II
SPLANCHNOLOGIE,
bronches, c'est la disposition des éléments cartilagineux de ces ramification . Les cerceaux cartilagineux y deviennent irréguliers, se fragmentent et se répartissent sur toute la périphérie du canal aérien, do sorte qu'il n'existe plus de portion membraneuse proprement dite, et que les divisions bronchiques sont parfaitement cylindriques. Au lieu d'anneaux cartilagineux presque complets, on n'y trouve plus que des lamelles anguleuses, de forme très-diverse, à grand axe dirigé transversalement, obliquement ou longitudinalement, et présentant souvent des prolongements ou appendices sur leurs bords. A mesure qu'on examine des tuyaux bronchiques plus étroits, les lamelles cartilagineuses, d'abord assez grandes et très-rapprochées, se rapetissent et s'écartent les unes des autres. Sur les rameaux bronchiques d'un millimètre de diamètre, on ne les rencontre plus que sous la forme de segments étroits, curvilignes, allongés, entourant les branches de bifurcation, ou sous celle de lamelles soutenant les éperons qui les séparent. Un peu plus loin, ce sont de petits tubercules occupant le même siège. Enûn, le cartilage disparaît complètement dans l'épaisseur de la paroi bronchique, dont il ne reste plus alors que la portion membraneuse.
La membrane fibreuse présente les mêmes caractères que sur la trachée et les bronches; forte encore sur les grosses divisions bronchiques, elle s'amincit en môme temps que diminue le calibre des canaux, et finit par se confondre avec la membrane muqueuse.
Les fibres musculaires, qui sur la trachée et les bronches n'occupaient que la portion membraneuse de ces conduits, étendue entre les extrémités des anneaux cartilagineux, se répartissent uniformément sur tout le pourtour des canaux, et forment une couche annulaire. Ils se retrouvent encore, suivant Kœlliker, sur des rameaux de I à i de millimètre de diamètre, et paraissent s'étendre jusqu'aux lobules pulmonaires.
La muqueuse bronchique, enfin, conserve d'abord les caractères qu'elle présente dans la trachée ; mais les faisceaux élastiques qui, dans celle-ci, étaient limités
à la portion membraneuse du conduit, se répartissent sur toute sa périphérie. En môme temps la muqueuse bronchique s'amincit graduellement; les diverses couches qui la composent deviennent moins distinctes, et leurs éléments moins nets. Confondue avec la tunique fibreuse dans les dernières ramifications bronchiques, elle finit par se réduire, là où commencent les alvéoles pariétaux, à une membrane amorphe dans laquelle sont creusés en quelque sorte les vaisseaux capillaires. Des noyaux arrondis ou ovalaires se voient dans les maille? formées par les vaisseaux. L'épithélium de la muqueuse reste cylindrique et vibratile jusqu'au voisinage des lobules; mais il diminue peu à peu d'épaisseur, et se réduit à une simple couche de cellules; dans l'intérieur des loljulcs, les ramifications bronchiques n'oIFrent plus qu'un épithélium
(♦) Tranche trcs-mince d'un poumon dessé.:lic à l'otat de collapsus. Les cloisons des alvéoles s'insèrent immédiatement sur la face externe d'un rameau bronchique coupé transvcrsalemcqt. — I, épithélinm 2, couche musculaire annulaire. — 3, membrane élastique externe du rameau bronchique, dont or i figuré qu'une petite portion.
DES POUMONS
3aviraentoux. Les (jUindu'es do la muqueuse bronchique se continuent dans les amifîcations des canaux aériens; elles diminuent successivement de volume, et lisparaissent dans les canaux de 2 à 3 millimètres de diamètre.
B. — Lobules pulmonaires.
Les cavités lobulairesou sacsaériens {infundibula de Rossignol, lobules primitifs ie quelques auteurs), dans lesquelles s'ouvrent les dernières ramifications bronchiques, répondent, eu égard à leur configuration et à leur siège, aux lobules primitifs des glandes en grappe. Mais, tandis que, dans ces dernières, les acini :onservent une certaine indépendance, ceux du poumon s'ouvrent tous dans une cavité commune, par l'intermédiaire de laquelle seulement ils communiquent ivec un petit ramuscule bronchique. Celle cavité se présente sous l'aspect d'une Jilatation conoïdeou fusi forme, dont les parois sont garnies dans toute leur éten- :iue de dépressions hémisphériques (vésicules pulmonaires , alvéoles), s'ouvrant dans la cavité commune par un orifice arrondi.
Les lobules primitifs ou infundibula sont appendus, au nombre de deux à dix et Lobules i côté les uns des autres, aux extrémités des ramifications bronchiques; quel- primitifs, ijuefois aussi, ils s'ouvrent isolément sur la paroi latérale d'un ramuscule. Leur forme générale est celle d'un cône ou entonnoir, qui va en s'élargissant depuis l'orifice de communication avec la bronche jusqu'au voisinage du fond du culde-sac. Leur axe longitudinal est deux ou trois fois plus long que leur diamètre transversal. Dans les lobules situés immédiatement au-dessous de la plèvre, le ;rand axe est dirigé perpendiculairement à la surface du poumon ou des lobes principaux, la base répondant à la surface de l'organe, où elle est circonscrite par des sillons Irès-superficiels, circonscrivant des espèces démailles polygonales
(Fi?. ISI (*).
dans les limites du lobule. Dans l'intérieur des poumons, les infundibula sont disposés irrégulièrement et remplissent les espaces entre les vaisseaux aériens et les vaisseaux sanguins. Parleur surface externe, ils adhèrent intimement aux infundibula qui apparlienncnt au môme lobule; sur leur face interne, on
(*) Moule (les ramirications bronchiques terminales et des iafundibula (même préparation que fig. 178). ( ') Section (l'un poumon insuffle et desséché, pratiquée parallèlement à la surface et très-près d'elle. — cloisons les plus lar^'es répondent aux infundibula, les plus lines aux alvéoles.
