CHAPITRE II
Il y a deux systèmes artériels.
SECTION I. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
On donne le nom d'artères (1) aux vaisseaux qui naissent des ventricules du cœur et qui de cet organe conduisent le sang dans toutes les parties de l'organisme.
Il y a deux systèmes d'artères : l'un, qui a son origine au ventricule droit, se ramifie dans les poumons; l'autre, qui naît du ventricule gauche, se distribue à tous les organes de l'économie. Le premier a pour tronc primitif V artère pulmonaire, le second, l'artère aorte.
Ces deux systèmes artériels, qui sont tout à fait distincts chez l'adulte, communiquent largement entre eux chez le fœtus.
Les généralités clans lesquelles nous allons entrer s'appliquent plus particulièrement à l'aorte et à ses divisions.
Forme
générale
du système
artériel.
A. — Idée générale tin système artériel.
Les artères représentent une succession non interrompue de canaux déplus en plus étroits, qui naissent tous d'un tronc commun. On peut, sous ce rapport, comparer l'ensemble du système artériel à un arbre dont le tronc serait figuré par l'aorte, et dont les branches, les rameaux, les ramuscules, etc., seraient représentés par les divisions qui naissent successivement de ce vaisseau.
Comme, d'autre part, l'ensemble des divisions artérielles l'emporte de beaucoup en capacité sur l'aorte, on peut avec autant de raison envisager les cavités réunies du système artériel comme un cône creux, dont la base serait dans toutes les parties du corps, et le sommet tronqué à l'aorte (2).
(1) Artère, de àr,ç, air; r/ipetv, garder. La composition de ce mot atteste l'erreur dans laquelle étaient tombés les anciens, qui, trouvant les artères habituellement vides et béantes sur le cadavre, s'étaient imaginé qu'elles contenaient de l'air pendant la vie.
(2) Haller a réuni toutes les évaluations comparatives qui ont été faites des troncs principaux et de lVnsemble de leurs divisions respectives. (Elem.phys.,t. I, p. 151 à 163.)
DES ARTERES.
L'étude générale des artères présente à considérer leur nomenclature, leur forme, leur origine, leur trajet, leur direction, leurs anastomoses, leur terminaison, leurs rapports et leur texture.
La nomenclature des artères laisse peu de chose à désirer, sous le rapport de la précision ; les dénominations sont déduites, soit du nom des parties auxquelles se distribuent les artères : artère thyroïdienne, linguale, pharyngienne, etc.; soit de leur situation : artère fémorale, radiale; soit de leur direction : artère circonflexe, coronaire.
Les limites assignées aux artères sont tantôt des limites naturelles et tantôt des limites artificielles. On peut considérer comme limites naturelles, d'une part, le point d'origine, d'autre part, le point de division d'une artère : telles sont les limites de l'artère iliaque primitive et de l'artère carotide primitive. Les limites artificielles divisent un même tronc artériel en segments qui permettent d'en exposer les rapports avec plus d'exactitude : c'est ainsi que nous verrons l'artère du membre supérieur porter successivement les noms de sousclavière, axillaire et brachiale.
Les artères représentent des cylindres réguliers lorsqu'elles n'émettent aucune branche, et des cônes tronqués, ou mieux une succession de cylindres décroissants, lorsqu'elles s'épuisent graduellement par l'émission d'un certain nombre de rameaux. La forme cylindrique des artères se conserve même après la mort, lorsque le sang cesse de les distendre ; en d'autres termes, les artères restent béantes sur le cadavre, ce qui tient à l'épaisseur considérable et à la structure des parois artérielles. Jointe à la laxité du tissu cellulaire ambiant, cette forme permet aux artères d'échapper à une foule de lésions : ainsi, les artères numérale, fémorale, glissent sur la tête de l'humérus et du fémur quand ces os se déplacent; ainsi, les artères carotides échappent quelquefois, contre toute probabilité, à l'instrument tranchant dirigé sur la région du cou qu'elles occupent.
L 'origine (1) commune du système artériel est l'aorte, qui naît du ventricule gauche. Quant à la manière dont les autres artères naissent successivement de l'aorte, 1° tantôt deux artères d'un volume égal ou à peu près égal naissent de l'extrémité d'une artère plus volumineuse et semblent être le résultat de la bifurcation de cette dernière : les artères qui offrent ce mode d'origine peuvent être désignées sous le nom d'artères terminales; 2° tantôt les artères naissent de l'un des points de la circonférence d'un vaisseau plus volumineux : elles prennent alors le nom d'artères collatérales. Les artères principales se bifurquent à l'union des grands segments du corps, tandis que c'est sur le trajet de ces segments qu'elles émettent des branches collatérales.
