‹ Traite d'anatomie comparee des animaux domestiquesChapitre 211 sur 262 · MUSCLES MOTEURS DU GLOBE DE L'OÎIL (KIG · texte numérisé non relu

MUSCLES MOTEURS DU GLOBE DE L'OÎIL (KIG

Ils sont au nombre de sept : cinq désignés sous le nom de muscles droits, et distingués en postérieur, supérieur, inférieur, externe ex interne ; appelés /wwscA'.'? obliques de l'œil; l'un grand, l'autre petit.

1" Muscle droit postérieur. — Cg niuscle enveloppe complètement la portion extra-cninienne du nerf optique. C'est une gaînc musculeuse dont la forme rappelle assez bien celle du cornet fibreux de la cavité orbitaire. Ses fibres, disposées longitudinalement, prennent leur origine auprès du trou optique et se terminent sur la partie postérieure de la face externe de la sclérotique. Ce muscle est toujours plus ou moins fasciculé; on peut le séparer le plus souvent en quatre portions régulières, une supérieure, une inférieure, une externe, une interne.

Il tire le globe de l'œil au fond de l'orbite, en se contractant. On verra plus loin la finalité physiologique de ce mouvement.

2° Muscles droits supérieur, inférieur, externe et interne. — Ces quatre

muscles sont appliqués longitudinalement sur le précédent, et répètent, plus en grand, la disposition de ses quatre faisceaux. Comme ils se louchent par leurs bords, ils forment autour de lui une gaîne charnue analogue à celle que le droit postérieur forme lui-même autour du nerf optique.

Exactement ressemblants les uns aux autres, ils constituent, à eux quatre, un groupe tellement naturel que leur description ne peut se séparer.

Chacun d'eux représente une bandelette musculeuse aplatie, formée de fibres parallèles, attachée fixément, par son extrémité postérieure, dans le fond de la gaîne oculaire, à l'intérieur même du conduit sous-sphénoïdal, et suivie antérieurement d'une mince aponévrose qui s'insère sur la sclérotique au pourtour de la cornée. Séparés les uns des autres et du droit postérieur par le peloton adipeux qui complète la paupière clignotante, ces petits muscles répondent exiérieuremeut à la gaîne oculaire.

Comme traits particuliers, ils n'offrent rien autre chose à signaler que leur position, qui est, du reste, suffisamment indiquée par le nom de chacun d'eux.

Ils ont pour usage de porter l'ouverture papillaire à la rencontre des rayons lumineux, en tournant la cornée transparente du côté de ces rayons, soit en haut, soit en bas, soit en dehors, soit en dedans, soit encore dans des positions intermédiaires, ce qui arrive lorsque deux muscles adjacents, le droit inférieur et l'externe, par exem|ile, agissent au même moment en combinant leur action.

3° Muscle grand oblique. — Couché à côté du dioit interne et du droit supérieur, formé, comme eux, d'une bandelette charnue terminée par une mince aponévrose, ce muscle diffère des précédents par son trajet brisé. Il part, en effet, du fond de l'orbite, se dirige en avant, contre la paroi interne de cette cavité, gagne une forte

or(;ani:s essiiisTiKLs m i.a vision. 873

bride libro-carlilagiiieuso dépendniUc de riiponévrose de l'orhilc, sorte de poulie de renvoi fixée par ses extréinilés sur l'os frontal, à la base de l'apophyse orbilaire, s'engage sons cette bride, et, de ce point, se réfléchit en dehors, pour s'insinuer sous l'extrémité terminale du muscle droit supérieur, et aller s'insérer sur la sclérotique, entre ce dernier n)uscle et le droit externe.

Ce muscle fait pivoter le globe de l'oeil dans la cavité orbitaire, de dehors eu dedans et de bas en haut, c'est-à-dire qu'il porte en haut la partie externe de l'œil, et la partie inférieure en dehors. C'est à sa réflexion sur sa poulie cartilagineuse que le grand oblique doit de pouvoir imprimer à l'œil ce mouvement de rotation, ce muscle agissant comme s'il avait son insertion fixe au niveau du coude qui le brise en deux parties.

k" Muscle petit oblique. — PluS

épais, mais beaucoup plus court que le précédent, et presque entièrement charnu, ce muscle est placé sur le globe de l'œil dans une direction transversale, c'est-à-dire analogue, à peu près, à celle de la portion réfléchie du grand oblique. 11 prend son origine dans la fossetle lacrymale, se porte en dehors, et se termine à la sclérotique entre le droit externe et le droit inférieur.

Antagoniste du grand oblique, il fait pivoter l'œil en sens inverse.

