CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
On donne le nom d'artères (1) aux vaisseaux qui naissent des ventricules du cœur et à leurs divisions. II y a deux systèmes d'artères : l'un qui a son origine au n y a deux
systèmes arté-
veniricule droit, 1 autre qui naît du ventricule gauche. Le pre- rieis. mier a pour tronc primitif Y artère pulmonaire, le second V artère aorte.
Ces deux systèmes artériels, qui sont tout à fait distincts chez l'adulte, communiquent entre eux largement, et ne forment qu'un système unique chez le fœtus.
Les généralités dans lesquels je vais entrer s'appliquent plus particulièrement à l'artère aorte et à ses divisions.
Idée générale du système artériel.
Les artères représentent une succession non interrompue de Forme géné-
,,.".. ,, ~ raie du système
canaux décroissants qui naissent tous d un tronc commun. On artériel, peut, sous ce rapport, comparer l'ensemble du système artériel à un arbre , dont le tronc serait l'aorte , dont les branches, les rameaux, les ramuscules, etc., seraient représentés par les divisions qui naissent successivement de l'aorte , c'est à dire de l'origine commune.
Comme, d'une autre part, l'ensemble des divisions artérielles
(1) Artères, de kvj/s, air; Tïj/sstv; garder. La composition de ce mot [ atteste l'erreur dans laquelle étaient tombés les anciens, qui, trouvant ces vaisseaux habituellement vides et béants sur le cadavre, s'étaient imaginé qu'ils contenaient de l'air pendant Un vie»
540 ANGÉIOLOGIE.
l'emporte de beaucoup en capacité sur l'aorte, on peut avec autant de raison envisager le système artériel comme un cône, dont la base serait dans toutes les parties du corps, et le sommet tronqué à l'aorte (I).
L'étude générale des artères présente à considérer leur nomenclature, leur origine, leur trajet, leur direction, leurs rapports , leurs anastomoses, leur terminaison et leur texture.
Nomenclature.
Bases de la La nomenclature des artères laisse peu de chose à désirer, des artère"/ ' sous le rapport de l'exactitude; les dénominations sont déduites, 1° du nom des parties auxquelles se distribuent les artères : exemple, artères thyroïdienne, linguale, pharyngienne, etc. ; 2° de leur situation : exemple , artères fémorale, radiale ; 3° de leur direction : artères circonflexe, coronaire.
La distinction des artères repose tantôt sur des limites naturelles, tantôt sur des limites artificielles.
Limites natu- On peut considérer comme limites naturelles, d'une part, le point d'origine ; d'une autre part, le point de division d'une artère : telles sont les limites de l'artère iliaque primitive et de l'artère carotide primitive.
Limites arti- Les limites artificielles ont pour objet d'établir, dans un même tronc artériel , des sections qui permettent d'en exposer les rapports avec plus d'exactitude. C'est ainsi que nous verrons l'artère du membre supérieur porter successivement les noms de sous-clavière, axiilaire et brachiale.
Origine des artères.
L'origine (2) commune du système artériel est l'aorte qui naît du ventricule gauche de la manière indiquée ( voyez
(1) Haller a réuni toutes les évaluations comparatives qui ont été faites entre les troncs principaux et l'ensemble de leurs divisions respectives. (Elem. phys., t. I,p. d51àl«3. )
(2) Le mot origine ne doit pas être pris ici dans le sens propre et rigoureux; car il n'est nullement démontré que les artères se développent du cœur v^ers les
Cœitr^ (0. Mais les origines des autres artères se font d'après Lois générales
, . , . . , i. • .0 i ^ 1» 1 d'origine des ar-
ceiiaincs lois 1res générales. Ainsi, 1 deux artères d un volume tères. égal ou à peu près égal naissent de l'extrémité d'une artère plus volumineuse, et semblent être le résultat de la bifurcation de celte artère ; les artères qui offrent ce mode d'origine, peuvent être désignées sous le nom ftartères terminales, 2° D'autres artères naissent de l'un des points de la circonférence d'un vaisseau plus volumineux; on peut appeler collatérales les artères qui présentent ce mode d'origine.