Les artères terminales, en général, suivent à peu près la direction de l'artère qui leur a donné naissance et s'écartent l'une de l'autre à angle aigu ; la division dichotomique ou par bifurcation est la plus fréquente. Quelques artères se divisent en trois ou plus de trois artères terminales, d'un calibre égal ou différent : tels sont le tronc cœliaque, l'artère ovarienne. La faible ouverture de l'angle de bifurcation est évidemment favorable au cours du sang,
Suivant Vierordt, le calibre total des capillaires serait à celui de l'aorte comme 800 : 1 ; suivant Donders, ce rapport serait de 500 : 1. Il importe de se souvenir que les lumières de deux vaisseaux sont entre elles comme les carrés de leurs diamètres.
(1) Le mot origine ne doit pas être pris ici dans le sens propre et rigoureux; les artères ne se développent pas du cœur vers les extrémités.
Bases de la nomenclature des artères.
Limites naturelles.
Limites artificielles.
Forme des artères.
Conséquences de la forme cylindrique
des artères.
Lois générales d'origine des artères.
Mode d'origine des artères terminales.
ANGEIOLOGIE.
Mode d'origine des artères collatérales.
Division des
artères
en quatre
classes.
Remarque sur la diminution
du calibre des artères.
Les -variétés portent sur l'origine et sur letrajet.
Trajet des artères.
Les artères principales sont reeti-
lignes.
qui, d'une part, conservant sa direction primitive, ne perd rien de son impulsion, et qui, d'autre part, est facilement divisé en deux colonnes distinctes par l'arête tranchante ou éperon qui occupe l'angle de séparation.
Les artères collatérales se séparent ordinairement à angle aigu, mais quelquefois aussi à angle droit et même à angle obtus. Ces deux dernières dispositions, et surtout la dernière, sont défavorables au cours du sang. Il faut bien remarquer que, parmi les artères qui suivent un trajet rétrograde (artères récurrentes) par rapport au tronc qui les fournit, il en est un grand nombre qui naissent néanmoins à angle aigu. Tandis que le calibre des artères terminales est assez exactement proportionné à celui de l'artère qui les fournit, il n'existe aucun rapport constant entre le calibre des artères collatérales et celui des troncs dont elles émanent : à l'appui de cette dernière proposition nous citerons comme exemple les spermatiques, comparées à l'aorte.
Les artères des membres, suivant la judicieuse observation de W. Nunn (1), peuvent se diviser en quatre classes : 1 ° les artères segmentaires, qui se distribuent dans la région occupée par l'artère ; 2° les artères transsegmentaires, qui traversent simplement la région qu'elles occupent, sans se ramifier, et se portent au segment voisin; 3° les artères anastomotiques, destinées à unir entre elles des artères plus ou moins éloignées ; 4° les artères complexes, qui participent des caractères de plusieurs des trois premières classes.
Des deux branches de bifurcation d'un tronc, l'iliaque primitive, par exemple, l'une est ordinairement une artère segmentaire (iliaque interne) ; l'autre, une artère transsegmentaire (iliaque externe).
Il est à remarquer que le calibre d'une artère principale ne diminue pas en proportion des branches qu'elle fournit ; comparez l'aorte au moment où elle pénètre dans l'abdomen et au moment où elle va se diviser en iliaques primitives (2).
Aucun système d'organes n'est plus sujet aux variétés anatomiques que les artères. Ces variétés portent tantôt sur l'origine des artères, et tantôt sur leur trajet ; jamais elles n'ont trait à leur terminaison (3). L'étude de ces variétés est d'une haute importance en chirurgie, soit qu'il s'agisse de faire la ligature des artères, soit que l'on veuille pratiquer des opérations dans le voisinage de ces vaisseaux.
Le trajet des artères principales est, en général, parallèle au grand axe des régions qu'elles traversent et aux organes qui composent ces régions ; les artères secondaires, tertiaires, etc., affectent des directions extrêmement variées et qui ne sont soumises à aucune loi déterminée.
Les artères principales sont rectilignes, d'une manière générale ; elles offrent cependant de légères inflexions. Donnant à ces vaisseaux une longueur plus
(1) Jownal de l'Anatomie, t. X, p. 11.
