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REGION CERVICALE ANTERIEURE SUPERFICIELLE

Nous décrirons dans celle région le peaucier et le slernocléido-masioïdien.

Peaucier.

Préparation. 1° Tendre le muscle en renversant la tête en arrière, un billot étant placé sous les épaules du sujet; 2° faire à la peau une première incision horizontale dirigée de l'angle de la mâchoire à la symphyse du menton ; une deuxième incision de la symphyse à l'extrémité interne de la clavicule ; une troisième incision le long delà clavicule. Ces incisions doivent être très superficielles et diviser à peine toute l'épaisseur de la peau. On disséquera ce muscle avec beaucoup de précaution, en ayant soin de commencer par sa partie supérieure, de diriger le scalpel en dédolant vers la peau, et de suivre exactement la direction des fibres charnues qui sont un peu obliques de haut en bas et de dedans en dehors.

Le peaucier, ainsi nommé par Winslow, latissimus colli situation. d'Albinus et de Sœmmering, est un muscle large, excessivement mince, irrégulièrement quadrilatère, qui double la peau de la région antérieure du cou, à laquelle il est uni à la manière du peaucier chez les animaux.

Le peaucier s'étend, de la peau qui couvre la partie antérieure et supérieure du thorax , jusque sur la partie latérale delà face (jhoraco facial, Chauss. , thoraco-maxillo- facial, Dumas), et plus particulièrement à la lèvre inférieure, à laquelle il est destiné.

Le peaucier est essentiellement un muscle de la face au Le peaucier même titre que le muscle frontal. Parfaitement connu dans sa menfun'muscië portion cervicale, il l'est incomplètement dans sa portion fa- deIafaceciale. Je ferai remarquer qu'il n'est pas rare de rencontrer des sujets chez lesquels les deux muscles peauciers sont inégaux en force.

A partir de l'insertion inférieure qui se prolonge presque insertion, toujours jusqu'à l'épaule, et se perd dans le tissu cellulaire sous-cutané, les fibres charnues, d'abord disséminées, se diri-

Figure.

Étendue.

Direction, gent obliquement de bas en haut, et de dehors en dedans ; elles se réunissent en faisceaux musculeux pâles qui se rapprochent les uns des autres, de manière à constituer un plan charnu continu, quelquefois fortifiés par d'autres petits faisceaux qui viennent s'ajouter au bord postérieur du muscle, et se terminent supérieurement de la manière suivante :

insertions à 1° Les faisceaux les plus internes s'entrecroisent ordinaire-

l'éminencemen- , .. , ■,. . ,. , . „ ,

tonniere. ment sur la ligne médiane, et vont s insérer a 1 emmence mentonnière de chaque côte de la symphyse, au dessous de la houppe du menton (1).

Fibres qui 2° Le plus grand nombre des faisceaux du peaucier traverse

s'entrecroisent

avec le muscle les insertions maxillaires du muscle triangulaire, insertions

triangulaire. -

qui ont lieu par de très petites digitations dans 1 intervalle desquelles s'insinuent les faisceaux du muscle peaucier qui les croisent à angle droit; après quoi les fibres du peaucier, réunies sur un plan plus profond que le muscle triangulaire, continuent leur trajet oblique. Les unes vont sur la ligne médiane constituer en partie la houppe du menton, les autres s'entrecroisent en formant plusieurs étages avec les fibres de l'orbiculaire qui appartiennent à la lèvre inférieure : toutes vont s'insérer à la peau.

Fibres qui S* Quelques faisceaux externes, très variables pour le nommissurela C°m ^re, viennenl se perdre, scit à la peau, soit à la commissure. Ces faisceaux sont l'élément du risorius novus de Santoiini, faisceau remarquable, accessoire du peaucier, qu'on ne rencontre que chez quelques sujets, et qui est obliquement dirigé de haut en bas de la région parolidienne à l'angle des lèvres (2).

(1) Ces faisceaux entrecroisés, qui font suite aux faisceaux de la houppe du menton, sont parfaitement représentés fi g. 2, pi. I, 11e livraison de YAnatomie du système nerveux de l'homme. La pi. II, qui représente la lèvre inférieure vue par sa face postérieure, donne l'idée la plus exacte de la manière dont le peaucier se comporte à l'égard de cette lèvre inférieure.

