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C. — ■ Liquide sous-arachnoïdien

Il existe autour de la moelle épinière et de l'encéphale une quantité de situation liquide assez considérable pour remplir l'intervalle qui sépare ces organes de „JJ j-^d^. la dure-mère, et ce liquide occupe le tissu cellulaire sous-arachnoïdien. noïdien.

Deux faits sont donc à constater relativement à ce liquide : 1° son existence ; 2° sa situation.

Le fait de l'existence du liquide sous-arachnoïdien, indiqué par Haller (1) et démontré de la manière la plus explicite par Cotugno (2), était tombé dans Fouce faut y introduire un stylet cannelé, l'engager sous les veines de Galien, le pousser dou- « cernent : il pénètre sans peine dans le ventricule. On enlève ensuite le corps calleux « et la voûte à trois piliers, de manière à laisser en place la toile choroïdienne ; on in- « cise sur le stylet, et on voit que la membrane, lisse et polie dans tout son trajet, n'a « point été déchirée pour le laisser pénétrer. Quelquefois on éprouve de la résistance ; on « ne peut même le faire parvenir : cela tient à ce que les veines qui viennent se dégager « dans celles de Galien s' entre- croisent en tous sens dans le canal, le rendent pour ai?isi « dire aréolairn et arrêtent l'instrument. Il faut alors le retirer, et, pour démontrer la « communication, verser du mercure dans le trou extérieur, qui, par la position incli- « née de la tête, parvient tout de suite dans le ventricule moyen. En soufflant aussi de « l'air, il parvient dans ce ventricule, et de là dans les latéraux, par les ouvertures si- « tuées derrière l'origine de la voûte à trois piliers. Si l'on enlève celle-ci, et qu'on mette « par là à nu la toile choroïdienne, elle se soulève chaque fois qu'on pousse de l'air.

« L'orifice interne du conduit de communication se trouve à la partie inférieure de la « toile choroïdienne : pour le voir, il faut renverser celle-ci en arrière, ou avec la voûte « à trois piliers qu'elle tapisse, ou après l'en avoir isolée. La glande pinéale, qui tient « à cette toile, se renverse aussi : alors, au-dessous et au devant de cette glande, on voit « une rangée de granulations centrales, représentant un triangle dont la pointe est en « avant. C'est à la base de ce triangle qu'est l'orifice interne du conduit de l'arachnoïde. »

Or, si l'on répète la préparation indiquée par Biehat, il est aisé de voir qu'il existe en arrière, au-dessous du corps calleux, une ouverture circulaire ou ovalaire, laquelle conduit dans une espèce de cul-de-sac plus ou moins profond, formé par l'arachnoïde qui se réfléchit autour des veines de Galien ; que le fond de ce cul-de-sac peut être facilement déchiré par un stylet mousse et qu'alors on arrive sous la toile choroïdienne, ainsi que l'a indiqué Biehat, mais à travers un canal artificiel. D'ailleurs, si vous introduisez un liquide coloré dans les ventricules, vous ne pouvez jamais le faire passer par le prétendu canal de Biehat ; d'une autre part, si vous poussez un liquide dans l'orifice de ce canal, jamais vous ne le voyez pénétrer dans le troisième ventricule : le mercure n'y pénètre que par déchirure; il en est de même de l'air. L'analogie, qui a si souvent inspiré à Biehat de grandes et belles découvertes, l'a donc égaré sur ce point.

(1) Elementa physiologie, t. IV, p. 87.

(2) De isc/tiade nervosd commentarium.

NEVRCLOGIE.

Preuves de l'existence ilu liquide sous-arachnoïdien.

Le liquide

n'occupe

pas la cavité

de l'arachnoïde.

bli et regardé par les uns comme un phénomène cadavérique, par les autres comme un phénomène pathologique. En attirant de nouveau l'attention sur cette question, Magendie démontra de la manière la plus positive l'existence du liquide sous-arachnoïdien sur les animaux vivants et son siège véritable; et c'est ainsi qu'il attacha son nom à cette intéressante découverte (1).

