‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier Bichat (volume 2)Chapitre 14 sur 61 · DES MEMBRES SUPÉRIEURS · texte numérisé non relu

DES MEMBRES SUPÉRIEURS

Ces muscles, très-nombreux, ainsi cjue ceux des membres inférieurs, accommodés, comme les os correspondans, non à la station quadrupède, mais à la préhension des objets , se divisent naturellement en ceux de l’épaule, du bras, de Favant-bras et de la main.

L’épaule comprend les régions, i® scapulaire postérieure, a® scapulaire antérieure, 3® scapulaire externe.

On trouve au bras les régions, i° brachiale antérieure, brachiale postérieure.

L’avant-bras offre les régions, anti-brachiale antérieure et superficielle, anti-brachiale antérieure et profonde, 3*^ anti^brachiale postérieure et superficielle, anti-brachiale postérieure et profonde, 5*^ radiale.

Les régions de la main sont, l la palmaire externe, 2° la palmaire interne, 3^^ la palmaire moyenne, 4^ Finterosseuse.

MUSCLES DE UÉPAULE.

§ I®*’. Piégion scapulaire -postérieure.

On y trouve le sus-épineux, le sous-épineux, le petit rond et le grand rond.

Muscle sus-épineux. Allongé, épais, triangulaire, pyramidal , situé dans la fosse de son nom. Ses fibres naissent, i® en petit nombre, d’une aponévrose mince attachée à l’épine de l’omoplate, au bord coracoïdien de cet os , et à la portion supérieure du bord spinal , aponévrose qui recouvre exactement ce muscle en arrière , et que forment des fibres entre-croisées ; 2° en très-grand nombre et par de courtes aponévroses , des deux tiers internes de la fosse sus-épineuse. De là, elles se dirigent en dehors, en convergeant un peu , et viennent toutes s’insérer obliquement tout autour d’un épais tendon qui, d’abord très-large, occupe l’épaisseur du muscle, se rétrécit ensuite en s’épaississant, abandonne , en passant sous le ligament coraco-acromien, les fibres charnues plutôt du côté interne que de l’externe, se courbe un peu sur l’articulation humérale, perce la capsule fibreuse , ou plutôt s’identifie avec elle, et vient s’insérer au-devant de la grosse tubérosité de l’humérus, séparé du tendon du sousscapulaire par celui du biceps, et souvent uni à celui du sous-épineux.

Le sus-épineux correspond d’un côté au trapèze,

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au ligament coraco-acromien et au deltoïde; de l’autre côté, à la fosse sus-épineuse, dont le sépare, dans son tiers externe, le tissu cellulaire et les vaisseaux et nerfs sus-scapulaires; de plus à la capsule scapulo-humérale.

Muscle sous-épineux. Large, assez épais, triangulaire, placé dans la fosse sous-épineuse, i®. Il naît un peu d’une aponévrose large, mince, à fibres entre-croisées et très-apparentes, qui le recouvre ainsi que le petit rond. Cette aponévrose , fixée en haut à l’épine de l’omoplate, en bas à la crête oblique intermédiaire à ce muscle et au grand rond , et ensuite au bord axillaire, en dedans au bord spinal, se perd en dehors sur l’articulation humérale, s’unit intimement dans son milieu avec l’aponévrose externe du deltoïde, sous lequel elle s’engage ensuite; et envoie un prolongement entre ce muscle et le petit rond. 2^. Ce muscle s’attache surtout aux deux tiers internes de la fosse sous-épineuse. De cette double insertion , ses fibres charnues se portent en dehors, les supérieures horizontalement, en côtoyant d’abord l’épine, puis le sus-épineux, les suivantes d’autant plus obliquement qu’elles sont plus inférieures. Toutes viennent se rendre à une aponévrose qui occupe d’abord la partie moyenne du muscle, cjui les reçoit surtout par sa face interne, qui est plus près par conséquent de la partie postérieure que de l’antérieure du muscle , qui les abandonne plutôt dans le premier que dans le second sens, et qui, vers rhumérus, dégénère en un tendon large et épais , lequel perce la capsule , ou plutôt s’identifie avec elle après l’avoir recouverte, et

vient s’implanter au milieu de la grosse tubérosité.