(2) Je pense que c'est au risorius ou aux fibres parolidiennes du peaucier qu'il faut rapporter ia portion dite auriculaire du peaucier, qui a été décrite par

PEAUCIER. 165

Chez un grand nombre Je sujets, j'ai vu le faisceau le plus variétés am-

., , , , . , • , . , ,, lomiqucs.

clev.e au peaucier s ajouter au muscle triangulaire des lèvres, dont il constituait le bord externe, et, parvenu à la commissure , se continuer avec le grand zygomatique. Chez un sujet, le bord supérieur du peaucier était constitue par un faisceau musculaire assez épais, aponévrotique à sa partie moyenne, qui se portait horizontalement de dehors eu dedans pour se jeter dans la commissure des lèvres. Il suit de là qu'à l'exception de l'une des variétés anatomiques que je viens de mentionner , le muscle triangulaire des lèvres ne reçoit aucune fibre du peaucier. Je dois ajouter qu'après leur entrecroisement avec le muscle triangulaire, les fibres du peaucier se décolorent pour revêtir le caractère des fibres musculaires qui s'insèrent à la peau.

Jiappor/s. Les peauciers occupent donc toute la région an- Rapports, térieure du cou, à l'exception de la ligne médiane, où ils laissent entre eux un intervalle triangulaire, à base inférieure, dans lequel ils sont remplacés par un tissu fibreux très dense, espèce de raphé qu'on retrouve sur la ligne médiane de tout lo corps : c'est la ligne blanche du cou ,de laquelle partent les du^ouf b!anclie divers feuillets qui constituent l'aponévrose cervicale.

Ce muscle est intimement uni à la peau , mais son adhérence son adhérence

avec la peau.

n'est pas la même dans tous les points ; intime en bas, elle l'est beaucoup moins en haut, où le tissu cellulaire qui sépare ce muscle de la peau est constamment adipeux et peut même se pénétrer d'une grande quantité de graisse, comme on le voit chez les individus qui ont un double menton (1). On ne trouve jamais de ganglions lymphatiques entre le peaucier et la peau : tous sont situés au dessous de ce muscle. Les rapports de la face profonde du peaucier sont cxlrême-

Riolan sous le nom de portio tnnsculi culanei Sttprà parotidem ad aurcm ascendeniis.

(1) C'est toujours entre la peau et le peaucier que j'ai vu se développer les loupes graisseuses si fréquentes à la région sous maxillaire.

Rnpponsdeia ment multipliés. Ce muscle recouvre les régions sus-hyoï-

fa je profonde. ,. , ...... , ,

dierme, sous-hyoïdienne et sus-claviculaire; il est sépare de toutes les parties qu'il recouvre par l'aponévrose cervicale à laquelle il est uni par un tissu cellulaire lâche, presque jamais graisseux.

Si nous entrons dans le détail de ces rapports, nous verrons ciavtcùfairef °n <ïue Ie peaucier revêt de bas en haut 1° la clavicule, le grand

Au cou.- pectoral, le deltoïde ; 2° au cou, la veine jugulaire externe, les jugulaires antérieures quand elles existent, le plexus cervical superficiel, le slerno-mastoïdien, l'omoplat-hyoïdien, le sterno ou cléido- hyoïdien, le digastrique, le mylo-hyoïdien, la glande maxillaire, et les ganglions lymphatiques de la base de la mâchoire. Il recouvre également, au devant du sterno-mastoïdien, l'artère carotide primitive, la veine jugulaire interne, le nerf pneumo-gastrique ; derrière le sterno-mastoïdien, les muscles scalènes, les nerfs du plexus brachial, quelques nerfs infé-

a ta face. rieurs du plexus cervical ; 3° à la face, l'artère maxillaire externe, le masseter, le buccinateur, la glande parotide, etc.

Action. Action. Vestige le plus remarquable du pannicule charnu

des animaux, le peaucier imprime de légers mouvements de plissement à la peau du cou. Son bord antérieur étant la partie la plus épaisse du muscle, surtout à son insertion près de la symphyse du menton , fait saillie pendant la contraction de ce muscle : le peaucier est un des abaisseurs de la mâchoire inférieure ; il abaisse en outre la lèvre inférieure , et un peu la commissure. Il exprime donc les passions tristes ; mais, par sa portion accessoire, il devient un antagoniste de la portion priocipale, car il relève l'angle des lèvres qu'il porte un peu en dehors, et conséquemment il exprime les passions gaies, d'où le nom de risorius donné par Santorini à cette portion accessoire.

