques profonds des faisceaux parallèles.

La direction suivie par les lymphatiques dans leur parcours est presque toujours rectiligne ou à peu près; jamais ces vaisseaux n'oiïrent les flexuosités qui sont si développées sur le trajet de certaines artères et même de quelques veines. Ils ne communiquent point non plus de l'un à l'autre par des anastomoses en arcade ou transversales semblables à celles qu'on rencontre si communément dans les deux autres ordres de canaux de l'appareil circulatoire. Cependant, dans leur marche parallèle, ils s'abouchent assez fréquemment avec les vaisseaux voisins après s'être bifurques.

Mais de toutes les considérations relatives au trajet des vaisseaux lymphatiques, les plus intéressantes sont celles qui se rapportent aux corps glandiformes échelonnés sur le parcours de ces vaisseaux et dont nous allons faire ci-après l'histoire abrégée.

fiangilons lymphatiques. — Les ganglions lymphatiques sont des renflements ovoïdes, sphériques ou discoïdes, médiocrement consistants, gris, roses ou rougeâtres et quelquefois tout à fait noirs, qui interceptent dans plusieurs points les vaisseaux à sang blanc.

Leur nombre est considérable. Mais on les trouve rarement isolés ; le plus souvent ils sont rassemblés par groupes le long des vaisseaux sanguins.

Toujours ils sont plus gros dans le jeune âge que dans la vieillesse.

Tous les canaux du système lymphatique sont pourvus d'un ganglion au moins sur leur trajet, et quelques-uns même en traversent deux ou trois avant de se jeter dans le canal thoracique ou la grande veine lymphatique.

En arrivant sur ces ganglions, ils se plongent dans leur épaisseur, en se ramifiant, et reparaissent sur le point opposé, après s'être reconstitués en plusieurs canaux principaux, généralement plus gros et moins nombreux que les vaisseaux primitifs. Ceux-ci prennent le nom à' afférents ; on nomme les autres efférents, parce qu'ils s'échappent, en effet, des ganglions pour se rapprocher du canal central.

Les injections mercurielles démontrent de la manière la plus évidente que ces ganglions sont entièrement constitués par des capillaires lymphatiques roulés sur eux-mêmes, peletonnés et anastomosés en réseaux. Ces capillaires proviennent de l'arborisation divergenle des vaisseaux afférents, et se continuent d'autre part avec les branches convergentes qui forment, par leur réunion, les lymphatiques efférents.

A l'appui de l'observation directe qui a permis de constater ce mode d'organisation des ganglions lymphatiques, on a fait observer avec raison « qu'eu descendant la série animale, on voit les ganglions se simplifier de plus en plus, et se transformer sur un grand nombre de points en un lacis de vaisseaux. Chez les oiseaux, ils occupent seulement la base du cou et l'entrée du thorax, et forment, dans^toutes les autres régions, de simples plexus; dans les reptiles et les poissons, les glandes lymphatiques disparaissent tout à fuit, et les plexus destinés à leo remplacer sont eux-mêmes très peu compliqués (Sappey). »

Il y a de nombreux capillaires sanguins mêlés aux pelotons de vaisseaux blancs

dans les ganglions lymphatiques ; mais ces dciiv ordres de réseaux ne communiquent point l'un avec l'aiilre. Très probablement qu'il entre aussi des filets nerveux dans la structure de ces renflements glanJiformes, mais on ne les a point encore clairement démontrés. Quant au tissu cellulaire, on le trouve interposé aux capillaires lymphatiques, qu'il unit de la manière la plus ititimc, et répandu eu une couche résistante, quoique mince, à la surface de chaque ganglion.

