‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 4)Chapitre 31 sur 136 · PROPREMENT DIT · texte numérisé non relu

PROPREMENT DIT

Le cerveau proprement dit, est cette portion de la masse encéphalique 'qui occupe toute la cavité du crâne, les fosses occipitales inférieures exceptées. Le cerveau est comme le situation, couronnement de la tige rachidienne, qu'il surmonte (cerebrum superius) en même temps qu'il lui est antérieur (cerehrum anterius) : aussi a-t-il été considéré tour à tour comme l'origine ou comme l'épanouissement de la moelle. L'isthme de l'encéphale, et plus particulièrement les pédoncules cérébraux, les faisceaux innominés et les pédoncules cérébelleux supérieurs, le lient d'une manière intime au cervelet et à la moelle épinière. La tente cérébelleuse complète son encaissement et le sépare du cervelet, qui est situé en arrière et au dessous de lui. Le crâne, la dure-mère, l'arachnoïde et la pie-mère lui forment une quadruple enveloppe (1).

Volume et poids du cerveau.

Le volume considérable du cerveau est, sans contredit, un volume. des traits les plus caractéristiques de l'organisation de l'homme. Plusieurs animaux ont la masse encéphalique proportionnellement aussi volumineuse, et même plus volumineuse (le serin,

(l) Le cerveau est certainement, de toutes les parties du centre céphalo-rachidien, celle qui a été soumise aux recherches les plus laborieuses de la part des anatomistes et des physiologistes, et, cependant, ne pourrait-on pas dire encore de nos jours, ce que Fantoni disait de son temps : Cerebrum, pars kominis est cujus obscura adhuc structura , obscuriores morbi, obscurissimœ functiones, perpeùm philosophorum et medicorum torquebunt ingenium (*).

(*) Fantoni, Obs. Anat , page 105.

114 NÉVROLOGIE.

le sapajou, le dauphin); mais pour ce qui a trait au cerveau proprement dit, aux hémisphères cérébraux, les animaux les plus favorisés, sous ce rapport, le cèdent de beaucoup à l'espèce humaine.

Poids. Chez l'adulte, le poids du cerveau proprement dit, c'est à

dire, du cerveau séparé du cervelet et de la protubérance cérébrale, par une section faite aux pédoncules, varie depuis deux jusqu'à trois livres (1,000 à 1,500 grammes) (1).

Je regarde comme impossible à établir une échelle de proportion entre le volume et le poids du cerveau, et le volume et le poids du corps. Ne voit-on pas, en effet, qu'un des termes de la comparaison, le poids du corps, est excessivement variable? On peut lire, dans Haîler, tous les calculs qui ont été faits à cet égard ; et la diversité des résultats obtenus est la meilleure critique qu'on puisse faire de cette manière de procéder.

Volume et H n'en est pas de même du rapport qu'on peut chercher à î!fs duCcTrPveau établir enlre le cerveau et le cervelet. D'après mes observaet du cervelet. jJqj,^ je cerve]et est (je ja douzième à la huitième partie du

cerveau (2).

Il importe d'établir approximativement le rapport qui existe, sous le point de vue du volume , entre les cerveaux , comparés dans les différents individus, dans les différents sexes et dans les différents âges.

(1) Je viens de faire peser le cerveau d'un individu mort d'une intoxication saturnine avec tous les symptômes d'une compression cérébrale, et dont le cerveau nous a paru hypertrophié : le poids total de la masse encéphalique était de 1, 505 gram.; le cerveau proprement dit pesait 1,350 gram.; lecervelet, ycompris la protubérance et le bulbe rachidien, pesait 155 gram. Le'poids absolu du cerveau chez le cheval, le bœuf, n'est guère que la moitié de celui du cerveau de l'homme.

(2) Sur trois sujets jeunes :

Cerveau 2 livres 2 onces, cervelet 4 onces et demie ; Cerveau 2 livres 8 onces et demie, cervelet 3 onces et demie ; Cerveau 2 livres 5 onces, cervelet 5 onces.

Il résulte d'un grand nombre de faits : 1° que le volume et le Différences

. ., , , , ... , . .. . , de volume indi-

poids du cerveau sont indépendants de la taille des individus ; vidueiies. 2° Que le volume absolu du cerveau est généralement plus , Différences

^ e> i de sexe,

considérable chez l'homme que chez la femme.

3° Que chez le fœtus et l'enfant, le cerveau est proportion- D'âge. nellement beaucoup plus volumineux que chez l'adulte; mais que le volume absolu du cerveau va toujours en augmentant depuis la naissance jusqu'à une époque qui est encore indéterminée ;

4° Que chez le vieillard, le cerveau s'atrophie souvent comme les autres organes, et ne remplit pas alors complètement la cavité du crâne, dont l'excédant est occupé par de la sérosité.