(2) Suivant Valentin, la surface de section de l'aorte abdominale, au niveau de sa bifurcation, n'est inférieure que de 0,316 centimètre carré à celle de l'aorte thoracique, tandis que les sections des branches que fournit l'aorte dans son trajet sous-diaphragmatique présentent une surface totale de 0,865 centimètre carré.
(3) Tandis que l'origine des nerfs exerce une si grande influence sur leurs fonctions, le lieu d'origine des, artères paraît, sinon sans importance, du moins fort secondaire. Personne, de nos jours, ne partage à cet égard l'opinion de Walther, qui considérait l'origine des artères d'un organe comme intimement liée à sa manière d'être et à ses fonctions.
DES AKTÈRES.
considérable que celle du membre auquel ils appartiennent, ces inflexions s'effacent quand le membre s'allonge, et préviennent ainsi les tiraillements fort nuisibles auxquels les artères seraient exposées sans cette circonstance et les déchirures qui pourraient en être le résultat. On peut constater l'utilité des courbures artérielles en examinant comparativement l'état des artères pendant l'extension et pendant la flexion des membres thoraciques et abdominaux.
Un grand nombre d'artères présentent des flexuosités très-prononcées que maintient, suivant la remarque de Haller, le tissu cellulaire ambiant, et qui sont en rapport avec certaines conditions particulières des organes auxquels elles se distribuent. Ainsi, 1° on rencontre des artères très-flexueuses dans les parties qui sont soumises à des alternatives de dilatation et de resserrement, telles que le cœur, l'estomac, les lèvres ; 2° d'autres flexuosités ont pour but de permettre, sans tiraillements des vaisseaux, des déplacements considérables des organes auxquels ils se rendent : telles sont, les flexuosités des artères intestinales, utérines ; 3° les flexuosités, en augmentant la longueur d'une artère dans un espace donné, agrandissent l'étendue de la surface d'où peuvent naître des branches collatérales : les courbures de la maxillaire interne, de l'ophthalmique, ont évidemment cet avantage : c'est très-probablement au même genre d'utilité que se rattache la courbure de l'aorte ; 4° les flexuosités existent encore dans des parties où elles semblent avoir pour avantage d'atténuer la force et la rapidité du cours du sang : on ne peut méconnaître cette destination clans les courbures des artères carotides internes et vertébrales. Bichat, il est vrai, a objecté que, clans un système de canaux communicants et toujours pleins, la courbure de ces canaux n'influait en rien sur la vitesse des liquides qui les parcourent. Mais ce principe, vrai quand on l'applique à un système de tubes rigides, est complètement faux quand il s'agit de canaux élastiques, tels que les artères. Dans ce dernier cas, en effet, une portion de la quantité de mouvement s'épuise contre les courbures, qu'elle tend à redresser : d'où déperdition de force, et conséquemment diminution de la vitesse ; 5° il est des flexuosités qui sont acquises. Au premier rang des flexuosités de cet ordre se placent celles qui sont le résultat du progrès de l'âge. Elles proviennent de l'allongement des artères, qui s'établit lui-même par le mécanisme suivant : à chaque contraction des ventricules, les artères, sous l'influence de l'ondée sanguine chassée par le cœur, s'allongent, en même temps qu'elles se dilatent ; pendant la diastole ventriculaire, elles reviennent à leurs dimensions primitives, en vertu de leur élasticité. Or, chez les vieillards, par suite de changements survenus dans l'organisation des parois des vaisseaux, cette élasticité s'affaiblit et se perd, et dès lors l'action intermittente du cœur se traduit dans les artères par une dilatation et un allongement permanents, ainsi qu'on le voit dans l'aorte abdominale, les iliaques primitives, l'humérale, la radiale, qui présentent chez presque tous les vieillards des inflexions tout à fait étrangères à l'enfant et à l'adulte. C'est à tort qu'on a dit qu'à chaque systole du cœur il y avait redressement ou tendance au redressement des courbures. Bien au contraire, les courbures augmentent : si l'on observe l'artère temporale pendant la systole ventriculaire, on voit manifestement cette augmentation de courbure (i). Quand on injecte une artère, on voit à chaque coup de piston les
(1) La tendance au redressement ne se manifeste véritablement que dans la crosse de
Leurs inflexions dans certaines attitudes.
Flexuosités artérielles.
Usage des flexuosités artérielles.
Les flexuosités atténuent
l'impétuosité du cours du sang.