Teriniiiaisoii des vaisseaux I;»nipliatiqucs. — Nous avOUS déjà signalé lo canal thoracique et la grande veine lymphatique droite comme étant les aboutissants de tous les vaisseaux absorbants du corps; et .nous avons dit que ces deux troncs se jettent dans le système veineux général : c'est à l'origine de la veine cave antérieure que s'accomplit cette réunion du système sanguin et du système lyml)hatiquc, et celte veine peut être considérée comme le confluent général de tous les absoibants du corps. Ce sont les recherches de Haller, Cruikshank et i>Jascagni qui ont mis ce fait important en luiuièic ; et c'est à celles de Fohmariu, Tanizza, llossi, elc, ([u'ondoit la consécration de celle découverte.

Piii'PAiiATioN DES VAISSEAUX LVsiPiiA 1 iQL'Es. — Los rcscaux I yniplial iqdcs le peuvent être étudiés qu'après avoir été remplis de mercure au moyen d'une injeilioii, dont nous Iracorons le manuel en quelques mois senlemeni, relie opération n'élant pas tiabituellcnienl pratiquée par les élèves auxquels s'adresse ce livre.

l.'apparcil qu'on met en usage consiste en un tube de verre continué par un tube flexible qui porte, à son extrémité inférieure, un robini't de fer et nue fine canule de fer également ou bien de verre. Pour l'.iire fonctionner eel appareil, on remplit de mercure le tube après l'avoir suspendu; on saisit ensuite la canule avec la main droite, en la tenant parallèlement il la membrane (pie l'on ^eut injecter, et on renfonce dans la couche la plus superficielle de cette membrane, en labourant la surface sur buiuelle elle agit. I>'e\trémité de la canule est ainsi introduite au milieu des mailles du réseau lymphatique, et blesse nécessairement <jueiquesuns des capiliaiies qui composent ce réseau. Kn ouvrant alors le robinet, on permet an merciuc de couler dans les capillaires par les solutions de continuité qu'ils présentent, et de les remplir de la manière la plus parfaite. Les réseaux lymiiliali(iucs étant toujours superposés aux réseaux sanguins, on sera toujours sûr de les injecter exclusivement en prenant la piccaulion de piquer les membranes aussi su|)erticiellement que possible. Si la pointe de la canule [lénètre trop profondément, le mercure passe dans les veines, et l'opération est manquée; il faut alors recommencer.

On se bornera [)our r('tude des branches et des troncs lymphatiques à les insuffler de leur origine vers leur terminaison. Bien emiiloyé, ce procédé, mis presque exclusivement en usage par les anciens anatomistes, donne les résultats les plus salisfaisints ; il suffit même pour démontrer la texture des ganglions.

Ceux-ci ne demandent pour leur préjiaratjou aucune [irécaulion pa ticulière.

( HAPITRE 11.

DE.S LYMP11.\TIQLES EN PAUTICIIJRR.

Notis c mu encerons p:ir voir le canal thoracique cl lous ses alfluenls, pour terminer pa: l'étude de la fjrande veine lymphatique.

Art. I. — Dt: can.\[, TiioRACiQtTr.

Préparation. — Lier les jugulaires et les veines axillaires près de leur lerminaison, ainsi que la veine cave antérieure vers le milieu de sa longueur; mettre le canal thoracique à

Dll CANAL THORACIQUE. 601

découvert, en abaltant les côtes droites; ouvrir ce conduit près des piliers du diaphragme, et pousser à son intérieur deuv injections au suif, lune en avant, lautre en arrière de l'incision. I,a première injection remjjlira le canal a\ec le réservoir veineux ([ui est intercepté entre les li;:aturcs appliquées sur les vaisseaux sus-indiqués; la seconde, quoique diri^'ée en sens inverse des valvules . surmontera la résistance opposée par ces soupapes membraneuses, et se répandra dans la citerne de Pecquct et les priucipales brandies qui viennent aboutir à ce confluent.

On pourra encore choisir une de ces branches dans la cavité abdominale, par exemple une de celles qui sont accolées aux artères coliques, près de l'origine de ces artères, et injecter le canal Ihoracique tout entier, de son origine à sa terminaison. Mais ce procédé exige plus d'habileté pratique que le premier, pour rechercher le vaisseau qui doit recevoir la canule; il ne convient pas surtout quand on opère sur des animaux très gras.

