PRÉFACE. I
de la France: G. Cuvier el Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, — deux noms a jamais illustres, que nous aimons à réunir, à leur grand étonnemenl peut-être, comme l'expression d'un seul et même symbole.
Le premier, après d'immenses recherches, ose comparer entre elles les innombrables espèces du règne animal ; il saisit leurs caractères généraux, c'est-à-dire les analogies qui les rapprochent ; il pèse ces analogies et les met en regard des différences ; il en établit de plusieurs sortes et de plusieurs degrés, et il peut ainsi former des groupes naturels, subdivisés eux-mêmes en plusieurs catégories , où les individus se trouvent rassemblés d'après leurs analogies et leurs affinités. Alors le chaos se débrouille, la lumière se fait, le champ de la science s'éclaire ; Yanatomie comparée est créée de toutes pièces, et la structure du règne animal est ramenée aux lois d'uniformité qui brillent dans toutes les autres parties de la création.
Geoffroy Saint-Hilaire suit Cuvier sur le même terrain. Plus exclusif que lui , il néglige entièrement les caractères différentiels pour se laisser dominer par la considération des ressemblances. Il poursuit surtout la découverte d'une règle fixe propre à guider dans la recherche de ces ressemblances ; tâche difficile, et dangereux écueil contre lequel était venue échouer la sagacité de son illustre émule ! Pour être plus sûr de lui, pour mieux embrasser son sujet, il restreint le champ de ses observations ; c'est surtout la classe des vertébrés qu'il consulte pour deviner l'énigme dont il cherche le mot. Il le trouve enfin, et nous le fait connaître dans des pages mémorables, pages abstraites, où la pensée est souvent obscure et voilée, mais qui n'en resteront pas moins des hymnes magnifiques chantés en l'honneur de Dieu. La forme, dit-il, et les fonctions des organes n'offrent aucune stabilité, leurs rapports seuls sont invariables ; eux seuls ne peuvent donner d'indications trompeuses dans la comparaison des instruments de la vie. Il fonde ainsi son grand principe des connexion*; il en établit solidement la valeur; il le fortifie par des principes accessoires; il le montre à la jeune génération qui le suit comme une boussole, comme un phare secourable, sous la protection duquel elle pourra marcher à la conquête des analogies avec confiance et sécurité. Alors le sentiment philosophique est décidément introduit dans les recherches sur l'organisation , et l'anatomie devient une véritable science.
Admirateur enthousiaste de ces deux grands maîtres, nous nous faisons gloire d'appartenir à leur école : c'est assez dire que la pensée saillante de notre œuvre a été inspirée par leurs travaux. Ainsi, en compa-