CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES DIARTHROSES
On doit considérer dans les diarthroses : 1° les surfaces osseuses contiguës qui les forment; 2° la couche cartilagineuse {cartilages d'encroûtement) qui recouvre celles-ci ; 3° le tissu fibro-cartilagineiix {fibro-cartilarjes articulaires) qui les complète, quand elles ne sont pas configurées pour s'adapter réciproquement l'une à l'autre; 4» les ligaments qui les maintiennent en contact; 5° les membranes séreuses [capsules synoviales) qui tapissent la face interne de ceux-ci et qui sécrètent la synovie, sorte d'huile animale ayant pour usage de faciliter le glissement des surfaces arliculairés; 6° les mouvements dont ces articulations peuvent être le siège ; 7° leur classification méthodique; 8" leur nomenclature.
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FiG. 66. — DifTércnles classes d'articulations (figure schématique) (*).
Surfaces articulaires. — Ces surfaces ont pour caractère commun d'être dépourvues d'aspérités et de pouvoir glisser avec la plus grande facilité sur les surfaces opposées. Elles sont désignées, suivant leurs formes, sous les noms de facettes, de
(*) A, HutuTK : 1, périnstn ; 2, lignmcnt sutiiml. - II, Amphinrtiirnsc : a, premier deqrf ; 1, 1''''"°'.''';, f J J^"" nrticulnirn ; 3, lijninfnt intunirtinilnin! ; h, dmxif.mc ikqri ; 4, cnviln nniqiiu (Inns lo ligiimniit. inlnriu tu "i ' s,.î„st,. • 'Hme (if(,ré ; 5, cnv-itr (lonliln duns le- lignment interni-ticnliiiro. — C, diarthrosc : b, dinrlhrnsr. ' ,jj,,.,„^ ,lo
2, cnrtilng,.. m-tio.iilmre; 3, coucli.- .>|.UIi6rmlp In synnvinl.. (Iii;nn pnnntiMM')! 4, r,n].pnl.- Iihivnsc ; o, ^^^.j,-., .Ig, la syiioviiiln ; G, Inmi! filircuso île In aynoviole ; c, diarikroscs doubla ; 7. miMiiaciuc inlenifticiiluiro .on , deux aynovinlos. (Ilcminis et lioucliard, Analamie dcscriiilivc. l'iiri», 1808.)
têtes, de condyles, de cotyles, de glènes, de poulies, etc. Nous n'avons pas à revenir ici sur leur description générale, car elles ont été suffisamment étudiées en ostéologie; nous nous bornerons à rappeler qu'on les trouve aux extrémités des os longs, sur les faces des os courts et sur les angles des os larges. Nous dirons encore 'qu'elles sont souvent creusées d'une ou plusieurs fossettes dites synoviales, sortes de réservoirs naturels qui reçoivent le liquide onctueux sécrété par les membranes séreuses interarticuiaires.
Cartilages d'encroûtement. — On appelle ainsi des lames de matière cartilagineuse appliquées comme un vernis sur les surfaces articulaires, auxquelles elles adhèrent fortement par leur face profonde; leur face libre se distingue par un brillant et un poli remarquables. Plus épais au centre qu'à la circonférence quand ils revêtent des éminences osseuses, ces cartilages présentent la disposition inverse lorsqu'ils tapissent des cavités. — Ils sont élastiques, d'un blanc nacré, résistants, quoique assez mous pour se laisser entamer par l'instrument tranchant; ils possèdent, en un mot, tous les caractères physiques du cartilage primitif des os. — Ils semblent être constitués par des fibres parallèles, perpendiculaires aux surfaces osseuses et implantées sur celles-ci par une de leurs extrémités ; l'extrémité opposée répond à la face libre du cartilage. Sous le microscope, ils se montrent formés d'une matière fondamentale dans laquelle sont creusées des cavités.
Le cartilage d'encroûtement appartient donc au groupe des cartilages vrais ou hyalins. La matière fondamenlale est amorphe et homogène, plus ou moins transparente-,
suivant son épaisseur. Elle se transforme en chondrine par l'ébullition dans l'eau. m Les cavités sont irrégulières et plus ou moins ' larges. Elles renferment de une à cinq cellules dont les parois sont très-minces et le contenu légèrement granuleux; au centre des cellules existe un noyau avec nucléole.