Les artères terminales naissent presque toujours de manière Mode d'origine à constituer une bifurcation à angle aigu. La division dicholo- mYnaïes.res ler~ mique ou par bifurcation est la plus fréquente. Quant à l'ouverture de la bifurcation sous un angle aigu, elle est évidemment ' favorable au cours du sang, qui, d'une part, conserve, à peu de chose près , la direction primitive de son impulsion, et qui , d'une au!re part, est facilement divisé dans la colonne qu'il forme , par l'arête ou angle saillant qui occupe l'embranchement des deux divisions.
Les artères collatérales se séparent très souvent à angle Moded'orîgine
des artères col*
aigu, mais quelquefois aussi à angle droit et même à angle latérales, obtus. Les deux dernières dispositions, et surtout la dernière, sont défavorables au cours du sang. Il faut bien remarquer que parmi les artères qui suivent un trajet rétrograde par rapport au tronc qui les fournil, il en est un grand nombre qui naissent néanmoins à angle aigu. Le calibre des artères terminales est assez exactement proportionné au calibre de l'artère qui les fournit, le calibre des artères collatérales n'est nullement proportionné au calibre des troncs qui les fournissent. Nous en verextrémités. Une théorie fort ingénieuse tendrait, au contraire, à établir que le développement se ferait des extrémités vers le cœur.
(1) J'ajouterai que le tissu propre de l'aorte ne touche la zone fibreuse artérielle qu'au niveau de l'angle ou au sommet des trois festons que présente l'origine de l'aorte : on peut dire que la zone artérielle est la tangente des trois festons.
542 AKGÉIOLOGIE,
rons un exemple remarquable dans les spermatiques , comparées à l'aorte don!, elles naissent. Remarquesur II est à remarquer que le calibre d'un tronc principal ne du calibre des diminue pas en proportion des branches qu'il fournil. Com-
îirtèrcs
parez l'aorte au moment où elle pénètre dans l'abdomen, et au moment où elle va se diviser en iliaques primitives.
Variétés anatomiques des artères.
Aucun système d'organe n'est plus sujet aux variétés anatomiques que les artères.
Les variétés Ces variétés portent tantôt sur l'origine seulement, tantôt sur rfgrinenetUsur°ië le trajet, presque jamais sur îa terminaison (1). L'étude de ces lraje " variétés est d'une haute importance en chirurgie, sous le rapport
de la ligature des artères, aussi bien que sous le rapport des opérations qu'on pratique dans leur voisinage.
Trajet des artères.
Direction des Les arlères,principaîes suivent , en général , la direction de l'axe des membres. Les artères secondaires, tertiaires, etc., affectent des directions extrêmement variées, et qui ne sont soumises à aucune loi déterminée.
Les artères Les artères principales sont généralement rectilignes ; mais ?écKnes8.sont elles offrent de légères inflexions. Celles-ci, en donnant à l'artère une longueur plus considérable que celle du membre auquel elles appartiennent, préviennent la déchirure de l'artère flexions dans dans l'état d'alongement des membres, alongementquise borne
certaines atli , „„ , , , ,
tudes. a effacer les courbures des artères, et ne peut, par conséquent,
faire subir à celles-ci un tiraillement nuisible. On peut constater l'utilité des courbures artérielles en examinant compara-
(1) Tandis que l'origine des nerfs exerce une si grande influence sur les fonctions de ces nerfs, le lieu d'origine des art ères paraît sinon sans importance, au moins fort secondaire; et nous ne saurions partager à cet égard l'opinion de Walther, qui considérait l'origine des artères d'un organe comme intimement liée à la manière d'être et aux fonctions de cet organe,
tivement l'état des arlères pendant l'extension ou pendant la flexion des membres thoraciques et abdominaux. Un grand nombre d'artères présentent des flexuosiles très Flexuosités
*\Yl (M'u1 1 les
prononcées, maintenues , suivant la remarque de Haller, par le tissu cellulaire ambiant, et qui sont en rapport avec certaines conditions particulières des organes auxquels se distribuent ces artères. Ainsi, on rencontre des artères très flexueuses : usage des
. „ , , . . , , , ,. i j.i flexuosités arté-
1° dans les parties qui sont soumises a des alternatives de dila- rieiies. tation et de resserrement considérables. Telles sont les flexuosiles des arlères coronaires du cœur, coronaires des lèvres.