Pour constater l'existence du liquide sous-arachnoïdien [liquide céphalo-rachidien, Magendie), il suffit d'ouvrir la région lombaire du canal rachidien sur un certain nombre de sujets et d'inciser la dure-mère : on voit alors s'écouler une quantité plus ou moins considérable d'un liquide limpide. Cotugno, qui fît cette expérience sur vingt sujets, recueillit de 120 à 150 grammes de liquide sous-arachnoïdien sur chacun d'eux. Magendie évalue la quantité normale de ce liquide, chez un adulte, à 62 grammes ; il put en recueillir 372 grammes dans certains cas d'atrophie cérébrale (2).

Les difficultés qu'on éprouve à éviter d'ouvrir le feuillet viscéral arachnoïdien expliquent pourquoi on avait cru pendant longtemps que le liquide spinal était contenu dans la cavité de l'arachnoïde, bien que la plupart des observateurs eussent noté que, dans le crâne, la sérosité occupait le tissu cellulaire sous-arachnoïdien.

Il suit de là qu'indépendamment de la sérosité qui peut être exhalée à la face libre ou dans la cavité de l'arachnoïde, il existe normalement une certaine

Le liquide sous-arachnoïdien existe pendant la vie.

Expérience convaincante à cet égard.

Le liquide -ous-aracli-

noïdien est agité par

un double mouvement.

(1) Cotugno avait découvert ce liquide sur le cadavre, et ce n'était que par induction qu'il en admettait l'existence sur le vivant. C'est dans des vivisections répétées que Magendie, qui ignorait le travail de Cotugno, l'a découvert, et qu'il a été conduit ensuite à le rechercher sur les cadavres humains.

(2) Que si l'on objecte que le liquide se trouve sur le cadavre, mais qu'il n'existe pas sur le vivant, nous répondrons par les faits suivants : il y a un espace considérable entre la dure-mère et la moelle épinière, celle-ci ne remplissant que les deux tiers environ de la capacité du canal rachidien ; cette disproportion est surtout considérable en bas, au niveau de la queue de cheval. Nous verrons bientôt que le cerveau lui-même ne remplit pas exactement la cavité crânienne. Or, le vide ne pouvant exister nulle part dans le corps des animaux, les espaces intermédiaires aux solides doivent être remplis par des liquides ou des corps gazeux. Si l'on se rejette sur la vapeur séreuse, dont l'élasticité pourrait faire équilibre à l'air extérieur, nous répondrons que cette vapeur ne pourrait suffire à la production d'une aussi grande quantité de liquide que celle qu'on trouve dans le canal rachidien.

Du reste, toutes ces objections, ainsi que la supposition du moindre volume du cerveau et de la moelle après la mort que pendant la vie, tombent devant l'expérience suivante, qui établit, en outre, le véritable siège du liquide dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Si, sur un animal vivant, sur un chien, par exemple, vous divisez les muscles cervicaux postérieurs à leur insertion occipitale, vous arriverez sur le ligament occipitoatloïdien postérieur. Le sang bien abstergé, entamez ce ligament couche par couche et en dédolant. A peine l'avez-vous divisé dans toute son épaisseur, qu'une petite hernie aqueuse apparaît : c'est le feuillet viscéral de l'arachnoïde, que soulève le flot du liquide. Si l'on divise alors crucialement, à l'aide d'une sonde cannelée, le ligament occipitoatloïdien, on voit un liquide limpide placé sous le feuillet viscéral de l'arachnoïde et agité par un double mouvement, l'un isochrone aux battements du pouls, l'autre isochrone aux mouvements de la respiration. Si l'on fait une ponction à l'arachnoïde, aussitôt s'échappe par jets saccadés ce liquide, dont on peut apprécier la quantité.

