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au-devant de Ja colonne vertébrale , le gauche un peu sur le côté. Mais bientôt il se détache de chacun un faisceau charnu qui se croise avec celui du côté opposé. L’antérieur de ces faisceaux^ qui descend du pilier gauche au droit , est le plus considérable. Cet entre-croisement complète en bas l’ouverture œsophagienne. Ainsi fortifié, chaque pilier continue à se porter en bas, en s’écartant de son semblable, et formant avec lui un intervalle presque parabolique destiné au passage de l’artère aorte, de la veine azygos et du canal thoracique. Cette ou^^erture aortique , entourée d’une arcade aponévrotique , ne peut à cause de cela comprimer , comme la précédente, qui est toute charnue dans son contour, les parties qui la traversent. En descendant sur ses côtés, les piliers diminuent d’épaisseur, et se terminent enfin chacun par un tendon aplati qui se fixe au-devant du corps des vertèbres lombaires, jusqu à la troisième inclusivement pour le droit, jusqu’à la deuxième seulement pour le gauche. En se réunissant en haut, ces deux tendons forment l’arcade aponévrotique indiquée. Ils sont plus apparens en arrière, en sorte que pour les voir, surtout le droit, qui est beaucoup plus marqué, il faut détacher les piliers de la colonne vertébrale. Sur les côtés et en arrière de chaque pilier ? il y a un plan assez large de fibres charnues , continues avec les siennes, mais beaucoup plus courtes, et qui, étrangères à son tendon, viennent se rendre à une arcade aponévrotique étendue entre la base de l’apophyse transverse de la première vertèbre lombaire , et le corps de la seconde, où elle est continue avec le tendon du
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pilier ; sous elle passe la partie supérieure du psoas.
3®. Les fibres latérales sont les plus nombreuses; elles naissent de chacun des côtés du centre phrénique, puis vont, en divergeant, et par une courbure plus considérable du côté droit que du gauche, gagner toute la circonférence de la base de la poitrine. Les plus postérieures , qui sont assez courtes et continues avec le faisceau charnu dont nous venons de parler et qui est placé derrière les piliers , se terminent à un faisceau aponévrotique étendu entre l’extrémité de la cinquième côte abdominale et la base de l’apophyse transverse de la première vertèbre lombaire, faisceau improprement nommé ligament cintré du diaphragme , car il n’est autre chose que le bord supérieur replié sur lui-méme, et par là plus épais, du feuillet antérieur de l’aponévrose postérieure du transverse abdominÉ. Les autres übres latérales, beaucoup plus longues, se terminent aux cartilages des six dernières côtes , et dans quelques-unes à la partie osseuse voisine, par des languettes d’abord charnues, puis tendineuses, qui s’eiitre-croisent avec celles du transverse, et dont les deux supérieures sontbien pluslargesqueles inférieures. Dans l’intervalle des troisième et quatrième, et dans celui des quatrième et cinquième côtes 1 abdominales, le diaphragme se continue avec le ' transverse par des fibres aponévrotiques communes.
Le diaphragme offre en bas une concavité plus hOU moins profonde, toujours plus grande à droite •qu’à gauche, et peu marquée dans le milieu, qui jiest plus déprimé. Il est, dans ce sens, revêtu parle I péritoine, correspond au foie, à la rate, à l’esto-
Il6 APPAREIL DE LA LOCOMOTION.
mac,et tout-à-fait en arrière ^ sans rintermède du péritoine, aux reins et aux capsules atrabilaires. Convexe en haut , il y a son centre phrénique adhérent au péricarde, ses parties antérieure et postérieure correspondant à l’écartement des médiastins; ses parties latérales, tapissées par la plèvre, supportent la base des poumons. Ce muscle a aussi , dans ce sens , quelque rapport avec la face interne des fausses côtes et avec les muscles intercostaux.
Peu de muscles méritent plus que le diaphragme d’étre étudiés dans leurs mouvemens, dont voici les phénomènes.
Dans la contraction ordinaire , les lignes courbes que dftrivent ses fibres latérales s’effacent, celles-ci deviennent droites, et ce qui est augmenté par là dans la cavité pectorale est diminué dans l’abdominale. D’un autre côté, les piliers, se contractant, tirent en bas la partie postérieure du centre phrénique, dont la partie antérieure descend peu, et Re trouve même fixée par les fibres antérieures , en sorte que cette aponévrose devient très-oblique de haut en bas et d’avant en arrière. Or, ce mouvement tend à pousser en devant les viscères abdoniinaux , que les fibres latérales dépriment en les dirigeant aussi un peu antérieurement , en sorte que le mouvement ordinaire du diaphragme ne se ressent que très-peu vers la partie inférieure du ventre, et que les parois antérieures de cette cavité sont surtout poussées en devant par l’impulsion communiquée
aux viscères. Mais si les contractions de ce muscle deviennent très- violentes, et surtout si, au lieu de céder aux viscères gastriques , les parois abdominales se resserrent sur eux en même temps que le diaphragme se contracté, c’est sur la région pelvienne que se porte tout Feffort, comme on le voit dans l’excrétion des urines ou des excrémens, dans l’accouchement, etc.
La poitrine est surtout dilatée sur les côtés et en arrière par Faction de ce muscle. Or, c’est précisément le double sens auquel correspondent les poumons. Cela est évident pour les côtés , où repose la base de ces organes. De plus , il y a derrière le péricarde, sur les côtés du médiastin postérieur, un espace où se logent en partie ces viscères quand le centre phrénique abaissé en arrière dilate cet espace. Comme ce centre n’est point extensible ainsi que les autres organes fibreux , si la contraction est trèslorte,les côtes alKlominales sont rapprochées, et dans ce cas le diapliragme agit à peu près comme le transverse ; en sorte qu’en dilatant de haut en bas la poitrine, il peut dans certains cas la resserrer transversalement.