2° Les flexuosités, en augmentant la longueur d'une artère dans un espace donné, augmentent l'étendue de la surface sur laquelle peuvent naître des branches collatérales. Les courbures de la maxillaire interne, de l'ophlhalmique, ont évidemment cet avantage; c'est très probablement au même genre d'utilité que se rattache la courbure de l'aorte.
3° Les flexuosités existent encore dans des parties où elles Les flexuosités semblent avoir pour avantage d'atténuer la force et la rapidité péuTosîié ''du du cours du sang; on ne peut méconnaître celte destination coursdusansdans les courbures des anères carotides internes et vertébrales. Bichat, il est vrai, a objecté que dans un système de canaux communicants et toujours pleins, la courbure des canaux n'influait en rien sur la vitesse des liquides. Mais je réponds que ce principe, qui est vrai quand on l'applique à un système de tubes inextensibles , ne s'applique pas de même à un système de canaux dilatables, comme les artères. Dans ce cas, en effet, une partie de la quantité de mouvement s'exerce contre la courbure même et y détermine un certain degré de redressement : d'où une déperdition dans la quantité totale de mouvement.
h° Il est des flexuosités qui sont acquises. Au premier rang Flexuosités
, acquises.
des flexuosités acquises se placent celles qui sont le résultat du progrès de l'âge. Elles proviennent de l'allongement des artères, qui s'établit lui-même par le mécanisme suivant : , A chaque contraction des ventricules , les arlères tendent à s'allonger aussi bien qu'à se dilater. Or, chez les vieillards,
*>hk ANGÉIOLOGIE.
Elles résultent chez ceux surlout dont le cœur est vigoureusement con-
du progrès de . , v ' '
l'âge. stilue, celte tendance a 1 allongement se convertit en un allon-
gement réel et permanent, ainsi qu'on le voit dans l'aorte abdominale, les iliaques primitives, l'humérale, la radiale, qui présentent, chez presque tous les vieillards , des inflexions tout à Lescourbures m*1 étrangères à l'enfant et à l'adulie. C'est à tort qu'on a dit mentenl6! chf- (lu k chaque systole du cœur, il y avait redressement ou tendance cœur!yst°le d" au redressement des courbures. Bien au contraire , les courbures augmentent. Si on observe Tarière temporale pendant la systole veniriculaire, on voit manifestement cette augmentation de courbure. Si on injecte une artère, on voit à chaque coup de piston les arières devenir plus fîexueuses. S'il y avait redressement des arières, ce ne serait pas du côté de La convexité des courbures qu'on observerait constamment les dilatations et les concrétions calcaires.
Remarquons que la dilatation des artères n'est pas moins que leur allongement une cause d'augmenlalion de la flexuosité des artères.
Les flexuosités des arières sont de deux ordres : 1° la flexuosité serpentine ou en zigzag, 2° ia flexuosité en pas de vis. Les premières, sont les plus fréquentes, les secondes s'observent surlout dans les arières ovariques ou tesliculaires, utérines et quelquefois faciales. On peut rattacher aux flexuosités acquises celles qu'on voit survenir dans les arières collatérales après l'oblitération du tronc principal (1).
Anastomoses.
Des diverse- Dans le cours de leur trajet, les artères communiquent entre
siomoses. anai" elles par des branches qui tantôt unissent l'un à l'autre deux
troncs différents, tantôt font communiquer deux parties d'un
(1)11 est des flexuosités par vice de conformation, par déviation, par fracture. Dans un cas de fracture du col du fémur, l'artère fémorale décrivait à l'aine des inflexions tiès prononcées. li en était de même dans un cas de luxation du fémur avec raccourcissemenl considérable. L'aorte devient très flexueuse dans le cas de gibbosité*
même tronc. Ce mode de communication porte le nom d'«nastoinose («v«, «-to^»,). II y a des anastomoses de plusieurs Anastomoses: genres :
Ie L'anastomose par inosculation ou par arcade, dans la- 1° Parinoscuquelle deux vaisseaux qui viennent en sens opposé s'abouchent ' n ' par leur extrémité et forment une arcade.