Le canal ihoracique est le confluent général de tous les lymphatiques du corps, à rcxccplion de ceux qui reviennent du iiienibre antérieur droit et de la moitié droite de la tête, du cou et du thorax.

h' tendue. — Il s'éicnd sous la colonne vertébrale depuis la première vertèbre lombaire jusqu'en dehors de l'entrée du thorax.

Origine. — Son origine est marquée par un rendement très irrégulier décrit .sous le nom de réseiDoir sous-lombaire ou de citerne de Pecquet, et dans lequel viennent aboutir les principaux affluents du canal.

Ce réservoir, divisé à l'intérieur, par des lamelles, en plusieurs compartiments incomplets, peut être plus ou moins volumineux, plus ou moins bien circonscrit et présenter des formes très variables. Il est placé au dessus de l'aorte abdominale et de la veine cave postérieure, au niveau de l'artère grande mésenlérique, souvent même un peu en arrière. Chez le chien, il est énorme, de forme ovoïde, et se prolonge entre les piliers du diaphragme jusque dans la cavité thoraciquc.

Trajet. — A ce réservoir succède un tube dont le calibre est fort irrégulier, et paraît singulièrement exigu quand on le compare ati diamètre de la dilatation initiale ou à celui des vaisseaux affluents (pii lo constituent : c'est le canal ihoracique lui-même. On voit ce conduit s'engager entre les deux piliers du diaphragme avec l'artère noile, se dévier plus ou moins sur le côlé droit de ce vaisseau, et le suivre ainsi jusqu'au niveau de la sixième vertèbre dorsale environ, en passant en dehors des artères intercostales droites, qu'il croise, et sous la grande veine azygos, qui lui est accolée. Quelquefois cependant on le trouve reporté, dans celle première partie de son parcours, directement au-dessus de l'aorte ihoracique, entre la double série des artères intercostales, sur la gauche de la veine azygos, laquelle se trouve alors immédiatement en contact avec le côté droit de l'aorle ; ou bien encore il rampe sur la droite de celte veine, dont il dérobe à la vue la plus grande partie. A partir de la verièbre dorsale indiquée, le canal ihoracique abandonne l'aorte et croise à gauche la crosse de la veine azygos, pour se prolonger en avant sur le côié gauche de la trachée, mais souvent aussi sur le côlé droit. Il se j)lace ensuite entre les deux artères axillaires, franchit l'intervalle compris entre les ganglion-; pré-pectoraux, sort de la poitrine et se termine alors de la manière indiquée ci-après.

Terminaison. — L'extrémité terminale du canal ihoracique est toujours pourvue d'une ampoule analogue à celle qui exisie à l'origine du conduit, mais beaucoup plus peiile, mieux rirconscriie et moins irrégulière, ampoule qui s'ouvre

pgS I,yMPHATl,QlIJE-

(') Fig, 164. — Différentes 'variétés du canal ihoraciqne cliez le chei'al. — A. Le réservoir du chyle, B. Les branches sous - lombuiies. C. La liruache meseutènque antérieure. O. La branche mésentél'ique postérieure. — Dans la figure n le canal est simple, disposition la plus ordinaire, et il s'insère par deux courtes branches au sommet de la veine cave niiteiieure. Ou le trouve double dans la figure 6. 11 offre dan» la figure c une longue branche, qui part de l'enliée du ihoiui et tu lejoindre le canal Ihoracique, par un trajet rétrograde, près des piliers du diaphragme. (Empruntée au Tratlé de physiologie comparée des animaux domesticjues par M. Colin. Pons, 185G, t, U, p. 75 et suiv.)