Le volume du cerveau peut-il augmenter par l'exercice de influence de

.. .. ... » n . . l'exercice des

cet organe , et diminuer par 1 inaction ? Sans doute , le cerveau facultés mteidoit obéir, sous ce rapport, aux lois qui régissent les autres volume du cerorganes ; mais la boîte osseuse dans laquelle il est renfermé doit opposer un grand obstacle à son développement, et on cite des exemples de compression du cerveau et de mort qui ont été produites par l'hypertrophie de ce viscère.

S'il est vrai qu'un organe jouisse d'une puissance d'action d'autant plus grande qu'il est plus développé, il s'en suit que le volume du cerveau , et par conséquent la capacité du crâne, doivent être en rapport assez rigoureux avec le développement des fonctions cérébrales. Mais l'activité des fonctions encéphaliques est le résultat de lant de circonstances autres que le volume et la masse de l'encéphale , que toute appréciation de la capacité intellectuelle exclusivement fondée sur celte donnée, est presque toujours fautive et inexacte (1), et

(1) Bien qu'il soit absurde de vouloir mesurer la force intellectuelle par le volume du cerveau, je dois dire que les individus à vaste mémoire m'ont toujours paru avoir un cerveau volumineux, et le rôle que joue la mémoire dans notre intelligence, est tel, qu'il ne faut pas s'étonner s'ils sont souvent des hommes supérieurs. J'ai connu bien des individus, dont la tête était considérablement développée, et qui n'avaient que de la mémoire, mais point d'esprit, ni aucun des caractères qui constituent l'homme de talent et l'homme de génie.

316 NÉVR0L0GIE.

on peut dire avec Galien , que , sous le rapport des fonctions , la qualité de la substance cérébrale est bien au-dessus de la quantité (1).

Pesanteur La pesanteur spécifique du cerveau est à celle de l'eau , d'a-

spécifique du ,• ■■'-.* , , x

cerveau. près Muschenbroek , :: 1030: 1000. Il serait curieux de re-

chercher si cette pesanteur spécifique varie suivant l'âge , les maladies, et si elle diffère dans les diverses espèces d'animaux. D'après Sœmmerring , la pesanteur spécifique du cerveau du vieillard serait moindre que celle du cerveau de l'adulte. Les recherches de M. Desmoulins ont établi que chez les vieillards au delà de 70 ans , la densité est d'un vingtième à un quinzième moindre que chez l'adulte. Cette densité paraît la même et chez les individus tombés dans le marasme . et chez ceux qui sont pourvus d'un gros embonpoint.

Forme du cerveau.

La forme du cerveau est parfaitement représentée par la cavité du crâne, qui lui sert en quelque sorte de moule : elle est donc variable comme celte cavité qui , dans la première enfance , est susceptible de prendre toutes sortes de formes

Les individus dont le cerveau est à la fois très volumineux et très actif, paraissent avoir une plus grande force de résistance dans les maladies que les individus à cerveau étroit. L'épidémie de choléra-morbus qui a sévi avec une si grande intensité à Paris, en 1832, m'a permis de faire cette observation.

M. Léluti dans un travail remarquable, comme tout ce qui sort de la plume de ce médecin (Du poids du cerveau dans ses rapports avec le développement de l'intelligence, Journ. des Connais, méd. chir., mai 1837), est arrivé à ce résultat : que l'encéphale est, en général, plus pesant chez les hommes intelligents que chez les autres ; que cette proportion est, en général, plus marquée dans les lobes cérébraux que dans le cervelet. Mais M. Lélut est obligé de convenir que ces deux propositions souffrent beaucoup d'exceptions.

(l) Les petites têtes , dit Galien, indiquent une constitution défectueuse du

cerveau ; les grandes têtes n'indiquent rien d'avantageux pour l'intelligence, si

leur volume ne tient qu'à l'abondance de la matière cérébrale ; mais quand

' cette matière est douée d'une énergie et d'une perfection proportionnelles à son

volume, le grand développement du crâne est un signe excellent.

par suite d'une compression extérieure. Ainsi, à cet âge, on Form du

,v cerveau.

peut déprimer le front et refouler en arrière, par une compression continue, les circonvolutions antérieures et supérieures, de manière à faire prédominer la région occipitale. On voit donc combien est erronée l'opinion qui accorde une grande prééminence au développement de telle ou telle région du crâne, comme expression du développement des facultés intellectuelles.

Remplissez de plâtre toute la capacité du crâne , les fosses occipitales inférieures exceptées, et vous aurez très exactement la forme du cerveau que vous avez retiré de la boîte osseuse. Le cerveau a donc, comme le crâne, la forme d'un sadivisonen ovoïde, dont la grosse extrémité serait en arrière , et la petite extrémité en avant. Il est divisé inférieurement en lobes qui remplissent les divers compartiments de la base du crâne. Toute sa surface est creusée de sillons profonds et sinueux qu'on appelle anfractuositës , et qui lui donnent l'aspect des circonvolutions intestinales, d'où le non de circonvolutions qu'on donne aux espèces de replis que limitent les anfractuosités. La surface du cerveau présente à considérer : 1° une région supérieure ou convexe ; 2° une région inférieure ou base.

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