2° L' anastomose par communication transversale : celle 20 Par commuqui a lieu entre deux troncs parallèles, au moyen d'une branche versaie"; perpendiculaire à leur direction. Exemple : artère communicante antérieure , etc.
3° li anastomose par convergence, qui a lieu entre deux 3° Par converbranches artérielles qui se réunissent à angle aigu pour constituer une artère plus considérable. Exemple : réunion des artères vertébrales, pour constituer le tronc basilaire.
Les anastomoses par inosculation ou par arcade qui consti- Les anastomotuent la voie de communication la plus habituelle, établissent une voie coiiale long des gros troncs artériels une voie collatérale non inter- mentaireS.upp L" rompue, qui peut suppléer le tronc principal. Ce sont d'une part l'existence de ces anastomoses,et d'une autrepartla faculté qu'ont les artères de se développer d'une manière en quelque sorte indéfinie, qui ont inspiré aux chirurgiens l'heureuse audace de tenter la ligature des troncs artériels les plus volumineux.
Les anastomoses par inosculation ont quelquefois pour usage Autre utilité de régulariser la distribution du sang, et de répartir ,1'origine s|ss. anaslomodes artères sur une étendue plus considérable. Ainsi, à l'aide de quelques arcades successives, on voit l'artère mésentérique supérieure fournir à toute la longueur de l'intestin grêle des rameaux qui s'y portent perpendiculairement.
Formes et rapports.
Les artères représentent des cylindres réguliers lorsqu'elles Forme des n'émettent aucune branche, et des cônes, ou mieux, une suc- areres* cession de cylindres décroissants, lorsqu'elles s'épuisent graduellement par l'émission d'un certain nombre de rameaux. Cette forme cylindrique, jointe à la laxité du tissu cellulaire am- 2. 35
546 ANGÉIOLOGIE.
conséquences biant, leur permet d'échapper à une foule de lésions. Ainsi, les
de la (orme cy- ' l '
lindrique des artères numérale, fémorale, glissent sur la tête de l'humer us
arlères.
et du fémur quand ces os se déplacent : ainsi, les artères carotides échappent quelquefois, contre toute probabilité , à l'instrument tranchant dirigé sur la région du cou.
Rapports des Les artères ont des rapports : 1° avec les os, qui leur servent de support, et qu'elles avoisinent plus ou moins immédiate-
i°Aveciesos, ment y0yez l'aorte appliquée sur la colonne vertébrale ; voyez encore les artères des membres qui, à leur sortie du tronc, s'appuient sur les os correspondants, y impriment en quelque sorte leur passage par une dépression, et peuvent y être comprimés facilement. (Voyez Ostéologie.)
Et avec les Les rapports des arlères avec les articulations sont la source
articulations;
d'inductions pratiques importantes. Les arlères occupent toujours le sens de la flexion ; et comme dans un membre, le sens dans lequel les grandes articulations se fléchissent est alternativement en avant et en arrière, les arlères se dévient pour aller chercher en quelque sorte le sens de la flexion. Voyez l'artère fémorale devenir poplitée ; voyez encore la brachiale, placée d'abord dans le creux de l'aisselle, se dévier en avant pour gagner le pîi du bras. En vertu de cette disposition , les arlères sont protégées par la situation habituelle et en quelque sorte instinctive de nos membres.
D'une autre part, la situation des artères au voisinage des articulations, îe défaui de flexuosilés des arlères à leur niveau, expliquent la déchirure des vaisseaux par l'effet d'une luxaïion, et souvent aussi parles efforts immodérés de réduction.
*■ 2° Avec las 2° slvec les muscles. Les muscles sont les organes essentiel-
muscles *
lement protecteurs des arlères, qu'ils séparent de la peau. Il existe au centre de nos membres de grands espaces celluleux, destinés aux artères principales j et au milieu desquels ces vaisseaux trouvent un abri contre les lésions extérieures.
