DES CELLULES
Pour les objets très délicats qui seraient détériorés par la pression de la lamelle, il faut se servir de cellules construites de différentes manières. Nous employons exclusivement pour notre collection les cellules de verre, rondes, ovales ou rectangulaires, solidement fixées sur la lame porte-objet avec un vernis particulier. Ces cellules se trouvent dans le commerce, où l’on peut se les procurer dans le diamètre et l’épaisseur convenables. L’objet y ayant été introduit, elles sont hermétiquement closes par une lamelle qu’on lute avec un des vernis mentionnés plus haut, ou mieux encore avec celui qui est vendu spécialement avec les cellules. Nous employons les cellules du professeur Denis Monnier, fabriquées à Paris chez Cogit (Lerebours et Secrétan, opticiens, quai de l’Horloge), et à Genève, chez Mme Ve Crozet (place des Grottes, E. 63).
Littérature.
H. Frey, le Microscope, manuel à l'usage des étudiants , drad. par P. Spillmann, Paris 1867. — Ch. Robin, Traité du microscope , Paris 1871. — H. Grenadier, Einige Notizen zur Tinctionstcchnik , besonders zur Kernfarbung. Arch . für mikrosk. Anatomie , t. XVI, 1879. — Paul Mayer, Ueber die in der zoologischen Station zu Neapel gebrâuchlichen Methoden zur mikroskopischen Untersuchung , dans Mittheilungen aus der zool.Stal. zu Neapel , t. II. — A. Mojsisovics Edler von Mojsvar, Manuet de zootomie , trad. par de Lanessan, Paris 1881. — Ranvier, Traité technique d'histologie , Paris (en voie de publication).
PROTOPLASMA
PROTOZOAIRES EN GÉNÉRAL
DU PROTOPLASMA
La base de toute conformation organique animale ou végétale est le protoplasma . ou le sarcode , substance amorphe, molle, plastique, s’imbibant facilement des liquides dans lesquels elle se rencontre, éminemment variable dans sa composition chimique et son aspect microscopique. Véritable protée, elle peut revêtir les formes les plus diverses, s’assimiler les substances en apparence les plus hétérogènes, produire les combinaisons les plus variées.
L’instabilité de sa composition chimique est poussée au plus haut degré. Si elle résulte toujours d’une combinaison de carbone, hydrogène, oxygène, azote, soufre et phosphore, on ne rencontre jamais dans la nature de substance protoplasmique qui ne contienne en outre des éléments minéraux tels que silice, carbonate de chaux, potasse ou même fer, et nous devons considérer ces éléments comme essentiels à son existence.
Si le protoplasma se montre primitivement presque toujours et même peut-être sans exception sous la combinaison multiple indiquée, qui est celle propre à toutes les substances dites protéiques ou albuminoïdes, il faut ajouter que la nature ne nous en offre pas non plus qui n’ait produit par dédoublement des alcaloïdes manquant de soufre et de phosphore, des corps sucrés, amidonnés, cellulosiques, etc., dans lesquels l’azote fait entièrement défaut, ou des corps gras composés simplement de carbone et d’hydrogène.
La variabilité est la même pour les caractères physiques résultant de la plus ou moins grande quantité d’eau dont le protoplasma est toujours imbibé. Si d’un côté nous rencontrons des protoplasmes
DU PROTOPLASMA
entièrement liquides, coulant presque comme de l’eau, tels que les différents sucs nourriciers, nous connaissons d’autre part des protoplasmes plus consistants, complètement rigides, résultant d’une induration par diminution de l’eau, ou d’une assimilation de substances minérales.
On remarquera cependant que ces variétés extrêmes sont, dans tous les cas, le résultat de transformations ultérieures, et que dans les éléments figurés primitifs des corps organiques, le protoplasma se présente sous l’aspect d’une substance molle, plastique, semblable, quant à sa consistance, au miel ou au blanc d’œuf dans ses couches internes. On constate facilement que dans cet état, auquel on a plus particulièrement appliqué le nom de sarcode , la substance vivante présente un grand pouvoir osmotique ; elle se gonfle au contact de liquides qui lui abandonnent de l’eau, tandis qu’elle se contracte et se coagule sous l’influence d’agents propres à lui en soustraire. Les différents procédés employés aujourd’hui pour durcir les tissus sont fondés, comme nous l’avons vu, sur cette propriété du protoplasme et de ses dérivés.