H est à remarquer que le double mouvement rotatoire exécuté par les muscles obliques est tout à fait involontaire, et qu'il se produit constamment à l'insu de l'animal quand la tête s'incline de côté, sans doute pour maintenir l'axe visuel dans des rapports toujours identiques avec le même point de la rétine. Ce mouvement s'observe fort bien sur l'homme lorsqu'il penche la tête sur l'une ou l'autre épaule; l'œil pivote alors dans l'orbite en sens inverse de l'inclinaison de la tête, en sorte qu'une tache, placée à la partie supérieure de l'iris quand la tète est droite, occupe encore la même position après le mouvement d'inclinaison. Simultané dans les deux yeux, ce pivotement est exécuté par des muscles difi'érents pour chacun d'eux, le grand oblique pour l'un, le petit oblique pour l'autre, suivant le sens de l'inclinaison de la tête.

OES VOILES l'ROTECTEUIiS DE L'OEIL.

[" Des paupières (fig. 310).

La surface de l'œil se trouve couverte et protégée, en avant, par les deux voiles membraneux et mobiles qui constituent les paupières : l'une supérieure, l'autre inférieure.

( *) ^, miiaole droit supériuiir ; 2, riinscU ilmil cxtiTiic ; 3, i]Mis(!li' ilioil lu.slûi'iciii' ; |, miisrli' sniiiil iililii|iu' ; .5, iiist.'1'tion (le p.p miiicle.snr le ginlji.' iIp l'a-il ; (i, Ijriilp lihrM-nnrtilMsiiicnsi' i|iii lui suri ili> rip renvoi ; 7, niiiscit.'

petit oblique.

Attachées sur le pourtour de l'orbile par leur contour extérieur, les paupières oui une surface externe convexe, formée par la peau, et une surface hUerm concave, moulée sur la face antérieure du globe oculaire et tapissée par la membrane conjonctive qui se réfléchit en haut et en bas sur le globe en constituant le sinus conjonctival supérieur et le sinus conjonctival inférieur.

Chacune d'elles présente en outre un bord libre, qui regarde celui de la paupière opposée, en s'unissant angulairement avec lui par ses extrémités, de manière à former deux commissures. Ce bord, légèrement taillé en biseau du côté interne, olîre une série de petits trous, orifices excréteurs des f/landes de Meibomius, et une rangée de poils dressés qui constituent les cils : glandes et poils dont il sera traité dans l'étude de la structure des paupières.

Quand les deux paupières se rapprochent l'une de l'autre par leur bord libre, elles couvrent l'œil complètement, et forment une fente étroite qu'on peut comparera une boutonnière parfaitement fermée. Lorsqu'elles sont écartées, elles circonscrivent une ouverture ovalaire, dont le grand axe est obliquement dirigé de haut en bas, d'arrière en avant et de dehors en dedans. La lèvre ou le contour supérieur de cette ouverture, formé par le bord libre de la paupière d'en haut, est toujours plus courbe que l'inférieur. Son extrémité ou commissure supérieure a encore été appelée angle temporal de l'œil. Vangle nasal, constitué par la commissure inférieure, est toujours plus arrondi que le premier ; il loge la caroncule lacrymale.

Structcjre des paupières. — Un feuillet fibreux terminé, vers le bord libre de la paupière, par un petit arc tendineux qu'on désigne sous le nom de tarse; un muscle sphincter, Vorbiculaire rfesjoai<p^èm, appliqué sur la membrane fibreuse; un muscle releveur de la paupière supérieure, logé en partie dans la gaîne oculaire, et terminé antérieurement par une très-large et très-mince expansion qui se place sous le feuillet fibreux supérieur ; une enveloppe tégumentaire formée de deux lames, l'une externe cutanée, l'autre interne de nature muqueuse, constituant la conjonctive, lesquelles lames, continues l'une à l'autre vers le bord libre des paupières, comprennent entre elles les parties précédemment indiquées : tels sont les éléments qui entrent dans l'or' ganisation des voiles protecteurs de l'œil.

1° Menibrano flbrense. — Ordinairement plus épaisse à la paupière inférieure qu'à la supérieure, cette membrane s'attache par son bord adhérent sur le sourcil de l'orbite, où elle se continue avec le périoste et le feuillet fibreux de la gaîne oculaire. Son bord libre est bordé par le tarse, dont la description suit.

2° Tarse. — C'est une lamelle fibreuse qui forme une charpente solide pour le bord libre de la paupière, lamelle allongée, rétrécie à ses extrémités, amincie à son bord adhérent qui se confond avec la membrane fibreuse, creusée sur sa face interne de plusieurs petits sillons transversaux, parallèles entre eux, qui logent les glandes de Meibomius. La présence de ce petit arc fibreux régularise la contraction de l'orbiculaire, et l'empêche de froncer les bords de l'ouverture palpébrale à la manière d'une bourse à cordons en coulisse; c'est lui qui, par la rigidité qu'il donne aux paupières, permet à ces organes de se rapprocher bord à bord, sans se plisser, quand l'orbiculaire enire en action.