Dans le relâchement, le diaphragme est passif comme la plupart des autres muscles. Distendus par les viscères gastriques, les muscles abdominaux se resserrent alors, les refoulent, et rendent au muscle la concavité qu’il avait perdue. Cependant, sans cette réaction , il pourrait redevenir concave , comme on le voit très-bien sur un animal dont le ventre est ouvert, et où ce muscle descend et remonte alternativement sans influence étrangère. J’ai été sou-
Il8 APPAREIL DE LA LOCOMOTIOIN'.
vent frappé dans cette expérience, déjà faite par plusieurs physiologistes , de la force prodigieuse avec laquelle le diaphragme presse en bas les viscères gastriques, et les force à sortir par l’ouverture des muscles abdominaux, qi^oiqu’elle soit encore très-petite.
D’après ce que nous venons de dire, on voit que le diaphragme, cloison intermédiaire aux deux cavités abdominale et thoracique, a sur elles une influence marquée, outre l’usage de les séparer. Agent essentiel de la respiration, il favorise toutes les fonctions abdominales, et meme y est, jusqu’à un certain point, indispensablement nécessaire. Il as" sujettit la poitrine et la rend immobile en tirant les côtes en dedans, tandis que les muscles abdominaux les tirent en bas, pendant la sustension des fardeaux, circonstance dans laquelle certains muscles ont besoin de trouver un point fixe sur cette cavité.
Remarques sur les Mouvemens de la Poitrine.
Il résulte de ce que nous avons dit isolément des muscles de chaque région de la poitrine , qu’ils ont deux buts principaux dans leur action , savoir, les mouvemens généraux des membres supérieurs et du tronc; 20 les mouvemens de la poitrine ellemême. Je ne parlerai point ici des premiers, sur lesquels je reviendrai, et auxquels cette cavité ne concourt que comme point d’appui : les seconds vont particulièrement m’occuper.
Les mouvemens des parois pectorales se réduisent à rinspiration et à l’expiration. Nous avons déjà
parlé de ces deux mouvemens; nous récapitulerons seulement ici les puissances qui les mettent en jeu.
• I. L’inspiration a trois degrés. Dans le premier ou dans l’inspiration ordinaire, le diaphragme agit presque seul, les intercostaux ne le secondent que faiblement. Dans les cas d’affection rhumatisante de ces muscles ,de phlegmasie de la portion de la plèvre qui les revêt, d’ossification complète des cartilages costaux, il est l’agent unique de la dilatation, comme encore dans une expérience que j’ai faite plusieurs fois, et qui consiste à couper la moelle épinière au-dessous des nerfs phréniques. Dans le second degré d’inspiration , l’action des intercostaux est aussi marquée que celle du diaphragme, et le vide tend à se faire dans la partie supérieure comme dans la partie inférieure de la poitrine : il est même des cas où les intercostaux agissent presque seuls , comme quand le diaphragme est enflammé, ou dans les grossesses, dans les hydropisies, dans les tumeurs du foie, de l’épiploon, etc., qui, le refoulant en haut, l’empêchent d’agir, ou bien encore lors de la section des nerfs diaphragmatiques. On sait que chez les femmes les côtes sont plus mobiles. On peut à volonté faire isolément servir le diaphragme ou les intercostaux à la respiration , par une expérience simple, qui consiste à appliquer sur le ventre une ceinture serrée, qui, refoulant les viscères gastriques, presse le diaphragme, ou à entourer la poitrine d’un bandage compressif, c{ui, empêchant le mouvement des côtes , met en jeu ce dernier. Ce double moyen m’a servi plusieurs fois à étudier d’une manière isolée les phénomènes mécaniques de lares-
piration. Dans le troisième degré d’inspiration , les deux pectoraux J le grand dentelé, le petit dentelé supérieur, le sous-clavier, les scalènes, etc., etc., joignent leur action à celle des intercostaux et du diaphragme.
De combien la plus grande dilatation de la poitrine agrandit-eile les diamètres de cette cavité 3 Je crois qu’il est impossible d’avoir sur ce point des données bien précises. Gela varie suivant la conformation pectorale, suivant la force musculaire propre à l’individu, suivant la mobilité des côtes, et suivant d’autres circonstances : mais à en juger par la différence des quantités d’air qu’on peut absorber il peut y avoir une grande disproportion. En effet , si vous aspirez l’air d’une vessie à robinet , moyen que j’emploie comme le plus commode, une inspiration ordinaire n’en enlèvera que très-peu; tandis qu’une grande inspiration la videra presque totalement.
II. L’expiration a, comme l’inspiration, trois degrés. Dans le premier , il y a simple relâchement du diaphragme et refoulement des viscères par les muscles abdominaux. Dans le second , il y a d’abord ce phénomène , et de plus , par le relâchement des intercostaux, il y a abaissement de la poitrine, qui avait été précédemment élevée. Dans le troisième , il y a, outre les deux phénomènes précédens , qui sont presque passifs , une contraction active des muscles expirateurs , du carré des lombes, des abdominaux, du petit dentelé inférieur, etc.
Jusqu’à quel point la poitrine peut-elle se resserrer ? Gela varie , comme l’extrême de la dilatation , suivant diverses circonstances. Mais si on en juge par une expérience analogue à la précédente,
DES MUSCLES ET DE LEURS DiEPEI^DAlSrCES. 12 1
on verra qu’il y a aussi une grande disproportion entre l’expiration ordinaire et la plus grande expiration possible : car on remplit presque une vessie vide dans le second cas; tandis qu’on n’y pousse, dans le premier, qu’une quantité peu sensible de fluide. Il résulte de là qu’il y a , dans la poitrine , une différence considérable de capacité entre le maximum de dilatation et le maximum de resserrement, et par conséquent entre les deux quantités d’air que contient le poumon dans ces deux états. Je fais observer cependant qu’il ne faudrait pas , pour en avoir une idée, extraire les poumons de la poitrine, les souffler le plus possible , et les vider ensuite complètement, par le moyen d’une seringue, comme j’ai voulu le faire une fois. En effet , d’un côté , le poumon ainsi isolé est susceptible d’une dilatation à laquelle la poitrine ne pourrait se prêter en aucune circonstance ; d’un autre côté , le mécanisme de cette cavité ne lui permet jamais de se resserrer assez pour priver complètement ce viscère de l’air qu’il contient : il reste toujours, même après les plus fortes expirations, une certaine quantité de ce fluide. Ce n’est que dans les collections aqueuses ou purulentes de la poitrine que le poumon est complètement évacué.
Moui^emens particuliers de la Poitrine.