Sous le microscope, le protoplasme primitif, non différencié, se présente ordinairement comme une substance claire, diaphane et remplie de granulations extrêmement fines, que nos meilleurs instruments ne sauraient dissocier. Il y a cependant des cas où ces fines granulations font entièrement défaut, et où le protoplasme se montre parfaitement homogène et transparent ; par exemple, dans les œufs primitifs d’un grand nombre d’animaux, ou dans les jeunes germes des animaux inférieurs.
Mais cette homogénéité persiste rarement ; ordinairement le sarcode, transparent à l’origine, se remplit au moins partiellement de granules qui, tantôt se concentrent vers l’intérieur, tantôt, au contraire, vers les couches périphériques. C’est en particulier ce qui est souvent le cas lorsque le protoplasme constitue le contenu d’une cellule et est entouré d’une paroi cellulaire contre laquelle se déposent les granulations, tandis que chez les êtres constitués par du protoplasma nu, les granulations se groupent plutôt à l’intérieur. Cette concentration dans deux sens des granulations permet alors de distinguer deux couches imparfaitement délimitées, sous le nom
d’ectosarc, ou couche externe, et d 'endos arc, ou couche interne.
Le protoplasme peut être encore le siège d’un grand nombre de différenciations intérieures sur lesquelles nous reviendrons en parlant des protozoaires ; ce sont des concentrations indécises apparaissant sous forme de traînées, de nodules, tantôt régulièrement alignés, tantôt disséminés ou disposés sous forme de réseaux, de trames,
DU PROTOPLASMA
de figures étoilées ou de taches nébuleuses. Souvent on y rencontre des granules de pigments colorés, des globules réfringents, des gouttelettes d’apparence graisseuse, des dépôts minéraux amorphes ou des cristaux.
Un des caractères les plus saillants du protoplasme vivant et libre est sa contractilité. Ses différentes parties sont éminemment mobiles. L’endosarc suit par des courants de va et vient les contractions ou les dilatations de l’ectosarc, et d’autre part cette mobilité est rendue visible par l’émission de prolongements nommés pseudopodes. Les pseudopodes peuvent revêtir les formes les plus diverses, ils sont parfois semblables à des hernies, à des boursoufflures; ils peuvent être simples, lobaires, arrondis ou plus ou moins ramifiés, et confluant les uns avec les autres de manière à former des réticulations assez compliquées.
L’émission des pseudopodes est ordinairement en relation avec les mouvements de l’endosarc ; on voit celui-ci se porter, par un courant plus ou moins rapide, vers le point où pousse le pseudopode, et à mesure que celui-ci s’allonge, le courant intérieur, accusé par le mouvement des granulations, avance vers la périphérie.
Le fait que dans la plupart des cas ces pseudopodes peuvent confluer ensemble prouve bien qu'ils ne possèdent pas d’enveloppes, et qu’ils sont entièrement constitués par une substance plastique. Nous devons donc les considérer comme du protoplasme coulant pour ainsi dire dans une direction donnée , s’agglutinant à luimême, et s’attachant aux plaques de verre sur lesquelles on les observe.
Le protoplasme possède encore la propriété d’agir chimiquement sur les substances organiques sur lesquelles il diffiue, et de leur faire subir une désagrégation ou une dissolution que l’on doit considérer comme une véritable digestion. Les objets qu’il enveloppe s’altèrent, les filaments d’algues se décolorent, leurs cellules se séparent, leur contenu disparaît ; les carapaces des diatomées, des petits crustacés, etc., se vident peu à peu, tandis que les granulations augmentent dans la masse protoplasmique qui se retire, ne laissant que des carapaces parfaitement nettoyées. Il est facile de constater ces faits sur les organismes inférieurs, les monères, par exemple ; ils prouvent, par conséquent, que le protoplasma jouit de la propriété nutritive par excellence, l’assimilation.
Enfin, le protoplasme présente la propriété de se reproduire par des fractionnements répétés, de telle sorte qu’une gouttelette de cette substance donne naissance à d’autres gouttelettes semblables à elle, qui augmentent lorsqu’elles se trouvent dans un milieu nutritif
DES PROTOZOAIRES EN GENERAL
convenable. Nous aurons l’occasion d’étudier cette reproduction en observant le protoplasme individualisé dans les formes animales inférieures connues en zoologie sous le nom de protozoaires, elles nous permettront en même temps de mentionner les principales différenciations que subit le protoplasme dans la série organique.
DES PROTOZOAIRES EN GÉNÉRAL
Structure. — Ces êtres nous présentent la vie sous son aspect le plus élémentaire. Ils sont essentiellement composés de protoplasma, et se distinguent les uns des autres par le degré de différenciation de ce dernier.