3" Muscle orbicninirc des paupières. — Ce musclc représente uii large et mince sphincter, commun aux deux paupières, appliqué sur le feuillet fibreux palpébral etiesos formant le pourtour de l'orbite. Sa face externe, recouverte parla peau, adhère à cette membrane de la manière la plus intime. Un petit tendon, qui se rend au tubercule lacr^-mal à l'angle nasal de l'œil, est généralement considéré comme le

H ORf.ANES ESSENTIELS DE LA VTSION. 875

point de dépai l des fibres de ce muscle : les unes', les plus nombreuses, se dirigent en haut, et se disposent circulairement dans l'épaisseur de la paupière supérieure; les autres gagnent la paupière inférieure, et vont rejoindre les premières vers l'angle temporal de l'œil.

C'est la contraction de ce muscle qui détermine l'occlusion de l'ouverture palpébiale.

On peut regarder comme annexe de l'orbiculaire un petit faisceau musculeux court et aplati, qu'on désigne ordinairement sous le nom de muscle fronto-sourcilier, à cause de ses attaches : ce faisceau part, en elfet, de la face externe du frontal, se dirige en bas et en dehors, et vient confondre ses fibres avec celles de l'orbiculaire, au niveau du trou sourcilier, qu'il recouvre, et de la peau du sourcil. Il a été considéré, •à tort, comme un muscle releveurde la paupière supérieure; quand il se contracte, il se borne à froncer la peau du sourcil en tendant légèrement l'angle nasal de l'œil, rôle qu'il remplit aussi bien si les paupières sont écartées que si elles sont rapprochées.

h" Muscle releveur de la paupière supérieure ou orbito-palpébral. —

Quand le sphincter oculaire cesse de se contracter, la paupière inférieure s'abaisse en vertu de son propre poids. IMais la paupière supérieure avait besoin de l'aide d'une puissance musculaire spéciale pour s'écarter de la première en se relevant, puissance représentée par le muscle que nous allons décrire maintenant.

Ce muscle n'est qu'une très-mince, très-étroite bandelette charnue, logée dans la gaine oculaire, avec les organes moteurs du globe, et appliquée sur le muscle droit supérieur, dont elle suit le trajet. Arrivé sous la glande lacrymale, il s'épanouit en formant une large et mince membrane aponévroiique, qui se porte entre la conjonctive et le feuillet fibreux de la paupière supérieure pour se terminer au tarse.

On remarquera que ce muscle s'infléchit sur le globe de l'œil comme sur une poulie de renvoi, et qu'il doit à cette disposition la propriété de relever la paupière supérieure. Si l'œil manquait, ce muscle orbito-palpébral tendrait à tirer au fond de la cavité orbitaire le bord libre du voile qu'il est chargé de soulever.

5° Téguments des paupières. — Les différentes couches qui viennent d'être signalées sont comprises, a-t-on dit, entre deux feuillets tégumentaires, la peau et la memWane conjonctive, continues l'une à l'autre vers le bord libre des paupières. Nous allons examiner ces deux feuillets et leurs dépendances, c'est-à-dire les cils et les glandes de Meibomius.

a. Peau. — Intimement adhérente par sa face interne au muscle orbiculaire des paupières, cette membrane est mince et couverte de poils fins, courts et nombreux. Chez le fœtus, elle présente, au niveau du contour de l'arcade sourcilière, quand elle est encore nue partout ailleurs, un arc de poils bien apparents, constituant le sourcil. On ne trouve jamais de graisse au-dessous d'elle.

b. Conjonclive. — La conjonctive, comme l'indique son nom, a pour usage de joindre les paupières au globe de l'œil. Très-fine et irès-vasculaire, celte membrane muqueuse se continue avec la peau sur le bord libre des paupières, tapisse la face interne de chacune d'elles, enveloppe la portion antérieure du corps clignotant dans un repli particulier, recouvre la caroncule lacrymale et se prolonge dans les points lacrymaux, puisse rénécliil, au niveau du bord adhérent des voiles palpébraux, sur le globe oculaire, en tapissant la sclérotique et l'expansion aponévrotique terminale des mnscles droits. Mais, arrivée au pourtour de la cornée, il devient impossible de la suivre sur la face antérieure de cette membrane. Elle y est cependant représentée par

g^g APPAKEIL DES SENS.

une fine lamelle (IV'piihélium pavimonleiu-, f|iie nous avons déjà décrite. A la surface de la caronculo lacrymale, elle présctile quelques hulbes pileux très-fins. î.a conjonctive possède quelques papilles et renferme des glandes en tubes, des glandes en grapj)es, et quelques follicules clos. Nous avons trouvé parfois ceux-ci en très-grand nombre, et avec un volume considérable; ils formaient une couronne autour de la cornée.

