MOELLE PROPREMENT DITE
Dépouillée de son névrilème et des racines des nerfs rachidiens, lesquelles ont suivi cette enveloppe, la moelle a perdu en grande partie sa consistance, à l'état frais; elle esL cylindrique à son extrémité supérieure et dans la région dorsale, aplatie d'avant en arrière dans la région cervicale, et représente un renflement fusiforme à son extrémité inférieure.
La moelle est parcourue par des sillons longitudinaux, qui la divisent en un certain nombre de segments ou cordons. Ces sillons sont au nombre de quatre, dont deux médians, l'un antérieur, l'autre postérieur, et deux latéraux (fig. 107, 108 et 109).
a. Le sillon médian antérieur, mieux nommé scissure médiane antérieure, s'étend de l'entre-croisement des pyramides à l'extrémité inférieure de la moelle, qu'il divise dans toute sa hauteur en deux moitiés parfaitement égales. La profondeur de la scissure antérieure peut être évaluée au tiers de l'épaisseur de la moelle. Au fond de cette scissure, qui loge le prolongement du névrilème déjà décrit et un grand nombre de vaisseaux, se voit une lame blanche, criblée de trous, et qu'on appelle commissure antérieure de la moelle (g, fig. 101). Ces trous disposés en double série parallèle, sont destinés au passage des pinceaux vasculaires qui pénètrent dans l'épaisseur de la moelle. La disposition alterne de ces trous, qu'agrandit singulièrement l'effort qu'on fait pour arracher les vaisseaux, donne à la commissure l'apparence d'un entre-croisement de fibres. En traitant de la structure de la moelle, nous examinerons cette question de l'entre-croisement des fibres de la commissure antérieure.
b. Le sillon médian postérieur ou la scissure médiane postérieure s'étend du bec du calamus au sommet du renflement lombaire. Moins large, mais plus profond que l'antérieur (fig. 108), il pénètre jusqu'au centre de la moelle et loge la cloison médiane postérieure de la pie-mère, qui est extrêmement mince. On trouve au fond de ce sillon une commissure postérieure, analogue à celle du sillon médian antérieur, mais plus ténue et d'une couleur plus grisâtre; on lui a donné le nom de commissure grise ou postérieure. Les orifices vasculaires qu'elle présente forment une série simple.
Il résulte de la présence des deux sillons médians ou scissures médianes qu'il y a véritablement deux moelles épinières, parfaitement distinctes, l'une droite, l'autre gauche, réunies par une commissure, laquelle se compose de deux couches, d'une couche blanche et d'une couche grise, celle-ci postérieure à la première. Chaque moitié de la moelle représente un demi-cylindre à surface externe convexe, sur laquelle s'insèrent les racines nerveu- Cruveilhier et Sée, 5e édition. lit. — 25
Les nerfs rachidiens
suivent le névrilème.
Cordons d< la moelle
Sillon
médian
antérieur.
Commissure antérieure ou blanche.
Hypothèse de l'entrecroisement.
Sillon
médian
postérieur.
Commissure
postérieure
grise.
Il y a deux moelles,
l'une droite, l'autre gauche.
Sillons
latéraux
postérieurs
de la
moelle.
Chaque moitié de
moelle
se divise
en
deux cordons.
Du cordon
médian postérieur.
Ce qu'il
faut
penser des
faisceaux
laléraux.
Fig. 103.
NEVROLOG1E.
ses , et à surface interne plane , recevant l'insertion des commissures.
c. Il existe, au niveau des insertions sur la moelle des racines postérieures des nerfs rachidiens, une ligne ou un sillon grisâtre, ou plutôt une série de points grisâtres, légèrement déprimés, que l'on a désignée sous le nom de sillon latéral ou collatéral postérieur. Ce prétendu sillon, qui s'étend sur toute la longueur de la moelle et qui se prolonge sur le bulbe, n'est autre chose que l'ensemble des points où la substance grise de la moelle atteint la superficie de l'organe. C'est dans ce sens seulement que nous admettons ces sillons, avec Sœmmering et Rolando, qui divisent chaque moitié de moelle en deux cordons : un -postérieur, formé par la portion de moelle comprise entre la scissure médiane postérieure et les racines postérieures, et un antéro-latéral, qui comprend toute la portion de moelle placée entre la scissure médiane antérieure et le sillon des racines postérieures, c'est-à-dire les deux tiers, au moins, de la circonférence de chaque moitié de la moelle.
On doit encore admettre, avec Haller, Chaussier, Gall et Rolando, comme dépendance du cordon postérieur, un troisième cordon, qu'on peut appeler cordon médian postérieur (fig. 107, B) ou pyramide postérieure (cordon grêle de Burdach, cordon de Goll), lequel fait suite à ces faisceaux renflés en mamelon qui bordent le bec du calamus scriptorius, et qui sont limités, en dehors, par un sillon superficiel. Ces petits cordons, excessivement étroits, sont situés sur les côtés de la ligne médiane postérieure, et limités par un sillon désigné sous le nom de sillon intermédiaire postérieur. Ils ont 1 millimètre de largeur à la région cervicale, où ils sont très-distincts ; au-dessous de cette région ils s'amincissent et se perdent en s'enfonçant dans la scissure médiane postérieure.
Existe-t-il un sillon collatéral antérieur, qui diviserait le cordon antéro-latéral en deux grands faisceaux, l'un antérieur, limité en dehors par les racines antérieures, l'autre latéral, intermédiaire aux racines antérieures et aux racines postérieures? Si, pour décider cette question, on examine attentivement la ligne d'insertion des racines antérieures, après l'arrachement de ces racines, on ne voit aucune apparence de sillon à ce niveau. On est donc conduit à rejeter, avec Rolando, et ces sillons et les faisceaux latéraux indiqués par Chaussier. Ces faisceaux latéraux sont néanmoins devenus célèbres depuis que Charles Bell et Bellingeri leur ont fait jouer un si grand rôle.
De ce qui précède, il résulte que chaque moitié de moelle •est composée de deux cordons, un postérieur, un antéro-
Sections tramvefsales de la moelle épinière d'un sujet adulte {d'après Stilling) (*).
(*) a, au niveau des racines de la lro paire cervicale. — b, id. de la 3e paire. — c, id. de la S<= paire. — d, id. de la lr0 paire dorsale. — f, id. de la 3° paire. — g , id. de la 5c paire. — /(, id. de la 7e paire. — i, id. de la 9e paire. — j, au niveau de la région dorsale inférieure. — le, au niveau des racines de la lro paire lombaire. — l, id. de la 3e paire. — m, id. de la 5° paire. — n, id. de la 2e paire sacrée. — o, id. de la 4° paire. — p, id. du nerf coccygien.
MOELLE ÉPIN1ÈRE.
latéral et, comme appendice du cordon postérieur, d'un petit cordon qui borde le sillon médian postérieur. Mais il est à remarquer que cette division en cordons est tout artificielle et qu'au-dessous des sillons de la surface les fibres de deux cordons voisins ne sont pas moins intimement unies entre elles que celles d'un même cordon.