Le sous-épineux , recouvert parle deltoïde , et un peu par le trapèze et par la peau , est appliqué sur la fosse sous-épineuse, dont le séparent en dehors beaucoup de tissu cellulaire et les vaisseaux et nerfs scapulaires , et sur une partie de l’articulation humérale.

Muscle petit rond. Allongé, étroit et arrondi, plus épais en haut qu’en bas, placé au-dessous du précédent. Ses libres charnues naissent, en devant, de la surface allongée et rugueuse qui borne la fosse sous-épineuse, près le bord axillaire de l’omoplate; 2^ d’une aponévrose assez marquée qui lui est commune avec le grand rond, et du prolongement indiqué plus haut, qui le sépare du sous-épineux, double feuillet qui est fixé à des crêtes osseuses intermédiaires à ces muscles. De là, ses fibres se portent obliquement en haut et en dehors, en formant un faisceau unique qui côtoie le sous -épineux auquel il tient d’abord par la cloison aponévrotique , mais dont ensuite il est séparé par une ligne celluleuse, et qui, près de l’humérus, dégénère en une aponévrose régnant d’abord sur la partie postérieure, puis s’en isolant, et devenant un tendon qui s’insère au bas de la grosse tubérosité de l’humérus, en s’identifiant avec la capsule fibreuse.

Le petit rond correspond en arrière au deltoïde et à la peau ; en devant à l’omoplate , à l’artère scapulaire , à la longue portion du brachial postérieur et à l’articulation humérale ; en haut au sous-épineux ; en bas au grand rond , dont le sépare ensuite cette longue portion.

DES MUSCLES ET DE LEURS DEPENDANCES. Qàl

Muscle grand rond. Long, assez épais, aplati, situé à la partie inférieure et postérieure de Fépaule. Il prend insertion', par de courtes fibres aponévrotiques , au-dessus de Fangle inférieur de Foinoplate , sur une surface quadrilatère qui termine la fosse sous-épineuse, et que borne en haut l’insertion du petit rond ; à des cloisons aponévrotiques intermédiaires à lui , à ce dernier , au sous-épineux et au sous-scapul4îre. De là, ses fibres se dirigent parallèlement entre elles, et forment un faisceau qui monte obliquement en dehors, côtoie d’abord le petit rond, puis l’abandonne entièrement pour se diriger, en se contournant manifestement sur luimême, vers la partie interne de l’humérus. Parvenu là, son corps charnu donne naissance à un tendon large et aplati, plus marqué en bas qu’en haut, et surtout en avant qu’en arrière ; qui , suivant la même direction , s’applique contre celui du grand dorsal, dont le sépare une petite synoviale, puis se réunit à lui surtout en avant, et vient, derrière lui, s’implanter à la lèvre postérieure de la gouttière bicipitale.

Le grand rond , recouvert d’un côté par le grand dorsal, la peau et la longue portion du brachial postérieur, correspond d’un autre côté au sous-scapulaire, aux vaisseaux axillaires, au plexus brachial, à la capsule articulaire, à l’humérus et aux vaisseaux articulaires. En se contournant sur lui-même, il fait changer de rapport à ses deux faces , dont chacune est alternativement antérieure et postérieure.

Molwemens.