Après avoir indiqué les phénomènes mécaniques ordinaires de la respiration , je vais parler de certains qui en dépendent, mais q\n ont lieu plus rarement , c’est-à-dire du soupir , du bâillement , du hoquet, des sanglots, etc. Or, ces divers mouvemens
se rapportent, ou à l’inspiration , ou à l’expiration , ou à toutes deux en meme temps.
a, Mouvemens particuliers de la Poitrine relatifs à V Inspiration,
Ces mouvemens sont le soupir, le bâillement , la succion et l’effort.
Le soupir est une inspiration lente, large, longtemps continuée , qui dilate la poitrine d’une manière uniforme, et y introduit une quantité d’air plus grande que les inspirations précédentes. On soupire dans presque tous les cas où le sang, accumulé instantanément dans les cavités droites du cœur, doit traverser les poumons en plus grande quantité que de coutume. Alors il faut une dose d’air proportionnée à celle du sang , pour altérer ce fluide et le changer en rouge , de noir qu’il était. En effet , si , pendant que beaucoup de sang noir traverse le poumon , peu d’air y pénètre, l’altération sera imparfaite, et on éprouvera un malaise qui sera, si je puis m’exprimer ainsi, l’élément des accidens de l’asphyxie. Mettre en rapport la quantité d’air inspirée avec celle du sang noir venant du cœur, est donc le but du soupir , qui n’a point , comme le croient tous Içs physiologistes , l’usage exclusif de faciliter la circulation , en diminuant les plis des vaisseaux pulmonaires , lesquels ne peuvent être qu’au obstacle peu réel au cours du sang.
Les passions tristes , qui portent sur l’épigastre leur influence spéciale , qui affectent incontestablement les organes circulatoires , cpioique nous ignorions comment, accumulent le sang dans les cavités droites, et nous foht surtout soupirer. L’amour pro?
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPEÎÎD ANGES. ia3
duit souvent ie même phénomène. On fait de longs soupirs en sortant d’une syncope , et quelquefois pendant la digestion. Lorsqu’un animal a été momentanément asphyxié , que le sang noir a distendu par conséquent le côté droit du cœur, il soupire en revenant à la vie. On soupire en sortant de l’eau, etc. Or , dans tous ces cas , le soupir est à peu près le même : c’est toujours une grande et large inspiration qu’exécutent simultanément les intercostaux et le diaphragme, et qui est nécessitée par un trouble antécédent de la circulation ; il est destiné à en rétablir l’harmonie. L’homme qui a du chagrin éprouve à l’épigastre un poids auquel la congestion sanguine dans les cavités droites contribue beaucoup. Les soupirs lui ôtent ce poids : ils sont un remède, sinon à la cause de son chagrin, au moins à ses effets physiologiques. Ils ne sont point un effet primitif des passions tristes ; ils ne supposent point d’influence directe exercée par elles sur les poumons ou les muscles pectoraux, quoique dans notre manière de voir nous les considérions comme l’expression caractéristique de ces passions. Le soupir delà douleur est le même que ceux de la syncope , d’une digestion pénible, etc. : seulement il est allié à une expression différente de la physionomie.
Les soupirs se succèdent rarement et avec lenteur. Quand ils se précipitent, leur succession forme X anhélation ^ qui reconnaît des causes différentes des précédentes , comme nous le verrons.
Le bâillement a beaucoup d’analogie avec le soupir dans ses phénomènes, et surtout (|§ns ses causes. En général, toutes celles qui le mettent enjeu sup-?
posent aussi un trouble dans la circulation. Dans le sommeil, la circulation prend , comme on sait, un type un peu différent de celui qu elle a durant la veille. Quoique tous deux soient très - réguliers , dans le passage de Fun à l’autre , il y a un trouble momentané dans la circulation , qui accumule d’abord le sang du côté droit , et le fait passer ensuite en plus grande quantité par le poumon : de là le bâillement avant et après le sommeil. La faim fait bâiller : or, la faim change la circulation. L’ennui porte incontestablement son influence sur les organes circulatoires ; il pèse sur l’épigastre , et on peut se soulager , sinon de sa cause , du moins de ses effets physiologiques , en bâillant. Les animaux bâillent dans le vide pour absorber plus d’air; ils bâillent en sortant de l’asphyxie , de la syncope , etc. , comme ils soupirent. L’accès de fièvre intermittente , où la circulation est d’abord embarrassée, est accompagné de bâillemens : meme phénomène dans les accès hystériques. Faciliter la circulation pulmonaire , et proportionner la quantité d’air entrant dans le poumon pour colorer le sang, à la quantité de ce fluide qui arrive noir à cet organe : voilà donc quel paraît être le but principal du bâillement , analogue sous ce rapport au soupir, dont il diffère dans son mécanisme. En effet , le soupir n’est qu’une inspiration plus grande que de coutume ; le bâillement , au contraire , est un mode particulier d’inspirer et d’expirer. Voici ce mode :
La mâchoire inférieure s’abaisse fortement, la langue se poige en arrière , le larynx et l’os hyoïde descendent pendant l’inspiration qu’on fait alors, et
DES MUSCLES ET DE LEURS D:éPENDANCES.
qui est prolongée pendant un temps plus ou moins considérable. Souvent on reste durant quelques secondes la bouche béante, sans pomper de nouveau de l’air, et la glotte semblant ét#e fermée. On sent qu’il se fait un effort intérieur dans le poumon pour y faire circuler l’air, et qu’on a un obstacle à surmonter. Dès que cet obstacle est vaincu , une grande expiration succède ; la mâchoire se ferme , le larynx remonte rapidement, et la trachée-artère s’allonge. Si l’obstacle n’a pas été vaincu, et que cependant l’expiration se fasse , on sent encore , après avoir bâillé , une espèce d’embarras dans le poumon : on s’en délivre par un bâillement complet. Ce phénomène, qui n’a frappé aucun auteur, me fait croire que, dans le bâillement, l’air parcourt le poumon d’une manière différente de la respiration ordinaire. Dans cette respiration, l’air qui sort n’est pas celui qui vient d’entrer : il y a eu séjour plus ou moins considérable dans le poumon; sans cela il y aurait une masse d’air qui ne sortirait jamais de ces organes , puisqu’il en reste toujours après les plus fortes expirations. L’air d’une inspiration séjourne donc pendant quelque temps dans les cellules pour colorer le sang, et ressort ensuite à une expiration plus ou moins éloignée. Il paraît , au contraire, dans le bâillement, ou que l’air traverse les bronches, les vésicules, et qu’il revient tout de suite; ou qu’il chasse en grande partie celui qui y stagnait, pour rester à sa place. En un mot, il surmonte un obstacle, souvent avec peine, ce qui n’a point lieu dans le soupir : c’est là sa grande différence. On dirait qu’il balaye le poumon , qu’il en désobstrue les vais-
I!26 appareil dé la LOCOMOTlOîT^
seaux aériens , les soupirs ne faisant qu’y amener plus d’air. Au reste, on conçoit que nos données sur son action dans le poumon sont nécessairement incertaines; mais iàmérite, je crois, un examen attentif, tous les auteurs n’ayant dit sur ce point que des choses vagues.