Les nerfs de la conjonctive se terminent par de petits rendements ovoïdes appelés corpuscules de Krause.

0. Cils. — Ce sont deux rangées de poils implantés sur le bord libre des paupières, et chargés d'arrêter les petits corps en suspension dans l'air qui tendraient à venir se déposer sur la cornée. Ils sont beaucoup plus abondants, plus longs et plus forts à la paupière supérieure, où leur présence est plus utile (pi'à la paupière inférieure, le poids des particules solides qu'ils sont chargés d'arrêter entraînant toujours ces particules de liaut en bas. Mais si ceux de la paupière inférieure sont tout à fait rudimentaircs, on trouve en plus, à la surlace de ce voile, quelques longs poils roides, disséminés çà et là, exactement semblables aux tentacules des lèvres.

Comme tous les poils, sans exception, les cils sont flanqués à leur base par deux ou trois petites glandes sébacées, s'ouvrant dans leurgaîne ou follicule.

d. Glandes de Meibomius. — Ce sont de petites grappes analogues aux glandes sébacées qui viennent s'ouvrir alternativement sur un canal excréteur commun trèsallongé. Elles sont logées dans les sillons transversaux qui existent à la face interne des ligaments tarses. I/humeur onctueuse et grasse qu'elles sont chargées de sécréter est versée sur le bord libre des paupières, et lui communique ainsi la propriété de retenir plus facilement les larmes en dedans de l'ouverture oculaire. C'est le dépôt formé par cette humeur à la base des cils, dans les cas maladifs, qui prend le nom de chassie.

6» Vaisseaux et nerfs des paupières. — Ces voiles membraneux reçoivent le sang principalement par les artères sourcilièrc et lacrymale, et par !a branche orbitaire de la dentaire supérieure. On voit s'y ramifier l'extrémité terminale des trois nerfs sensitifsde l'œil, formés par la branche ophthalmiquc de la cinquième paire, et celle des rameaux orbitairesde la branche maxillaire supérieure. C'est le nerf auriculaire antérieur qui provoque les contractions du muscle orbiculaire. Les filets nerveux moteurs de l'orbito-palpébral viennent de la troisième paire.

2° Corps clignotant,

« Cet organe, que l'on appelle aussi troisième paupière, paupière clignotante, est placé dans le grand angle de l'œil, d'où il s'étend sur le globe pour le débarrasser des corps étrangers qui pourraient s'y attacher.

» Le corps clignotant a pour base un fibro-cartilage (1) de forme assez irrégulière, épais et presque prismatique à sa base, s'amiiicissant à sa partie antérieure, qui est recouverte par un repli de la conjonctive, et se continuant en arrière par un fort coussinet graisseux, qui s'insinue entre tous les muscles de l'œil et contracte avec eux des adhérences peu intimes.

» Aucun muscle ne concourt d'une manière directe à l'exécution des mouvements du corps clignotant, qui sont entièrement mécaniqiie.s. Lois(|ue l'œil est dans sa position habituelle, on n'aperçoit de ce corps que le repli de la conjonctive qui le termine en avant; le reste est caché dans la gaine fibreuse de l'œil. Mais si ce dernier vient à

(Ij C'est un lîbro-ealrlilâge réticulé ou élastique.

OHGANliS ACCliSSOLHHS Dli LA. VISION. 877

èlre retiré en arrière par la contraclion de ses muscles droits, le globe coiuprimaiit le peloton graisseux qui fait suite au cartilage, ce coussinet tend à s'échapper au dehors, et pousse devant lui le corps clignotant, qui cache entièrement la vitre de l'œil et l'essuie dans toute son étendue. Ce mouvement est instantané, maison peut fixer momentanément cet organe en appuyant légèrement sur l'œil, que l'animal retire alors vers le Tond de l'orbite.

» L'usage du corps clignotant est, comme nous l'avons déjà vu, d'entretenir la netteté de la surface de l'œil en enlevant les corpuscules que les paupières ont pu laisser arriver jusqu'à lui; et ce qui démontre parfaitement cet usage, c'est le rapport inverse qui existe constamment entre le développement de ce corps et la facilité qu'ont les animaux de se frotter l'œil avec le membre antérieur. C'est ainsi que, dans le cheval et le bœuf, dont le membre thoracique ne peut servir à cet usage, le corps clignotant est très-developpé; qu'il devient plus petit dans le chien, qui peut déjà un peu se servir de sa patte pour le remplacer, plus petit encore dans le chat, et rudimenlaire dans le singe et dans l'honune, dont la main est parfaite.

» Dans le tétanos, le corps clignotant reste souvent en permanence devant le globe de l'œil par suite de la contraction constante des muscles droits. » (F. Lecoq.)

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