I! existe, en outre, pour la plupart des artères un muscle qui leur est plus particulièrement destiné et qu'on pourrait appeler
leur muscle satellite. Ainsi, le couturier est le muscle satellite de l'artère fémorale ; le sterno-cléido-mastoïdien , celui de la carotide primitive; le biceps humerai , celui de l'artère huméraie, etc.
3° Avecla peau. Il est des artères qui sont sous-cutanées, 3° Avec la 'ou mieux sous aponévrotiques dans une certaine partie.de leur u ' étendue, et cela presque toujours à leur sortie du tronc pour les artères volumineuses : exemple , artère fémorale. Les artères du cuir chevelu sont intermédiaires à la peau et à l'aponévrose épicranienue dans toute leur étendue. On conçoit l'importance de ces rapports pour diriger dans l'emploi des moyens compressifs.
4° Avec les veines. Les artères sont toujours en rapport avec 4° Avec les
veines ■
des veines qui leur sont accolées. Lorsqu'il existe deux veines ' satellites pour une artère, l'artère est toujours intermédiaire aux deux veines.
5° Les nerfs. Les artères servent de support aux plexus ner- 5° Avec les veux des organes de la vie nutritive. On peut même considérer ner s' ces plexus nerveux comme une tunique accessoire de cet ordre de vaisseaux. D'autres nerfs, sans être aussi immédiatement liés aux artères, ont avec les vaisseaux un rapport constant, qu'il importe de connaître , soit pour les éviter, soit pour diriger l'opérateur dans la ligature des vaisseaux. On pourrait admettre pour chaque artère un nerf satellite, avec cette circonstance que les artères changent de nerf satellite toutes les fois qu'elles changent de direction. Ainsi le nerf crural est satellite de l'artère fémorale et le nerf sciatique est le satellite de l'artère poplité.
6° Avec les gaines aponévrotiques. Les artères principales #6° Avec les des membres sont pourvues d'une gaîne fibreuse, qui leur ap- YroUques!pone~ partient en commun avec les veines, et souvent avec les nerfs satellites. Lorsqu'une artère traverse un muscle, elle est protégée dans son passage par une gaîne ou par une arcade aponévrotique, qui prévient, ou du moins qui modère les effets de la compression pendant la conl> action de ce muscle.
548 ANGÉIOLOGIE.
Gaîne ceiiu- 7° Enfin, les artères sont entourées d'une gaine celluleuse ,
leuse des artè- .... ,.. . .
es. lâche, qui permet et leur dilatation et leur locomotion. La
laxilé de ce tissu cellulaire, tout en favorisant le déplacement des artères sous l'action des instruments vulnérants, permet d'isoler ces vaisseaux à l'aide d'instruments mousses et inoffensifs. Comme c'est à travers celte gaîne celluleuse qu'arrivent aux parois artérielles les vaisseaux nourriciers, on conçoit l'inconvénient d'un isolement trop étendu du vaisseau dans la ligature des artères (1).
Terminaison des artères.
Lenombredes Les divisions des arières ne sont pas aussi multipliées qu'on riefle^esMrès pourrait le croire au premier abord. Le nombre des divisions limité. successives, à partir de l'aorte, ne s'élève pas au-delà de vingt.
La terminaison des artères a lieu dans l'épaisseur des organes. Le nombre des arières qui se distribuent dans chaque organe est en rapport avec l'activité de ses fonctions; les organes qui sont chargés d'une sécrétion, sont bien plus riches en vaisseaux artériels queîes organes qui sont bornés aux fonctions nu- Terminaison trilives. Quant à la terminaison proprement dite des artères, Sœmmering, Prochaska et autres ont observé qu'elle diffère dans les divers organes. Renvoyant pour cet objet à l'anatomie de texture proprement dite, je me contenterai de dire ici : Ie que les artères aboutissent au système capillaire, où elle se continuent avec les veines, ainsi que le prouvent les Les artères injections même les plus grossières ; 2° que les artères p'ourrune faible n'entrent que dans une très faible proportion dans la comm^ion^sys- position du système capillaire, lequel est essentiellement veilème capillaire. neux . Qn pgul s>en assurer en injectant les artères d'un organe, après avoir préalablement injecté par les veines le système capillaire veineux de cet organe; on voit alors que les artères n'entrent que pour une très faible part dans la for-
(1) J'ai vu une hémorrhagie consécutive et la mort suivre la ligature de la carotide primitive, préalablement dénudée dans une trop grande étendue.
mation du système capillaire, et qu'elles cessent immédiatement après avoir communiqué avec le système capillaire :que si on objectait que, par cette préparation, le liquide injecté a pu refluer du système capillaire veineux dans le système capillaire artériel, je répondrais que l'impossibilité de ce reflux est un des faits les mieux démontrés en anatomie.