La succion a été exposée dans les mouvemens de la langue. J’ai particulièrement fait voir ailleurs combien la bouche de l’enfant est favorablement organisée pour le mode de préhension des alimens fluides; je ne reviendrai pas sur ce point.
V effort nous a déjà aussi occupés relativement à son mécanisme pour soulever des fardeaux sur l’épaule , par Faction du grand dentelé, qui prend alors son point fixe sur cette cavité rendue immobile. Mais ce n’est pas seulement dans ce cas que la poitrine devient le point fixe auquel se rapportent tous les efforts du tronc et même des membres. Lorsque nous soutenons une charge sur le dos, les tendons d’origine du sacro-lombaire ont besoin de trouver les côtes fixes et immobiles. Dans la prépulsion, où les deux pectoraux et le grand dorsal agissent surtout, meme nécessité de la fixation de la poitrine , qui du reste est indispensable toutes les fois que les muscles qui y sont attachés et qui vont à d’autres parties se contractent fortement pour le mouvement de ces parties. Or , pour fixer ainsi la poitrine solidement, i® nous faisons une grande inspiration qui remplit cette cavité d’air, lequel y est retenu par l’occlusion exacte de la glotte pendant tout le temps de l’effort. Cet air, qui distend le poumon, empêche les côtes de se porter en dedans.
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPEND AlYCES. IQ.^
D’un autre côté , le diaphragme et les muscles abdominaux contractés retiennent fortement en bas le rebord cartilagineux des côtes, en sorte que la poitrine devient ainsi un tout immobile , capable de fournir un appui solide.
Si l’inspiration nécessaire à l’effort continue pendant long-temps, alors les cavités droites du cœur se remplissent de sang noir, parce que ce fluide est exprimé des muscles nombreux qui sont en contraction. Ce fluide plus abondant nécessite , d’une part, l’agitation du poumon pour pouvoir y circuler; d’une autre part, l’air qui remplit les dernières vésicules est bientôt épuisé de sa portion respirable par le sang qui devient rouge ; et comme l’immobilité du poumon empêche cet air épuisé de sortir des vésicules, et celui qui se trouve dans les gros vaisseaux aériens de lui succéder, le sang commence à passer noir dans les veines pulmonaires, la face devient violette, et l’asphyxie surviendrait si l’inspiration était plus long-temps prolongée. Il est probable aussi que la plénitude des cavités droites du cœur oppose un obstacle au sang venant des jugulaires, et détermine une stase sanguine, et peut-être même un reflux dans les veines cérébrales et faciales, d’où naissent, ainsi que de la cause précédente, la tuméfaction et la lividité de la face, etc.
L’effort expose aux hernies; j’ai déjà dit comment. De plus, il détermine souvent des crachemens sanguinolens, parce que, fortement distendues par l’air, les vésicules pulmonaires peuvent se rompre. Il est même des exemples d’hommes morts subitement dans un violent effort. Une expérience
laS APPAREIL DE LA LOCOMOTIOTiT.
que j’ai indiquée dans mon Traité de la vie et de la mort explique ce phénomène. En effet, si, par le moyen d’un robinet adapté à la trachée-artère , on pousse chez un animal vivant une grande quantité d’air dans le poumon , et qu’on ferme ensuite le robinet pour retenir long-temps cet air , aussitôt l’animal s’agite, se débat, fait de grands efforts avec les muscles pectoraux. Ouvrez alors une artère, meme parmi celles qui sont les plus éloignées du cœur, le sang jaillit aussitôt écumeux; il présente une grande quantité de bulles d’air. Si c’est du gaz hydrogène que vous avez employé, vous vous assurez qu’il a passé en nature dans le sang, en approchant de ces bulles une lumière qui les enflammera. Quand le sang a coulé écumeux pendant trente secondes et même moins, l’animal périt avec les mêmes symptômes que si de l’air avait été injecté dans le système vasculaire à sang noir, parce que l’air est allé influencer l’organe cérébral, dont il a détruit l’action. Il paraît donc que, dans les grandes inspirations long -temps soutenues, l’air peut passer quelquefois , de quelque manière que ce soit, dans le sang, et produire la mort.
b. Mouvemens particuliers de la Poitrine relatifs à U Eocpiratio n.
Ces mouvemens sont la toux et l’éternument. Les diverses modifications de la voix se rapportent aussi à l’expiration ; mais il ne peut être de mon objet d’en traiter ici.
La toux consiste en une expiration forte et brusque , dans laquelle non-seulement la poitrine descend par le relâchement des intercostaux, mais
se rétrécit encore par la contraction subite des muscles abdominaux , qui poussent contre le diaphragme les viscères gastriques , par Faction du triangulaire sternal , et par celle du petit dentele postérieur. Poussé avec force en dehors par ce mouvement, l’air passe par la glotte, qui se trouve alors rétrécie pour donner plus de rapidité à ce fluide, et qui par là lui imprime une vibration d’où naît un bruit sensible. Ce rétrécissement de la glotte établit une différence entre la toux et les fortes expirations ordinaires , expirations dans lesquelles cette ouverture , élargie comme de coutume, ne communique à l’air ni vitesse plus grande ni vibration plus marquée.