Il importe de donner peu d'étendue à l'incision transversale, pour éviter la lésion des veines vertébrales, qui sont très-volumineuses ; car cette lésion donnerait lieu à une hémorrbagie qui ne permettrait pas de continuer l'expérience.

LIQUIDE SOUS-ARACHNOÏDIEN.

quantité de liquide qui remplit les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien.

Non-seulement le liquide sous-arachnoïdien existe dans le canal vertébral, mais on le trouve encore dans la cavité du crâne, où il remplit tous les espaces qui peuvent se former entre le cerveau et la dure-mère. Or, ces espaces présentent beaucoup de variétés dans leurs dimensions, suivant les âges et suivant les maladies : ainsi, dans l'atrophie sénile ou morbide du cerveau et de la moelle, l'intervalle entre la dure-mère et l'axe cérébro-spinal augmentant, la quantité du liquide s'accroît d'une manière proportionnelle.

La quantité du liquide sous-arachnoïdien est en raison directe des progrès de l'âge ; chez les vieillards en démence, dont les circonvolutions sont atrophiées, la quantité de sérosité sous-arachnoïdienne contenue dans la cavité du crâne est très-considérable (I).

Le liquide sous-arachnoïdien du crâne n'est pas uniformément répandu autour du cerveau ; il occupe principalement la base de cet organe, parce que là se trouvent les grands espaces destinés à le contenir. Pour le démontrer, il suffit de soulever avec précaution le cerveau d'avant en arrière : on voit alors le liquide distendre tous les prolongements infundibuliformes que l'arachnoïde fournit aux nerfs et s'échapper au moment où l'on divise ces gaines.

La question de la communication du liquide céphalique et du liquide rachidien est importante. On ne saurait révoquer en doute la communication de la sérosité sous-arachnoïdienne du cerveau avec la sérosité sous-arachnoïdienne de la moelle ; mais la sérosité des ventricules communique-t-elle avec la sérosité sous-arachnoïdienne ?

Haller admet cette communication directe (2) et Cotugno s'exprime encore plus explicitement à cet égard. L'un et l'autre (3) pensaient que la communication se trouve au bas du quatrième ventricule, sans en préciser ni le lieu ni le mode. Magendie a signalé le bec du calamus scriptorius comme le point où cette communication a lieu. Nous avons vu que Bichat croyait que la membrane ventriculaire et l'arachnoïde extérieure se continuent l'une avec l'autre par l'intermédiaire du canal arachnoïdien. Cette question de la communication du quatrième ventricule avec le tissu cellulaire sous-arachnoïdien sera examinée plus utilement à l'occasion de ce ventricule. (Voy. Ce7*velet.)

Le liquide céphalo-rachidien est limpide, incolore, d'une saveur salée. Sa composition chimique, suivant Lassaigne, est la suivante ; il renferme :

La quantité de liquide sous-arachnoïdien est\ariab]e.

Son abondance à la base du crâne.

Communication des liquides sous-arachnuïdiens, crânien et spinal.

(1) Aucune de ces remarques n'a échappé à Cotugno.

« Nec tantùm hsec aqua complens ab occipite adusque imum os sacrum, tubum duras

matris sed et in ipso redundat calvarias cavo omniaque complet intervalla quas inter

cerebrum et duras matris ambitum inveniuntur... Quantum autem magnitudinis cerebrum in his perdit, tantùm a contactu subtrahitur duras matris, et quidquid loci decrescendo reliquit, aquosus vapor collectus totum adimplet. » (Op. cit., p. 11, 12).

(2) Qua prodit de ventriculo aqua, facile in medullas spinalis circumjectum spatium etiam parât : eam aquam enim difficulter omninô in tertium ventriculum et ad infundibulum redderet, quod perpendiculum oportet ascendere. (Haller, t. IV, sect. 3, p. 77...) Non dabito quin collecta ex ventriculis cerebri aqua eô descendere possit. (Sect. 3, p. 87.)