Par différenciation, nous entendons la condensation du protoplasma, ou sa raréfaction en certains points du corps de l’individu, abstraction faite des modifications chimiques. C’est la première tendance vers la formation d’organes proprement dits, la première aspiration à la division du travail physiologique, et des travaux récents nous ont éclairés sur les conditions mécaniques et physicochimiques qui provoquent cette différenciation.
Au bas de l’échelle, l’individu est partout semblable à lui-même, constitué par un protoplasma homogène, et sans les changements de forme dus à la contractilité, propriété essentielle du protoplasma vivant, qui lui permet de pousser dans toutes les directions, des prolongements (pseudopodes), sans les courants de granulations très fines qui se montrent toujours dans sa masse, il ne serait pas possible de le distinguer d’une gouttelette de l’albumine de l’œuf, ou du sérum du sang. Cette simplicité primordiale de la vie se rencontre chez quelques individus parmi les gymnomonères ( Protamoeba ).
Nous ne nous arrêterons pas à discuter la question de savoir si des êtres aussi élémentaires doivent être rangés parmi les animaux ou parmi les végétaux. Plus nous avançons dans la connaissance des lois physiologiques qui président à la manifestation des phénomènes vitaux, et plus aussi nous sommes obligés de reconnaître qu’il n’existe pas de limite bien tranchée entre les animaux et les plantes. Les uns et les autres sont formés de la même substance fondamentale, et sont soumis aux mêmes lois. Dans leur état de plus grande simplicité, nous ne possédons aucun caractère fixe et facile à saisir pour les distinguer. Cette considération a conduit M. Haeckel à établir entre les deux règnes classiques, un interrègne sous le nom de protistes, dans lequel il groupe toutes les formes rebelles par l’ensemble de leurs caractères à être ramenées aux animaux et aux plantes propre-
DES PROTOZOAIRES EN GENERAL
nient dits. Ce groupe intermédiaire, fort commode pour soulager l’embarras des zoologistes et des botanistes classificateurs, n’a qu’une importance secondaire au point de vue où nous nous plaçons; toutefois, nous avons aussi besoin de pareils compartiments, de pareils points de repère pour mettre de l’ordre dans notre étude, et faire mieux ressortir l’idée de filiation qui domine actuellement l’Anatomie comparée. Aussi, devons-nous recourir à une classification, et négligeant les difficultés discutées en zoologie, accepterons-nous celle qui nous paraît la plus pratique. Aussi, distinguerons-nous dès l’abord, avec M. Bütschli (1), deux grandes sections dans l’embranchement des protozoaires.
1° Les Sarcodaires, comprenant tous les êtres protoplasmiques jouissant de la propriété d’émettre des pseudopodes, quelles que soient, du reste, leurs autres différenciations : Amibes . Foramini fèves, Hèliozoaires, Radiolaires.
2° Les Infusoires, parmi lesquels se groupent les organismes protoplasmiques plus hautement organisés, mieux fixés dans leurs formes et dont les organes locomoteurs et préhensiles consistent surtout en cils vibrât iles ( Infusoires ).
Nous laisserons ainsi nécessairement de côté un certain nombre d’organismes indécis auxquels les recherches futures attribueront une place définitive, mais que pour le moment il est malaisé de rattacher à l’un ou l’autre de ces grands groupes (2).
La différenciation première sur laquelle nous devons d’abord porter notre attention consiste en un épaississement, une condensation du protoplasma poussée dans deux directions opposées : vers l'intérieur du corps conduisant à la formation d’un noyau ou nucléus, ou vers la superficie conduisant à la formation d’une couche plus dense à l’extérieur, Yectosarc , qu’il faut distinguer de la véritable cuticule, dénomination que nous réserverons pour les produits divers de sécrétion de l’ectosarc.
Ces différenciations se retrouvent dans l’évolution des éléments qui constituent les tissus des animaux supérieurs, et, afin d’éviter toute confusion, nous rappellerons la signification des termes actuellement d’un grand usage destinés à désigner les phases de cette évolution.
On nomme généralement cytodes , les gouttelettes indépendantes
(1) Bütschli, Broun’ s Thier-Reich , t. I, 1880.
(2) Quoiqu’elle ne nous satisfasse pas sur tous les points, nous suivrons généralement la classification adoptée par M. Claus, dont le traité de zoologie est si répandu en Allemagne et en France.