La vitesse de la sortie de l’air , dans la toux , est nécessaire pour entraîner au dehors diverses substances que nous rejetons par ce mouvement brusque d’expiration. En effet, dans Fétat ordinaire, les sucs muqueux déposés sans cesse par sécrétion sur la surface des bronches se dissolvent dans l’air, qui suffit pour les enlever ; mais dès que ces sucs augmentent, comme le dissolvant n’augmente point I en proportion, ils s’amassent sur la membrane mui queuse, l’irritent et nécessitent la toux, pour en- \ tramer ce qui n’a pu être dissous. La toux supplée \ donc alors au défaut de dissolution de ces sucs ; elle I est aux poumons ce qu’est le vomissement à l’estoé mac , dans sa plénitude muqueuse, bilieuse, etc., avec la différence qu’elle est toujours volontaire , parce que les muscles qui l’exécutent reçoivent tous des nerfs cérébraux.
Tout corps étranger tombé dans la trachéeartère, les concrétions diverses qui s’y forment, le
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sang- qu’y versent les exhalans dans la péripneumonie et autres affections pulmonaires ^ les sucs infiniment variés qui s’échappent de la surface muqueuse dans les catarrhes divers , le pus qui tombe dans les bronches chez les phthisiques , etc. ^ sont autant de causes qui y font naître une sensation incommode dont la toux nous débarrasse en enlevant la cause qui la produit. Toute excitation un peu vive des bronches par une cause matérielle est donc calmée par la toux. Or, l’habitude d’être soulagés par elle fait que nous toussons lors même que le poumon, excité sympathiquement, n’offre aucun corps à expulser. Souvent on tousse à l’instant où le froid est appliqué à la plante des pieds , à la nuque , etc. ; on tousse quand la plèvre enflammée porte son influence sur le poumon sans y augmenter la sécrétion muqueuse ; .on tousse dans les affections gastriques, etc., etc. La plupart de ces toux sympathiques sont sèches. Dans certaines affections directes du poumon où cet organe est irrité sans que plus de fluide se répande dans les bronches, comme dans les tubercules commençans , il y a aussi toux sèche. Je crois que les toux sympathiques diffèrent du vomissement de même nature , en ce que , dans celui-ci , c’est presque toujours la membrane musculeuse qui reçoit l’influence , tandis que presque jamais les puissances respiratrices ne sont influencées sympathiquement : c’est presque toujours le poumon qui est affecté, et où naît un sentiment pénible qui détermine ces puissances à se contracter comme s’il y avait quelque chose à expulser.
J’observe que le rétrécissement de la glotte pour
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPENDANCES. l3l
communiquer plus de vitesse à Fair lorsque des matières sont à rejeter par la toux , offre un phénomène analogue au rétrécissement de l’ouverture de
l’isthme du gosier J dans l’expectoration des crachats muqueux et difficiles à pousser dans la bouche , et au rétrécissement de l’ouverture des lèvres, qui se froncent quand nous voulons rejeter avec force au dehors la salive ou les crachats.
V éternument ^ qui se rapporte comme la toux à l’expiration, en diffère cependant en ce que la cause qui le détermine réside spécialement dans les fosses nasales. Toute cause matérielle qui irrite vivement la pituitaire met en jeu les puissances de l’expiration : tels sont les divers médicamens qu’on nomme communément sternutatoù'es ^ et qui sont presque toujours sous forme de poudre; Faction du soleil, laquelle , exercée sqr la membrane conjonctive seule , influence souvent la pituitaire par la continuité qu’établissent entr’ell es les points lacrymaux; l’amas de matièï^es muqueuses à la surface de cette dernière membrane ; son excitation par un corps solide, par une petite brosse, par quelques poils promenés sur sa surface , etc. A cet égard, je ferai observer qu’il faut poim Féternument un mode d’ex- ; citation particulier : car un instrument tranchant ] qui déchire la pituitaiEe ne fait pas éternuer, tandis qu’un poil qui la frotte légèrement détermine ce phénomène. Ainsi le chatouillement de la peau donne-t-il quelquefois des convulsions, et tend-il ii toujours à faire contracter tous les muscles volon- ;i taires ; tandis que la section des tégumens , qui i occasioneune douleur bien plus vive , ne met point
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aussi efficacement en jeu Faction musculaire. «En général, la sensation qui détermine Féternument a beaucoup d’analogie avec celle que produit le chatouillement cutané.
ïi y a des éternumens, comme des toux, qui ne reconnaissent point de causes directes, mais uniquement des affections sympathiques. Affectée sympathiquement dans diverses maladies , la pituitaire est le siège d’un sentiment incommode, dont on cher, che à se délivrer par Féternument ; c’est comme quand on souffre au bout du gland par la présence d’une pierre dans la vessie, et que le malade cherche, en se frottant l’extrémité de la verge, à apaiser le sentiment sympathique qu’il éprouve.
Quelle que soit la cause directe ou sympathique de Féternument, son mécanisme est le même : il consiste en une expiration grande et subite, qui ^pousse beaucoup d’air à travers la glotte; mais’ au lieu de passer, comme dans la toux, par la bouche , cet air sort par les fosses nasales, p^rce qu’à l’instant où il entre dans le pharynx , la base de la langue s’élève et la voûte du palais s’abaisse , en sorte que d’une part l’isthme du gosier est fermé , et que de l’autre, l’ouverture postérieure des fosses nasales est libre. En passant ainsi par les fosses nasales, l’air entraîne ce qui s’y trouve, et le son que ses vibrations ont déterminé à la glotte y éprouve une résonnance particulière qui le fait essentiellement différer de celui de la toux.
L’éternument est presque involontaire. En effet, lorsque l’irritation est vive sur la pituitaire, on dirait que les puissances expiratrices, sympathique-
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPENDANCES. l33
ment affectées, agissent comme les autres muscles clans les convulsions sympathiques. Sous ce rapport, réternument diffère essentiellement de Faction de se moucher, qui est purement volontaire, et où, comme dans ce mouvement, tout l’air de l’expiration passe par le nez pour entraîner au dehors les matiè" res muqueuses. Peu d’hommes éternuent à volonté, et se retiennent volontairement quand ils ont envie d’éternuer; au contraire, la toux est presque toujours volontaire.
L’éternument détermine dans tous les organes une secoussse générale qui active souvent les fonctions qui languissent. La circulation en particulier est favorisée par ce mouvement, qui est salutaire en diverses circonstances.