Sterno-cléido-mastoïdien.

Préparation. Divisez la peau et le peaucier qui la double, à partir de l'apophyse mastoïde jusqu'à la fourchette du sternum, suivant une direction oblique de haut en bas et d'arrière en avant ; renversez

STERNO-CLÉIDO-MASTOÏDIRN. 167

les deux lambeaux, l'un en avant, Pautfe en arrière,, en ayant soin de comprendre dans l'incision une aponévrose assez forte qui recouvre le muscle. Pour bien voir les insertions supérieures, faites une incision horizontale le long de la ligne courba demi-circulaire supérieure de l'occipital.

~Lesterno-cfeïdo-mastoïdien (mastoïdien antérieur, Wins- situation. low) occupe la région antérieure et latérale du cou ; il est épais, bifide intérieurement, plus étroit à sa partie moyenne qu'à ses extrémités. Il s'insère, d'une part (insertions fixes), au moyen de deux faisceaux bien distincts, 1° à la partie interne de la clavicule, 2° à la partie supérieure et antérieure de la première pièce du sternum. D'autre part(insertions mobiles), à l'apophyse mastoïde et à la ligne courbe occipitale supérieure. (Musculus à pectoris osse et claviculâ in caput insertus , Vésale. )

L'insertion sternaîe se fait par un tendon aplati qui se pro- insertions

sternales.

longe en s'épanouissant au devant des fibres charnues. Il n'est pas rare de voir les tendons sternaux des deux muscles sternomastoïdiens, ordinairement espacés, s'entrecroiser en totalité ou en partie sur la ligne médiane, en envoyant un petit prolongement fibreux médian au devant des insertions sternales des muscles grands pectoraux. Cette disposition peut aisément se reconnaître sur le vivant.

L'insertion claviculaire se fait par des fibres aponévrolîques insertion cia-

viculcùrc

très courtes et parallèles, à la pariie interne du bord antérieur et de la face supérieure de la clavicule, dans une étendue très variable ; circonstance importante en anatomie chirurgicale (i). Souvent un intervalle celluleux considérable sépare l'insertion „ , intervalle

r celluleux qui

sternale de l'insertion claviculaire ; d'autres fois cet intervalle .f.éParf la ,p°5-

' tion sterna'e rie

est presque nul , et alors on voit la portion claviculaire du mus- la. portion cia-

1 ^ ' r viculaire.

cle prendre des insertions au devant de l'articulation sternoclaviculaire ; mais, dans tous les cas, la séparation des deux

(1) J'ai vu la portion claviculaire du sterno-cléido-mastoïdien s'insérer à la moitié interne de la clavicule.

168 MYOLOGIE.

Distinction des portions est facile. Les fibres charnues, nées de celle double

deux faisceaux . . . , „ . . ; .

dans une panie origine, consiilueiii deux gros laisceaux qui restent distincts

de la longueur. , , , , ' ...

dans une partie de leur longueur : aussi plusieurs analomisies, et Albinus en particulier, ont-ils divisé le slerno-cléïdo-mastoïdien en deux muscles distincts, qn'ils ont décrits séparément, savoir, le slerno-mastoïdien et le cléido-mastoïdien , Direction des division que l'analomie comparée a sanctionnée. La portion

deux portions. , ,

slernale du muscle, en gênerai, plus considérable que la portion claviculaire, est conoïde et se porte de bas en haut et de dedans en dehors; la portion claviculaire aplatie se porte presque verticalement en haut , et se place derrière la précédente, qui la recouvre entièrement au niveau de la partie moyenne du col. Ces deux portions restent encore distinctes quelque temps, bien qu'accolées: elles finissent par se con-

Insertion à M H . ,. , ' , . v , "

i apophyse mas- fondre , et viennent s'insérer au bord antérieur et a la moitié

toïdeetàlaligne , . , , „ ,•,»', .. , . .

combe occipi- antérieure de la iace externe de 1 apophyse niasloide , ainsi

laie supérieure. , . . , ... ...

qu aux deux tiers externes de la ligne occipitale supérieure : celles de ses fibres qui s'insèrent à l'apophyse mastoïde s'entrecroisent en sautoir avec celles du splénius que nous avons vues s'insérer à la moitié postérieure de cette même apophyse. L'insertion occipitale se fait par une aponévrose mince ; l'insertion mastoïdienne par un tendon très fort qui règne quelque temps xe du muscle, le long du bord antérieur du muscle. La direction ou l'axe du slerno-cléido- mastoïdien est oblique de bas en haut , d'ayant en arrière et de dedans en dehors.

