PRÉFACE
Présenter dans un livre concis et complet la description exacte des rouages ariatomiques qui composent la charpente du corps chez nos animaux domestiques, tel a été notre hut en écrivant le travail que nous offrons aujourd'hui à l'appréciation du public.
Nous avons recherché la concision avec une sorte d'opiniâtreté, nonseulement dans notre langage, mais encore dans le choix des faits et des idées. En nous imposant cette condition, nous avons cru rendre service aux personnes qui voudront bien nous lire : nous ménageons leurs instants. Dans une époque de progrès comme la nôtre, où les sciences se multiplient et se développent, où l'esprit humain, saisi par la fièvre de production, enfante chaque jour de nouveaux livres consacrés à l'étude de ces sciences, on trouve à peine le temps de lire et d'apprendre ; c'est donc un devoir, pour un écrivain, d'être bref. S'il surcharge son livre de détails puérils, s'il dit ce qui peut être facilement deviné par le lecteur, s'il expose avec trop d'abondance les idées et les faits intéressants, aura-t-il atteint la perfection à laquelle il vise; en un mot, sera-t-il complet? Non; il sera long, et voilà tout: grave inconvénient, que l'élégance, la chaleur et l'éclat du style ne font pas toujours pardonner, quand on le rencontre dans un livre didactique, dans un traité élémentaire principalement.
Rien ne nous a coûté pour atteindre l'exactitude, celte première qualité d'un ouvrage comme le nôtre, ni les veilles employées aux recherches bibliographiques, ni les fatigues des travaux d'amphithéâtre. Tous les écrits publiés sur l'organisation animale, traités généraux, manuels particuliers, monographies, articles de journaux, tout a été lu et interrogé. Mais nous avons surtout demandé nos renseignements à la nature, ce
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guide sûr et infaillible, toujours sage, même dans ses écarts ; nous L'avons consultée, le scalpel à la main, avec une persévérance que rien n'a pu rebuter. Les sujets de toutes espèces ne nous ont point manqué, du reste; et nous avons largement mis à profit les immenses ressources dont notre position de chef des travaux anatomiques à l'Ecole impériale vétérinaire nous a permis de disposer.
Il ne nous suffisait point d'être vrai, c'est-à-dire de décrire fidèlement les organes de l'économie animale. La vérité veut encore être présentée du haut d'un point de vue philosophique qui domine les détails. Il faut û un livre, à un livre d'anatomie surtout, une pensée saillante, qui donne à ce livre sa raison d'être , son originalité, et le mette au-dessus d'un aride catalogue, en formant un tout des mille objets divers dont il traite. Qu'on nous permette d'exposer en quelques mots celle qui a présidé à la rédaction de notre travail.
Parmi les êtres ou les objets qui composent le monde naturel, les animaux se distinguent par la diversité du volume et des formes extérieures. Cette diversité se répéterait-elle dans leur structure interne? Quand l'ordre et la simplicité régnent partout ailleurs au sein de la nature, y aurait-il là désordre et complication? Compterait-on autant d'organisations différentes que d'espèces particulières ? Poser ces questions et les résoudre dans le sens affirmatif, ce serait faire injure à la sagesse du Créateur. Aussi les premiers naturalistes, guidés par leur instinct plu lût que par leurs connaissances, admirent-ils une certaine uniformité dans la composition des animaux.
C'était une bonne inspiration, qui menaça de s'effacer à l'époque où la science anatomique, répandue et cultivée de toutes parts avec le plus louable empressement , découvrait chaque jour les secrets de l'organisation de nouvelles espèces. Sans guide dans la recherche des analogies, frappés des différences apparentes qu'ils rencontraient à chaque instant sous leur scalpel, les anatomistes de cette époque négligèrent la comparaison des divers animaux. En présence d'une nouvelle forme d'organes, ils croient à l'existence d'un nouvel instrument, et créent un nom nouveau pour le désigner. Alors on fait de l'anatomie humaine, de l'anatomie du cheval, du bœuf, etc. : les monographies se multiplient ; plus de vues d'ensemble, plus de lien pour rassembler ces matériaux disparates; la confusion commence , le chaos va venir; et le principe des analogies est à la veille d'être englouti sous les ruines de la science.
Heureusement, deux hommes apparaissent, deux génies, deux gloires