L’éternument est plus rare que la toux , d’abord parce que moins de causes excitent la pituitaire que la membrane pulmonaire ; ensuite parce que, quand des fluides s’accumulent sur la première, ils ont en avant et en arrière des issues qu’ils ne trouvent point sur la seconde. On a exagéré le danger de l’éternument comme celui de la toux, pour les ruptures vasculaires, etc.
c. Mouvemens j)ariicidiers de la Poitrine relalifs a l* Inspiration et à
P Expiration.
Les mouvemens qu’il nous reste à examiner se rapportent presque également à l’inspiration et à l’expiration : ce sont l’anhélation , le rire, les pleurs, le sanglot et le hoquet.
V anhélation consiste en une suite rapidement enchaînée d’inspirations et d’expiratious. LHe a
l34 • appareil de la locomotion-.
pour but d’au gmen ter la quantité d’air qui, dans un temps donné, pénètre les poumons, et de‘proportionner la dose de ce fluide à la quantité de sang qui passe par le poumon , quantité qui est toujours accrue dans le temps de Fanhélation. Celle-ci a donc le meme but que le soupir, dont elle ne diffère qu’en ce que , dans ce dernier, le sang s’amasse peu à peu dans le côté droit, vu qu’il est poussé avec peu . de force au poumon , où il n’arrive en quantité plus grande que par intervalles. Par exemple, dans le chagrin, ce fluide s’accumule d’abord, puis, en raison desamasse accumulée, fait une fois contracter fortement le ventricule. Beaucoup de sang arrive donc au poumon par cette contraction isolée, et nécessite le soupir. Le ventricule se remplit ensuite peu à peu , parce qu’à chacune des contractions suivantes, il y reste plus de sang que de coutume, attendu que ses forces ont été affaiblies par la passion, comme il arrive souvent pour les muscles de la vie animale, quand , par exemple , les bras tombent par l’effet de la crainte. Au bout de quatre à cinq contractions, le côté droit est donc plein de nouveau : il faut donc une contraction nouvelle plus forte pour le vider, un soupir nouveau se manifeste, et ainsi de suite. Dans l’anhélation , au contraire , le sang arrivant continuellement et avec rapidité aux cavités droites, qui ne sont point affaiblies, est poussé aussi continuellement et avec rapidité au poumon : c’est ce qui arrive dans une course violente , dans ce qu’on nomme un accès d’asthme, dans certains accès de fièvre , quoique cependant la respiration ne soit pas toujours proportionnée dans les ma-
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ladies fébriles à l’état du pouls , ce qui mérite meme des recherches ultérieures. On conçoit que si , beaucoup de sang traversant le poumon , la respiration n’y introduit pas plus d’air qu’à l’ordinaire , la coloration en rouge ne peut avoir lieu que pour une partie du sangy et l’asphyxie doit en être la suite.
Il est une autre cause d’anhélation très-différente de celle-ci : ce sont les divers embarras du poumon. Lorsqu’à chaque inspiration ce viscère ne peut recevoir qu’une petite quantité d’air, comme dans la péripneumonie, où le sang qui le surcharge affaisse en partie les cellules aériennes; dans les plaies de poitrine, où l’air qui pénètre par la plaie à chaque inspiration s’oppose en partie à celui qui entre dans les bronches; dans les collections purulentes ou aqueuses qui se font dans lajplèvre , surtout lorsque, par certaines positions, elles pèsent sur les poumons; dans les compressions extérieures exercées en même temps et sur la poitrine et sur l’abdomen ; dans les diverses affections de poitrine où le poumon s’embarrasse , etc. , etc. ; dans tous ces cas , si la respiration ne se précipitait pas, moins d’air que de coutume entrerait visiblement dans la poitrine. Or, comme la quantité de sang qui traverse le poumon reste à peu près la même, l’altération de ce fluide par l’air serait encore troublée, accident que d’on prévient en suppléant par la fréquence des inspirations à leur peu d’efficacité.
Enfin il est une autre cause d’anhélation : c’est lorsque l’air contient peu de principe respirable , lorsque la respiration a été interrompue pendant quelque temps , et qu’il faut renouveler tout l’air
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contenu dans le poumon, etc. Alors, des inspirations et expirations fréquemment répétées introduisant une grande quantité de fluide aérien dans un temps donné, la respiration se soutient et se répare. L’anhélation a lieu ordinairement dans les premiers instans où un animal est dans le vide.
Le rire est l’expression de la joie, comme on le sait. J’ai montré plus haut son influence sur les muscles de la face; j’ai aus§i observé que le diaphragme paraissait principalement affecté par lui. Considéré par rapport à la respiration , il consiste en une succession rapide d’élévations et d’abaissemens du diaphragme , mouvemens dans lesquels peu d’air entre dans la*poitrine; car, remarquez que les inspirations et expirations rapides qui en résultent ne sont point nécessitées, comme dans le soupir, le bâillement, l’anhélation, etc., par un état particulier de la circulation, état auquel il faut que la respiration s’accommode. Le rire dépend d’une influence immédiate exercée par les passions gaies sur le diaphragme et sur les muscles labiaux; si la circulation et la respiration sont influencées par lui, ce n’est que secondairement, et à cause de la position du^ premier. Les mouvemens qui ont lieu alors sont jusqu’à un certain point involontaires, comme tous ceux que les passions déterminent. Nous pouvons bien les simuler, épanouir à volonté les traits de la face, comme dans le sourire, auquel le diaphragme est toujours étranger, agiter même ce dernier en même temps que nous contractons les muscles faciaux , de manière à tromper sur l’état réel de notre âme ceux qui nous entourent; mais alors nous n’é-
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prouvons jamais ce sentiment intérieur qui accompagne le mouvement réel du rire. Il en est de meme de toutes les passions qui mettent en jeu les muscles volontaires : ceux-ci deviennent alors, pour ainsi dire, involontaires, comme je Fai observé ailleurs.