Ces cavités sont allongées et dirigées à peu ' près perpendiculairement à la surface articulaire dans la couche profonde des cartilages de revê- FiG. 67. -Coupe de cartilage vrai O. t^ment ; elles sont obliques dans la couche
moyenne, et, dans la couche superficielle, elles se disposent parallèlement à la surface de frottement.
Les cellules cartilagineuses sont insolubles dans l'eau bouillante; par conséquent, au point de vue de leur composition chimique, elles se distinguent nettement de la sub- ( stance fondamentale.
Les cartilages diarthrodiaux ne reçoivent ni vaisseaux ni nerfs. — La présence des cartilages d'encroûtement dans les articulations mobiles est de la dernière nécessité. ' Quand ils sont usés, résorbés ou transformés en os à la suite de certaines maladies ! articulaires, les mouvements deviennent douloureux et très-difficiles. Pour conclure sur le rôle qu'ils remplissent dans l'économie, nous dirons : 1" qu'ils favorisent par leur poli le glissement et le déplacement des pièces osseuses; T qu'ils amortissent, par leur souplesse et leur élasticité, les secousses violentes auxquelles sont exposées les articulations; 3" qu'ils s'opposent à l'usure et à la déformation des surlaces articulaires.
(*) acte, pelliiles corliliigineuses plongûcs on sein il'une substance fondomentnlo ; h, substance fondonicntolo; rf, noyau de cellule.
FiBRO-CARTiLAGES COMPLÉMENTAIRES. — On irouve deux sortes de fibro-carlilages iinplémeniaires : — Les uns rcprésenteiu des l)ourrelets circulaires qui matelassent
sourcil de certaines cavités, en bouchant les échancrures qui peuvent l'interrompre, s augmentent la profondeur de ces excavations et protègent leurs contours contre la olence des chocs. — Les autres sont interposés aux surfaces articulaires quand elles 3 s'emboîtent pas exactement l'une dans l'autre, lorsque, par exemple, elles sont utes deux convexes. Ainsi, on se rappelle que les tubérosités latérales du tibia pré- Mitent, pour répondre aux condyles du fémur, deux surfaces diarlhrodiales convexes: . coaptation est rendue parfaite par l'interposilion entre chaque condyle et chaque lU'face tibiale correspondante d'un fibro-cartilage en forme de croissant, qui a reçu i)ur cette raison le nom de ménisque. Dans d'autres jointures, ces fibro- cartilages iterarticulaires représentent des disques ou des lentilles biconcaves. Il en résulte ors des diarthroses doubles; exemple : l'articulation temporo-maxillaire. — Ces •ganes sont formés, comme leur nom l'indique, par du tissu fibreux et du tissu carti- 5ineux, dont nous n'avons point à rechercher ici le mode d'association. Nous ferons ipendant observer que le cartilage se trouve accumulé surtout dans tous les points ai frottent contre les surfaces articulaires. Ils reçoivent des vaisseaux et même quellies nerfs.
i Ligaments, — Ce sont des liens qui unissent entre elles les surfaces conliguës des arthroses. Ces liens sont formés, tantôt par du tissu fibreux blanc, tantôt par du tissu Dreux jaune; d'où la division des ligaments en deux grandes classes : les bgamnnts ancs et les ligaments jaunes.
a. Les ligaments blatics se distinguent par la blancheur nacrée de leur tissu et par ir inexiensibilité. Ceux qui existent au pourtour des articulations constituent les ïaments périphériques ; ceux qu'on irouve à leur intérieur prennent le nom de (aments interosseux ou interarticulaires.
Les ligaments périphériques sont généralement formés de fibres parallèles qui se ssemblent en faisceaux ou s'étalent en membranes. Dans le premier cas, on les dit niculaires ou rubanés; dans le second, ils s'appellent ligaments membraniformes i capsnlaires. — Les ligaments funiculaires constituent de courtes bandelettes arron- -js ou aplaties, attachées par leurs extrémités sur les deux pièces osseuses qu'elles unissent, tapissées à leur face interne par la capsule synoviale, recouvertes en dehors r des tendons, des aponévroses, des nuiscles, des vaisseaux ou des nerfs. — Les ligamts capsulaires sont souvent complets, c'est-à-dire qu'ils entourent l'articulation de ules parts, à la manière d'un manchon. D'autres fois ils sont incomplets, et repréntent alors de simples membranes chargées de relier entre eux les différents liens iiiculaires d'une même jointure.