Flexuosités acquises.
Elles résultent du progrès de l'âge.
Les courbures artérielles augmentent à chaque
systole
ANGEIOLOGIE.
Anastomoses :
1° Par musculation ;
2° Par corn municatioii transversale; 3° Par convergence.
Les anastomoses établissent une voie collatérale supplémentaire
Autre utilité îles anastomoses.
Calibre.
artères devenir plus flexueuses. S'il y avait redressement des artères, ce ne serait pas du côté de la convexité des courbures qu'on observerait constamment les dilatations et les concrétions calcaires.
On peut rattacher aux flexuosités acquises celles qu'on voit survenir dans les artères collatérales après l'oblitération du tronc principal (1).
Les flexuosités des artères sont de deux ordres : les flexuosités serpentines ou en zigzag, et les flexuosités en pas de vis. Les premières sont les plus fréquentes ; les secondes s'observent surtout dans les artères ovariques ou testiculaires, dans les artères utérines et quelquefois dans les artères faciales.
Dans le cours de leur trajet, les artères communiquent entre elles par des branches qui tantôt unissent l'un à l'autre deux troncs différents, et tantôt deux parties d'un môme tronc. Ce mode de communication porte le nom d'anastomose (àvà a-rd(j.a). Les anastomoses deviennent de plus en plus fréquentes à mesure qu'on s'éloigne des gros troncs ; elles prennent leur plus grand développement au voisinage immédiat des capillaires.
Les vaisseaux d'un certain volume forment des anastomoses de plusieurs genres : 1° Y anastomose par inosculation ou en arcade, dans laquelle deux vaisseaux qui viennent en sens opposés s'abouchent par leur extrémité et forment une arcade ; 2° Vanastomose par communication transversale, qui a lieu entre deux troncs parallèles, au moyen d'une branche perpendiculaire à leur direction : les artères cérébrales antérieures sont unies de cette façon par l'artère communicante antérieure, etc. ; 3° Vanastomose par convergence, établie entre deux artères qui se réunissent à angle aigu, pour constituer un vaisseau plus considérable : c'est ainsi que les deux vertébrales se confondent pour former le tronc basilaire; 4° Vanastomose en réseau, qui s'observe fréquemment sur la ligne médiane du corps, autour des articulations, etc.
Les anastomoses par inosculation ou en arcade, qui constituent la voie de communication la plus habituelle, établissent le long des gros troncs artériels une voie collatérale non interrompue qui peut suppléer le tronc principal. L'existence de ces anastomoses, la faculté qu'ont les artères de se développer d'une manière en quelque sorte indéfinie, ont inspiré aux chirurgiens l'heureuse audace de tenter la ligature des troncs artériels les plus volumineux.
Les anastomoses par inosculation ont quelquefois pour usage de régulariser la distribution du sang et de répartir les divisions d'une artère sur une étendue plus considérable. Ainsi, à l'aide de quelques arcades successives, on voit l'artère mésentérique supérieure fournir à toute la longueur de l'intestin grêle des rameaux qui s'y portent perpendiculairement.
Le calibre des artères est en rapport, d'une part, avec l'étendue de leurchamp de distribution, d'autre part, avec la nature des organes qu'elles doivent alimenter. A ce dernier point de vue, les organes glandulaires chargés de sécrétions copieuses, le rein, par exemple, sont remarquables par le
l'aorte; mais il faut observer que les conditions dans lesquelles se trouve ce segment de vaisseau sont uniques dans l'organisme : il présente, en effet, une de ses extrémités libre en quelque sorte, ce qui permet un allongement avec diminution de courbure.
(1) Il est des flexuosités qui dépendent d'un vice de conformation, ou qui sont la suite d'une déviation, d'une fracture. Dans un cas de fracture du col du fémur, l'artère fémorale décrivait, à l'aine, des inflexions très-prononcées ; il en était de même dans un cas de luxation du fémur avec raccourcissement considérable. L'aorte devient très-flexueuse dans les cas de gibbosité. \
DES ARTERES.
calibre considérable, eu égard à leur volume, des artères qu'ils reçoivent.
Les artères conservent exactement le môme calibre, tant qu'elles ne fournissent aucune branche collatérale. Chez les vieillards, cependant, elles se dilatent fréquemment un peu en avant de leur terminaison. Lorsque les artères donnent naissance à des branches collatérales, leur calibre décroît de plus en plus et proportionnellement à ces branches.