On sait que la joie seule n’occasione- pas le rire , que le ridicule le provoque, que le chatouillement dans les diverses parties sensibles de Forgane cutané en est souvent Yine cause inévitable, qu’il est parfois un phénomène de l’hystérie, qu’il est quelquefois subitement produit par une idée bizarre qui naît dans l’esprit, etc. Or, pour peu cpie vous réfléchissiez à ces causes, et à plusieurs autres que je pourrais y joindre, vous verrez qu’il est presque toujours une affection nerveuse, qu’il a bes^ucoup d’analogie avec les affections spasmodiques que les passions diverses excitent dans le système musculaire, et que, comme je Fai dit, les phénomènes respiratoires et circulatoires qui l’accompagnent eu sont toujours les effets, sans cependant en être le but, mais n’en sont jamais la cause.
Les pleui's ^ considérés uniquement par rapport à l’œil, ne sont qu’une sécrétion plus grande des larmes, occasionée tantôt par un irritant, tantôt par une cause morale, etc. Ils sont étrangers aux puissances respiratrices; ils sont au chagrin ce que le sourire est à la joie, sous le rappôrt de leur siège, qui est exclusivement à la face. Mais si l’affection est très-vive, le sanglot se joint à eux, et le mouvement i expressif de nos peines s’étend alors au diaphragme I et aux muscles abdominaux. Le rire et le sanglot ! ont donc cela de commun, qu’ils ont en même temps
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letir siéfije à la poitrine et à la face. Ils portent meme, à la poitrine , leur influence spéciale sur le meme muscle , sur le diaphragme. Mais ils diffèrent , à la ■face, en ce que l’un a son siège particulier dans la X'égion de l’œil , l’autre dans celle de la bouche ; en ce que l’un y met spécialement en jeu l’action glanduleuse, et l’autre l’action musculaire. '
Dans le sanglot , il y a élévation et abaissement du diaphragme, comme dans le rire; mais, d’une part, ces élévations et abaissemens sont plus sensibles ; de l’autre part , ils ne se succèdent point avec autant de rapidité. Le mouvement du diaphragme dans le sanglot est pour ainsi dire intermédiaire à celui qu’il exerce dans le rire , et à celui dont il est le siège dans le hoquet. Ce mouvement est véritablement spasmodique : il est brusque , instantané , et diffère par là essentiellement du soupir, avec lequel le sanglot est si souvent entremêlé dans la douleur. Par lui, peu d’air entre efficacement dans la poitrine , parce que aussitôt que le diaphragme s’est contracté , il se relève et chasse le fluide qui s’était introduit, avant que celui-ci ait pu agir sur le sang. Aussi c’est moins lui que le soupir qui nous débarrasse de ce poids incommode que nous sentons sur la poitrine dans les chagrins profonds , et auquel l’embarras de la circulation, déterminé par l’influence que le cœur a reçue et qui a troublé ses fonctions, contribue beaucoup. Il est, comme le rire, un effet immédiat de l’état de l’âme. Les puissances qui .le produisent ont été directement affectées ; leurs contractions deviennent presque involontaires. Au contraire , le soupir n’est qu’un effet secondaire ,
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comme je Fai observé : il consiste en une contraction volontaire et lente du diaphragme et des intercostaux , pour établir une proportion entre la circulation et la respiration. Mais comme les mêmes puissances exécutent le §oupir et le sanglot, il est évident que, quand on sanglote beaucoup, on ne peut soupirer, parce que la volonté n’est plus maîtresse de dilater à son gré la poitrine : aussi on est presque toujours menacé de suffocatijon quand les sanglots se succèdent rapidement. L’étouffement qui survient alors est remarquable , surtout chez les enfans, hhez lesquels le mouvement spasmodique du diaphragme ' qui détermine le sanglot est plus commun que chez l’adulte.
Aucun auteur ne me paraît avoir bien fait apprécier la différence du sanglot et du soupir. Dans l’un , le mouvement est spasmodique ; dans l’autre , il est volontaire. Quand on soupire en sanglotant, on est soulagé ; alors la volonté profite des instans d’intervalle où le diaphragme n’est point agité spasmodiquement , pour le faire contracter. Ce phénomène est le même que celui des expériences où le cerveau est à découvert chez un animal : les mouvemens sont spasmodiques, indépendans de la volonté par conséquent pendant qu’on irrite l’organe, tandis quelle les dirige dans les intervalles. C’est comme dans le hoquet, où la voix et la respiration se font comme à l’ordinaire dans l’intervalle de la contraction spasmodique du diaphragme.
Le sanglot ne soulage point, dans le chagrin, sous le rapport de la circulation. Cependant on se sent mieux quand on verse des pleurs. Mais est-ce la
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sécrétion des larmes qui soulage ? Cette sécrétion n’indique-t-elle pas plutôt qu’on est soulagé ? Je compare ce qui arrive alors dans les passions tristes à ce qu’on observe dans certaines fièyres qui suppriment d’abord toutes les sécrétions: cette suppression indique la violence du mal ; quand les fluides sécrétés recommencent à couler , c’est un indice qu’il est moins intense. De meme , les violens chagrins suppriment la sécrétion des larmes : quand ils sont moindres , les sources de ce fluide se rouvrent. Or, cette variété dans l’écoulement des larmes est plutôt un indice qu’une cause de la vivacité plus ou moins grande de la douleur. •
Quel lien inconnu lie le diaphragme aux organes faciaux, dans le rire et le sanglot ? Je l’ignore : seule- ' ment j’observe que ce phénomène est plus marqué chez l’homme que chez tous les animaux, dont la face ne se prête point, par %a conformation , aux expressions diverses dont la sienne est le siège dans les différentes passions.
Le hoquet a beaucoup d’analogie avec le sanglot. Il consiste en une contraction du diaphragme brusque , rapide , et tout de suite suivie de relâchement. Cette contraction est essentiellement spasmodique et indépendante de la volonté. On peut bien , comme dans celle du rire et du sanglot , simuler son mouvement; mais l’impression que le hoquet véritable fait en nous , et qui détermine ce mouvement , ne s’éprouve point alors.
Les hoquets ne se succèdent point aussi rapidement que les sanglots : quelquefois trente , quarante secondes , une minute et plus , séparent chaque
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contraction. Mais le mode du mouvement est absoîument le même ; il est, comme dans le sanglot, presque étranger aux muscles abdominaux , qui , seulement poussés brusquement en devant par la contraction , reviennent ensuite sur eux -mêmes à l’instant du relâchement.