Les ligaments interosseux, moins nombreux que les précédents, sont formés sount de libres croisées en sautoir. Ce sont toujours des liens funiculaires fixés par irs oxirémilés dans des excavations ménagées au centre des surfaces articulaires.
b. Les ligaments jaunes, \.oms périphériques, funiculaires ou jnem^raneMo;, jouissent ine élasticité très-prononcée, qui leur permet de ramener mécaniquement dans leur sition habituelle les leviers osseux momentanément déplacés. Ces ligaments, véritables «iliiiiros des puissances nnisculaires, sont destinés à faire équilibre, d'une manière rmanenie, au poids de certaines parties du corps qui tendent inccssaniment à tomber 'S le sol.
Capsui.es synoviales. — Ce sont des membranes fort minces, chargées, avonsius dit, de sécréter la synovie. Elles se composent de deux couches : l'une profonde,
formée par des faisceaux de tissu conjonctif; l'autre, superficielle, de nature épithé-J liale. La première adhère parfois intimement à la face interne des ligaments funicm laires ou membraneux de l'articulation ; d'autres fois, elle leur est lâchement unie pai un tissu conjonctif abondant. La deuxième est constituée par une seule rangée de cellules aplaties et polygonales.
On admet généralement que les synoviales se comportent comme les autres menu branes séreuses, c'est-à-dire qu'elles forment des sacs clos de toutes parts, D'aprèii cette manière de voir, une synoviale, après avoir tapissé la face interne des ligamend périphériques d'une diarthrose, se prolongerait sur la surface libre des cartilages d'eni croùtement, qui lui devrait son brillant et son poli. Mais il faut dire que c'est là uni pure hypothèse contre laquelle s'élèvent une foule de faits scrupuleusement observé» La discussion de ces faits appartient à l'anatoraie générale ; nous l'exposerons cepem dant dans ce livre aussi brièvement que possible.
1° Si l'on consulte l'observation directe, elle donne sur cette question litigieuse Id renseignements les plus précis : les cartilages sont bien à nu ; il n'y a point de niem brane synoviale à leur surface. Les anatomistes qui ont pris pour cette membrane 1 mince pellicule qu'il est possible de rendre évidente sur les cartilages, en coupan obliquement leur substance et achevant de séparer par déchirure le morceau entamé ceux-là, dis-je, se sont bien évidemment trompés. Et en effet, cette pellicule n'a poin la texture des séreuses; elle n'est pas vasculaire, car il n'a jamais été possible d'injecta des vaisseaux à la surface des cartilages, pas plus que dans leur épaisseur; elle n'en point recouverte d'épithélium ; enfin, soumise à l'inspection microscopique, elle i présente avec tous les caractères de la matière amorphe du cartilage. On doit donc I considérer comme une peUicule cartilagineuse détachée des couches superficielles di vernis articulaire, pellicule qu'il a toujours été impossible de mettre en évidence sides cartilages tout à fait frais, et qu'on n'a pu obtenir sans donner, par une dessiccatio préalable, un certain degré de ténacité à la substance cartilagineuse que l'on voulai examiner. |
2° Les faits pathologiques ne prouvent rien en faveur de l'existence d'une membran synoviale sur les cartilages. On n'a jamais vu, en effet, l'hypertrophie de cette pr» tendue membrane. Les fongosités qu'on a considérées comme un résultat de ce^ hypertrophie proviennent d'une autre source. On démontre qu'elles s'étendent, dap certains cas, des marges articulaires sur la surface des cartilages, où l'on peut suiv> souvent leur envahissement successif. Dans d'autres cas, la membrane végétante qi les constitue apparaît sur le centre des surfaces articulaires dans des points dépouilli de cartilage; elles se répandent ensuite, à une certaine distance, sur le cartilage restani
3° On peut demander enfin aux partisans de l'opinion que nous combattons cor ment ils comprennent qu'une membrane séreuse puisse exister entre deux surfaci articulaires sans être exposée à être broyée et détruite mille fois par jour. Se sontbien rendu compte des pressions supportées par certaines ai liculations, et de l'énerg des frottements auxquels sont soumises leurs surfaces composantes? Ont-ils mis l'i" tcnsité de ces causes de destruction en parallèle avec la texture délicate des membran! séreuses et leur grande susceptibilité inflammatoire ? C'est assez faire toucher du doi 1 le côté faible de nos adversaires, et nous avons hâte de conclure sur cette iroisiènA partie de notre argumentation : Il y a frottement entre les cartilages de deux surfaojlj articulaires juxtaposées, donc il y a usure; c'est une loi physique à laquelle n'échap» aucun corps, fût-il dur comme le diamant, élastique et mou comme le caoutchouc. Om s'il y a usure des surfiices frottantes, il ne peut exister de membrane irritable et scnsili
[' l'enduit inerte et insensible qui les constituent. En résumé, une membrane synole, après s'être fixée au pourtour du cartilage articulaire d'une surface diarthrodiaie, réfléchit dans tous lès sens pour tapisser la face interne des ligaments et venir s'athor d'autre part h la périphérie de la surface diarthrodiaie qui correspond à la preèrc.