Texture des artères.
Trois tuniques superposées constituent les parois des artères, savoir: une externe, une moyenne et une interne (1).
1° Tunique externe ou dartoïde. Généralement nommée Tunique externe ou dartunique celluleuse, se continuant en quelque sorte avec le toïde.
tissu cellulaire ambiant, et que Scarpa considère, mais à tort, comme ne faisant point partie intégrante des artères.
Elle est constituée par un tissu filamenteux , aréolaire , comme feutré, qui ne s'infiltre jamais ni de graisse, ni de sérosité, et qui m'a paru présenter tous les caractères du tissu dartoïde. C'est à cette tunique que je crois devoir rapporter tous les phénomènes de contractilité (2) arlérh lie qu'on a attribués à la tunique moyenne. Elle seule résiste à la constriction des ligatures, qui divisent plus ou moins complètement les autres tuniques.
2° Tunique propre ou tunique moyenne. C'est à elle sur- Tunique pro- . . , , , . . pre ou moyenne
tout que les artères doivent leurs propriétés caractéristiques. Elle est composée de fibres circulaires, qui s'entrecroisent, à
(i) Tous les vaisseaux, tous les conduits de l'économie ont une structure stratifiée.
(2) Tous les expérimentateurs ont observé que chez un animal qui meurt d'hémorrhagie, les artères, pendant les derniers moments de la vie, perdent une partie notable de leur calibre, qu'elles recouvrent immédiatement après la mort. Ce phénomène, qui paraît d'abord en opposition avec l'absence de contractilité proprement dite de la tunique moyenne peut très bien s'expliquer par la contractilité tonique du tissu dartoïde. La présence de ce tissu peut encore rendre compte de la petitesse ou de la contraction du pouls en opposition avec son ampleur, double caractère qu'on rencontre quelquefois chez le n:ême individu et dans les mêmes maladies, dans deux instants différents.
550 ANGÉIOLOGIE.
angles très aigus, mais qui ne présentent pas la disposition Sa couleur spiroïde admise par quelques auteurs. Sa couleur jaune et son Sou élasticité; élasticité lui ont fait donner les noms de tunique jaune, tunique élastique. Elle est extensible dans le sens de sa longueur et dans le sens de son diamètre ; elle est fragile, se déchire avec la plus grande facilité par les tractions exercées suivant sa longueur, et se coupe sous la ligature. Son épaisseur est proportionnellement moins considérable dans les grosses que dans les petites artères. Cette tunique est de même nature que le tissu des ligaments jaunes : elle n'est point musculeuse par consé- Elie appartient quent ; elle appartient à cette modification du tissu fibreux
au tissu fibreux ? ,, ^t . n !->? ...
jauneoueiasti- qu on appelle tissu fibreux jaune ou élastique. D ailleurs, que' la chimie n'y démontre pas de fibrine ; les irritants immé-
diats n'y développent pas de contractilité ; et quant aux prétendus phénomènes d'irritabilité indiqués par Haller, ils s'expliquent parfaitement par l'élasticité. Il est à remarquer que la tunique moyenne peut être séparée en plusieurs sa disposition couches ou stratifications distinctes, sans être pour cela indépendantes; que tandis que les couches les plus externes .présentent une disposition linéaire fibreuse des plus prononcés, les couches les plus internes offrent une disposition lamelieuse non moins évidente, si bien que les auteurs ont considéré comme une dépendance de la tunique interne, la couche de tissu jaune qui avoisine la membrane interne proprement dite.
