SECTION PREMIERE
Les fonctions dont nous venons de faire conniiîlre les instruments suffisent à elles seules pour entretenir la riutrition, ce mouvement moléculaire et mystérieux but ultime du jeu des organes et l'essence même de la vie : actes locomoteurs qui permettent à l'animal de rechercher sa nourriture et de l'introduire dans son organisme, élaboration et absorption des matériaux assimilables de la masse alimentaire au sein de la cavité digestive, circulation des fluides réparateurs de l'économie, dépuration et revivification de ces fluides par l'action des poumons et des reins: en faut-il, en effet, davantage pour constituer les conditions nécessaires à la manifestation des phénomènes nutritifs?
Et cependant que l'anatomiste conçoive dans son esprit un vertébré exclusivement doué des appareils chargés d'exécuter ces fonctions, qu'il suppose à ces appareils le souffle de la vie et les propriétés dépendant de ce principe animateur, il ne réussira point à créer dans son imagination un être capable de se mouvoir, de digérer, de mettre en circulation les fluides nutritifs, de revivifier ces fluides par la respiration et la dépuration urinaire, d'exécuter en un mot tous les actes dont le concours est indispensable à l'entretien de la nutrition, l'acte vital par excellence. C'est que les tissus de cet animal, quoique possédant les propriétés organiques inhérentes à leur structure, manquent d'un excitant capable de mettre en jeu ces propriétés : de là leur inertie, car tout mouvement, de quelque nature qu'il soit, exige, pour sa réalisation, non-seulement la faculté motrice dans l'organe qui l'exécute, mais encore une cause excitatrice.
Mais donnons à cet organisme mutilé, enfanté par notre fantaisie, des cordons blancs, ramifiés en divisions extrêmement ténues dans la profondeur des instruments de la vie, et partant d'un axe central logé dans le crâne et le canal racliidien, c'est-à-dire ajoutons à notre animal incomplet un Appareil de rinnervatioo ; et nous verrons apparaître comme par enchantement les premiers signes de la vie. Grâce aux |)ropriétés particulières qui distinguent les tissus de cet appareil, et sur lesquelles nous nous étendrons plus loin, il jouera, à l'égard des propriétés des autres tissus, le rôle d'excitateur et de régulateur. Provoquées par le système nerveux, ces propriétés ne resteront plus à l'état latent, et se manifesteront par leurs
résultats habituels, comme la contraction dans les muscles, l'exhalation et la sécrétion clans les membranes et les glandes; alors l'êire avorté, qui tout à l'heure méritait à peine \c nom de cadavre vivant, digérera, respirera, elc, vivra, en un mot, et sera digne de prendre rang dans le monde animé.
Là ne se borneront point les effets de cette transformation radicale. L'animal ainsi rendu apte au mouvement nutritif acquerra, en sus de celte vie végétative, apanage commun de tous les êtres organisés, toutes les attributions de ce qu'on est convenu d'appeler avec Bichat, la vie animale, c'est-à-dire la sensibilité, la volonté, l'instinct, l'intelligence.
Centre perceptif qui reçoit les excitations développées à la péripliérie des organes ou dans l'épaisseur de leur substance, centre excitateur qui porte le mouvement à tous les autres tissus, siège des facultés instinctives et intellectuelles, préposé ainsi à la plus grandiose finalité physiologique, l'appareil de l'innervation ne se présente-t-il pas à l'étude sous l'aspect le plus attrayant? Nous commencerons par donner succinctement une idée générale de sa conformation, de sa structure, de ses propriétés et de ses fonctions, avant d'entreprendre la description spéciale des différentes parties qui le composent.
§ I. — Conformation générale du système nerveux.
L'appareil de l'innervation comprend une partie centrale et une partie périphérique.
La première représente une tige très allongée, logée dans le canal rachidien, renflée à son extrémité antérieure qui occupe la cavité crânienne. On lui donne le nom d'axe cérébro-spinal on encéphalo-rachidien.
La seconde comprend une double série de branches ramescentes qui s'échappent latéralement de ia tige centrale, et vont se distribuer dans toutes les parties du corps ; ces branches consliiueiit les nerfs.
De l'axe cérébro-spinal ou encéphalo-rachidicn. — L'axe proprement dit ou la tige logée dans le canal rachidien forme la moelle épinière. C'est un gros cordon blanc terminé en pointe à son extrémité postérieure, donnant naissance, au niveau de chaque trou de conjugaison, à une des branches nerveuses dont l'ensemble représente la partie périphérique de l'appareil de l'innervation.
Quant à l'extrémité renflée renfermée dans la boîte crânienne, elle prend le nom d'encéphale. D'une conformation plus compliquée que la moelle épinière, ce renflement se décompose, comme on le verra, en quatre parties: 1" un pédoncule blanc, continuation de la moelle épinière ; 2" trois masses ovoïdes de couleur grise, une postérieure impaire, deux antérieures placées symétriquement côte à côte. Le prolongement médullaire émet, comme la moelle elle-même, à droite et à gauche, des branches nerveuses destinées presque exclusivement à la tète.
Des nerfs. — Les nerfs OU t la forme de cordons fascicules qui sortent des orifices percés à la base du crâne ou des trous intervertébraux, et se portent au sein de tous les oigancs, en se ramifiant à la manière des artères, qu'ils accompagnent généralement.