Il existe, d'ailleurs, clés différences individuelles considérables pour les diverses artères : c'est ce qui fait qu'on ne peut indiquer qu' approximativement le calibre de chacune d'elles. Laissant de côté les troncs principaux, dont nous donnerons le diamètre à l'occasion de leur description, on peut avec Hënle diviser les artères, suivant leur calibre, en six groupes :
Différences
individuelles.
P1' groupe :
diamètre : moyen 8mm ; exemple :
la carotide primitive.
IIe —
l'humérale.
IIP —
la cubitale.
IVe —
la temporale.
ye
l'auriculaire postérieure
VP —
la sous-orbitaire.
Rapporls des artères
Les artères d'un calibre inférieur à celui des vaisseaux du sixième groupe sont rarement décrites séparément : l'artère centrale de la rétine peut être citée parmi ces exceptions.
Les rapports des artères avec les autres organes sont, en général, de nature à protéger ces vaisseaux contre les agents extérieurs. Les grosses artères du tronc sont situées dans la profondeur des cavités splanchniques. Celles des membres, bien que superficielles au niveau de la racine de ces derniers, sont cependant situées de façon à être abritées le plus possible ; plus bas, elles deviennent profondes.
Les artères ont des rapports : 1° avec les os, qui leur servent de support, et io Avec les qu'elles avoisinent plus ou moins immédiatement : voyez l'aorte, appliquée sur os; la colonne vertébrale ; voyez encore les artères des membres, qui, à leur sortie du tronc, s'appuient sur les os correspondants, y impriment en quelque sorte leur passage par une dépression et peuvent y être comprimées facilement (Voy. Ostéologie) ;
2° Avec les articulations ; ces rapports sont la source d'inductions pratiques importantes. Les artères occupent toujours le sens de la flexion ; et comme, dans un membre, les grandes articulations se fléchissent alternativement en avant et en arrière, les artères se dévient pour aller chercher, en quelque sorte, le côté de la flexion : c'est ainsi qu'on voit l'artère fémorale devenir poplitée ; la brachiale, placée d'abord dans le creux de l'aisselle, se dévier en avant pour gagner le pli du bras. En vertu de cette disposition, les artères sont protégées par la situation habituelle et pour ainsi dire instinctive de nos membres.
D'une autre part, la situation des artères au voisinage des articulations et leur défaut de flexuosités à ce niveau expliquent la déchirure des vaisseaux par l'effet d'une luxation, et souvent aussi par des efforts immodérés de réduction ;
3° Avec les muscles, qui sont les organes essentiellement protecteurs des artères et qui les séparent ordinairement de la peau. En se juxtaposant, les muscles laissent entre eux de grands espaces celluleux destinés aux artères principales et au milieu desquels ces vaisseaux trouvent un abri contre les lésions extérieures.
0 Avec les articulations ;
3° Avec les muscles ;
Muscles satellites.
Arcades fibreuses.
Rapports
des artères :
4° Avec la
peau;
5° Avec les veines ;
6° Avec les nerfs ;
7° Avec les gaines aponévrotiques.
Atmosphère
celluleuse
des artères.
La direction générale des artères est donc parallèle à celle des muscles, et parmi ces derniers il en est toujours un dont la position et le trajet, faciles à déterminer, marquent avec assez de précision la position et le trajet de l'artère principale de la région : on peut donner à ce muscle le nom de muscle satellite de l'artère : ainsi, le couturier est le muscle satellite de l'artère fémorale, le slerno-cléido-mastoïdien celui de la carotide primitive, le biceps celui de l'artère numérale, etc.
Pour passer d'une région dans une autre, une artère est obligée quelquefois de traverser un muscle ou de passer au-dessous de lui, en le croisant plus ou moins obliquement ; dans l'une et l'autre circonstance, la contraction du muscle aurait pour effet d'exercer sur le vaisseau une compression assez puissante pour entraver le cours du sang, si une disposition spéciale, extrêmement ingénieuse, ne prévenait cet inconvénient : elle consiste dans une sorte d'arcade fibreuse jetée au-dessus de l'artère, arcade dont les deux extrémités se fixent au squelette sur les côtés du vaisseau et dont la convexité fournit des insertions aux faisceaux du muscle, de telle sorte que la contraction musculaire, loin de rétrécir cette arcade, tend, au contraire, à l'élargir, et favorise ainsi la circulation, en soustrayant l'artère à toute cause de compression.