Tunique in- 3° Tunique interne. C'est une pellicule transparente, d'une
toruOo
excessive ténuité, qu il faut bien distinguer de la couche subjacente, qu'on enlève presque toujours avec la membrane propre, et que les auteurs ont généralement considérée comme appartenant à la membrane interne. Elle est d'une couleur légèrement rosée, et lubrifiée par de la sérosité. Celle membrane paraît de nature séreuse : elle en offre les principaux caractères, la ténuité, la non vascularilé et la structure entièrement lymphatique. On peut même dire que, comme les membranes séreuses, elle est exclusivement formée par un réseau lymphatique : celle membrane interne des artères, qu'on a pu consi-
dérer comme une espèce de glu inorganique, est-elle extensible, est-elle élastique? je ne le pense pas; on voit, au contraire, qu'elle présente dans les artères non distendues des espèces de plis qui s'effacent par la distension.
Faisseaux et nerfs. Les vaisseaux artériels et veineux qui se distribuent dans l'épaisseur des parois artérielles, portent le nom de vasa vasorum. Vasavasorum.
Les artères reçoivent-elles des nerfs , ou bien les plexus Nerrs, nerveux qui les accompagnent, vont-ils se distribuer intégralement à l'organe auquel se porte le vaisseau? Il m'a paru que plusieurs filets du grand sympathique se perdaient dans l'épaisseur de l'artère aorte , et il est probable que la même disposition existe à l'égard des artères moins considérables.
Les vasa vasorum artériels naissent-ils de l'artère ellemême à laquelle ils appartiennent ou»des artères voisines? il m'a paru que le plus grand nombre naissait de l'artère elle-même.
Les vasavasorum veineux des parois artérielles vont se rendre dans les veines les plus voisines.
Préparation des artères.
Préparer une artère , c'est l'isoler des parties voisines , en Préparation
^ .. v . . '. \- i des arlères.
conservant ses rapports. On pourrait a la rigueur étudier le plus grand nombre des artères sans autre préparation qu'une dissection attentive, mais pour disséquer les divisions artérielles un peu fines, il est besoin du secours des injections.
La matière de l'injection que je crois la plus convenable est composée ainsi qu'il suit :
1° Suif 9 parties.
2° Térébenthine. . , 1 partie.
3° Noir d'ivoire délayé avec de l'essence
de térébenthine. » 2 parties.
Pour les injections à conserver :
Cire 1 partie.
Suif 3 parties.
Vermillon , indigo , ou bleu de Prusse. . quant, suffis, préalablement délayé dans l'essence de térébenthine.
analogique.
Injections générales.
552 ANGÉIOLOGIE.
Il convient de faire précéder l'injection générale par une injection de térébenthine ou de vernis à l'alcool , coloré avec les matières ci-dessus.
s» i Pour faire une injection très pénétrante , on peut employer la gélatine , qu'on a soin de colorer, soit avec du noir de fumée, soit avec du vermillon ; mais ce mode d'injection n'est nullement propre à la conservation des pièces.
Pour une injection générale placer le tube dans l'aorte , scier le sternum à sa partie moyenne dans toute sa longueur ; en tenir les deux fragments à dislance , au moyen d'une petite pièce de bois en chevalet ; ouvrir le péricarde ; prendre garde de confondre l'artère pulmonaire avec l'aorte ; soulever l'aorte à l'aide d'une ligature ; inciser la paroi antérieure ; introduire le tube.
Les injections générales peuvent encore être faites en plaçant le tube dans une grosse artère, l'artère carotide primitive, par exemple ; ce mode d'injection a l'avantage de permettre l'injection du cœur et des artères cardiaques , et d'éviter la mutilation de la crosse de l'arote.
Les injections partielles pratiquées sur un sujet entier , sont préférables aux injections générales, surtout lorsqu'on emploie des matières facilement solidifiables, le suif par exemple. Il est bien entendu qu'une condition indispensable pour le succès de ces injections partielles , c'est l'isolement préalable du système artériel qu'on veut préparer. Cet isolement s'opère par des ligatures immédiatement appliquées sur les grosses artères qui ont des communications avec les artères qu'on se propose d'injecter.
Injections partielles.