Tous les nerfs prennent leur origine sur l'axe médullaire, ou sur son prolonge-
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ment encéphalique, par des radicules plus ou moins apparentes, qui se divisent en deux grandes catégories relativement à la position de leur point d'émergence : les unes supérieures, partant de la face correspondante de l'axe spinal; les autres, inférieures, s'échappant de l'autre face : distinction parfaitement appréciable sur la moelle j^roprement dite, mais qu'il est plus difficile de constater sur le pédoncule encéphalique où elle existe également.
A leur sortie du conduit osseux qui leur livre passage, les radicules de chaque nerf sont toujours réunies en un tronc commun.
Dans le plus grand nombre des cas, il entre dans la composition de ce tronc des fibres des deux ordres. Quelques nerfs seulement ne comprennent que des fibres d'une seule espèce, et ces nerfs appartiennent tous à l'encéphale.
A l'origine du tronc sur lequel se rassemblent les radicules nerveuses, existe un renflement grisâtre, appelé gcmglion, comme les glandes lymphatiques ; mais ce renflement appartient exclusivement aux fibres supérieures.
Après un trajet plus ou moins long, fort court en général, ce tronc se divise en branches, point de départ de tous les rameaux nerveux de l'économie.
Parmi ces rameaux, ceux qui s'épuisent dans les appareils de la vie de relation sont pairs et parfaitement semblables des deux côtés. Quant à ceux des organes de la vie de nutrition, ils composent d'abord une double chaîne à peu près symétrique, placée sous la colonne rachidienne, et dont les éléments sont empruntés à presque tous les troncs nerveux émanés de l'axe cérébro-spinal ; puis ils se rendent [ à leur destination, en affectant dans leur distribution la complication la plus irrégulière. Comme ces nerfs offrent sur leur trajet un grand nombre de ganglions semblables h ceux dont nous avons parlé déjà, on les appelle nerfs ganglionnaires. Ils prennent encore le nom de nerfs de la vie organique ou végétative, et les autres celui de 7ierfs de la vie animale ou de relation.
Arrivés dans la profondeur des organes, à l'état de fibriles microscopiques, ces cordons nerveux, quels qu'ils soient, ne se perdent point au milieu des tissus en se fusionnant avec eux. D'après les recherches les plus accréditées, ces fibrilles s'anastomoseraient entre elles en formant des anses.
§ II. — Structure du système nerveux .
Deux substances particulières, l'une grise, l'autre blanche, entrent comme éléments fondamentaux dans l'organisation des appareils nerveux.
La substance blanche, essentiellement fibreuse, se compose de tid)es microscopiques, remplis d'une matière médullaire, sur les caractères de laquelle les micrographes ne sont pas encore tout à fait d'accord, tubes paraissant former, eu égard à leur volume, deux groupes principaux: celui des tubes minces et celui des tubes larges: les premiers,! presque de moitié moins volumineux que les seconds, laissant voir difficilement l'épaisseur de leurs parois, qui semblent confondues avec le contenu médullaire ; les seconds, permettant presque toujours la distinction entre ce contenu et les parois propres des tubes.
La substance grise présente également la texture fibreuse; mais cette texture est difficile à mettre en évidence. On y retrouve les mêmes fibres que dans la sub-
stance blanche , avec de la matière amorphe, cl une grande quantité de cellules à noyau dites corpii!>cules nerveux, cellules qui sont attachées sur le trajet des fibres tubuleuses, dont elles paraissent souvent n'être qu'une sorte de renflement,
A ces daux éléments s'ajoutent une grande quantité de vaisseaux sanguins, lesquels sont incoiuparablement plus abondants dans la substance grise que dans la substance blanche.
Dans les cordons nerveux on ne rencontre absolument que cette dernière substance, disposée en longs faisceaux, dans lesquels les tubes élémentaires sont rassemblés en fascicules successivement croissants. Une enveloppe cellulo-vasculaire, le névrilème, rassemble tous ces fascicu'es en un seul cordon, et fournit une gaîne spéciale autour de chacun d'eux.
On admet que les nerfs ganglionnaires ou de la vie organique possèdent une plus grande quantité de tubes minces que les autres; aussi ces tubes sont-ils communément désignés sous le nom de fibres nerveuses organiques.
Dans les ganglions, la substance grise se trouve jointe aux tubes blancs des cordons nerveux. On démontre, du moins pour les renflements placés à l'origine des troncs, par la dissection à l'œil nu et par l'observation micrograpliique, que les corpuscules qui composent cette substance sont tous annexés aux fibres supérieures. Les autres tubes en sont tout à fait dépourvus.
Dans Vaxe cérébro-spinal, les deux substances sont également associées l'une à l'autre, mais d'une manière variable, suivant les régions. C'est ainsi que dans la moelle et le prolongement que cette lige envoie à l'encéphale, la substance grise occupe la profondeur de l'organe, tandis qu'elle se trouve répandue à la superficie des lobes encéphaliques, où elle enveloppe la substance blanche. Il est difficile de dire si les corpuscules qui composent la première se trouvent, comme dans les ganglions, exclusivement en rapport de continuité avec les tubes à origine supérieure.