4° Les artères volumineuses sont séparées de la peau tantôt par le tissu cellulaire sous-cutané et l'aponévrose superficielle seulement, tantôt par ces parties et par une ou plusieurs couches de muscles. Les premières sont appelées en médecine opératoire artères superficielles, les secondes, artères profondes. Quelques artères d'un moindre calibre sont sous-cutanées : telles sont les collatérales des doigts. Les artères du cuir chevelu sont intermédiaires à la peau et à l'aponévrose épicrânienne dans toute leur étendue. On conçoit l'importance de ces rapports pour diriger la compression.
5° Les artères sont presque toujours en rapport immédiat avec les veines qui leur correspondent. Les troncs artériels, tels que l'aorte, les grosses artères du cou et de la racine des membres, ne sont accompagnés que d'une seule veine, qui généralement est plus superficiellement située que l'artère ; les artères plus petites présentent deux veines satellites ; dans ce dernier cas, l'artère est toujours intermédiaire aux deux veines.
6° Les artères servent de support aux plexus des nerfs ganglionnaires, qui, se rendant avec elles aux organes, se divisent et se ramifient comme elles. Quant aux cordons nerveux de la vie de relation, sans être aussi immédiatement liés aux artères, ils ont avec elles un rapport constant qu'il importe de connaître, soit pour éviter ces vaisseaux, soit pour diriger l'opérateur dans leur ligature. On pourrait admettre pour chaque artère un nerf satellite, avec cette circonstance que les artères changent de nerf satellite toutes les fois qu'elles changent de direction. Ainsi, le nerf crural est le satellite de l'artère fémorale, et le nerf sciatique celui de l'artère poplitée.
7° Les artères profondes sont presque toujours en rapport avec les cloisons fibreuses qui se détachent des aponévroses. Ces cloisons, en s'unissant entre elles, leur forment parfois une gaîne fibreuse, qui leur appartient en commun avec les veines, et souvent avec les nerfs satellites.
Une sorte d'atmosphère celluleuse, dans laquelle sont plongés tous ces organes, les sépare les uns des autres. La laxité de ce tissu cellulaire, qui favorise la dilatation et le déplacement des artères, permet d'isoler ces vaisseaux à l'aide d'instruments mousses et inoffensifs. Comme c'est à travers cette gaîne
celluleuse qu'arrivent aux parois artérielles les vaisseaux nourriciers, on conçoit l'inconvénient d'un isolement trop étendu du vaisseau dans la ligature des artères.
La terminaison des artères a lieu dans l'épaisseur des organes, où elles aboutissent au système capillaire et par son intermédiaire se continuent avec les
T j. . . , ,, , .,,.,., , Le nombre
veines. Les divisions des artères ne sont pas aussi multipliées qu'on pourrait desdivisions le croire au premier abord. Leur nombre, à partir de l'aorte, ne s'élève pas artérielles
est très-li-
au delà d'une vingtaine. mité<
La disposition des dernières ramifications artérielles présente, dans chaque Terminaiorgane, une disposition spéciale, sur laquelle nous avons déjà appelé l'attention son (Voy. Splanchnologie). Déjà aussi nous avons attiré l'attention sur le mode particulier suivant lequel se terminent les artères dans les organes érectiles.
A diverses reprises on a signalé des artères d'un certain volume qui se continueraient directement avec les veines, sans communiquer avec le réseau capillaire, constituant ainsi pour le sang une voie de dérivation qui empêche les congestions de se produire. Des faits de cette nature ont été signalés de nouveau par M. Sucquet (D'une circulation dérivative dans les membres et dans la tête, chez V homme. Paris, 1862), mais ils sont loin d'être établis sur des preuves certaines.
Texture ries artères.
Les artères se distinguent des autres vaisseaux par l'épaisseur considérable de leur paroi, épaisseur qui croît, en général, mais non proportionnellement, avec le calibre du vaisseau. Cette règle cependant n'est point absolue : ainsi, les artères du tube digestif ont, pour la plupart, des parois assez minces ; au voisinage d'une bifurcation, on voit quelquefois, d'après M. Gimbert (1), les parois artérielles devenir plus épaisses ; sur les artères du cou et de la face, suivant le même anatomiste, l'amincissement des parois, à mesure que le calibre du vaisseau diminue, est beaucoup plus rapide que sur les artères du membre inférieur ; au membre supérieur, au contraire, la tunique moyenne des artères conserve à peu près la même épaisseur, jusqu'à l'arcade palmaire.