DU CA,N*L THOKACIQUB. 603

dans la veine cave antérieure, tatiiôt par un seul orifice garni de valvules, tantôt par deux branches très courtes, dont nous ne pouvons estimer la longueur à plus de 5 millimètres, et qui sont également valvnleuses à leur embouchure. F,e lieu où so fait cette insertion est presque toujours le sommet de la veine cave, et précisément le point de jonction des deux jugulaires. Le canal thoracique s'ouvre rarement ailleurs; cela se rencontre quelquefois cependant, car il existe, dans le cabinet des collections de l'école de Lyon, une pièce sur laquelle l'embouchure de ce conduit se trouve placée entre la terminaison de la jugulaire gauche et celle de la veine axillaire correspondante.

Variétés dans les Solipèdes. — « Le canal thoracique est loin de se montrer toujours chez les Solipèdes tel que je viens de le décrire ; il y présente, sur son trajet et à son insertion, un grand nombre de variétés que nous devons passer en revue.

» Le canal simple se sépare quelquefois, sur un point de sa longueur, en deux branches qui, après avoir marché parallèlement l'une à l'autre, se réunissent bientôt pour reconstituer le canal unique. Cette division s'opère habituellemoni au niveau de la base du cœur, c'est-à-dire à l'endroit où s'abouchent les lymphatiques des ganglions bronchiques et œsophagiens ; elle forme un anneau dont l'ouverture n'a souvent pas plus de 1 centimètre de diamètre, ou une ellipse dont le grand axe a de 1 à 2 décimètres d'élendue. On la voit se produire une, deux et même trois fois sur la moitié antérieure du canal, qui redevient simple à son insertion comme il l'était à son origine. Les espaces circonscrits par les bifurcations constituent ce qu'on appelait autrefois les insida.

n Le canal, au lieu de demeurer simple, devient fort souvent double dès son point de départ (fig. 16/t, b). Alors les deux canaux sont sensiblement égaux, ou l'un est plus grand que l'autre. S'ils sont inégaux, c'est ordinairement le droit qui l'emporte sur l'autre ; cependant le contraire a lieu quelquefois. Dans tous les cas, les deux canaux sont isolés, l'un à droite, l'autre à gauche de l'aorte. En s'avançant vers l'entrée du thorax, ils restent complètement séparés, ou ils communiquent entre eux par une ou deux branches anastomotiques transversales plus ou moins volumineuses. Parvenus à 25, 20 et même quelquefois à 3 à /i centimètres de leur abouchement au golfe des jugulaires, les deux canaux se rapprochent et se confondent en un seul. C'est généralement au niveau de la base du cœur que leur fusion s'opère. Jamais je n'ai vu les deux canaux rester distincts dans toute leur étendue et venir[s'insérer isolément dans la veine cave.

y> Quelquefois (fig. 16i, c) il émane des ganglions de l'entrée du thorax un long canal qui marche parallèlement au premier avec lequel il va se joindre par un cours rétrograde vers les piliers du diaphragme.

- Le canal thoracique, double dans la plus grande partie de son étendue et à partir du réservoir sous-lombaire, finit parfois par devenir triple. Dans ce cas le plus grand des deux canaux se divise en deux branches; puis les trois canaux, après avoir parcouru un certain trajet, se joignent ensemble au même endroit, ou bien deux d'entre eux se réunissent d'abord en un seul, auquel le troisième va s'aboucher à une distance variable du confluent des premiers (1). »

(1} Traité de physiologie comparée des animaux domestiquer^ par G. Colio, t. II.

60a DES LYMPHATIQUES.

Variétés chez les autres animaux domestiques. — « Le canal thoracique dos grands riiminanis, une fois parvenu dans le thorax par une ouverture spéciale du diaphragme presque distincte de l'arcade aortique, se place au-dessus et à droite de l'iiorle, enire elle et la colonne vertébrale. Là, quoique en dehors des artères

TiG. 1C5 (*).

(/) Fig. 163. — Variélés du canal thoracique riiez le bœuj. (Knipi uiilée iiu Tiailë de pliy$iolo%ie comparée des animaux domestiques pur M, Colin. P;iris, 1836, 1. M, jj- '''? et ''■'•)

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