Ils sont relatifs , clans cette région ^ au bras ou à l’épaule, qui, étant l’un et l’autre mobiles , ont besoin , pour s’offrir réciproquement un point fixe , d’étre préliminairement fixés. Quand les muscles de cette région meuvent le bras, l’omoplate est donc d’abord retenue par le rhomboïd% , le trapèze , l’angulaire, le grand dentelé, etc. Alors l’humérus est porté, I® en haut par le sus-épineux, lequel fait exécuter une espèce de bascule à sa tête, qui est déprimée, tandis que le corps de fos s’élève; 2® en dehors par le sous-épineux et le petit rond, c|ui déterminent une rotation sur l’axe, sensible lorsque cet os est abaissé et qu’il a été surtout porté en dedans par le sous-scapulaire , mais moins réelle lorsqu’il est élevé, cas où ces muscles sont spécialement abaisseurs ; 3® en bas et en arrière par le grand rond , qui agit à peu près comme le grand dorsal, avec lequel il combine presque toujours son action , qui applique le bras contre le tronc s’il agit concurremment avec le grand pectoral , et qui peut lui faire exécuter aussi une légère rotation en dedans, antagoniste sous ce rapport des sous-épineux et petit rond, dont il s’éloigne en effet vers son insertion supérieure.

Quand le bras est fixé par ses muscles propres, ceux-ci peuvent un peu mouvoir l’épaule sur lui ; mais ces mouvemens sont infiniment moins marqués que les précédens, en sens inverse desquels ils se font. Les muscles de cette région agissent surtout de cette manière quand on soulève le tronc sur

les membres supérieurs fixés en haut. Le coude étant appuyé sur une table, si on fait des efforts pour élever Fépaule, le grand rond, en tirant l’angle inférieur de l’omoplate, peut faire exécuter à cet os un mouvement de bascule qui fait remonter son angle glénoïdien, et le moignon de l’épaule par conséquent.

§ IL Piégion scapulaire antérieure.

On n’y trouve c[ue le sous-scapulaire.

Muscle sous-scapulaire. Epais, aplati, large, triangulaire, occupant la fosse de son nom. Il naît, sur les trois c[uarts internes de cette fosse , soit du périoste, soit par des cloisons aponévrotiques longtemps intermédiaires aux fibres charnues, fixées aux crêtes qu’on y voit, et dont une, attachée au bord axillaire, est commune à lui et au grand rond. De là, les fibres charnues se portent toutes en dehors, horizontalement près du bord coracoïdien , et ensuite d’autant plus obliquement qu’ci les deviennent plus inférieures, pour se rendre à un tendon , qui, naissant d’abord dans leur épaisseur par des languettes isolées et plus apparentes en arrière qu’en devant, vient, en se confondant tellement avec la capsule fibreuse qu’on ne peut l’en séparer, s’attacher à la petite tubérosité humérale. En haut, le glissement de ce tendon est d’abord favorisé sous l’apophyse coracoïde par une petite synoviale communiquant avec celle de l’articulation par une ouverture qui reçoit sa partie supérieure , laquelle se trouverait, comme le biceps, dans l’articulation,

^^4 APPAREIL DE LA LOCOMOTIOrf.

sans le repli de ces deux synoviales qui l’embrasse.

Ce muscle concourt d’abord avec le grand dentelé à former le creux de Faisselle; puis il est caché par le biceps, le coraco-brachial et le deltoïde. Il recouvre la capsule fibreuse et la fosse sous-scapulaire, dont le sépare, devant ses attaches, un peu de tissu cellulaire.

Mouvemem.

Le sous-scapulaire agit différemment sur le bras , suivant la position de celui-ci. Est-il élevé , il Fabaisse ; est-il abaissé , il le porte en dedans par une rotation sur Faxe qui est l’opposée de celle dont les sous-épineux et petit rond sont les agens ; en sorte que ces muscles agissant en sens opposé, le bras est retenu immobile et ne saurait tourner. Quand celuici est fixe , le scapulaire agit un peu sur l’épaule en la tirant vers lui. Ce muscle , ainsi que les précédens, affermit aussi puissamment l’articulation en s’opposant aux déplacemens que la tête de l’os tend à éprouver. C’est leur degré de contraction qui mesure le rapprochement de la tête humérale d’avec la cavité glénoïde, que la capsule permet de s’en écarter de près d’un pouce, comme je Fai dit ailleurs (tom. i^^^pag. 3i6). Chez le vieillard, où ils sont flasques comme tous les autres, les deux os sont habituellement plus écartés que chez l’adulte.