Le hoquet succède quelquefois au sanglot , et alors il reconnaît les mêmes causes *, mais le plus souvent il dépend d’un état particulier de Festomac. Une déglutition trop brusque, un amas de matières non digestibles dans l’estomac , une plaie de ce viscère , une compression subite , etc. , le déterminent. Il se manifeste rarement dans les affectirons gastriques. Quand il survient, il faut bien le distinguer des efforts pour vomir , efforts dans lesquels l’estomac agit principalement , tandis que, comme siège du mouvement, il est étranger au hoquet, et dans lesquels le diaphragme se contracte d’une manière plus lente et plus uniforme. Quand le hoquet tient à un état particulier de Festomac , on peut le guérir en agissant sur ce viscère: un verre d’eau froide, trois ou quatre déglutitions un peu copieuses excitent le vomissement et vous en débarrassent parfois.
Quelquefois le hoquet survient sans aucune cause apparente. Dans les hydropisies ascites et dans plusieurs autres affections chroniques, il est souvent l’avant-coureur de la mort. Dans les expériences sur les animaux vivan s , où on leur ouvre le ventre en laissant la poitrine intacte, j’ai observé souvent que, quelque temps avant la mort, il y avait par intervalles des contractions brusques et courtes du diaphragme exactementanaloguesâ celles du hoquet.
Quelle que soit la cause de celui-ci, il est toujours évidemment un état spasmodique ; c’est un mode de convulsion propre au diaphragme. Peu de muscles en présentent d’ exactement semblable , ce qui n’est pas étonnant vu la disposition particulière de ce muscle. Chaque surface séreuse a son mode d’accroissement d’exhalation ; chaque glande a son accroissement particulier de sécrétion ; chaque surface muqueuse a un mode propre de catarrhe , pourquoi certains muscles n’auraient-ils pas leur mode spécial de convulsion , surtout quand ils diffèrent des autres par leurs fonctions , leurs nerfs , etc. ? Le J|oquet, quoique exécuté par les muscles respirateurs , a peu d’action sur la respiration , à cause de son mouvement brusque et subit , qui chasse tout de suite l’air qui était entré. Il s’accompagne d’un certain bruit , qui paraît tenir à la rapidité avec laquelle l’air est tout à coup introduit par la glotte , car ce bruit se fait pendant l’inspiration.
D’après ce que j’ai dit jusqu’à présent sur les mouvemens particuliers relatifs à l’inspiration et à l’expiration isolées, ou à toutes deux en meme temps , il est évident que la nature et le but de ces mouvemens sont très-différens. i°. Le soupir, le bâillement, l’anhélation, sont principalement déterminés par un trouble dans la circulation ; ils ont pour but spécial de proportionner l’air inspiré au sang qui passe par le poumon, a®. La toux et l’éternument ont pour but principal de débarrasser, de balayer, pour ainsi dire, soit la surface muqueuse des bronches, soit celle du nez. 3^. Enfin le rire, le sanglot, le hoquet, sont des mouvemens pürement spasmodiques, qui
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influencent la respiration sans avoir un but réellement relatif à l’inspiration ou à l’expiration. Les nerfs paraissent jouer ici un rôle principal; et comme le système nerveux est prédominant chez l’enfant , il n’est pas étonnant c|ue ces mouvemens divers soient beaucoup plus fréquens et meme plus marqués chez lui que chez l’adulte. On sait quelle est la susceptibilité des enfans pour rire, pour pleurer en sanglotant. Le moindre dérangement dans la digestion leur donne le hoquet.
Développement des Muscles de la Poitrine,
Quoique en partie affaissées sur elies-mêmès et rapprochées les unes des autres, chez le fœtus qui n’a point respiré , les côtes sont très-développées , comme je l’ai fait observer. Leurs espaces sont aussi très-marqués, et les muscles intercostaux très-prononcés, par conséquent : seulement, comme le foie refoule en haut ces os, et qu’il rétrécit les espaces , .ces muscles se plissent un peu pour s’accommoder à cette disposition, qui est augmentée encore par l’in- Iclinaison constante de la poitrine sur l’abdomen. La grande étendue de la circonférence inférieure de la jpoitrine , étendue nécessitée par le volume des vislicères gastriques qu’elle embrasse, semble donner i plus de largeur proportionnelle au diaphragme que :par la suite; mais j’ai remarqué que cet excès d’ésfendue n’est qu’apparent. En effet, plus la circonférence pectorale est grande, moins le diaphragme l est concave; il s’élargit aux dépens de sa concavité, Iqui devient moindre. C’est en partie cette raison et ‘ en partie le volume du foie qui font que ce viscère
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descend plus Las chez le fœtus que chez l’adulte ^ qu’il dépasse sensiblement le rébord cartilagineux des côtes. Ce rapport inverse de la largeur de la circonférence pectorale et de la concavité diaphragmatique est remarquable non-seulement dans le fœtus comparé à l’adulte, mais meme chez celui-ci examiné en diverses circonstances. L’effet des corps de baleine et des autres habillemens qui resserrent celte circonférence, mis en parallèle avec la grossesse, l’hydropisie, les diverses tumeurs abdominales, qui l’agrandissent, prouve ce fait. On est étonné quelquefois, dans les hydropisies, que le foie ne soit pas plus refoulé en haut : cela dépend de ce que le diaphragme a été élargi. En général , le foie remonte plus ou moins dans les maladies de l’abdomen; sa disposition est alors très-variable , dans les cas oèi la pression de bas en haut a été uniforme. Or, remarquez que , quand il est refoulé très-haut, la circonférence de la poitrine n’a point été agrandie par la pression , qu’elle l’est constamment, au contraire, dans les cas où il n’y a point eu de refoulement.
Cette remarque suppose que le volume de ce viscère n’a été ni augmenté ni diminué dans les hydropisies; cas c|ui arrive fréquemment, et dans lequel il faut bien distinguer ce qui appartient au volume d’avec ce qui dépend de la position du foie; position sur laquelle influe l’état du diaphragme, état dépendant lui-m,éme de celui de la circonférence pectorale inférieure.
Les autres muscles de la poitrine ne m’ont paru offrir rien de particulier dans leur développement.