On trouve généralement à l'intérieur des articulations des pelotons graisseux qui )oussent en dedans la membrane synoviale et s'en enveloppent. Considérés, à tort, Clopton Havers, comme des glandes chargées de sécréter la synovie, ces pelotons lisseux ont reçu le nom de franges synoviales. On les trouve surtout aux environs 1 marges articulaires, c'est-h-dire au pourtour des surfaces diarthrodiales. La synovie est un fluide visqueux, incolore ou légèrement coloré en jaune, ressemint beaucoup à l'huile par ses caractères physiques. Elle n'en possède cependant pas i;omposition, car l'analyse chimique n'y démontre pas la présence des principes gras, ■ist l'albumine qu'elle renferme qui lui donne sa viscosité, et qui la rend propre à irifier les surfaces articulaires sur lesquelles elle est versée. Son rôle dans l'économie imale est, du reste, absolument identique avec celui des corps gras employés pour >.isser les rouages de nos machines.
Mouvements. — Les mouvements dont les diarthroses sont le siège se divisent en t classes principales :
1° Le glissement simple, seul mouvement possible entre deux facettes planes ou dulées.
2» La flexion, qui rapproche l'un de l'autre deux rayons osseux, en fermant de plus iplus leur angle de réunion.
%" L'extension, mouvement inverse pendant lequel deux rayons osseux se redressent 1 sur l'autre.
i" Vadduction, qui rapproche de la ligne médiane l'extrémité inférieure du rayon eux mobile.
)° L'abduction, mouvement opposé au précédent.
La circumduction, ou mouvement en fronde, qui fait passer successivement un lon osseux par les quatre dernières positions. » 7° La rotation, qui fait pivoter l'une des pièces sur l'autre, classification des diarthroses, — Ou a pris pour base de cette classification configuration des surfaces articulaires et la nature des mouvements qu'elles perittent. Cette double base a servi à établir cinq genres d'articulations diarthrodiales : l" L'énarthrose, caractérisée par la réception d'une tète articulaire dans une cavité forme appropriée. Cette articulation peut être le siège des mouvements les plus ndus et les plus variés : flexion, extension, abduction, adduction, circumduclion, ation. Exemple : l'articulation coxo-fémorale.
2° L'articulation trochléenne, le ginglyme angulaire ou la charnière parfaite, U les surfaces articulaires sont configurées en trochlées de manière h s'emboîter iproqucmcnt, et dont les mouvements (flexion et extension seulement) s'exécutent !C la précision d'une charnière. Exemple : l'articulation tibio-larsiennc. 3" L'articulation condylienne ou charnière imparfaite, qui permet, comme la prelente, deux mouvements principaux, l'extension et la flexion, et de plus quelques uvements accessoires, soit la rotation, soit l'inclinaison latérale. Les surfaces artilaires, très-diversement configurées, présentent néanmoins dans toutes les articulans un ou plusieurs condyles qui s'opposent h un nombre égal d'excavations ovalaires. emple : l'articulation fémoro-tibiale.
lÛO DES ARTICULATIONS.
U° V articulation pivotante, la trochoïde ou le ginr/hjme latéral, diarllirosc formé par un pivot qui tourne dans une cavité dcnii-cylindrique. Mouvement unique, ' rotation. Exemple : l'arliculalion axoïdo-atloïdienne. j
5° Varlhrodie ou la diartlirose plani forme, constituée par des facettes planes o presque planes. Le glissement est le seul mouvement possible. Exemple : l'articulatio carpo-métacarpienne. ^
Nomenclature. — Le nom des articulations rappelle celui des pièces osseuses q» les forment. Ainsi l'articulation scapulo-humérale est la jointure qui réunit le scapu lum et l'humérus; les articulations intervertébrales joignent entre elles les diverse pièces du rachis. Quand le nom qualificatif d'une articulation est composé de der» éléments, comme dans le premier cas, il est bon de placer en tête le mot ([ui indiqi j la pièce osseuse la plus liabiluellement fixe.