Trois tuniques superposées constituent la paroi des artères : une tunique externe, une moyenne et une interne. La grande épaisseur de cette paroi tient surtout à leur tunique moyenne, composée de plusieurs couches, dont les éléments sont en majeure partie disposés transversalement. Des vaisseaux et des nerfs se distribuent dans les parois artérielles.
1° Tunique externe. Nommée aussi tunique celluleuse (cellulosa propria de Haller), elle se continue en quelque sorte avec le tissu cellulaire ambiant, mais a été considérée à tort par Scarpa comme ne faisant point partie intégrante des artères.
Elle est constituée par un tissu filamenteux, aréolaire, comme feutré, qui ne s'infiltre jamais de graisse ni de sérosité. Elle seule résiste à la constriction des ligatures qui divisent plus ou moins complètement les autres tuniques. Elle se compose exclusivement de tissu conjonctif et de fibres élastiques fines.
2° Tunique propre ou tunique moyenne. C'est à elle surtout que les artères doivent leurs propriétés caractéristiques. Sa couleur jaune et son élasticité lui
(1) Sur la structure et la texture des artères,- in Journal de l'anatomie, 1865, p. 536. Cbuveilhier et Sée, 5e édition. III — 4
Caractère des artères.
Tunique externe.
Tunique propre ou mcvenne.
Sa couleur
jaune.
Son élasticité.
Tunique interne.
50 ANGÉIOLOGIE.
avaient fait donner les noms de tunique jaune, tunique élastique; elle mérite plutôt celui de tunique musculo-élastique (1). Elle est extensible et élastique dans le sens de sa longueur et clans le sens de son diamètre ; elle est fragile, se déchire avec la plus grande facilité par les tractions exercées suivant sa longueur et se coupe sous la ligature. Son épaisseur est proportionnellement moins considérable dans les grosses artères que dans les petites.
Deux éléments principaux entrent dans la constitution de cette tunique, Vêlement élastique et Vêlement musculaire. Les proportions dans lesquelles ces deux éléments se rencontrent varient avec le volume des artères : d'une manière générale, on peut dire que l'élément musculaire devient d'autant plus abondant que le calibre de l'artère devient plus petit : au voisinage des capillaires, la tunique moyenne des artères est exclusivement formée de fibres musculaires ; dans les grosses artères, l'élément élastique l'emporte de plus en plus à mesure que l'on approche du cœur.
Vêlement musculaire des artères est constitué par des fibres-cellules qui mesurent de 0mm,05 à 0mm,07 de longueur et dont le grand diamètre est transversal. Englobées dans la masse de la substance élastique, là où celle-ci prédomine, ces fibres-cellules, en s'accumulant, forment des faisceaux volumineux ou même des couches continues, superposées, qui donnent aux petites artères l'aspect rougeâtre qui les caractérise. Dans l'aorte descendante, on trouve aussi, entre les fibres- cellules transversales, des éléments musculaires longitudinaux disséminés ; il en est de même sur plusieurs autres artères, où l'on voit des fibres longitudinales soit en dedans, soit en dehors de la couche transversale.
Vêlement élastique de la tunique moyenne des artères se présente sous des aspects très-divers : dans celles d'un calibre moyen, il forme des réseaux de fibres élastiques entourant les fibres-cellules musculaires , ou réunis en couches distinctes, qui alternent avec elles ; dans les troncs, cet élément est représenté par une substance amorphe, disposée en lames élastiques fenôtrées, ou par des réseaux serrés de grosses fibres élastiques, dans les mailles desquels apparaissent les éléments musculaires.
3° Tunique interne. C'est une pellicule transparente, d'une excessive ténuité, dont la surface libre, lisse et d'apparence séreuse, est en rapport direct avec le sang et qui se continue, au niveau des orifices du cœur, avec l'endocarde ; elle est composée de deux couches distinctes, d'un épithélium et d'une membrane élastique. L'épithélium est formé de cellules coniques, pâles, à noyau ovulaire ou fusiforme, et disposées sur un seul plan. Constant chez le nouveau-né, l'épithélium disparaît fréquemment, dans la suite, d'une manière plus ou moins complète et dans un grand nombre d'artères. La couche élastique de la tunique interne est formée d'une substance amorphe, plissée longitudinalement, d'un aspect strié et généralement fenêtre. Souvent des fibres élastiques en réseau recouvrent sa surface externe ; fréquemment aussi elle est doublée de lames élastiques plus ou moins nombreuses.