SPLANCHNOLOGIE.
Alvéoles.
Capacité
des alvéoles.
Alvéoles pariétaux.
Terminaux .
Structure (les lottulcs primitifs.
Fibres élastiques.
observe des cloisons, qui divisent la portion périphérique de leur cavité en cavité» alvéolaires.
Les alvéoles, qui garnissent toute la surface des infundibula, sont assez serrés pour se toucher et s'aplatir mutuellement quand le poumon est distendu par l'air; d'hémisphériques, ils deviennent alors polyédriques; en même temps leur . capacité augmente nolablcment. Sur le poumon, insufflé et desséché, les parois des alvéoles présentent des contours parfaitement nets, et les cloisons de séparation ont à peine de la largeur de l'alvéole; sur le poumon revenu sur luimôme, au contraire, les parois sont épaisses et offrent des contours onduleux (fig. 180).
11 résulte des recherches de Rossignol que la capacité des alvéoles s'accroît avec l'âge. Voici les dimensions qu'il a observées :
Fœtus de 5 à 6 mois 0"«',03
Enfants nouveau-nés 0°'",05
— (le 1 an à 1 an et demi O^m^io
— de 3 à 4 ans Cm>n^l2
— de 5 à 6 ans O"»™,!*
— de 10 à 15 ans On"", 17
Adultes de 18 à 20 ans 0n"",2O
— de 25 à 30 ans 0"ni,23
— de 35 à 40 ans O'n'n.SS
— de 50 à fiO ans 0""°,30
Vieillard de 10 à 80 ans 0>n'n,34
En môme temps que les alvéoles se dilatent, leurs cloisons s'amincissent, se résorbent partiellement, si bien que, chez les personnes un peu avancées en yge, il est assez fréquent de voir communiquer entre eux, par des ouvertures plus ou moins larges, non-seulement les alvéoles d'un même infundibulum, mais encore ceux de deu.v infundibula voisins. On rencontre môme, sur les poumons des vieillards, des cavités anfractueuses, résultant de la fusion d'un cerlain nombre d'alvéoles; les cloisons ne sont plus représentées que par des Irabécules irréguliùres, qui traversent en divers sens ces cavités. Mais ces cas sont plutôt du domaine de la pathologie.
Les extrémités terminales des bronches partagent dans une étendue très-faiblt la conformation des infundibula, c'est-à-dire que leur surface est garnie d'alvéoles, qu'on a nommés pariétaux, par opposition aux alvéoles des infundibula, dits terminaux. Les alvéoles pariétaux sont surtout marqués chez l'enfant; ils s'effacent en partie chez l'adulte, et l'on n'en trouve plus de traces sur les poumons du vieillard.
Les lobules primitifs des poumons ont des parois extrêmement minces, résultant de la fusion de la muqueuse bronchique et de la fibreuse qui la double extérieurement. La couche musculaire ayant complètement disparu, on ne trouve qu'une membrane amorphe, hyaline, sur la face externe de laquelle s'étend un réseau de fibres élastiques, et qui renferme dans son épaisseur des noyaux ovalaires et le réseau des capillaires sanguins.
Les fibres élastiques forment par leurs anastomoses un réseau à mailles étroites, servant de canevas résistant à la couche amorphe qui soutient les capillaires; elles sont accumulées en faisceaux au pourtour des orifices par lesquels les alvéoles communiquent avec la cavité de l'iiifundibulum, et sont aussi
DES POUMONS. ^93 plus abondâmes dans les cloisons qui séparent entre eux les alvéoles. Pour ce
(Fig. 183) (♦).
qui est de Vépithélium paTÏmenteux qui tapisse, suivant beaucoup d'auteurs, la
(Fig. 184) ('
cavité des vésicules pulmonaires, il n'existe point suivant Henle, qui soutient
C, Tranche Irès-mince de la subslance j)ulmoiiaire insufflée el desséchée ; ramollie de nouveau dans l'eau, elle a été Iraitce par une solulion légère de potasse, pour metire en évidence les fibres élastiques. — •, section transversale d'un des ramuscules vasculaires contenus dans l'épaisseur des cloisons des alvéoles. — *", section longitudinale.
C) Fragment de la paroi des alvéoles pulmonaires, dont les vaisseaux sont injectés en bleu, el dont les noyaux ont été rendus visibles par une infdlration de carmin. U'aprcs une préparation du professeur w! Muller. — section transversale des rameaux vasculaires qui cheminent dansles cloisons des alvéoles.
SPLANCHNOLOGIE.
que l'épithélium des canaux aériens s'arrête au niveau de leur ouverture de communication avec les lobules primitifs. Dans l'épaisseur desparoisdes vésicules pulmonaires existe un des réseaux capii.
laires les plus serrés de l'économie ; ce réseau, qui s'étend des vésicules à la portion des ramifications bronchiques garnie d'alvéoles pariétaux, est formé de vaisseaux qui ont de 0'""',007 à 0""»,0I de largeur et qui, par conséquent, permettent difficilement à deux globules sanguins rouges de passer de front; ses mailles arrondies, ovalaires ou en fente, sont généralement moins larges que les capillaires eux-mêmes. Suivant que le poumon est distendu par l'air eu revenu sur lui-môme, les capillaires sont plus ou moins larges, tendus ou tortueux. Sur des pièces parfaitement injectées, ils font saillie dans la cavité des alvéoles, recouverts par une portion à peine appréciable de la membrane amorphe qui les relie entre eux, ou môme, le plus souvent, directement en rapport avec celte cavité.