§ III. Région scapulaire externe.

On y trouve le deltoïde.

Muscle deltoïde très-charnu, triangulaire^ recourbé sur lui-même pour embrasser la tête de rburnérus, placé entre l’épaule et la partie externe du bras. Ses insertions supérieures se font, en arrière, le long de l’épine de l’omoplate, soit au périoste, soit par le moyen d’une aponévrose qui descend plus ou moins bas sur les fibres cbarnues, et qui s’unit , vers le bord postérieur du muscle, à celle du trapèze, et surtout à celle qui recouvre le sousscapulaire, sur laquelle il prend aussi en haut quelques attaches ; 2^ en dehors, sur l’acromion , soit au périoste, soit par divers faisceaux aponévrotiques plus ou moins prolongés sur et dans les fibres charnues; 3° en dedans du tiers externe du bord claviculaire antérieur , par des aponévroses moins sensibles. De cette triple insertion, les fibres charnues se portent toutes en bas, et de plus les premières obliquement en devant , les secondes perpendiculairement , les troisièmes obliquement en dehors , en formant des faisceaux distincts, isolés par des aponévroses ou par des lignes cellulaires, presque tous terminés en pointe sur le tendon inférieur, et entrecroisés avec d’autres qui semblent remonter de ce tendon pour se terminer aussi en pointe aux faisceaux aponévrotiques supérieurs. Ce tendon inférieur, très-apparent en soulevant en dehors et en dedans la face profonde du muscle, le devient aussi en le fendan i longitudinalement. Il parait alors formé

ir.

226 APPAREIL DE LA LOCOMOTIOîT.

(le plusieurs cloisons intermédiaires d’abord aux fibres charnues et réunies ensuite en un corps commun qui s’insère à la tubérosité deltoïdienne , dans l’étendue d’un pouce et demi de haut en bas^ embrassé par la bifurcation du brachial antérieur.

Recouvert par la peau et un peu par le peaucier^ le deltoïde est appliqué en arrière sur le sous-épineux , le petit rond et le brachial postérieur ; au milieu sur le sus-épineux , le ligament coraco-acromien, la capsule huméralej le haut de l’humérus, le nerfs et les vaisseaux circonflexes ; en dedans sur l’apophyse coracoïde , le petit pectoral , le biceps , le coraco-brachial , le sous-scapulaire, le tendon du grand pectoral , muscle qui, plus haut, contigu à lui, en est séparé vers la clavicule par un espace cellulaire très- variable.

Mouçemens.

Le deltoïde agit sur le bras ou sur l’épaule. Celleci étant fixée, et le premier étant abaissé, il l’élève directement, ou en le dirigeant en arrière ou en devant, suivant que, parmi ses fibres, les moyennes seules, ou, ce qui revient au meme, leur totalité, ou bien les antérieures ou les postérieures entrent en action. Si le bras est élevé, ces dernières peuvent le porter dans la direction de leur contraction en l’abaissant, en sorte que ce muscle peut être en meme temps élévateur et abaisseur. Sous le premier rapport, il est singulièrement favorisé par l’espèce de bascule que le sus-épineux fait exécuter au bras.

DES MUSCLES ET DE LEURS DEPENDANCES. ‘l'I^

Antagoniste évident des erand dorsal , erand rond, etc., le deltoïde agit avec une force proportionnée au nombre de ses fibres, que multiplient singulièrement ses cloisons aponévrotiques moyennes. Si le bras est fixé fortement et retenu immobile , il tend à déprimer l’épaule , qui obéit à son action ; et comme elle tient au tronc par d’autres muscles , celui-ci est puissamment en exercice toutes les fois que le tronc est porté vers les membres supérieurs préliminairement fixés. On dit que son action peut aller jusqu’à produire la luxation de l’humérus. Si d’autres muscles agissent en meme temps , cela peut se concevoir ; mais sa contraction isolée ne saurait guère produire cet effet, auquel concourent nécessairement les grand dorsal, grand rond, grand pec toral, etc.

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