Rapport de la Connexions. Ce muscle a des rapports importants. Sa face

cieTie. suPerU superficielle ou externe est recouverte par la peau et par le

peaucier, dont le séparent la veine jugulaire externe, et les

branches nerveuses qui forment ce qu'on appelle improprement

De la face plexus cervical superficiel. — Sa face profonde ou interne re-

protbnde. couvre , 1° l'articulation slerno-claviculaire ; 2° tous les muscles de la région sous-hyoïdienne, et en outre le splénius, l'angulaire, le digastrique et les scalènes; 3° le nerf accessoire de Willis, qui le traverse au-dessous de son tiers supérieur, le nerf pneumo-gaslrique , le grand-sympathique , l'anse nerveuse

STERNO-CLÉ1D0-MASTOÏ0IEN. 109

tic l'hypoglosse , les nerfs cervicaux ; U° la veine jugulaire interne; 5° Tarière carotide primitive, donielle recouvre seulement la partie inférieure. Soa bord antérieur fait sous la peau Rapports de

.... , . t . '.ii 1 ~on bord ante-

nne saillie très importante a étudier, puisque cesl !e long de rieur.

ce bord que doit être pratiquée Fineision pour la iigamre de la earotide primitive, el pour l'œsophagotomie. La glande parotide appuie supérieurement sur ce bord , qui est séparé de celui du côté opposé par un intervalle triangulaire, dont le sommet est en bas et la base en haut. — Son bord postérieur con- Rappor(s de stilue le bord antérieur du triangle latéral du cou , dont le bord rieur.°rd poSl " externe du trapèze constitue le bord postérieur, et la clavicule le bord inférieur.

Action. Lorsque le sterno-cléido-mastoïdien agit d'un seul usages. côté, la tête est fléchie, inclinée latéralement du côté du muscle qui se contracte , et subit un mouvement de rotation en vertu duquel la face est tournée du côté opposé. Le sternocléido-mastoïdien est donc à la fois fléchisseur et rotateur de Fiechisseuret la tête. [?;cfur de ,a

Quand les deux muscles agissent simultanément , ils fléchissent directement la tête sur le col et le col sur le thorax. Leur action n'est jamais plus manifeste que dans l'effort qu'on fait pour relever la tête , quand on est couché horizontalement sur le dos. Cependant il est une position dans laquelle le sterno- devenir

cléido -mastoïdien devient extenseur de la tête : c'est celle dans extenseur de la

tûte.,

laquelle la têie est fortement renversée en arrière. Cet effet est dû à la disposition de l'insertion supérieure , qui a lieu un peu en arrière du point d'appui du levier représenté par la tête. Mais cette disposition ne me paraît pas suffire pour motiver l'opinion exclusive que j'ai entendu soutenir par un candidat dans sa dissertation inaugurale , savoir que le sterno-cléidomastoïdien était purement et simplement un muscle extenseur de la tête.

C'est dans le jeu du sterno-cléido-mastoïdien qu'on a surtout l'occasion de signaler la synergie ou la simultanéité d'action de plusieurs muscles pour l'action efficace d'un seul. Ainsi , pour

170 MYOLOGIE.

Exemple de cîlie *e sterno—cléido-masloïdien agisse sur la tête avec la plus wfire1puîsé'Udans Srande efficacité-, il devient nécessaire que le sternum , qui no-œastoMieru" est ' ^ans ce cas ' ^e P°'nt flxe i s°l1 > dans la plus grande immobilité possible : or , ce résultat ne peut être obtenu sans la contraction des muscles grands-droits de l'abdomen. Ces derniers , à leur tour , ne peuvent remplir cet usage qu'autant qu'ils trouvent sur le bassin un point fixe; et le bassin luimême ne saurait être fixé sans la contraction des muscles fessiers, demi-tendineux, demi-membraneux et biceps fémoral j enfin ces derniers muscles doivent trouver à la jambe une fixité qu'elle doit à l'action de ses muscles extenseurs.

Celte simultanéité remarquable de contractions , que nécessite l'action d'un seul muscle, a été développée par Winslow avec une rare sagacité. Elle a en physiologie , et même en pathologie , des conséquences très importantes.

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