(3) His spinas aquis eas etiam subindè commisceri, quas, sive à majoribus cerebri ventriculis per lacunas et Sylvii aquasductum, sive à propriis exhalantibus arteriis, cerebelli ventriculus accipiat ; cujus positio perpendiculata et via ad spinas cavum satis patens defluxum humoris in spinam manifeste persuadet. (Cotugno, p. 19, 81.)

Composition chimique.

368 XÉVROLOGIE.

Eau 98,5G4

Chlorure de sodium et de potassium 0,801

Albumine 0,088

Osmazùme 0,474

Matière animale et phosphate de chaux libre... 0,030

Carbonate de soude et phosphate de chaux 0,017

Usages du liquide sous-arach

uoïdien.

Usages de l'arachnoïde et du liquide sous-arachnoïdien. Comme toutes les membranes séreuses, l'arachnoïde a pour usage essentiel de lubréfier la surface de l'encéphale et de la moelle et d'en favoriser les mouvements.

Quant au liquide sous-arachnoïdien, il forme autour de la moelle épinière et de l'encéphale comme une espèce de bain qui les protège très- efficacement dans les divers mouvements qu'exécute la colonne vertébrale. On dirait que le centre nerveux, se trouvant, en raison de sa délicatesse, dans des conditions analogues à celles du fœtus dans la cavité utérine, avait besoin du même moyen de protection, et le liquide sous-arachnoïdien représente parfaitement, sous ce point de vue, les eaux de l'amnios.

Ouvrez le canal rachidien d'un chien entre l'atlas et l'occipital : aussitôt s'écoule un flot de liquide; l'air s'y précipite, puis s'échappe dans l'expiration, sous forme de bulles, pour y pénétrer de nouveau dans l'inspiration'. Si vous abandonnez ensuite l'animal, vous le verrez titubant à la manière d'un homme ivre; il va se blottir dans un coin, où il reste comme assoupi pendant plusieurs heures. Le lendemain, vous retrouverez l'animal sur pied, dans un état tout à fait normal. J'ai répété la même opération plusieurs fois sur le même animal, qui finit par s'y habituer, au moins quant aux effets physiologiques de la soustraction du liquide (1).

Mais ce n'est point là l'usage le plus important du liquide céphalo-rachidien, „,," 'c|u' u dont l'existence est de la plus haute importance pour la circulation et les fonc-

SOUS-G.1 aCu ~ ■•■ J. A

noïdien. tions de l'encéphale. Renfermés clans une cavité à parois inextensibles, les organes encéphaliques eussent éprouvé, au moment où le sang s'y accumule, soit par suite d'une accélération de la circulation artérielle, soit par l'effet d'un ralentissement de la circulation veineuse, une compression incompatible avec leur fonctionnement régulier, s'il n'y avait eu à leur surface un liquide facile Ses mouve- à expulser et prompt à revenir, suivant les circonstances. Or, au moment de la systole ventriculaire, et surtout pendant l'expiration, les organes crâniens, contenant plus de sang, subissent une augmentation de volume qui donne lieu à l'expulsion d'une certaine quantité de liquide céphalo-rachidien; ce liquide va se loger dans l'espace sous-arachnoïdien qui entoure la moelle, et particulièrement dans l'espèce d'ampoule qui enveloppe la queue de cheval. Pendant la diastole du cœur, au contraire, et dans l'inspiration, la quantité de sang contenue dans l'encéphale est diminuée, le volume de celui-ci est moindre, un vide tend à se produùe à sa surface : ce vide est aussitôt occupé par le liquide sous-arachnoïdien, que l'élasticité de la dure-mère, jointe à la pression atmosphérique, fait remonter de l'ampoule inférieure dans la cavité crânienne.

Importance.

(1) Selon Longet, le trouble de la locomotion serait dû, dans cette expérience, non pas à la soustraction du liquide céphalo-rachidien, mais bien h la section préalable des muscles de la nuque.

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