4° Vaisseaux et nerfs. Les vaisseaux artériels et veineux qui se distribuent dans l'épaisseur des parois de toutes les artères d'un certain volume, portent le nom de vasa vasorum. Ceux des gros troncs proviennent des artères voisines,
(1) Tous les expérimentateurs ont observé que, chez un animal qui meurt d'hémorrhagie, les artères, pendant les derniers moments de la vie, perdent une partie notable de leur calibre, qu'elles recouvrent immédiatement après la mort.
DES ARTÈRES
quelquefois du vaisseau même qu'ils sont chargés de nourrir. Les vasa vasorum artériels se ramifient en cheminant dans la tunique celluleuse et y forment un réseau capillaire qui se prolonge dans les couches superficielles de la tunique moyenne. Les couches internes de cette dernière, ainsi que la tunique interne, sont complètement privées de vaisseaux.
Les veinules qui naissent du réseau capillaire des parois artérielles cheminent dans la tunique celluleuse, soit avec les artérioles, soit isolément, et vont se rendre dans les veines les plus voisines.
Les artères reçoivent des nerfs des plexus nerveux qui les accompagnent Nerfs et qui ne vont pas se distribuer intégralement à l'organe auquel se porte le vaisseau. Depuis longtemps il m'avait paru que plusieurs filets du grand sympathique se perdaient dans l'épaisseur de l'artère aorte, et il me semblait probable que la même disposition existe à l'égard des artères moins considérables. Ce fait est aujourd'hui établi par l'anatomie et par la physiologie. Les nerfs qui se distribuent aux artères sont désignés sous le nom de nerfs vaso-moteurs. Le mode de terminaison de ces nerfs est encore peu connu. Mais on a pu les suivre jusque dans l'épaisseur de la tunique moyenne des artères, dont la contractilité est sous leur dépendance.
Vasa vasorum.
PREPARATION DES ARTERES.
Préparer une artère, c'est l'isoler des parties voisines en conservant ses rapports. On pourrait, à la rigueur, étudier le plus grand nombre des artères sans autre préparation qu'une dissection attentive ; mais, pour disséquer les divisions artérielles un peu fines, il est besoin du secours des injections.
La matière à injection que je crois la plus convenable est composée ainsi qu'il suit :
1° Suif 9 parties.
2° Térébenthine 1 partie.
3" Noir d'ivoire délayé avec de l'essence de térébenthine. 2 parties.
Pour les injections à conserver :
1° Cire 1 partie.
2° Suif. ! 3 parties.
3° Vermillon, indigo, ou bleu de Prusse, préalablement
délayé dans l'essence de térébenthine quantité suffisante.
Il convient de faire précéder l'injection générale par une injection de térébenthine ou de vernis à l'alcool, coloré avec les matières ci-dessus.
Pour faire une injection très -pénétrante, on peut employer la gélatine, qu'on a soin de colorer, soit avec du noir de fumée, soit avec du vermillon ; mais ce mode d'injection n'est nullement propre à la conservation des pièces.
On a imaginé des appareils plus ou moins compliqués destinés à faire des injections sous une pression constante longtemps continuée; ces appareils, qui donnent généralement de bons résultats, sont surtout utiles pour injecter les vaisseaux très-fins, tels que les capillaires.
Pour une injection générale, placer le tube dans l'aorte ; pour cela, scier le sternum à sa partie moyenne dans toute sa longueur, en tenir les deux fragments à distance au moyen d'une petite pièce de bois en chevalet, ouvrir le péricarde et placer la canule dans l'aorte, directement ou par le ventricule gauche.
Les injections générales peuvent encore être faites en plaçant le tube dans une grosse
Préparation des artères.
Matière de l'injection.
Injections générales.
Injections partielles.
artère, l'artère carotide primitive, par exemple : ce procédé a l'avantage de permettre l'injection du cœur et des artères cardiaques et d'éviter la mutilation de la crosse de l'aorte.
Les injections partielles pratiquées sur un sujet entier sont préférables aux injections générales, surtout lorsqu'on emploie des matières facilement solidifiables, le suif, par exemple. 11 est bien entendu qu'une condition indispensable pour le succès de ces injections partielles, c'est l'isolement préalable du système artériel qu'on veut préparer. Cet isolement s'opère par des ligatures, immédiatement appliquées sur les grosses artères qui ont des communications avec celles qu'on se propose d'injecter.