DES MEMBRES EN GÉNÉRAL ET DE LEUR PARALLÈLE
osseux qui représente, soit l'extrémité inférieure du métatarsien , soit la première phalange ; c'est à la suite de ce stylet que se trouvent articulées la deuxième et la troisième phalanges.
Art. VI. — Des membres en général et de leur parallèle.
Les colonnes brisées que représentent les membres étant*destinées non seulement li supporter le tronc pendant la station, mais encore à le transporter pendant la marche, il importerait de les envisager d'une manière générale pour rechercher les conditions qui les rendent propres à ce double usage. Mais comme un examen approfondi de cette matière nous mettrait dans la nécessité de faire intervenir certaines considérations physiologiques qui nous entraîneraient loin de notre sujet, nous nous bornerons, dans cette étude générale des membres, aux remarques les plus essentielles.
A. Des membres antérieurs comme colonnes de soutien. — Les membres de devant, étant plus rapprochés que les postérieurs du centre de gravité, supportent une plus grande partie du poids du corps. Ils doivent donc être construits dans des conditions très favorables, en tant qu'on les considère comme agents de sustentation du tronc. En effet, les quatre rayons principaux qui composent chacun d'eux (épaule, bras, avant-bras et pied), quoique fléchis ou disposés à se fléchir en sens inverse les uns des autres, opposent à la pression du poids du tronc, qui tend incessamment à les affaisser, des obstacles purement mécaniques et d'une telle énergie qu'on peut comprendre encore la station sur les membres antérieurs, en supposant anéanties, a l'exception d'une seule, les masses musculaires qui entourent leurs rayons osseux.
Ainsi, le poids du corps se transmet d'abord au scapulum par l'intermédiaire des muscles qui attachent cet os au tronc, et dont le plus actif est évidemment le grand dentelé. Il passe ensuite sur l'humérus, et de là sur le radius, pour être reporté en dernier lieu sur les différentes pièces qui composent le pied. Or l'humérus formant avec le scapulum uu angle ouvert en arrière, et avec les os de Pavant-bras on autre angle ouvert en avant, le poids du corps presse continuellement sur ces angles en provoquant leur fermeture, et partant la flexion des rayons osseux. Mais celle-ci est empêchée par l'action combinée de deux puissances. La première, représentée par le coraco- radial, qui s'étend de l'apophyse coracolde à la tubérosité bicipitale, en passant devant l'articulation de l'épaule, remplit un rôle tout à fait passif; ce muscle est effectivement traversé dans toute sa longueur par d'épaisses coenations tendineuses, qui lui permettent d'agir comme un lien mécanique jeté en avant de l'angle scapulo-huméral, et assez fort pour s'opposer à son affaissement à Vavant-bras est maintenu en situation fixe. La seconde est formée par trois des muscles dits olécrâniens, ceux qui prennent leur origine sur l'humérus ; elle empêche la fermeture de l'angle cubital, et fixe activement les os de l'avant- bras pour offrir à la corde tendineuse du coraco-radial nn point d'appui solide. Quant au radius, au carpe et au métacarpe, grâce à la direction verticale qu'ils affectent, ils supportent d'eux-mêmes la pression du poids du corps sans avoir besoin d'être aidés par des muscles. Mais la région digitée, se dirigeant obliquement en avant et w bas, forme avec le métacarpien principal un troisième angle ouvert en avant, pour le soutien duquel la nature a créé de solides liens mécaniques. Le doigt se
trouve effectivement suspendu en arrière, à l'extrémité supérieure des métacarpiens, par la lanière fibreuse nommée à si juste titre ligament suspenseur du boulet, et par la bride carpienne du tendon perforant, laquelle bride transforme ce tendon en un second appareil suspenseur beaucoup plus puissant que le premier. Ajoutons que le tendon perforé agit aussi comme lien suspenseur sans le secours de la portion charnue du muscle ; car il s'attache en arrière de l'extrémité inférieure du radius par une bride fibreuse qui ne le cède en rien, par son volume et sa force de résistance, à celle du perforant.
Il est donc vrai , comme nous l'annoncions plus haut, que le concours actif d'une seule masse contractile, celle des muscles olécrânieus, suffit pour assurer la rigidité du membre antérieur, et pour le mettre en état de supporter, sans s'affaisser, la pression exercée sur lui par le poids du corps.
B. Des membres antérieurs comme agents de transport. — La part que les membres de devant prennent au déplacement du corps dans les différentes allures, quoique moins importante que celle des membres postérieurs, n'en mérite pas moins de fixer notre attention. Et eu effet, si ces derniers représentent les agents essentiels qui communiquent au corps du quadrupède l'impulsion en avant, les premiers, en soulevant le tronc par la détente de leurs rayons osseux , et en entamant le terrain par la projection de leur extrémité libre, donnent aux puissances musculaires des membres postérieurs la faculté de produire un effet utile.
Ainsi donc, soulever le tronc et entamer le terrain pour favoriser l'effort impulsif des membres postérieurs, telle est la principale destination des membres de devant considérés dans l'état dynamique. Nous allons voir que la disposition des rayons osseux qui les composent leur permet de se prêter à ce double rôle.
Ces rayons osseux , nous l'avons déjà dit, se fléchissent tous en sens inverse les uns des autres. Ainsi, le bras se coude en arrière sur l'épaule ; l'avant-bras se ploie en avant sur le bras ; et les différentes sections du pied se fléchissent toutes en arrière sur les os de l'avant-bras : c'est grâce à cette opposition que le membre antérieur peut soulever la partie antérieure du tronc quand la machine animale est en mouvement. En effet, si l'on suppose, tous les angles articulaires étant fermés, que les muscles extenseurs du bras, de l'avant-bras et du pied entrent en contraction avec les fléchisseurs des phalanges, le redressement subit de ces rayons osseux déterminera une détente plus ou moins brusque qui transmettra son effet au sol. Mais celui-ci , ne pouvant céder sous ce surcroît de pression, réagira sur les membres à la manière d'un plan de marbre sur une bille élastique ; et c'est celte réaction qui repoussera en haut le corps de l'animal.
Il est encore évident que cet état de flexion du membre facilite beaucoup sa projection en avant, en permettant à la région digitée d'éviter les obstacles qu'elle pourrait rencontrer à la surface du sol.
C. Des membres postérieurs comme colonnes de soutien. — Les membres de derrière sont disposés moins favorablement que ceux de devant pour remplir l'office de colonnes de soutien , car leurs rayons osseux sont pour la plupart dans un état permanent de flexion et réunis angulairement les uns aux autres, comme ou peut s'en convaincre en jetant les yeux sur le squelette (voy. fig. 1, 2, 3, U, 5). 11 faut donc que les puissances musculaires prennent une part plus active que